BATAILLE DE LA PERE-CHAMPENOISE
prier Mortier de rapprocher, le lendemain Bealemeiit, de Sondé- Sain te- Croix, ses neuf mille hommes.
Un antre incident marqua cette sécnrité si imperturbable ; les suites eu furent cruelles. Vers trois lieures du matin, un officier de Pacthod se présente; il annonce qne son général, avec environ six mille hommes escortant un convoi, lient d'arriver à Bergères ; qu'il est prêt à se réunir aux maréchaux, et qn'i! demande leurs ordres. Dans de telles circonstances, ce renfort inattendu était inappréciable. On assure qu'il fut répondu à Pacthod négligemment, et sans même l'avertir du danger Oùmmnn, qn'îl eût à rester où il se trouvait. Un témoin dit plus, c'est le général Bicard lui-même : il m'a dit tjne, le cheval de l'envoyé de Pacthod étant tombé mort de fatigue à la porte du maréchal, cet officier en demanda un autre pour que l'ordre pût arriver à tempe à son général, mais qu'on le lui refusa insoueieusement, chacun ne songeant qu'à aoi : égoïsme résultant de besoins, de souffrances et d'émotions trop multipliés; d'où vint que le malheureux repartit k pied, qu'il an-iva trop tard, et que, dans la journée même, cette division, Bnrprise en marche, au lieu de seconder en commun la retraite, y périt tout entière, à part, sans être utile.
Enfin, pendant toute cette nuit du 24 au 25 mars, quoique assailli par mille renseignements qui tous concordaient d'une manière effrayante, Marmont, persistant à les mépriser, s'était imperturbablement rendormi, répétant : « Qu'il connaissait sa position, et qu'il en savait t là-dessus plus que personne, t
Le jour reparut avec de nouveaux anjets d'al&rmeT dernier avertisBemeiit vint de Ricard. Ce général, voyant, m'a-t-il dit, l'avalanche prtlte à tout engloutir, et qu'il n'j avait plus im instant à perdre, courut chez le maréchal. Ses yeux exercés venaient d'apercevoir l'armée entière des alliés marchant but Marmont. Leur avantgarde était déjà même en présence, et pour ainsi dire tonchant à sa porte. Ricard entre ; il trouve Marmont encore désarmé, et paisiblement assis devant ses carteB; il l'entend conjecturer bot noe chances à venir, qnand il n'y en avait plus d'autres pour lui que d'être écrasé à l'instant même.
Mortier venait d'arriver de sa personne; son corps était loin encore. A la première exclamation de Ricard, ce maréchal, homme de résolution, dont le bon sens g'entendait sur-le-champ avec celui des antres, se leva vivement, et coumt hâter l'arrivée de sa colonne. Qnanb à Marmont, il demeura dans ses hauteurs contemplativee, sans s'émouvoir d'un avis qui n'y concordait pas. Il entendit Ricard sans l'écouter, et tellement , que celni-<n, dcaeepéré, sortit en poussant violemment k jiorte, décidé à Ëiire lâcher en l'air quelques coups de feu, afin d'arracher son chef, si ce n'était de son aveuglement, dn moins de son quartier général.
Mais il n'en eu t pas le loisir, l'ennend se chargea de oettB alerte. H était déjàsi proche, qne, en ce moment, ses premières balles sifflèrent, et qn'nn coup de canon brisa ks vibKS de la chambre même où le maréchal s'obstiiuit à rester encore.
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Le jour était commencé, il était environ sept lieuree. f Penï cent miUe hommes s'avançaient contre vingt-troia mille, dont la dispersion en trois corps triplait la faiblesse. l Antonr d'eux, l'Invasion, comme un torrent débordé, n'aj Tait plus de digues. La droite en était déjà avancée de l^dix-hnit lieues sur la Marne. La masse, presqne entière, e précipitait droit sur Marmont et Paris, tandis que ce ["maréchal, selon ses instructions il est vrai, et ne songeant qu'à percer ce prétendu rideau pour se joindre à l'Empereur, allait se heurter contre elle !
