BATAILLE DE LA FERE-CHAMPE NOISE
que épuisés de mnaitiona, auraient pu être prie entre deux feuXj et Paris eut peiit-Stre été Bauré cette fois encore!
Mais tout le mal possible était arrivé. Cette déplorable journée de quinze heures détruisait ce dernier espoir. Kos ennemis l'ont appelée F ère- Champenoise ; car c'est aux vainquenre qu'appartiennent ces sanglants baptêmes.
On ne sait jusqu'à quel point Marmont s'en crut responsable. Les excuses ne lui manquèrent pas. Avait-il donc pu, en dépit de ses instructions, devinei', et le parti désespéré qu'avait pris l'Empereur, et la présence de tous les coalisés ralliés, depuis la veille, entre lui et Napoléon, et leur direction nouvelle ? Connaissait-il la position de nos détachements, épara entre Seine et Marne ? Ajoutez le partage apparent du commandement entre lui et le duc de Trévise, d'où la nécessité de s'entendre et de s'attendre était résultée. Et d'aiOetirs, la retraite, ainsi faite àtemps sur Sézanne, eiit-elle arrêté l'armée de Bliicher, déjà en pleine marche sur Paris, par Château- Thierry, Montmirail, Meaux et la Marne ? Non, la fortune de ia France, trop de fois tentée, l'abandonnait; le miracle de notre résistance était à son terme. Assez longtemps le génie avait changé l'ordre des choses ; la force matérielle, alliée à la trahison, l'emportait, et tout rentrait dans l'oi-dre nature!.
Quelles que fussent les considérations dont Marmont, dans son malheur alors commencé, soutint son courage, le fait est que cette fatale journée du 25 mars venait de nous coiiter quarante-six canons, plus de quatre-vingts
caissons, une quantité de bagages, et dix mU\& honuos^ dont cinq mille tués, quatre mille prisonniers, et mille dispersés.
Le reste, douée à treize mille hommes harassés, consternés, hors de combat et de leur retraite, ne savait ploB même où fuir. Par leur dernier mouvement à gauche sur Âllement, les deux maréchaux s'étaient jetés au milieu des champs : ilt- avaient abandonné à l'ennemi 8ézanne et son chem.in, leur seule voie de salut. Lenr but, on l'ignore, à moins qu'ils n'aient espéré ou se rapprotiher ainsi de Pacthod, ou regagner, au travers des marais de Saint-Gond, leur route habituelle, et naguère encore hI glorieuse, de Montmirail.
Enfin, vera dix heures du soir, le désastre de Pacthod étant avéré, et se sentant perdus dans ces boues, ils se ravisèrent. Mais, soit fierté de l'un, ou pitié de l'antre, ils ne se décidèrent pas à exiger de leurs soldats exténués une nuit de marche encore. Ils ne donnèrent donc que pour le point du jour dn 26 l'ordre de reprendre les armes. Compans était dans Sézanne : ils n'avaient poînt d'autre passage, ils le firent prier de le leur garder joBqu'au lendemain.
Heureusement Compans s'y refosa. Il répondit que l'avant-garde de !a grande armée alliée était devant lui, et déjà l'infanterie de l'armée de SOésie, daTiére sa gauche, dans Montmirail ; que, embarrassé par de lourds convois, il n'avait pas mille hommes à leur opposer - que la nuit seule pouvait donc protéger sa retmite, et qu'il allait en profiter.
BATAILLE DE LA FÈEE-CHAMPE NOISE. 431
Cette réponse décida les maréchaux, mais trop tard encore. Le 26, à deux heures du matin, ils étaient pourtant en niarfihe. T^a fatigue distendait leur colonne langoisBante. Elle défilait par deux hoiamea de front, et à tâtons, dans la fange profonde d'un mauTais chemin ds ti'ayeTSË encaissé, et allait atteindre Sézanne, quand, dans l'obscarité, sa tête heurta l'etinemi, se renversa sur ceux qui Buivaient, y propagea l'effi'oi, et tous s'en furent à toute bride.
On était parti deux heures trop tard : la ville, abandonnée par Compana, était déjà prise. Belliard et Roussel rallièrent ces cavaliers éperdus ; la tête de colonne, reformée, se déploya ; le reste rejoignit, et tout s'aiTêta, IjC jour vint avant qu'on se fût décidé au seul pai-ti qui restait à prendre. Mais alors, les maréchaux ne voyant entre eux et leur seule retraite qu'un millier de chevaux pitissiens. forcèrent l'obstacle. lia traversèrent Sézarme ; après quoi, ils se dirifrèrent d'abord aui' Courgivaux, puis k droite, par Moutis, sur La Ferté-G-aucher, centre des ■ routes dn Morin, C'était là qu'ils espéraient rejoindre Compans, et faire t6te à l'orage. Ils eussent ensuite regagné, par Coulommiers, leur ligue d'opérations de la Marne, que, sur l'ordi-e de l'Empereur, ils avaient abandonnée le 21 mars; leur but, qu'enfin Os se croyaient maîtres d'atteindre, était d'aller se replacer à Meaux entre l'invasion et la capitale.
Ainsi, malgré la violence des coups dont ils venaient d'être frappes, vaincus et non défaits, ces coups n'avaient point porté jusqu'à leur cœur ; ils allaient le montrer, et
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BATAILLE DE LA FKRE-CHAMPESOISE. 483
extrême. Mortier raasqna la tûte de la coionne de <|uel- <]uc cavalerie conti'e les Pruaaien», restés maStrea de Lu Ferté, et Marmont, son arrière-garde contre les Eusses et les Bavarois, en leur opposant la brigade Joabert, qui se dévoua pour le salut g<^néral. Puis, tous denx, abandonnant la Marne pour la Seine, s'en furent à travere champs, Mortier vers Chartrouges et Marmont vers Conrtraçon, oii la nuit les réunit, et d'où ils gagnèrent Provins, le 27 mars.
Ils y retrouvèrent Jonbert. Oe général, après avoir lutté dans Moutis le reste du jour précédent, avec mille hommes contre six raille Bavarois et vingt canons, leur avait échappé. On l'avait cru perdu. Cette réunion inespérée fut une courte et dernière joie au milieu de tant d'infortunes.
Heureusement, Schwartzenberg, déjà étonné de la promptitude hardie de son mouvement du 2b, était retombé dans sa pesanteur méthodique et indécise. Ou assure que, dans cette marche dérobée à Napoléon, où tout devait être si rapide, il sacrifia un temps précieux à des alignemeuts de i>arade. Nos maréchaux , dépassés par Bliicher, avaient donc pu errer impnnémeot pendant trentedeux heures, du sud au nord, puis du nord au sad, au milieu des champs et de ses avant-gardes. Ils purent même encore, pour reprendre haleine dans Provins, perdre tonte la journée du 27. Marmont, pourtant, devait craindre d'arriver trop tard et trop feible devant Paria j après tant de sang et de fatigues, comment lui reifrocber un repos indispensable? Ce qui l'était moins
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siMt arrtcé, fsel^Mi inttaG^ fi Iflii ili riiiiBiM. il Ans Lrn? cft iBautr, h Mit Ai 39 m»; i> iriiMfMi h»teJt «M «ft ^te 1 II 11 ■ I ■
BAT4ILLE DK LA PÈEE-CHAilPENOISE. 435
Maia le 2'J. ce n'est plus une HTant-garde, ce sont toutes les armées alliéea ijui s'avancent sur trois colonnes : celle de droite, par len routes d'Annay et du Bourget ; celle du centre, par Bondy ; celle de gauche, par Neuillyaur-Mame ! Elles avaient laissé, à tout hasard, deux copjjs, rnsse et prussien, vers Meauz, en observation contre l'armée Impériale. Ces masses étaient irrésiscibles. La trahison, qui redoublait chaque jour, les appelait. Néanmoins, leur force rusa encore : elles n'avancèrent qu'en parlementant, et à la faveur d'une suspension d'armes. Compans s'en aperçut. Il rompit cet accord, qu'il avait 'abord accepté. Mais, dans son impuissance, il fut forcé 'abandonner Bondy, Pantin, Romainviile même, le cade l'Ourcq, celui de Saint-Denis, et à se réfugier sur la butte de Beauregard. Paria, dans cette journée dn 29, TMta donc à découvert, depuis Saint-Denis jusqu'à Beileespace de cinq mille six cents mètres de déloppement, qu'un faible rideau de cavalerie, étendu cette plaine, ne pouvait défendre, 'ont eût été fini ce matin-là même, si Hchwartzenbei-g marché les 26, 27 et 28 mars, comme le 25. Mais jours préoccupé de l'alignement de ses têtes de co- , i! perfit encore ce dernier jour du 20, où nos mais ne purent atteindre Charenton qne vers la nuit, troupes étaient si affamées, si esténnces, qu'ils furent foi-cés de les cantonner sur place, entre la Marne et Vincennes, remettant au lendemain à les placer en face l'ennemi, et n'en recevant point l'ordre.
Paris et l'Invaston étaient en présence : rin^^^ioaduu §3 tonte-paissaaœ, avec ses princee, ses ctieË I«s plH décidés, ses corpB d'élite, cent cinquante nulle bonuaM; Paris, sarpris sans garnison, sans armeâ, sans on letanchement ébanché, surpris enfin comme en plÔDe pui^ quand, depois deni mois, sans cesse menacé, H ttnjfc déjà va l'Invasion se montrer trois fois à ses portes I
Cependant, ontre es garde nationale, trots mille anckm aitillears s'étaient offerts. On sait qne, dans la viOe^ <biv ses fanbonrgs, dans la banliene, dix mille volontaires auraient pn être cnganisé». Bien pins, soixante cadres de dépote d'infanterie étaient répartis à quelques lieues de ïcs mnrailles. Les canons étaient nombrem, les abofâs exKrienra, fadles à rendre formidables, et rien n'^Uït prêt. Les combattants, volontaires on antres, on reftnés on non appelés, étaient restés épars ; les canons, inntSement entassés en parce, manquaient de miinitions ; enfin, pas on Benl pouce de terre n'avait été remaé sar ttoraii
des abords de la capitale. D'antre part, le Roi de Rome et laCouraïaieutobéi aux dernières instructions de Napoléon : riiupératrice venait de fuir vera la Loire ; elle était sortie de Paris la veille, et son escorte avait encore affaibli la défense, de deux mille hommes d'éliW.
Paris et l'Emperenr s'étaient mutuellement redoutés. Combien, pourtant, on eût troavé là de ressources, pour prolonger la résistance pendant plna d'un jour ! Mais, oatre la pénurie de petites armes, des instructions soupçonneuses avaient été confiéee aux mains incertaines du m Joseph. Ces fatales instruction avaient été trop çieotées par l'esprit fébrile et inquiet d'un vieux marchai, en qni l'énergie du soldat ployait devant la reaipnsabilité du général. Elles avaient enchaîné le patriome d'nne population suspecte à l'autorité absolue de Empereur : autorité jalouse, dont le principe, se retourmt contre elle-même, produisit l'isolement. De là encore l'inertie des chefs, n'osant suppléer en rien aux instructions de leur maître absent, qnelqae insuftisantes ou contraires aux circonstances qu'elles fussent devenues.
Cette fois, poarbant, ce reproche fut moins méritt'. Quoiqu'on sût qne l'inquiétude irritait Napoléon, on avait osé provoquer ses ordres. Un plan de défense, étudié Éttystériensement par des officiers déguisés, avait été tracé. Jes précédentes incursions, jusque sur Meaux, Meluu et Fontainebleau, en avaient fait sollicitet l'exécution ; mais :s miracles de Champ-Aubert, Nangis et Monte- Bau, et plus tard les marches hardies sur Boissons, Laon [, avaient aeuîs répondu. On était rentré dans la
IJtfl MÉMOIRES D'CS AIDE DE CiMP.
soumiœioahabitneUe.impoeée par l'infaillibilité de i|ai[ue années de triomphes, et p&r ces récenta et brilliuiïar«tOQn de fortnne. Âinai, quelle qu'eût é(é l'anxiété, chacoa, aecoatomé à voir l'Empereur tout prévoir et tout dicter. n'oBant iju'obéir, av&ît attenda ses ordres : il a'en êuii point arrivé. Napoiéon. soit confiance d'un génie arenCO^ reox, on qu'il crût tonjonra que tout était là où il était, soit défiance de Paria, de ce centre d'intrignea, on d'en eŒuroncher la populatitm, d'r donner trop d' aux siens, trop d'eapoir à ses ennemis, Tav&it biné sans défense. Il semblait n'avoir songé qc'à y mgiwtfjpâl'obéissance.
