BATAILLE DE LA FERE-CHAMPENOISE
qn'it crût les Austro-Rnsses en fuite vers Bar; soit réaction de fermeté après ses hésitations dn 19, il s'était obstiné jusqn'à déclarer qu'il pousserait jusqu'à Soudé-Sainte- Croix ; rjn'il suivrait tout seul cette direction plutôt que de tâtonner davantage ; et cette témérité, Q n'avait pas manqué de la commettre. Ce maréchal avait reçu de l'Empereur le commandement en chef des deux corps, mais secrètement, à l'insu de Mortier, plus ancien maréchal que lui. Daas sa confiance, pour mieux vivre et dormir plus à l'aise, et par ménagements pour son co!iègue, il l'avait laissé s'arrêter à Vitry, sans exiger sa réunion dans Soudé-Sainte-Croix, dès ce soir-là même.
Cependant, à peine était-il arrivé dans ce quartier général, que, de toutes parts, les avis les plus alarmants l'avaient entouré : Châlone pris; l'échec d'Arcis; la perte de Vitry : la retraite sur Saint-Dizier ; la jonction menaçante des deux invasions en une seule ; jusqu'à leur marche, résolue le matin même, sur Paris, résolution que ces alliés proclamaient hautement dans leur joie déjà triomphale! Toutes ces calamités, on les touchait du doigt ; elles étaient dans toutes les houches, elles frappaient même tous les regards.
Mais l'oi^eilieux Marmont n'avait foi qu'en lui. Convaincu que cette partie la pins difficile de la science dn général, celle de deviner, d'après les événements de la journée, les projets de l'ennemi pour le lendemain, était particulièrement la sienne, dès que son opinion sur ce point était tisée, c'était comme l'arrêt du sort. Ajoutez que, par tempérament et dédain, il était de l'intré-
41B MEMOIRES D'UN AIDE DE CA3fP.
pidité la plus impaseible. Il en rdsaltait alors qu'aucnn avis, que nul rapport, sur l'approche même des pins grands dangers, n'étaient capables d'ébranler sa conviction. Il y avait du grandiose dans ce caractère entier. C'était, il en fant convenir, un homme de grand cœnr, de beaucoup de science et d'esprit, et quelque mal que, dans ce moment d'erreui- et depuis, il nous ait fait, l'uD des personnages remarquables de cette époque.
Enveloppé daus sa persistance haotaiue, et pei'BUadé que l'ennemi ne s'attaquerait point à lui, il s'était donc établi, de plus en plus, dans ce nouveau quartier général. La nuit venue, d'immenses ligues de feus rougirent, l'horizon devant lai entre la Cosle et k Marne ; ces feux ne l'éclairèrent point. Peut-être même y crut- il voir ceui de l'Empereur ! Vainement, les cris d'alarme autour de lui redoublèrent : an général Belliard, qui insistait sur ces rapports, il reprochait, en souriant, sa facilité trop crédule ; à un officier, envoyé eu reconnaissance et ramené à coups de sabre jusqu'aux grandes gardes, il répondait qu'il avait eu peur et vu double. Quant aux assertions des prisonniers ennemis, n'en tenant compte, c'étaient, disait-il, des gens rusés ou stupides !
Uu autre ofiicier, un Polonais, avait osé pénétrer seul au milieu des Eusses, il avait compté leurs régiments, enteudu leurs projets d'attaque. Bien plus, et pour preuve, en revenant il avait audacieusemeut enlevé l'une de leurs vedettes. Ce rapport était incontestable, mais, loin d'ébranler Marmont, il ne lui inspira d'autre précaution que d'envoyer, à plus de deus lieues de là,