Déjà des flots de cavalerie ennemie inondaient la plaine. Marmont, étonné, fut enfin forcé de faire ses dispositions de résistance eons un feu ardent. Il ne comprenait rien à cette attaque. Qu'était donc devenu Napoléon ? Pom'qnoi tonte la coalition se retournait -elle de son côté? Il voulait douter encore ; mais, devant comme derrière lui, tout lui montrait son imprudence, etcombien sa situation était critique. Devant lui. un ruisseau au fond d'un pli de terrain potir toute défense. DeiTière lai, pour tout refuge, des plaines immenses, où, sans appui, son Jâible corps semblait comme un point perdu dans l'espace ; pour comble de danger, à quelques lieues en arrière, un défilé; puis nn second. Encore si, moinsconfiant, il eût donné rendez-vous à Mortier derrière cet obstacle! mais non, il venait de l'appeler de Vitry à Sondé même, c'est-à-dire en avant a milieu de l'ennemi, que maintenant on ne pouvait , ^us éviter, qu'il fallait combattre
On assure, néanmoins, que le premier appel de Mar- ' mont à Mortier avait encore été fait assez à temps, pour
que, dès le point du jour, on fût réimi, niais que cette décision n'avait pu être envoyée d'un maréchal à un maréchal 80UB la forme d'un ordre ; qu'ainsi, chaque décisiim demandant un concert, il avait fallu s'écrire, se répondre, etcela avec la déférence et les précautions indi g pensables à la bonne harmonie entre deux chefâ égaux et dans un commandement partagé. De là, des lenteurs, sans compter les accidents inhérents aus communications nocturnes. Le malheur, qui souvent Be joint aux fautes , n'avait pas manqué de s'ajouter à celle du duc de Raguse. Il avait rendu irrémédiahle sa téméraire obstination. Son aide de camp avait croisé en chemin, sans l'apercevoir, le duc de Trévise, que l'inquiétude amenait chez son collègue, et il avait fallu renvoyer une seconde fois au corps de Mortier l'ordre de ralliement enfin convenu,
Marmont, malgi^é le danger qui s'aggi'avait à chaque instant, fut donc forcé d'attendi-e en combattant. Cette attente dura trois heures entières. Cependant, les maasea ennemies s'approchèrent de pîua eu plus; elles s'étendirent et gagnèrent les flancs. Dès lors, pour rétrograder, on dut se résigner au sacrifice, dans Soudé, de plusieurs compagnies de voltigeurs, puis à risquer une charge de cavalerie, qui fut repoussée.
Néanmoins, vers onze heures, les deux maréchaux s'étaient rejomts ; ils étaient même parvenus, presque entlera, jusqu'au delà du premier défilé, celui de SomraeaouB. Là, seretournanteutre Chapelaine et Montépreux, ils s'étaient couverts de soixante canons, et, pendant deux heures. Us avaient fait respecter leur faiblesse ; mais, de même qu'à
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Soudé-Sainte- Croix, leur position, de plus en plua débordée, devenait nn piège. Il restait six heures de jour, sept lienea de plaines, un aati'e défilé à traverser, et derrière celui-ci d'autres plaines. Quel qu'en fût le danger, il feilut donc, soua les yeux et comme aous la main de l'ennemi, se remettre encore en retraite.
Dans ces champs tout nus, forcé de s'appuyer snr soimême, on reculait lentement sur deux lignes, l'une traversant l'autre par ses intervalles, et protégée de ses feux, quand tout à coup d'épais nuages, accourant de l'est, et de noires colonnes d'artillerie et de cavalerie couvrirent à la fois le ciel et !a terre. Ce fut vers une heure que ce double orage, s'étant amoncelé, éclata soudainement : sur terre, par des charges impétueuses; dans l'air, par une grêle violente, suivie de torrents de plaio, qu'un vent furieux fouettait au visage de nos malheureux soldats aveuglés. Bientôt, le sol trempé se défonce sous nos canons, qu'on n'en peut arracher qu'à force de cris et de coups, les pieds de nos fantassins glissent ou s'enfoncent dans nne boue visqueuse ; dans leurs mains engourdies leurs armes mouillées se taisent, elles leur deviennent inutiles. Forcés de lutter ainsi contre tout à la fois, ils se troublèrent et ne cherchèrent plus leur salut que dans la fuite.
Cependant, deux fois ies escadrons de Bordesoulle avaient résisté, mais une troisième charge les rompit. R fellnt que Belliard, avec la division Roussel, accourût promptement pour remphr ce vide. Belliard espérait, avec ce renfort, surprendre la cavalerie ennemie dans le péle-mële de sa victoire et la repousiçer, mais de nouvelles
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lignes des alliés le prirent lui-même a revers ; et, renversé
SOI notre infanterie, il en augmenta la déroute.
Tout eût été perda aur l'heure, sans le 8"" de chassenis que Latonr-Foissac lança à propos au milieu de ce désordre. A Ba vue, l'ennemi s'arrêta pour se rallier; on reprit avec la marche quelque ensemble, et, comme on atteignait le second défilé, celui de Conentray, ou crut avoir quelques instants pourseprépareràen effectuer le paaaage. Bordesoalle et sa cavalerie en masquèrent l'entrée, que deux faibles brigades d'iniauterie, placées à droite sur le mamelon de Vauref ray, devaient défendre ; le reste défila.