Un maréchal et denx généranx, indépendants les as des antres, y commandaient, sons un chef sans es^éûatta guerrière et d'nn caractère indécis, le pea de forcu âisponiblee. Elles coosietaient en nne garde aationale oig»aisée dans nne défiance réciproque. Aussi ne se ooo^»- ■ait^lle que de douze mille honuncs effectifs, dont moîlîé sans «mes, et te reste armé senlement depuis ia TnQe. C'était, avec des gendarme et des pompiers, tout m qn'îl ; avait pour g-arder Paris et ses cinquante-siz harriéres, qne devaient con^-rir, derrière quelques patissadn^ Boiiante-seize pièces, de hoit et de quatre, mal appronsionnées, attelées de cberaux de poste, de fiacres ondq halage, et servies par trois cents élèves polvtechniiâeiiset quatre cent quatre-vingts Invalides.
' Quant aux dehors, même dénûment ; pas nn rtteuchement, pas même une barricade dans les faaboo^ extérieurs, nuls préparatifs de défense. QneiquestaraboBtS
' en charpente, aux punta de Saint-Maur et de Charenton, et, derrière ces ouvrages inutiles, quelques centaines de conscrits ; quelques autres encore, jetés précipitamment dana VincenncB et dans Saint-Denis ; enfin, poni- renforcer, depuis cette dernière ville jusqu'à Charenton, les dix-sept mille combattants harassés de Compans et des mai-échaus, sur un front de bataille de treize mille six cent cinquante mètres de développement, six mille soldats seulement, dont deux mille vétérans, et quatre mille scrues à demi vêtues, et armées pour la première fois ce mr-là même !
I Quant aux sept mille hommes détachés sur l'Tonne et e Loing, personne n'avait songé à les rappeler eu poste; e l'osa. C'était doue, avec ces vingt-trois mille soldats pop vieux ou trop jeunes, sans réseiTe et sans retranliements, que, sur un front de trois'lieues, Marmont et Hortier allaient avoir à lutter contre cent, cinquante mille hommes !
Ce fut dans cette journée du 29 seulement, que le roi Joseph, guidé par son chef d'état-major, reconnut le champ de bataille. Les formes eu sont prononcées. Le grand mamelon de Beîlerille à Rosny en était le saillant; lepIateaudeRomainviile, lepoint capital; puis, en seconde ligne, celui dont les contreforts, derrière l'étrangîement formé par la goi^e de Bagnolet, dominent, k droite et à gauche, les routes de Bondy et de Lagny; enfin, en troisième ligne, et en désespoir de cause, le plateau de Saint- Pargeau, en avant de Belleville. Marmont se chargea de :s positions.
A k ^Mclwie cette HrgDc.iK In dcmnada ia«â
4t rOM«i9t, conmafi Matiec Ln exuêniâ de» li^ Cwfcowsi ecUnem de Ia TiDette « de Lt Cfaifd^ it (m dacniÉtwi pntoi de (X^aoKoart, khu "— ti— rti». mwqiMiwH n ligne debatdBe. Elle bonlen k ploM d'AiibenriQKTi, où la cavalerie de BeDiard doit ^étoB^ dm. Bnfln, le •onuoet de Montmartre , où Fon monbws de Mil 4 ('«RCuïriii au nmg de gardes natioDales, ncem le (jriiirLier royal; qoelques rêtéians tt quelques battorim en occuperont les revers ; elles domineront les iwjndi-dim de BuHmrd et en protégeront les manoeuvres.
(.'qKiuknt, Paris s'était ému : les habitants des campa- (HieH HQ réfugiaient dans ses mars. La population, à la f'iiic dVruyéo et curieuse, debout tout entière, inondait les ([iiaiii, liM Imulevards et jusqu'aux avenues menacées, iividiiM ilo nouvelles et d'an si nouveau spectacle.
Kn 00 moTTient mâme, arriva l'atinonco d'une victoire, ronipurtéo le 3ii ii Saint-Dizicr. Elle releva l'espoir delà niiiltttiido ; cllu njouta mËmc à rillusion des chefs, ils es-
opérèrent l'Empei-em' ; ils crarent n'avoir à combattre qu'une des armées ennemies. Ce fut peut-^trc poarquoi Us remirent au lendemain à prendre rang sur le champ de bataille, et pourquoi, malkeureuBement, Rayefaki. Pahlen et leurs Busses, purent, dès cette soiriSe du 29, occuper fortement et sans combat Pantin et Roraainville. An reste, ce retard des nôtres s'explique par le temps qui Uatuinqua à nos marêcliaux, et par leur Fatigue.
Tandis (|Ue dans Paris notre impuissance s'agitait, liçhez les Alliés, leurs Souverains et leurs principaux chefs, téunis en conseil de guerre, n'étaient embarrassés que de mr nombre et de ia répartition de leurs forces. Ils ae dé- |çidèrant à jeter à droite, sur le Bourget, Biiiciier et son mée. Saint-Denis, Aubervilliers, La Villette, La Chaïelle et Montmartre f uren t donnés pour bu t à son attaque. ^1!)elni de Barclay de ToUy, ainsi démasqué, fut les hanlura de Belleville. Entre ces deux agressions, et à leur faveur ou avec leur appui, les réserves russe et prussienne ;, par la grande route de Pantin, jusque dans
Quant à l'attaque de gauche, le prince royal de Wur-
mberg et Giulaï en furent chargés; la ronte de Lagoy
s dirigera. Ils achèveront, avec les corps dcSacken et de
BTrede laissés vers Meaax, de s'emparer, à Lagny, .Saint-
^Haur et Charenton, des ponts de la Marne. Ainsi les der-
^nèrea de l'Invasion, couverts désormais par cette rivière,
âeront préservés d'un retour subit de Napoléon. En même
■ temps le prince roya! de Wurtembet^ s'enfoncera dans
S'ïntervalle de Montreuîl à Bercy ; il se masquera de Tin-
HÔfOIBES Ij es AIDE l'L iaMP.
em^^
chines ; il roenacen les banièns; et, parce cmipdei il farotisera à gaacbe, comme W r«s»T<s nisr vt pnueîeniK: et ptos loin Blâcber à droite, E^hlen eC Ra^cMti chargés de la principale sitaqne.
Ce plan &it ptnâ d'honneor à la pnidence des AOÎte rju'à lenr résolation. Au liea de le discaler et d'en remettre an lendemain l'exécution, ils n'araient qu'à poussa: en arant qnelqnee pas de plus, et Paris snccombait k l'Instant nLéme. Uaia Paris étonnait encore ! Ils araient d'ailleurs marché trop lenbement : enfin, qui, ftors X^ioléoD, osa jamais oompler snr tontes les faates poadblee de son ennemi, et snt impétnensemeot ponaser jnsqa'aa ixint tonte sa fortune ?
De notre côté, ce fut nnmalhenr déplorable qne le plan de défense proposé et rejeté dès janvier, et ruprodait tu mars, eût été ajourné une seconde fois par rEmperem. Il répondait eur tons les points k cette attaque. Mais quel regret plus poio;nant encore, lorsqu'on songe qne ces Boisante dépôts d'infanterie, les volontaires, et nos corps détachés Ters l'Yonne, eussent pu porter notre armée, le 30 mars, à près de cinquante mille hommes ! Avecoefl renforts et nos maréchaux, derrière des retranchements bien armés, bien approvisionnés, qui peut douter que rhéroïBme qu'ils déployèrent pendant dix heures dans cette jonraée n'eût retardé de plus d'nn jour l'envahÎBsement ? Et trente-six heures de résistance de plus eussent peut-èti'e auffi pour sauver l'Empire, et préserver du jong honteux do Tinvasion notre capitale !
Le lendemain ^0 mars, ayant le point du jour, tout
BATAILLE DE PASIB. 413
[s'ébranle, tout marche, et chacmi se rend au poste qui lui
ma. été assigné la veille. Mortier, le plus éloigné du sien, y
^arriva tard. Heureusement, le corps de Bliicher, qu'il de-
Jvait avoir en tête, soit négligence, soit retard dans i'ex-
ïditioa des ordres, traînait encore derrière le grand
Drancey, depuis le Bourget jusqu'à Yillepinte. Dans
IParis, Moncey haranguait avec précaution la gai-de na-
Rtionale. On s'en était trop défié. Elle fonmit voloataire-
■ ment trois mille hommes de postes estérieurs, et des ti-
faOleurs sur la ligne. Ainsi, chez les Alliés, Biiicher à
leur droite, à leur gauche le prince de Wurtemherg, ne
MJUvaient arriver avant midi ; mais, k leur centre, dès la
première heure du jour, tout était prêt.
Un soleil pur commençait à paraître à l'horizon d'un
tl serein, et k éclairer ce dernier de noa jours de gloire.
s premiera rayons, à six heurea dn matin, un pre-
oier oonp de canon russe annonça la fin de l'Empire et
a dernière bataille l
Rayefski débouchait à la fois de Pantin et de Komain-
) ville. Six mille soldats, les trois quarts recrues, sous deux
généraux blessés, Rebeval et Michel, leur droite en
[fcvant de Saint-Gervaia, leur gauche à la route de Boody,
Bontini-ent, en l'écrasant de leur mitraOle, la première de
8 attaques. En même temps, Compaus et Ledru des Ea-
»rt8 s'apprêtaient contre la seconde, sur les hauteui^ des
ipréa SaintrCervais et dam le bois de Romainville. Mar-
l<mont n'était point encore en ligne. Il accourait de ses
^cantonnements, et montait rapidement sur les hautem's,
^i Gharonne, Bagnolet et Moubreuil.
m MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
Un faux rapport !e persuadait que Roiiiain\ilIe, clef de la position, était resté libre ; il se hâtait pour aller s'y établir, lorsque, dans les deraièreB ombres de la nuit, il se heurta conti'e les Russes dans les bois de ce vUIag^. Ceux-ci prirent cette rencontre imprévue pour nue agression ; ils s'étonnèrent, ils crurent la force proportionnée à l'audace, et s'arrêtèrent incertains. Hanuont fut plus surpris encore, mais il ne se déconcerta pas. L'ombre et îe bois cachaient sa faiblesse, il en profita : il appela à sa gauche Ledru des Essaits, et, pendant qu'il poussait devant lui, il fit menacer, de sa droite, en avant du plateau de Mal- Assise, le flanc gauche de l'ennemi, L'efifort bientôt devint général, et les Russes, refoulés de toutes parts, au lien d'attaquer, perdirent trois heures à défendre les premières maisons de Pantin et de Eomainville.
Mais là s'arrêta notre succès, et Rajefaki que sa retraite avait concentré. Sur ce sol accidenté, à nos charges henreuses succéda un combat opiniâtre et sanglant de tirailleurs, soutenu, de part et d'autre, de pied ferme. Cependant, l'arrivée de Mortier à notre ganche et de Langeron à la di'oite des Russes, en alimentant le feu, l'étendaît jusqu'à Auberv illiera. 11 était déjà dix heures ; on respirait, et nos maréchaux, fiera du bonheur de ce premier effort, ae raffermissaient, quand Barclay de Tolly, inquiet, voyant Bliicher et le prince royal de Wurtemberg encore eu arrière, son attaque isolée, et Rajefski fléchir, appela toutes ses réserves.
Alors s'avancèrent sur plusieurs colonnes les grenadiers russes, la 6arde prussienne, celle de Bade, toute l'élite
BATAILLE DE PABIS.
eanemie. Les unes se précipitèrent entre le canal et les
hautenre, jusque aurSaint-fîervaia; les autres montèrent
de tout«s parts à i'asaaut des plateaux élevés de Romain.-
rville et de Mal-Assise. Déjà, Montrenil bombe à la droite
e Marmont, Bagnolet est menacé, et déjà, sur sou flanc
(anche, Saint -Germain, prêt à succomber, va livrer
flsage, entre les deux maréchaux, à l'une des colonnes
asses. An centre, et toat à la fois entre Mal-Aasiae et
ïomainville, d'autres masses, vigoureusement lancées,
font ployer nos conscrits épars. Tout semble perdn sur
tons les pointa ; les avennes de Paris se couvrent de la
multitude de dos blessés rjui se retireut ; de tons côtés on
: Au secours! Mais Marmont, inébranlable, domine
^core tous ces dangers. C'est ia plus belle journée d'une
ie dont tant de joura furent remarquables !
' Chabert et sa faible brigade s'éteignaient dans le bois
: Komainville, Cette première position, envahie de
(ont, était tournée par ses deux flancs ; quelques poignées
fe recrues, bien encadrées et bien commandées il est vrai,
estaient seules pour disputer la seconde ; et pourtant,
«Hn de 80 résigner à se défendre, Marmont répondît à
Btte attaque par une agression pareille. Il poussa en face,
trRomHÎnville.Fournieret quelques centaines d'hommes,
iru des Essarta à gauche, et Fabvier avec un bataillon,
: Saiut-Gervais. Ces faibles secours arrivèreat si à
ropoB et l'élan fnt donné si audaciensement, que tout
ait à la fois : l'ennemi, culbuté, céda; et pour la
e fois, rejeté dans Montrenil, Pantin et sur les
de Komainville, Barclay y fut contenu par les
un MÉMOISM lyÇîî i
ieax de nos tirailleurs et par nne tîts ornoonade.
Ce génènti, rebuté, s étonna. II était k peine oiiae bearea, et déjà, deux fois vainen. il Tenait, dans l'i-lite qni loi était confiée, d'épronver des pertes cruelles. Il a'arléta. sanglant et tout en désordre, ne songeant plo» qa'k rallier ses corpe dispersés par les accidenta dn terrain et par lenr défaite ; et, se contentant de s'affermir sur son point de départ, il se résigna à attendre, derrière un fea bien nonrri, le concoare ^imnltanc des attaques de Bliidwr et du prince de Wurtemberg.
Marmont, de son coté, rectifia sa ligne de bataille »• terrompue par d'énormes vides. Son corps d'année pnaque entier était dispersé en tirailleurs : quelques pdobOM seulement marquaient ses Inigades, ses divisions aimb, et sept <xaU hommes sons Ricard, tonte sa Téseml Compaus, avec une batterie de douze, placée en bœ it Pantin, et Mortier, par sa droite, l'appnvaient. Cdiû-ci di^ulait tonjonrs Anberriltiers, et Bellianl avec n cavalerie, la gauche à Saint-Ouen, gardait enctwe b plaine.
Entre c^ second et le troisième acte de cette glorieuB étemelle joomée, c'était nn repos. Il trompa le QmirtiBr Rojal. Peodant ces cinq premières heures, le roi Jooqjb, embarrassé de sa double respozisabilité civile et et environné d'officiers sans commandement, sesordres, était resté fixé sur Montmartre. Horsde portée et même de vue du combat de Marmont, il n'eu avait pa jnger l'importance. Ce prince, d'an esprit fin et cakJTê et d'une dotuenr d'une et de mœurs attrajante, ue mam.-
^r BATAILLE nî PABIS. HT
' qnait certes pas du valeiu' personnelle, mais il nëtait nullutiient général. Soq esprit irrésolu, aii lieu de s'emparer des circonstances, se laissait dominer par elles. Il lenr donnait toujours le temps de grossir, jusqu'à ce qu'il n'eût plus qu'à s'y soumettre.
Ce fut en ce moment que les rapports des deux maréchaux lui apprirent qu'il ne fallait plus s'y méprendre, et que c'était avec la Coalition tout entière qu'on étiiit aux prises. Mais les succèB de ITannont semblaient démentir cet avis ; et !e roi, sur ce sommet, dontait et se flattait encore, lorsque, coup sur coup, trois de ses officiers vinrent lui confirmer l'immineoce du péril. Le dernier, l'ingénieur Peyre, tenait en sa main une plus fficheuse nouvelle. Prisonnier depuis la veille, il était renvoyé par ies Souverains Alliée eux-mêmes ; il rapportait lenr proclamation adressée à la capitale. Elle annonçait, m'a- 1- il dit, non-seulement la présence de toute l'Invasion, mais le renversement de la dynastie impériale on de l'Empereur ! Dans sa perplexité, Joseph appela les ministres et les généraux qui l'environnaient, il leur demandait conseil, quand un quatrième officier accourut. Il n'était plus temps de délibérer : l'armée de Siléaie entière venait d'apparaitre. On en montra au roi la gauche, s'établissant sur les deux rives de l'Oureq; le centre, se préparant contre La Vilictte et La Chapelle, la droite enfin masquant 8aint- Denis, et l 'avant-garde, attaquant déjà, dans Auberviiliers, le duc du Trévise.
Alors, i! était près de midi, cinq heures avaut la fin du combat, le prince, jugeant la position désespérée, ce qui
x&uomvs
efrop n
WVTS AIDK DE CIMP.
I, autorisa les deux maréch taler. Puis, il abaDdonna le champ de bataille, rnSme, où il évita de rentrer, et prit le chemin de Bloie, en envoyant l'ordre ans grands fûnctionnaires et aax membrua du gouvernement de suivre sa fuite.
Sfio plnii grand tort, en ce moment, fut de ne point s'assurer de ceux dont il devait soupçonner la trahison. Quant au reste, ai, les jours précédents, il eût peut-être pn tout sauver encore, dans ce dernier jour qne pou^'ait-Q faire; Le temps, les hommes, tes armes, tout manquait. La position de Montmartre elle-même, où il se tronvait, un corps d'iirmée ennemi, celui de Langeron, allait l'attaquer ; et, qnand cinquante canons auraient pu la défen-dre, elle n'était armée <]Ue de sept canons mal approvisionnés, sans autres défeuseurs que quelques gardes uatïonaoi le prince Sui-même et son escorte I
A son exemple, la foule d'officiers sans troupe qui l'entourait, sa garde aussi, tout se dispersa. Quelques chefs de la garde nationale, incertains entre plusieurs devoirs, furent entraînés, mais là s'arrêta la coutagiou. Moncey, de ce câté de reueeînte, raffermit les courages. Malgré le départ du prince, chacun tint ferme à sou poste. An dehora, Belliard, Mortier, Marmoub, sans s'embarrasser de ce qui se passait derrière eus, sans s'émouvoir de oet abandon prématuré, et comprenant le prix d'un jour, ne songèrent qu'à faire payer à l'ennemi sa victoire le plus cher possible, et k retarder de quelques heures la catastrophe.
C'est à Marmont, surtout, qu'il faut rendre hommage
de cette résolution magnanime. Il était au pins fort du péril ; Bon coi'ps d'armée, mutilé par six heures de combat, était preaqueanéanti; c'était enfin àiui seul que le prince avait envoyé l'autorisation de capituler. Il n'en tint compte. Et pourtant, à l'aspect de tant de formidables masses, et de lem développement coiuplet, surchargé de la responsabilité qu'il prenait sur lui d'exposer aux horreurs d'une prise d'assaut la capitale, acculé à ses portes, et n'ayant pour les défendre qu'une poignée d'hommes, quel autre eût osé lutter encore î Quel général n'eût alors cédé à la nécessité ? Qui de nous jamais eût songé à lui en faire une reproche ?
L'orgueilleuse, la noble valeur de Marmont l'éleva audesans de toute appréhension. C'était l'un des plus anciens compagnons du grand Capitaine ; c'était le dernier combat des restes de la Grande Armée; le dernier moment d'indépendance de la capitale de la grande Nation ; il comprit que toutes ces grandeurs ne pouvaient succomber comme tant d'autres ; qu'il fallait là d'autres sacrifices, de plus sanglantes funérailles, et il se dévoua! Il fit plus : ce dévouement héroïque, il sut le faire partager à tons les siens, car ancun ne l'abandonna.
Et cependant, an delà de sa droite, hors de sa portée, le prince de Wurtemberg, avec une autre armée, tournait sa position, en même temps que contre notre gauche accourait Bliicber. Déjà même, et malgré la défense désespérée de quelques centaines de conscrits et des élèves vétérinaires d'Alforfc, Saint-Maur et Charenton, pris à revers, tombaient ; Bercy était pria ; k gauciiede PahJen,
•MEMOIKES DXN AIDE DE CAMP.
Be joignant aux Wnrtembergeoia, avait dépassé Vincennes, et, devant la barrière du Trône, l'artillerie de réserve et les Polytechniciena, s'avançant iatrépidement, étaient renveraés. Vingt et nn de ces élèves venaient même de payer de leur sang l'illustratioa que leur dévouement ajoutait à la renommée de lenr École.
Heureusement, la garde nationale de ia huitième l^on fit alors une sortie ; le 30'°' de dragons, conduit par Ordener, chargea l'ennemi eu flanc ; les pièces de résem •\m restaient firent feu ; piusiears canons furent repris, et l'attaque, réprimi%, recula. .Unei, grâce à la huitiènie légion, aux PolvtechDÎeiena et an 3<">"'* de dragons, cetie agression, qni faillit tout perdre dans cette journée, ea devint nn des glorieus épisodes.
Il était une heure. Après une sorte d'intermède d'one heure et demie, d'une fusillade de tirailleurs, entremâée de coups de canon, le troisième acte de ce drame sanglant allait commencer. Marmont, da sommet de sa positirai, (jue deux fois il avait si vaillamment reconquise, vovsit s'amonceler et se préparer contre lui les plus formidables moyens d'attaque. Ce fut alors que l'autorisatiou de ci^ mler loi pan'bC, et que, la gardant pour lui seul, il c'en appela qu'à ses armes.
Barclay était prêt. Ânseitôt l'assaut recommence. La droite de l'infanterie de Marmont, sous le duc de Phdone, défendait le plateau de Slal-Assise. Adosf^ à des ravins, et renversée du premier choc, elle tomba dans BagnoleC et Charonne, où plongèrent aossitùt les feux des Russes. Xos soldats s'y défendirent^ et, sur la be^e
BATAILLE DE PARLÏ.
opposée se retournaiit, ils reformèrent leur ligne de Lataille : mais, bientôt rappelés au centre, ces villages restèrent abandonnes. Dès lors, notre cavalerie, débordée, coupée de Marmont, fut forcée de se réfugier sous le JIont-Louis, où elle devint inutile, tandis que l'ennemi, maître des deux villages, en déboucha sur les barrières de Fontarabie et de Montreuil.
Ce furent quatre canons, placés sur le Mont-Loiiis, et plusieurs compagnies des 7"°° et S"'* légions de la garde nationale, qui l'arrêtèrent. Ces braves citoyens s'aidèrent habilement du ten'ain ; bien soutenus par la batterie, ieurs feux refoulèrent les Russes dans Charonne. Gortschakow y fut contenu; et, sur ses hauteure, Marmont eut le temps de combattre encore.
Ce maréchal, assailli de toutes parte, allait enfin luimême être écrasé par le nombre. Il n'avait en à opposer aux masses ennemies que des tirailleurs. Ceux des Russes, plus nombreux que tout son corps d'armée, et suivis de colonnes profondes, inondaient, débordaient tous les obstacles. Vainement, les nôtres se ralliaient en pelotons à tous les déboucbéa, aussitôt culbutés que formés, l'ennemi les suivait au pas de course. Déjà, le bois de .Romaiuville était perdu, l'étranglement du plateau de Brières, au moment d'être forcé. Ed pourtant Marmont n'abandonne rien, il songe même à vaincre encore ! Il jette dans le parc de ce château Ohéneser et deux cents liommes ; lui-même, avec la moitié de sa réserve, trois cent cinquante hommes seulement et son état-raaj*or, i! s'avance, tête baissée et de front, contre l'ennemi, tentant
462 HBUOIBES D'UK AIDE DE CAXP. ^^^H
un de ces efforts désespérés dont, quoi qu'il ait f^fflB^ puis, Paris ne doit jitnmis perdre le souvenir. Mais il avait lent^ l'impossible. Pendant qn'il s'enfonce an militti des Eusses, l'infanterie, l'artillerie de Pitzchitzki le foudroient de fi-ont i huit bataillons de grenadiers fondent sur son fianc gauche, les cuirasaiers de Pahlen, sur son flanc droit; son chevsl est tué sous lui, ses vétemeats cnbléede balles et de mitraille; son chef d'état-maj'or, le général Clavel, la moitié des siens, tombent morts ou bleœés; tout ce qui ne pent fnir demeure prisonnier, et Slarmont, lui-même, est forcé de reculer sur le reste de sa réserve.