Mais l'ennemi, se renforçant à cha(]ue pas, a'cnhardiasatt. Le grand-duc Constantin, trois mille chevaux de la Garde russe et douze canons arrivaient eu cet instant ; ils chargèrent aussitôt. BordeGonlie et ses cuirassiers étaifinb affaiblis ; deux échecs venaient de les déconcerter, ils tournèrent bride. Nos deux malheureuses brigades d'infanterie furent laissées à découvert : surprises dans leur formation, trempées par l'orage, et sans autres armes que leurs baïonnettes, l'une succomba tout entière; l'autre, écrasée, se rele^'a mutilée, et ses i-estes,se rapprochuit et se retirant, sauvèrent du moins leurs aigles et leur général.
Ainsi le défilé demeurait sans défense ; la cavalerie, dispei'fiée, fuyait ; l'artillerie était culbutée et engravée au fond du ravin, nu bataillon du train, vingt-cinq bouches à feu, et soixante caissons, attelés de chevaux entiers hennissant, ruant et mettant tout eu désordre, y restaient abandonnés. Marmont revint snr ses pas pour les reprendre, mais, après de vains efforts, il y renonça.
BATAILLE DE LA FKRE-CHAMPFSOIflE.
, Ce désastre, résultat de son obstinatiou de lii nuit précédente, n'abattait pas Baâerté : il passa sous ce jong sans ■ courber la tète. Lui et Mortier, avec les divisions ilioard ' et Chriatiany, se «ouvrirent de ce défilé tout encombré de leurs pertes; ils rallièrent leurs débris denlère cet obstacle, et y tinrent ferme.
Mais là encore, de mËme qu'à Sondé et à Sommesous, s'arrêter c'était préparer sa perte, puisque des masses, toujours croissantes, de cavalerie, tournant leurs flancs, allaient gagner, avant eux, Fère- Clmmpenoise , leur seule retraite, n fallut donc reculer encore en plaine i^aee, au travers d'nne pluie de boulets, et ponasés par les charges redoublées des Russes, Heureusement l'orage avait cessé. Les armée firent fen, et quelques-uas de nos bataillons, maintenus par leui'3 chefs, tantôt maichant, tantôt se reformant eu carrés, protégèrent une foule de blessés et d'hommes débandés fuyant en déroute. On dit, pourtant, que tous eussent été coupés de Fère-Champenoise sans l'apparition imprévue de quatre cents cbevacx, arrivant de Paris dans cette ville, et qui en débouchèrent à propos. A l'aspect de ce secours, l'ennemi, s'arrétant, donna le temps aux deux maréchaux d'atteindre et de fi'anchir ce passive.
Ou continuait vers Sczanne, se croyant sanvés, lorsqu'un nouveau corps de cavalerie ennemie, accourant des bords £ l'Aube au bruit du combat, faillit tout perdre. Il surprit en flanc nos fllea distendues qu'il rompit, aiibra, et dont il ne ressortit qu'en entraînant des prisonniers et plusieurs canons qu'on ne put reprendre. Enfin, depuis le ma-
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tin, attaqués en tête, en qoene, chargés sans o tamês, cnlbatés à plusieurs repriees, les restes de notre malhearense colonne, haras^ d'nne fuite eî longue et si Eanglante,reQcontrèTeniuD terrain moins défavorable: ils y prirent position en arant de Lînthes,
n était quatre heures ; les sourerains alliés étaient présente. Attirés par la victoire, artillerie, infanterie, tout s'apprêtait, ua dernier et funeste choc allait commencer, lorsque, en arrière de l'aile droite ennemie, versnotregaache, le bruit d'une fusillade soutenue, entrecoupée des détonations d'une artillerie nombreuse, détonruaTattenticm. Le combat en fat suspendu ; des deux côtés ions écouta Fent;1e bmit évidemment se rapprochait. Un cri fEmp»rtttr.' cri d'alarme d'un cùté, cri d'espoir du nôtre, connit dans les rangs, et telle en était la mi^ie, que nos soldats épuisés et Taincus. ne doutaot plus de la victoire, demandèrent à attaquer '.
Ces échos annonçueutnn antre désastre. C'étaient t« deniers efforts du corps de Pacthod. La confiance de Marmont avait été contagieuse. Pacthod, sans réponae de ce maréchal, s'était, à toat hasard, avancé pour se nilier à lui, s'aventnrant trop ainsi dans la plaine. Ten dix heures dn matin, il reprenait haleine dans Vflle-Sfrneuz, quand il fut aperçu par l'avant-garde de Blôcber. C'était Korffet cinq mille dieraui. L'attaque anit été vive, les charges multipliées . mais, pendant deux b^ocs Pacthod, avant placé son convoi entre le village et an carrée, t était demeuré impénétrable. Il ne songeait niQlement àrecnler, lorsqn'une seconde apparition, cdfedt