Cette réserve n'était plus que de trois cents hommes. Ce revers l'épouvanta ! Dana sa déroute, elle entraîna son chef jusqu'à la butte dn télégraphe. Là, nn bataillon de Compans et la vois du duc de Ragnae les ralliaient, lorsque Ghéneser, avec ses deux cents hommes, sortit impétueusement du parc de Brières, et surprit, en flanc et en arrière, la colonne russe. Ce retour offensif, que Marmont avait preparé, rétablit le combat. L'ennemi lâcha prise, mais îa seconde position, comme la première, était perdue.
Dans cette extrémité, le maréchal persévéra à ne point se servir encore de l'autorisation du roi Joseph. Il profita de cet instant de répit pour resserrer, reformer et raffermir les cinq mille hommes qui lui restaient, sur la troisième et dernière position qn'il voulait défendre. Sa faible ligne ae répandit au travers dn parc de Saint-Fargeau, depuis le Mont- Louis jusqu'à Saint- G er vais. Belle-
BATAILLE DE PARIS. iû3
" Tille en était le centre. Quiiot à aa gauche, (lui s'iiteadait de Saint-Clervaisjuaqu'àrOurcqjBecondde par la droite de Mortier, appuyée par une batterie de douze pièces, elle it pu Be maintenir. Les efforts des Russâs et des Frus- Jiiens avaient été inutiles. Eebeval, Secretan, Michel, tous hoH chefs étaient blessés, mais les têtes de colonnes ennemies, tonjoure foudroyées dès qu'elles dépassaient Pantin, paient étë forcées de retourner a' abriter derrière ce village. Q reste, Aubervilliei's était pris, le canal de Saint-Denis, ■s à peine ébauché, était dépassé ; et l'avant-garde de jangeron, s'avançant impunément sur le chemin de lu tévolte, forçait Belliard de reculer, avec sa cavalerie, aua pied de Montmartre.
Alors commença le quatrième et dernier acte de ce r fatal. Cette fois, l'attaque, enhardie par le succès, sdoubla : elle eut plus d'ensemble, elle fut partout si- I. L'ennemi s'était renforcé de plus en plus, tants que nos rangs s'étaient éclatrcis, que nos soldats étaient : les dents, et nos batteries épuisées de munitions. Quatre canons de position seulement tiraient encore sur te Mont- Louis ; quatre autres, sur la butte de Beauregard ; , sur Montmartre, Quant à la batterie de douze en de Pantin, elle n'avait plus un seul iwulet de calibre, hez l'ennemi, an contraire, artillerie, cavalerie, inerie et réserves, tout était accouru I La Coalition fit t honneur à Marmoot, que, après neuf hem-es d'efforts 6 l'élite de son armée contre une poignée de soldats, elle rut que, pour lui arracher son dernier poste, il lallait mir contre lui toutes ses forces.
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<> uiamlial uppalk ti lui les plue bravwL uot gôuiirmu- iiwtird, fetleîMrt, Bnudiiu Fituvwr, fltc.;«t3i iiiUt»Mu:t^.'4;«At«l;roii))«^'élit« redesomid rajnifmiEaaAa» (fcUfriik. A la vue dee Eue»*, etle finid eur ton; »ww te fur«ui'4u d^Mtfjoû-I Ihauii» ivxohia uoluLmé. wb. camK k uuu'^.JA«J, avut vriLikx dt «uufw on de bleB§TiRi,aaâi t>,^ <»d« à 'X denùer ^ina : U gnmde rue. lee mee bdié-
BATAILLE DE PAEIS. 4fi5
tlanca et sa retraite momentanément assures, lui et aes braves compagnons, allant d'nn péril à l'autre, remontent au sommet de lit position, où ila an'êtent et repoussent encore Tchoglikow I
Mais l'ennemi, vaincu dans Belleville, était resté maître des hauteurs environnantes. M arm ont voyait, desadroite et des sommets de Charonne et dt Ménilmontant, les Eusses lancer des obus sur la capitale. Leurs avant-g^ardes étaient ans prises, snr les deux flancs, avec la garde nationale et les Polytechniciens; elles allaient envahir l'enceinte. Pins loin. Mortier, assailli par tous les corps de Blucher, en tête des faubourgs de La Villette et de La Chapelle, et sur le canal de l'Onrcq, après en avoir plusieurs fois repris les abords, les ponts et les grandes rues, se trouvait tourné, par sadroite, jusqu'à la barrière Saint- Martin. Là, aussi, la plupart des chefs étaient blessés. Christiany, Curial, Charpentier, La Grange, avec la Jeune Garde et cent quatre-vingts chasseurs vétérans, ne pouTOÎent plus lutter qu'en reculant. Les nna déjà, environnés, s'étaient fait jour à la baïonnette ; les autres contenaient encore de front la victoire de Bliicher, mais^l'ennemi, les repoussant jusqu'au mui' d'enceinte, allait en foi-eer les Imrrières, lorsque le général Dejean, aide de camp de l'Empereur, arriva de Doulencourt en tonte hâte. Il apportait au maréchal Mortier l'ordre de ne point « cher- « cher à préserver Paris par une bataille, mais par l'avia « qu'il devait transmettre à Schwartzenberg: Que Napo- « léon traitait, en ce moment, directement et défioitive- « ment, de la pais avec l'Empereur son beau-père, » Le
SCÉilOIEBS DTS AIDE DE CAMP.
dnc de TréviBe obéit, mais Schwartxenlterg. m'a-t-îl ditj lui iii répondre : « Qu'il était mal tnfomiê ; qn'il igiuarà c gans doate la Déclaration de rnploti; ila Congrès de « Chàtillon : qu'il y verrait le serment des -SonverainsCoo-
< lîgœ de ne point traiter séparément : et nue, pour loi
< proQverla réalité de cet engagement, îlini en enToyait t on exemplaire. >•
En même temps, l'empereiiF Alexandre et le n^ de ProBBe, jageant déeeBpérée la position de ce muéchal, hâ envoyèrent Orlow le sommer de mettre bas les anneB. Mortier repoussa liantement cette inanité : • Paris, r^- « qua-t-il fièrement, ne lenr appartenait pas encore. L'ar-
< mée, plutôt que de capituler hontensement. g'ense « rait sona ses mines! Quant à Inî, qnoi qn'il arnTe.U ( saura bien assurer sa retraite en dépit des Russes!
.\insi.de touteaparts.toutétait arrivé à son demi» terme ! Et pourtant Marmont hésitait encore à ca^tnln. Il euTova en référer an duc de Trérise. Celui-ci ignonit t'antorisation donuée par le roi Joseph : il fit répondis que c'était an frère de l'Empereur senl à eu décider, ] qu'il le faisait vainement chercher depuis trois hei Enfin, débordé de pins en pins, et voyant Paris près d'être emportéd'aEEaut,Marmontseré8io;na. Il envoya demander une suspension d'armes. Schwartsenberg, ausaitAt, la loi uccorda. Les conditions en étaient forcées par les cire tances. On convint que le reste des haateurs estérienra serait sur-le-champ cédé aux Coalisés; que l'arméo française se renfenncraii dans l'enceinte; et que. dans deux heures, tontes les claoses de l'entière évacuation de Puia
BATAILLE DE PAHIS, 457
seraient arrêtées. Mortier ne put que se soumettre.
Ce fiit dans la Villette, à cinq heni'ea da soir. puisàParia, chez Marmont, entre les deux maréchaux d'une part, et de l'antre Nesselrode, Orîow, le comte de Paer et l'Anglais Peterson, que se consomma cette catastrophe! (3ii accorda la nuit aux débris des deux corps d'anane, pour abandonner notre mnlheureose capitale. Sa captivité devait commencer le lendemain 31 mars, à sept heui-es du matin. Les hostilités ne repi-endraient leur cours an delà qu'après neuf heures.
Pendant ces pourparlers, Montmartre, sansautre défense que la cavalerie de Belliard et deux cent quarante pompiers, fut à la fois tourné, assailli et enlevé par un corps d'armée de Bliicher. Il pénétra jusqu'aux baiTières de Clichj, de Monceaux et de NeuUly même. Ce liorsd'œuvre sanglant, cette brutale surprise, i la faveur d'un armistice qu'on prétendit ensuite avoir ignoré, ne servit qu'à donner à Moneey et à nos gardes nationaux des 1", 2'°", 9°"^ et 10°" légions, l'occasion de comlattre, d'abord en plaine, puis aux barrières, où leur contenance décidée arrêta les Russes. Là, et jusque dans la nie de Cliciiy, commencèrent des barricades. L'armistice alors intervint. Mais, un mouvement des Russes ayant paru offensif, atissiidt, dans sa juste défiance, la garde nationale recommença le feu. Il fallut que Moneey et Langeron accourussent eux-mêmes pour l'éteindre.
Le recensement des morta et des blessés vint ensuite. Son résultat fut extraordinaire ; il atteste le désespoir ha-
e et obstiné de la résistance, et ce qu'on eût pu obtenir
UfiVOIBES. — T. 111. 26
avec les moyens qu'on n'employa pas. Sur vingt-qaatre mille hommes tués ou blessés, on compta six mille soldats français^ neuf cents gardes nationaux, et plus de dix-sept mille étrangers ! Dans ce nombre remarquable de dix-sept à dix-huit mille ennemis abattus, les huit bataillons seulement de la Garde prussienne figurèrent pour treize cent cinquante-cinq soldats et soixante-sept officiers d'élite.
Que de sang ! Que de combats ! La plume se &tigne à les décrire ;conmient donc s'étonner que, enfin, Tépée ellemême se soit rebutée ?
i Cependant, tout obéiesait encore. Nos gardes nationaux consternés, noa soldats désespérés déploraient l'absence, invoquaient le retour et ne concevaient rien à cet abandon de leur Empereur.
C'était le 24 mars, et devant Soudé-Sainte -Croix, que la catastrophe avait commencé. Ce joar-là même, au moment où tout l'eapoir, tout-ea les forces des coalisés se tournaient vers Paris, Napoléon s'était hâté de s'en éloigner encore. Il n'avait songé qu'à reasaish-, à force d'audace, derrière les deux grandes armées alliées, l'ascendant qu'il venait de perdre entre leurs flancs ; à s'emparer, à !a fois, de leur retraite et de la rive gauche de la Seine qu'ils avaient laissée déserte; à rétablir, de ce côté, ses communications avec la capitale ; enfin , à attirer l'ennemi loin d'elle sur un uoaveau terrain, où tout seconderait son génie et déconcerterait la raétbode autrichienne.
Le 24, il avait donc marché sur Joinville :1e 25, il avait
Wntinué ; il avait poussé sa csivaleric légère vers Bar-sur-
Aube, jusqu'à Cliaumonfc; sa Garde elle-même avait occapé Brieune, Les grands parcs des ennemis, leurs gros bagages, l'empereur d'Autriche lui-même, séparés broaquement de Scbwaitzenberg, tout avait fui avec une précipitation dont tout ce qui tombait entre nos mains attestait le désordre extrême. Cette terreur avait paru à Napoléon d'uuheureux présage. D'autre part, le corps détadié de Wintzingerode, ce masque trompeur, laissé derrière ens par les Alliés, avait suivi sa marche jusqu'à Saint-Disier et à Éolaron, sur les deux rives de la Marne. La pouranite de ce Russe, une vive attaque, repoussée fi la hauteur de ce dernier village, avaient confirmé l'Kmpereur dans aon illusion :àaea yeux, sa manœuvre surlaligned'opérationa de Schwartzenberg avait réussi. Elle attirait, elle entraînait après lui, dans l'Est, les Coalisés ; leur armée entière le suivait ; ce corps russe en était, sans doute, l'avanbgarde !
Pourtant déjà, dans ces heureux commencements, s'était glissé un germe d'inquiétude : des prisonniers venaient de raconter la jonction des deux armées alliées, et leur marche forcée sur la capitale. On les avait envoy& à Napoléon. Son premier mouvement fut de rejeter loin de lui une aussi fâcheuse nouvelle. Mais Macdonald, étonné de n'avoir eu à repousser, le 25, qu'une attaque de cavalerie, l'en ayant fait prévenir, l'incertitude avait commencé.
Dès lors, et dans cette anxiété, Napoléon revient sur ses pas t ce doute l'obsède, il veut l'éclaircir, et lui-même, chassant la cavalerie russe du plateau de Talcour, il s'ef-
DEFECTION TALLBYRAND-MARMONT. ■Idl
force, sur ce Hommet, de deviner, au travers des rangs ennemis, s'ils lui cachent leurs souverains et leur généralissime. Leur gauche s'appuyait à Saiut-Dizier, leur droite s'étendait vers Vitry, la Marne l'en séparait. Dans son impatience, il jette, au travers de cet obstacle, par le gué de B ai ligni court, toute sacavalerie, soutenue par l'infanterie de Gérard et de Macdonald. Le duc de Eeggio devait en même temps, par Joinville, ressaisir Saint-Dizier au pas de charge. Wiutzingerode essaya vainement de manœuvrer pour échapper à la violence de cette attaque. Surpris dans tousses mouvements, les chat^s qu'il tente ploientsous l'effort desnotres: ses lignes sont rompues, son corps est dispersé, ses colonnes fuient en divers sens : elles abandonnent à Napoléon neuf canons, nu équipage de pont, dix-huit cents hommes, et torts ses bagages.
Mais, au travers de ces vains trophées. Napoléon n'aperçoit point ce qu'il cherche. Le fait enfin est avéré, les réponses des prisonniers sont positives : c'est un corps détaché de Bliicher qn'il vient de combattre ! Ce ridean déchiré, au lien de la Coalition entière, il ne trouve au delà que vide et silence I Cette solitude menaçante, cet isolement d'ennemis redouble sou anxiété. Tout entier dès lora au danger qui menaçait Paris, ses regards inquiets, sa mai'che précipitée, s'attachent sur cette direction et sur les débris épai-s de Wintzingerode. Mais, le 27, ce simulacre d'année, achevant de se dissiper, le laisse aux prises avec les larges fossés de Vitry, dont les mars épais sontdéfendus par une forte garnison prussienne. Ces remparts renfermaient le seul pont sur la Marne qui pût le con-
4t;a MEMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
daire directement au secours de Paris, et ils lui en interdisaient le passage.
Poaitaut, chaque heure de retard accroissant le péril de sa capitale, il s'irnte coutre ce fatal ohstacle, il a'épuiae d'ordi-es inesécutables ! Tantôt il veut qn'à l'inatanb Macdonald, dont les mains sont vides, combio ces fossés de faacines, dresse des échelles, et monte à l'aBSBut de ces murailles ; tantôt il appelle l'artillerie de sa Uarde, restée enfoncée dans les boues, trop faible d'aDleurs, et dont l'insuifisance était évidente. C'est ainsi que, tel qu'en un rêve cruel, loi'squ'en lui tout s'élance, tout »• tombe euchaiuc, et que se brise contre ces remparte son impuissance !
Toutefois, ces ordres trahissent seuls sa perplexité. Quant an danger de Paris, il se montre encore incréànle, soit prudence au milieu de l'inquiétude qui l'entoure, Boit besoin d'espoii', ou habitude de mépris de ses adversa Mais, en ce moment même, un bulletin du généraliBsims ennemi, trouvé sur un prisonnier, tombait aux mains fie Macdonald, La victoire de Fère-Champenoise y étaitiffOclamée : la prise de nos parcs; la destruction de Facthod; la défaite : la fuite sanglante de nos maréchaux ; et, but leurs pas, toutes les forces alliées eu pleine marche 9or la capitale I
Macdonald, aussitôt, court an bivouac de Berthierj le presse de transmettre à l'Empereur cette désastreuse nouvelle. Mais Berthier s'y refuse ; il lui répugne d'affliger son maître, de troubler sa tranquillité qui, pourtant ne pouvait être qu'apparente ; il craint ses repoussemento;
DEFECTION TALLEYRAND-MARMOST. I(;3
I n'ose affronter l'irritation que va causer, iafaiUihienient, un désappointement anaai crnel.
Il n'y avait pourtant pas un instant à perdre. îliicdonald se décida à braver Ini-même l'orage. L'Empereur l'écoata sans émotion, il sourit même, et répondit sacs hésiter : « Que cela était impossiltle ! k Macdonald insista; ce rapport était détaillé; le calibre des pièces, leur nombre, les noms des généraux prisonniers, tout s'y trouvait. Et cependant Napoléon, le parcourant d'un rejiard de mépris, en niait l'évidence, quand, triomphant soudainement : « Je vous disais bien, s'écria-t-il, que dans cette « relation tout était faux et absurde! Voyez, leur pré- < tendue victoire est du 25, et ils l'ont datée du 29 mars, « quand noua ne sommes aujourd'hui que le :J7 1 » Cette observation ferma la bouche an maréchal : il se retira confus, en s'accosant lui-même, ra'a-t-il dit, d'une créduhté trop facile.
Ce fut Drouot, demeuré convaincu de la vérité de ce rapport, qui rendit à Macdonald Ba première assurance,
II lui fit observer que la fausseté de cette date ne ponvait Être qu'apparente : que c'était sanB doute une faute d'impression, un 6 retourné ; qu'il ne fallait pas s'y méprendre! Comment d'ailleurs supposer, dans un document inventé, nne erreur aussi invraisemblable? Alors Macdonald, plus que jamais effrayé, revint à l'Empereur. Cette fois, Napoléon demeui-a silencieux. Il reprit ce fatal bulletin, l'examina attentivement, puis, toujours sans s'émouvoir : a C'est juste, répondit-il, cela change tout ;
■ < il y a là un parti à prendre. »
iGl MJ.:M01EES DfS AIDE DE CAMP.
Macdouald proposa sur-le-champ l'abandon âe I^is; d'en faire un piège à la Coalition, en hâtant la réanion de l'année à t' insurrection, ans garnisons et aus forteresses lorraines. « Affermisaons-nous, a'écria-t-il, entre c l'Invasion et sa retraite; et détruisons d'abord, par one « guerre active, tout ce qu'elle a laissé derrière elle ! » L'Empereur, déjà absorbé dans nue profonde méditation, le laissa dire; puis il répondit : « Qu'il allait y réfléchir a et se décider, mais qu'il avait besoin qu'on le laissât « seul. »
Bientôt, et de toutes parts, tout confirma la triste nouvelle. Il n'v avait plus à en douter, la Coalition avait enfin pris un parti extrême. Napoléon était prévenu, devancé, gagné de vitesse ! Taincu pour la première fois en détermination, l'offensive, seule arme qui convoDait à sou génie, Ini était arrachée ; la défensive elle-même aussi. On avait séparé de lai la guerre ; ou la lui avait dérobée ; on l'avait mise hors de sa portée, dans l'iustanl le pins décisif!
Alors tout ce que. jusque-là, il a repoussé, les aveitiesemc'Uts de Metternich, les francs avis de Caulatnconrt, ceux de ses autres ministres, tout lui revient, tout l'obsède. Il sent que, cette fois, l'attaque est au cœur! Il sait que, en France. Paris, centre de tout, bien autrement qu'à Vienne, Madrid, Moscou et Berlin, a le privilège des révolutions ! Se de l'une d'elles, et non sur le trône, comme les Souverains qu'il chassa de ces capitales, ii craint que ce trône conquis ne lui soit arraché par la conquête; que le dioit, né de la victoire, ne soit annnlé
DEFECTION TALLEYEABD-MAÛMONT. 4i>j
par elle; que désormaÎB, Empereur errant Bans capitale, il ne s'entende plus qualifier que de chef de partisans, d'aventurier même ; et qu'enfin le cri d'indignation de sa grande ville, subjaguée, humiliée, livrée à ses ennemis extérieurs et intérieurs, retentissant Jusque dans son armée épniaée, ne détruise bientôt l'ascendant, déjà ébranlé, de son génie sur cette armée même !
C'était là pent-étre un motif de plus pour l'en éloigner encore, pour pereévérer dans son premier projet, comme le conseillait Macdonald. Le duc de Reggio, témoin du patriotique enthousiasme de la Lorriiine, appuyait l'avis dn duc de Tarente. Mais Napoléon redoutait une déchéance : il craignait de descendre du rang d'Empereur d'un grand Empire k celui de chef d'une Vendée impériale. Près de lui, Key et Berthier voyaient aussi. tout dans Paris, Leur chef était ébranlé, ils l'emportèrent !
Au milieu de cette anxiété, il était revenu àSaint-Dizier. Là, dévoré d'inquiétudes, il resta pendant toute la nuit du 27 au 28, les yeux fixés sur ses cartes. Il mesurait les distances ; il essayait tontes les voies. Sa perplexité choisit d'abord la plus courte, celle de Suzanne à Coulommiers, route de terre, à laquelle Berthier le fit renoncer comme impraticable. Elle conduirait d'ailleurs encore à la Marne, dont, infailliblement, l'ennemi garderait tous les passages. Il se décida enfin poni' celle de Troyes, quelque ruinée qu'elle dut être, et quelque grand qu'en fût le détour, La Seine, du moins, le couvrira ; il n'y aura là qu'à marcher, et il espère arriver, encore à temps, au secours de sa capitale.
460 MÉilOIKES D'UN AIDE DK CAilP.
Le 28, de grand matin, à son ordre tout se rekiume, tout marche dans cette direction. Lui-même était prêt i quitter Saint- Dizier, lorsque des prisonniers, ramassa entre Laugres et Sancy, lui sont amenés. Weisaeiaberg, ambassadeur de Vienne à Londres, était parmi ens. Quant à l'empereur d'Autriche, une fuite rapide, jnsqn'i Dijon, seul, et sur nn drochkj découvert, l'avait suave. C'était un malheur de pins, car tout alors tournait contre noos : la dernière manœuvre de notre Empereur, en livrant !e centre dn Gouvernement aux pins acharnés do princes ses ennemis, venait d'en séparer le seul interné à la conservation du trône impérial.
Cette fâcheuse circonstance n'ébranla point, elle augmenta peut-être sa détermination. Il essaya d'en profiter en rendant la liberté à ces captifs, et en chargeant "ff'ei^ semberg d'une dernière démarche prés de l'empereiirsa beau-père. Il paît ensuite, et, quand la nuit du 38 an 39 l'arrête à Doulevent, loin d'y trouver quelque repos, dea émissaires déguisés, venus de Paria, redoublent si quiétude.
Le 29, avant le jour, il remonte à cheval, et vers des: heures il atteint, au pont de Donlanconrt, la grande r de Troyes en Lorraine. Une troupe de couiriera, chargé de nouvelles de Paria, y attendait son passa^re. Il y eut 1 une halte ; elle fut critique. Elle eut lien dans un pré, et découvert. L'Empereur y lut ces dépêches. li se 1 rendre compte, questionnant, allant, venant, et daiui n agitation cruelle !
A quelque pas de lui, plusieurs de ses officiers les pin
DEFECTION TALLETBAND-MARMOST.
intimes, de qui je tiens ces détails, l'observaient avec anxiétt'. Qu'ailait-il faire ? Arrivé bot ce point etratégi- (jue, il pouvait une seconde fois choisir, se décider, et prendre k route, ou de Paris, ou de la Lon'aine. Son premier pas, près de ce pont de Doalancourt, allait décider de tout. S'il le laissait à droite et tournait vera Bar, tout leur semblait sauvé! S'il le traversait au contraire, le retour sur Paris était résoiu, et leur perte, alors, leur semblait certaine I Ils se demandaient pourquoi l'on irait coarir trop tard, et tout éperdu, vers la capitale ; pour(]uoi, lorsque l'ennemi profitait de son avantage, abandonner celui qui nous restait, accepter sa guerre, et renoncer à saper sa base quand il attaquait la nôtre? N'avionsnous en France, comme lui, qu'une seule base d'opérations ? Maîtres de nos mouvements sur celle des Coalisés , qu'importe l'occupation momentanée de la capitale ? Que l'eanemi y trouve sa perte ! Qu'il y expie son audace de s'être aventuré ainsi jusqu'au centre de notre Empire ! Depuis l'ouverture de la campagne on n'a cessé de prévoir cette extrémité : pourquoi donc, quand on a dit se femiliariser avec les résolutions qu'elle entraîne, quand il n'est plus temps de choisir quand il n'y a plus qu'à persister, pourquoi changer, tout abandonner, et sacrifier au danger de Paiia ia seule ressource qui nous reste ?
Tls parlaient entre eux ainsi, et leurs regarda, fixés sur cliacmi des mouvements de l'Empereur, semblaient vouloir l'inspirer de l'élan qui les enflammait. Ils furent déçus. Aujourd'hui encore, plusieurs d'entre eux disent r, lorsqu'ils virent leur Chef infortuné tra-
us 1CEM0IK£S DTS AIDE DE CAMP.
Teiser l'Anbe. preodre précipitamment lanxUe en ordonnant à tons ses corpe d'enfouir les cai munitions qaïl ^mirait abandonner, et âele et nnit, an pas de conise !
C'était alors qn'il arait envoyé Dejean l'i Paris ponr le lendemain. Bans Trores. on îl arrÏTe M. miliea de la nnît, pendant qne ses «Jter&nx sosfilent atrepaissent, il trace l'ordre général de la marche de Vi qui ne doit le rejoiadre sons Paris qne le 2 arriL Pour lui, sans repos de corps ai d'esprit, il repart avant que le fatal soleil da 3t' mars l'éciaire ; il court josja'à Vitleneave-rArckeTéque, et, rongé de aoacis, écrasé de fatt- ^ne. îl s'arrête qnelqnes instants, seal arec Ner, dans maison de pea d'apparence. Là, tons deax, assis pics d'as foyer presque éteint, cherchaient à le ranimer, mal ai échangeant de tristes paroles. An m.i!ieil de cet enl il jette nn regard aotoar de loi. et, le ramenant sor le maréchal: < Eh bien, N^ey, lai dit-il, que peneez-Tooa de 1 cette chanmière et de notre poeitiwi ? Se croi « pas qn'anjoiird'hni nous serions hien hemenx d'An
< assurés, ponr nos vieux joar^. d'tme retraite sembb-
< We? »
A cinq heores après midi, à TiUenenve-snr- Vannes^ il se jeta dans onecarriole depœte; Utrav^-se ainsi Uonit pois Fontainebleaa. Aux divers relaie, îl apprend m^ ceseiyement, qne Plmpératrice. que son âls ob& fiû A Paris ; qu'on se bat en vce des mnis ; qne rennemi ot anx portes ! .\Ior3. et de plus en plus, dans sa perplexité tout en lui devance la cooik rapide des cheraox qoi
DÉFECTION TALLEYBAND-MAEMOST.
l'emportent à toute bride : les roues brûlent le pavé, et, de ses cria eocoi-a , il presse leur course.
Il atteint enfin, vers dix heures du soir, les fontaines de Juvisy et Fromenteau. Là, à cinq lienea de Paris, il relayait ; il n'arait point encore perdu tout espoir d'y entrer avant l'ennemi, quand, au travera des ombres et de l'empressement qui l'entourent, il aperçoit des générans, Belliard entre autres, le chef de la cavalerie des ducs de Trévise et de Raguse. A cette vue, il s'élance hors de sa voiture; il saisit la main de ce général, l'entraîne sur la route, et s'écrie : s Qnoi ! vous, Belliard ! Qu'est-ce qne ce cela ? Comment, voua ici, avec votre cavalerie ? Où « donc est l'ennemi ? — Aux portes de Paris, Sire. ~ Et «. l'armée ? — Elle me suit. — Et qui garde la capitaJe ? s — La garde parisienne, Sire. — Que sont devenus ma « femme, mon fils? Où sont Mortier et Marmont ? « Belliard répondit que l'Impératrice et le Roi de Rome étaient partis le 28 ; quant aux maréchaux, qu'ils étaient encore à Paris, où ils terminaient la capitulation ; puis , en quelques mots, il lui apprit les événements qu'on vient de lire.
Cependant, l'Empereur, dans son citation, entraînait vers Paria, à grands pas, ce général, Berthier et Caulaincourt l'avaient rejoint, a Eh bien 1 voua l'entendez, s'écria-t-il, alloua 1 Je veuxaller k Paris ! s Et il demandait sa voiture. Belliard lui représenta qu'il ne pouvait aller ^Ina loin, qu'il n'avait plus un soldat dans Paris. « C'eat « égal, reprit Napoléon, j'y trouverai la garde nationale, a Demain, après-demain l'armée me rejoindi'a, je réta-
Madia. « QwOe «lÉ donc oea»txmalàan r E'ecTùrS^ a pcnor. Qai Ta eondiie ? Que ttât itmepb : Oà «ot le
I r^Krmlit : qu'il n'irait d'ikotre <flW de M Feodrt » Funtaineblesa; qu'il ignorait 'ju«, piiuduit tionte !ti bataille, chAqoe maréciial avait agi |iiiur wiu imufiM, et (jii'oD n'avait reçu d'aillenTG aiicu 'jnjr"'. n AlJ'riK, reprit l'Emperenr avec emportement 0 purLouk I II faut aller à Paris ! Pariont où je ne «û g ]Miii, «ti Ile fuit 'jDË des Bottises ! d Et il uo l'^ssait de d& luuuikr M ToiLore, que Caol&incoiirt aimonçait, saJU k tkire »p[l^K^Je^. 11 repoussait les suppli cations du de N(;ach&bel. rttcommençaDt les mêmes interpellatùinià Beiliard, I "entraînant ton jonra vere Paris, àpas de {dnai
DÉFECTION TALLEYRAND-MABMOKT.
précipitéB. Il a'écriait : •< Qu'il eût fallu tenir plus loug- <r temp8,atteiidre80ii année ! Qu'on aurait diiremner, aou- « leverParis, qui, certe8,n'aimaitpo!ntlea Russes, mettre u en action la garde nationale ,- lui confier la garde des « fortifications, que le ministre aurait dû iâire élever eb c£ hérisser d'artillerie ! Que cette garde nationale était
tm bonne et brave: qu'elle le» aurait mûrement bien f gardées, tandis que les troupes de ligne Qu'aient « combatta en avant, sur les hauteurs et dans la a plaine 1 s
A ces reproches, Belliard opposait qu'on avait fait plus qu'il n'était possible : que, depuis six heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, vingt miUe hommes, tout au plus, avaient résisté à plus de cent cinquante mille : qne, au bruit de son arrivée redoublant d'ardeur, on avait forcé l'ennemi à tourner Paria, par Saint-Ouen et le bois de Boulogne ; que la garde nationale s'était montrée bravement, soit ans portes, soit en tirailleurs, mais que, avec dix-huit cents chevaux dans la plaiue, quelques méchantes palissades aux barrières, et sept ca^ nons seulement s'ir Montmartre, il avait bien fallu céder eniin à une aussi longue et aussi formidable attaque.
Ici, Napoléon se récria d'étonnement. « Quoi ! Monta martre n'a point été fortifié? Il n'était point garni de 4 gros canons ? il n'a point fait de résistance? Qu'a-t -on " donc fait de mon artillerie ? Je devais avoir des mu- " nitions pour un mois dans Paris, et plus de deux cents Il pièces à mettre en batterie pour le défendre ! » Alors , le général ayant ajouté, m'a-t-il dit lui-même, qu'on n'a-
vait va qne de l'artillerie de campagne, et si mal appro- TiBioniiée, «jn'à deus heures il avait fallu écoDomiser tea feux pour les faire durer, l'Empereur, indigné, leva les yeux au ciel, et. frappant da pied !a terre, il prononça violemment sur son frère et Bnr un autre pereonnage de si cnielles paroles, qu'il, faut les taire. On doit, d'aîlleiiis, en convenir : c'était sa propre persistance, en dépit de sollicitations redoublées, à ne voDloir ordonner poor Parts ancnn prêparatif de défense, t^ni avait augmenté te péril en voulant trop le dissimuler. Ce fait, sana Otcc à l'amertome de ses plaintes ce qu'elles n'avaient qne dk trop jnste. on 1^ retourne contre loi-méffle, on en £bInae beaucoup l'autorité.
An milieu de ce déb(»dement de déesfmir, il amxékti^ toujours vers Paris. lorsqu'il ^lerçu one béte de eahi^mt c'était rinfaaierte do doc de TrévtK. D le Jemanfc i^ sitâc : mais Uoitùr éait atoote du» k capitala. Akn^ s'aSûblMsant, au reoUndit rifitet k ptanean rcfÔMs ( SxfaeanBtKpIwâtettoBtpadM! *
Ka ce Motat, û WMÏt de «'i— eoir iar)eb«l*hi gtaiHk nnÉe; knqa^se nisnat, fl d^nndK lUkiitf jtnrmm. Onkiianaà k bubm d» paate dta 1^ ■WMÉf Là, dis u astre tgmam^t/ùa^ icak fM*i .. ■-■■■- ^.g ^^ txmia, atal kneU^aft
DEFECTION TALLETIIAND-MARMONT. 473
sienne sous sa main, on lui dit que dans quatre jours elle arriverait. « Quatre jours ! reprît-il vivement ; ah ! deux « jours seulement, et dans Paris que de défections ! « L'Impératrice elle-mÉme ! Oui, j'ai voulu son départ, < car Dieu sait à quoi l'on aurait pu entraîner son inex- « périence! » Puis, retournantàses cartes, aprèsquelques instants d'une profonde méditation, i! se redressa soudainement : n Oui, je les tiens ! s'écria-t-il, Dieu me les et livre ! Mais il me faut quatre jonra ! Ces quatre jours, * vous pouvez me les gagner en pourparlers ! s Et il en indiquait la manière, quand, sur une observation de son ministre : a Non, non, répond-il, plus d'hiuniliations ! a Point de paix honteuse! C'est de la grandeur de la « France, c'est de son honneur qu'il s'agit ici ! I/épée « seule, dans une dernière lutte, en doit décider ! Je ne Œ veui que quatre jours ! Vous, vous seul, pouvez me les « gagneraur l'empereur Alexandre et contreles intrigues a qui vont l'obséder I Partez donc vite ! Quant îi moi, je « vais à Fontainebleau vous attendre, attendre l'ai-méc, a et tout préparer pour venger la France de l'humiliation « momentanée qu'eue subit ! b
Il était encore plein d'animation quand il envoya un courrier à l'Impératrice. Mais alors, son parti étant pris, ^uisé de fatigue et d'émotions, tous les ressorts en lui, depuis trop longtemps et trop violemment tendus, se détendirent : il tomba dans un large fauteuil, qu'on voit encore à cette poste, et, s'affaiesant, il s'y endormit d'un si lourd sommeil, que le îendemaîn, 31 mars, vers quatre heures du matin, il fallut des efforts reitérés pour l'en
474 UÉMOraES D'US AIDE DE CAMP.
arracher, pour le rappeler à loi-même, à sa position, et obtenir de Inî de nonveauï ordree.
Un piqnenr, envoyé par le duc de Vicenoe, venait d'arriver. La capitulation convenue la veDIe, 30 mara, vers cinq iienres du Boir, avait l'té complétée et BÎ^ée » deux hecres du matin. Paris appartenait à la Coalition ! LeB bivouacB ennemis jetaient, de la rive opposée, des lueura menaçantes. Il n'y avait plus qn'à retonrner 4 Fontainebleau, Napoléon s'y laissa conduire. Il y arriva à flix heures du matin, après avoir ordonné aux débris des corps de Mortier et de Marmont de prendre position sur l'ËBsonne.
Un témoin a écrit que Napoléon rentra dans Fontainebleau accablé encore. Deux de ses officiers qui le suivaient, Canouville et Corbineau, disent que dans cette ville, à l'aspect de leur Empereur repoussé de sa capitale, leB habitants accoururent sur son paBsage, les mains jointes, la figure consternée; qu'on entendit des sanglota, et que, de tous ces yenx, silenciensement attachés anr cette grande infortune, il coulait des larmes !
On sait que là, dans son mulheur, il évita les souvenii's de son bonheur passé, et que, refusant de rentrer dans ses grands appartements, il ne prit dans ceux qui bordent la galerie de François I^' qu'un logement militaire. Quelques moments de repos lui rendirent ses forces piiyaiqnes, abattues par tant d'anxiétés et de fatigues.
1 lans cette première journée, on remarqua : au dehors, l'arrivée successive des troupes de Sonham et de la Garde j nu dedans, l'ugitation qui ressaisit l'Empereur, son der-
DEFECTION TALLETBASD-MARMOST, 47i1
nier entretien avec le duc de Raguse, un dernier travail de réoTganiaatioii de ses corps d'armée ; après quoi, se renfermant, on croit qu'il i-etomlia dans une méditation laborieuse aur le parti qui lui restait à prendre, pour ressaisir aux Alliés sa capitale.
Le lendemain, l""" avril, dans un Conseil, il se refusa à porter la guerre sur la Loire, et, contre l'avis de tous, un seul excepté, il se décida à combattre devant Paris, dont il craignait la défection, et qu'il voulait contenir de sa présence.
Vers onze heures du matin, revenu devant Essonne, il en jalonna les positiona avec les chasseurs de son escorte. Sa reconnaisBJince achevée, il dit an duc de Raguse : « Manuont, à demain, et sur Paris, avec quatre cents n canons et cent mille hommes î s Puis, ayant ordonné au général Vincent de propager ces paroles menaçantes, il rentra dans Fontainebleau, d'où il envoya aux dacs de Tréviseet de Raguse soixante canons, complètement approvisionnés. Eu ce moment, et d'heare en heure, arrivaient de faibles têtes de colonnes, harassées, revenant, en toute hâte, de la Champagne. Mais, d'heure en heure aussi, chaque nonvelle de Paris aggravait sa position, ébranlait ses entoars, et ne faisait que trop pressentir nn dénoûment prompt et funeste.
Le 2 avi'il, à l'heure de la garde montante, il descendit dans la grande cour du château, et pai-courut les rangs des chasseurs et des grenadiers delà Vieille G ai-de. Quelle que fût sou anxiété intérieure, d'abord sa figure fut calme, et son attitude, impassible. Tous disent que, dans
47fi MEMOIRES D'TTH AIDE DE CAMP.
ce dernier moment, k sa contenance ferme et crurent voir encore en lui leur grand Empereur, tel qu'ils se le rappelaient à Schœnbrunn, à PotBdam, au Prado, au milieu dn Eremlin et dans les Tuileries, faisant défiler h parade ! De leur côté, ces viens et inébranlables débrie de tant de batailles lointaines le saluèrent d'acclamations plus vives encore qu'aux champs victorieux d'Austerlita et de Friedland. Mais, vers la fin de cette revue, une rumeur annonçait le duc de Vicence. L'Empereur s'émet : c'était sa destinée qu'il allait apprendre ! Il se contint pourtant ; il affecta même de continuer à ne s'occuper que de Mouoey, qui lui présentait uu nouveau bataillon ramassé parmi ses gendannes.
Caulaincouit s'approchait lentement. Son extérJear était composé, iia, démai'cbe, déjà ordinairement raide et grave, était sévère, triste, et même sinistre. En arrivant enfin près de Napoléon, alors placé au pied du grand eacalier, il se découvrit, lui dit quelques mots à l'oreille, et l'Empereur, qu'on vit tressaillir, s'étant brusquement retoumé, la foule des oiBciers qui l'entouraient s'ouvrit j il la traversa, suivi de son grand écuyer, qui, d'un signe de tête désespéré, ne répondit que trop clairement aux regards avides qui l'interrogeaient. Cependant, Napoléon, après avoir monté avec précipitation, disparut dans son appartement, oii il s'enfeiraa seul avec le duc de Vicence.
C'est là qu'il apprit, dans tous leurs détails, les événements, suites de la convention, d'aliord verbale, qui avait terminé la bataille : les poniparlers, dans Bondy, pen-
DEFECTION TAIXETEAND-MAKMONT. 477
dftot la nuit du 30 au 31 marB, des maKistrnts de Paris iivec Alexandre, pour régler l'occnpation de la capitale ; l'affectation des paroles généreuses et iibéi-ales de ce prince envers la France, en ne se dcclarant l'ennemi que d'un seul homme ; les vengeances, les inimitiés du dedans en libre contact avec colles du dehors, et tous ses enneroÎB intérieurs ralliés aux ennemis de l'E
personne.
Pourtant, avant l'entrée des étrangers, nos royalistes, quoique passionnés qu'ils fussent, n'avaient osé se prononcer pnbUqnement ; le sentiment de leur faiblease les avait contenus. Mais la nuit avait favorisé et redoublé leurs sourdes manœuvres. Depuis, l'un d'eux, justement célèbre par son esprit, un prêtre, naguère disgracié du palais impérial, les a divulguées dans l'aveugle ivresse du snccèa. Aujourd'hui, le temps a changé en aveux ces vanteries, et l'histoire est forcée de s'en servir.
Pendant que les démarches de Canlaincourt auprès d'Alexandre ont été écartées par un ajoumemeuc, l'esprit de parti, l'intrigue et la trahison ont trouvé leur chef. Un grand, mais insidieux personnage, le plus habile de tous ceux qui épient, avec une attention froide et intéressée, la fortune des Princes, pour la prévenir et changer à temps, avait donné le signal. Disgracié par Napoléon, Talleyrand, soit intérêt pei^oniiel, soit conviction que les temps étaient venns, pour lui comme pour la France, d'accepter une autre fortune, s'était décidé contre l'Empire. Le 30 mars, il avait paru obéir aux ordres <]ui l'appelaient à la snite de la Bégeate ; mais une feinte violence.
478 MEMOIHEa D'UN AIDE DE CAMP.
concertée entre lai et sea amis, l'avait arrêté comme il sortait des barrières ; on l'avait ramené dans Paris, oii son hôte! était devenu le centre de la révolution, le quartier impérial d'Alexandre, le lieu même où s'opérait, en ce moment, la déchéance de l'Empereur et la restauration de la dynastie royale.
Depuis longtemps, Savary en savait beaucoup sur ce grand dignitaire. On ignore s'il n'osa s'assurer de sa personne, s'il l'oublia, ou s'il le laissa derrière lui, comme un utile intermédiaire qu'il se réservait dans ce naufrage; le dévouement des hommes politiques n'allant guère jusqu'à brûler leurs derniers vaisseaux, quelque compromis qu'ils soient, et peut-être par cela même !
Le lendemain 31, aux premiers rayons d'un soleil revenu brillant comme la veille, et dont la splendeur contrastait avec notre deuil, les Alliés, après avoir dormi du sommeil des vainqueurs, ont abandonné leurs bivouacs, et bientât, aux accords joyeux de leur musique guerrière, ils se sont formés en colonnes. Tous portent à leurs bonnets nne branche de verdure, et au bras cette même écharpe blanche que, dès le-2 février, dans la mSlée du combat de La Eothière, ils avaient prise entr'eux i>our se reconnaître. C'était ainsi, vera onze heures du matin, quand toutes les barrières leur eurent été remises, qu'ils avaient commencé leur entrée dims la capitale.
Ce signal de l'asservissement de l'Empire était devenu un signe de triomphe pour le parti royaliste. Aussitôt, daua les rues, sur le boulevard, une cinquantaine de jeanes hommes, la cocarde blanche an iront, et un drapeau
DEFECTION TALLEYRASD-MABMOKT. 473
blanc à la mnin, s'ûtaient élanct-s aux cris de Vive Louis XVIII! tandis qu'ans feuêtres quelques femmes, agitant leurs mouchoirs, leur avaient répondu par des acclamations semblables. Mais cet élan, qu'ils avaient espéré rendre cont^ieux, s'étaut moins propagé qu'il n'avait étonné et indigfné, allait peut-être tourner contre euxmêmes, loraqne s'était montrée à leur soutien la tête de colonne de la Coalition victorieuse. Elle s'avançait triom- ^^ phalement : ses Souverains, leurs généraux leurs nom- ^Kbreux états-majors en tête, suivis de cent mille soldats ^^L«t d'une artillerie formidable! Cette longue et lourde ^H'chaiue d'opprcsseui-s s'était successivement déroulée, elle ^Bavait couvert nos boulevards intérieurs jusqu'à la place ^Hide la Concorde.
^^ Alors l'enthousiasme du parti royaliste s'était changé ea délire. Les uns, courant au-devant de nos ennemis, les avaient accueillis aux cris de Vivent nos Libérateurs! Vivent les Bourbons ! et, s'indignant de la stupéfaction firoide et silencieuse de la multitude, ils s'étaient inutilement efforcés de lui faire arborer leur cocarde blanche. D'antres, dans leurs transports inscndËS, avaient insulté follement, de leurs gestes et de leurs vociférations, la statue colossale de Napoléon debout sur sa grande colonne. Plusieurs même, l'escaladant, ou les avait vus s'épuiser en efforts vains et ridicules pour eu précipij Wr l'airain du sommet élevé, où. sous une autre forme It selon le vœu national, on la voit encore.
La présence des vainqueurs, et l'accord fortuit de leurs Seharpes avec la couleur des Bourbons avaient contenu
lea citoyens, et protégé ces insenBés contre l'indiguation générale. Cependant, la garde nationale s'agitait, s'irritait, et le malheur public allait s'accroître de nos querelles intestines, quand l'ordre survint de laisser libre toute manifestation, pourvu qu'elle fût paisible.
Toutefois, trois années de désastres, tant d'épuisement, l'absence de l'Empereur, celle de la Régente et du Gouvernement, avaient ébranlé Paris. Les factions s'en emparaient, et le génie dissolvant de l'intrigue, cette plaîe des cours et des capitales. Toate antre action sur la grande classe intermédiaire y était perdue. Cette foale, que le présent aveugle sur l'avenir, rassasiée, écrasée de guerre, la maudissait : elle en voulait la Sn à tout prix ! £Ue était composée, comme dans tous les grands centres de population, de gens d'affaires, de faibles, de pacifiques, d'hommes de plaisir et de repos : masse nulle au commencement et au milieu des actions, mais tontepuissante k leur fin, quand leur durée fatigue, et d'un poids si grand alors, qu'elle entraîne tout !
Avec de pareilles dispositions, soiL caractère des balutants, soit qne, atf milieu de ces grandes agglomérations d'hommes, l'on attire l'antre, et que toute émotion entraîne les moltitudes, Paris, dans cette immense infortune, il en faut convenir, ne s'était pas montré aussi grave, aussi désert et silencieux que nous avions vu les autres capitales. Une foule inquiète, d'abord triste il est vrai, mais trop empressée, trop nombreuse, s'était amassée sur le passage de ces victorieux par surprise. Son înestiable besoin de sensations avait cherché dans
DEFECTION TALLEYRASD-MAUMOST. 18!
""ce malheur poblic, quelque humiliant qu'il fût, un nouvean epectacle. Elle avait, dit-on, augmenté vers cinq heures du soir ; c'était alors surtout que, avide d'asaoavir son indigne curiosité, elle s'était pressée sur les pas des envahi BBeurs. Ce scandale eut lieu depuis les Champs- Elysées, où se termina leur triomphe, jusqu'à l'hôte! de Talleyrand, où se rendirent à, pied ces Souverains, et où devait s'accomplir notre abaissement.
C'était là, chez cet ennemi personnel de Napoléon, d'où l'on tint soigneusement éloigné le duc de Vicence, qu'Alexandre, ou plutôt TallejTand lui-même, allait décider du sort de la Fi-ance.
Arrêtons-nous ici, quelques instants, devant ce personnage. Sa physionomie, noble et grave, était d'un calme imposant, que rien n'altérait. Il avait, en cela, de sa race la dignité et toute l'intrépidité. On n'a point à reprocher à sa mémoire des méchancetés inutiles. Ses mœnra étaient douces, son accueil et ses entretiens, pleins d'attraits. Sous une apparence négligée, souvent même insouciante, sa repartie était vive, mordante, et sa parole, à la fois profonde, saillante et concise. Il savait, en homme supérieur, se contenter de juger, de diriger, se servant de chacun, selon son talent ; au-dessus du subalterne amour-propre des petits succès, tout ce qu'il pouvait faire faire aux autres, il dédaignait de le faire luimême. Néanmoins, sa célébrité, toute de lui, brilla d'ellemême efc non de reflet.
Observateur toujours impassible, quelle que fût la tempête, les hommes et les événements les plus redouta-
bles, il les domina, parce qu'il savait, à la fois, s'y' mettre, se les approprier, et se domiuer lui-même : dans le présent, voyaat de loin l'avenir, et s'y préparant; sachant démêler, dans chaiine affaire, le point capital, dana chaque époque l'homme important, s'y attacher, a'on détacher à propos, et si bien associer à l'Intérêt de son ambition celui des peuples, qu'on ignore encore qui, d'eux ou de lui, il voulut servir ; du reste, pour toute conscience politique, le succès; s'imposaut comme le ministre obligé des grandes fortunes naissances ; fidèle ensuite au bonheur, à l'habileté, et n'acceptant de chaque position que les avantages; puis, habile il se taire, à at^ tendre, à se laisser écarter par le flot de pouvoir qu'il sentait décroître, pour se poser de façon à être ressaisi, et porté plus loin et plus haut par le flot qui allait suivre 1
Sa vie intime est trop connue pour qu'il soit besoin de l'analyser. Il y a fait des fautes inutiles.
Quant à sa vie pubhqne, actions bonnes, actions mauvaises, tout dans cet homme a porté un certain cachet d'élévation. Oi^neil de naissance, qualités, passions, vices même, tout ce qui dans les antres les domine, n'a semblé être en lui que des moyens aux ordres de Ba supériorité. C'est ainsi que, méprisant le mépris, et mettant hors de portée du vulgaire, avec nu cynisme imposant, ses intrigues pécuniaii'es et politiques, il a su lenr donner un air de grandeur j et, autant qu'il est possible, il a tout juatiflé par la réussite.
Jusqu'à quatre-vingt-quatre ans, ce caractère snivî s'est montré aussi tranquille et impassible dans l'adver-
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' site que dans le boaheiir, aussi calme et calculé dans k souffrance, et jusque dans les dernières angoisses de la mort, que dans ta plénitude de sa vie la plus heureuse. Jamais rôle ne tut soutenu avec une persévérance plus ferme. De infime qu'à vivre, habile à mourir, jusqu'à son dernier souffle il a au intéresser à sa renommée tous les pouvoirs, celui du clergé même, qu'il avait le pins
Voilà comment, grâce aux nécessités de ces temps, où il sut se rendre si nécessaire, et à la démoralisation générale, suite de tant de bouîe versements, il est parvenu à se placei- et à se maintenir si haut dans le siècle, à y être un personnage à part, dont chaque mot parut un trait de génie ; chaque j'ugement, un oracle ; à qui la règle morale de chacun semblait être inapplicable; et dont la foule des mb t eus ourdc encore le souvenir, comme du favon le plus onstant de cette inconstante divinité qui a tant d ado ate ]ue jusque-là nul, autant que lui,
n'ava t eu fi. e et q 'on appelle la Fortune.
Il V a a t plus de c nq ans que la prévoyante habileté de sa politique personnelle l'avait rendu suspect à l'Empereur. Pourtant, comme son int<^rêt le rattachait encore k l'Empire, plusieurs fois, depuis nos malheurs, il s'était offert à Napoléon; mais, touj'ours et aussi amèrement repoussé qu'en 1809, il s'était fait, de plus en plus, le chef de la coalition ennemie du dedans, l'avait affiliée à l'invasion étrangère, et venait de hâter leur jonction victorieuse jusque dans Paris, on cet, es-ministre d'une République régicide et de l'Empire, ce dernier grandsei-
gnenr, resté seul debout en dépit de tant de révolutiona, allait,, en v décidant une restauratioD royale, s'y rendre encore le personnage le plus nécessaire et le pins important de cette révolution nouvelle.
Talleyrand, en ce jour fatal, renfermé dans son hôtel venait de la préparer avec Nesaelrode. A peine Âlezamdn est-il entré dans ce quartier général, qu'il convoque eil Conseil de rois, de ministres, de généraux étrangers, et de transfuges français, toutes ces haines. Ce furent autour de lui : le roi de Prusse, les princes do Schïrartzenberg et de Lichtensteiu, les ministres Pozzo et Nesselrode, enfin D'Albert et Tallejrand lui-même.
Là, comme à Bondy, cet empereur commence par des protestations généreuses, voiles de vengeance du passé, de précaution pour l'avenir, conformes d'ailleurs à l'éducation libérale qu'il a reçue et à son exaltation préaentfe Il déclare : i Qu'il n'est pas venu pour faire la guerre Il aux Français, mais è leur Empereur, que la tf quête de la paix est le seul but de la Coalition., n Quant à la France, qu'elle était libre de choisir, hors « Napoléon, soit l'Empire sous la Régence, soit la Royaoté « avec Eernadotte, les Bourbons, ou tout antre, , c( même, enfin, la Ecpublique ! »
A ces mots, Talleyrand n'a point hésité : sa défection préméditée, d'accord avec les passions et les intérêts de ces étrangers, écarte toute autre pensée que celle de la restauration de Louis 5TIIL Mais à cette proposition on objecte les dispositions, évidemment hoatileB aux Bourbons, des populations qu'on a traversées, et
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celles de tons les ranp de l'année, dont les efforts inouïa viennent encore de prouver le dévouement à la cause impériale.
Cette résistance, prévue, n'a point embarrassé Talleyrand, sa trame est trop bieu ourdie ; ses complices, tout prêts, sont à sa portée, et il en invoque le témoignage. Deux d'entr'eux, le baron Louis et l'archevêque de Malines, sont introduits. Leurs discoure, conformes au sien, le dépassent en Tiolence ; ils entraînent l'empereur Alexandre ; ils obtiennent enfin de ce prince la déclaration : « Que les souverains aiiiés accueillent le vœu € de la France ; qu'ils ne traiteront plus avec Napoléon, « ni avec aucun membre de sa famille; que 1m condî- «: tions de la paix, ainsi garanties, en seront meilleures ; i que pour le bonheur de l'Europe, il fautque la France « reste grande et forte ; qu'ils en respecteront l'intégrité, ir telle qu'elle a existé sous ses rois légitimes ; qu'ils re- Œ connaîtront, qu'ils garantiront la Constitution qu'elle « se donnera eUe-mSme ; qu'en conséquence ils invitent 1 le Sénat à désigner un Gouvernement Provisoire, afin s de pourvoir à l'administration, et de préparer la Cona- « titution qui conviendra le mieux à la France. »
Cette déclaration, si fatale à l'Empereur, signée par eux et aussitôt publiée, a couvert, dans la soirée même du 31 mars, tons les murs de la capitale.
Dès le lendemain, l" avril, le Conseil municipal de Paris avait reconnu les Bourbons pour souverains ; et, ce jour-là même, trente sénateurs, présidés par Talleyrand Ib dociles à son impulsion, l'avaient nommé chef d'un
goavemement provisoire, chargé de préparer une Charte et de proclamer la déchéance de Napoléon. Au miUea de cette révolution, nue seule réBistance s'était élevée : la cocarde blanche, proposée au nom des Alliés, avait été refusée par la garde nationale. Le reste s'était laissé entraîner.
C'anlaincourt put détailler à l'Empereur ces défections, telles qa'alors, et d'heure en heure, jusqu'à son départ de Paris, elles s'étaient accumulées : celle d'un général habile, transfuge de sa division, pour la dixième fois détruite il est vrai, et, acceptant sous un autre général, d'un mérite aussi distingué, le commandement de la garde nationale ; celle des personnages nommés ministres, et de tous les autres chefs de service ; celle des signataires du décret de déchéance, lancé le 3 avril contre l'Empereur et sa famille, et de l'Adresse aux armées françaises, le 2 avril, pour les dégager de toute obéissance à Napoléon. Il dut lui montrer Paris, dans ce désordre, étonné, décooragé, ne sachant, an milieu de ces étrangers, à qui obéir, et qui, d'eus ou de Napoléon, on devait regarder comme l'ennemi de la France : déplorable effet de l'esprit de parti des uns, des passions intéressées des autres, et da désespoir d'un peuple désaffection né par trois années de désastres inouïs, par tant de sang inutilement répandu, ébloui par les formes généreuses du vainqueur, et sédait enfin par l'illusion de croire échapper à l'humiliation du jong de ces Étrangers en unissant sa révolte k l&a notoire!
Telles avaient été, le 3 avril au matin, les tristes nou-
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velJea apportées par Caukîiicourt. L'Empereur s'en crant peu, Boit qu'il en sût déjà nue partie, Boit qu'il les eût prévues. Il demeura calme de même à la demande de son abdication, que lui faisait transmettre Alexandre aane s'engager à reconnaître la Eégente. Il perBévérait, comme le 30 mars à Fromenteau, dans l'espoir de tout regagner par une dernière bataille. Ce fut surtout de ce combat qu'il entretint !e dnc de Vicence, Dans son inébranlable énergie, il en parla comme d'une victoire aaanrée et décisive, « l'ennemi, dit-il, s'étant placé dans une position à « tout perdre ! »
Cette confiance, qu'on a peine à comprendre, se fondait sur ce que les Alliéss'étaientparta^és en trois corps : l'uu dans Pai-is, les deux autres avec la Seine entre eus deui; ceux-ci s'offrant géparément ainsi à. son attaque. Il allait donc s'élancer de l'EsBonue sur le corps de la rive gaucbe, le culbuter dans Paris, où les habitants nchèveraient sa dcfeite I Après quoi, se reportant sur la rive droite par les pontsdont en effet il était maître, il déboucherait snr la retraite du corps ennemi qui l'occupait, et, profitant, coup sur coup, du désordre des Coaiisés, il rejetterait, il livrerait leurs débris à ses braves provinces de l'Est et à ses garnisons qui les anéantiraient !
Mais cet espoir de Napoléon, qu'il voulait faire partager, était-il siikcère ? N'était-ce pas plutôt, dans ce dernier effort do son désespoir, qu'à tout hasard il s'était décidé à s'ensevelir avec sa fortune 1 Qui, miens que lui, savait que sur l'Essonne ii pourrait à peine réunir cinquante raille hommes contre quatre-vingt mille, soutenus
par quarante mille autres, en réserve dans Paris, et que ces cent vingt mille ennemis pourraient être secondés par lea soixante mille autres Coalisés qu'on apercevait sur la rive droite ? Que ponvait-il donc espérer de nos cinquante mille combattants contre cent quatre- vingt raille ? Comment enfin pouvait-il compter sur une insurrection dans Paris contre les Alliés, quand Paris était en état de révolte ouverte contre lui-même ?
Cette révolution oommencée dans Paris, cette résolution désespérée de ressaisir la capitale sur-le-champ et à tout prix, allait précipiter la chute de l'Empire ! Pourtsnb toutes ses ressources n'étaient point encore épuisées ; une aimée de quarante mille hommes allait entourer l'Empereur; Eugène, Augereau, Soult, Suchet et Maison en commandaient cinq autres encore; Davout à HaraboDrg, 8'y maintenait ; nos provinces du Centre, du Nord et de l'Est surtout, révoltées par les excès des envahisaenrs, étaient restées impériales : elles ne demandaient que des armes. Bordeaux excepte, Paris seul s'était démenti ! Oar, ainsi que dans les morts violentes, les extrémités étaient encore toutes vives, quand le cœur manqua! Dans le quartier impérial, quels que fussent la fatigue et le mécontentement des chefs, et quoique la paix fut lear vœu, leur espoir, leur volonté même, nal d'entre eux n'avait pensé à un autre dénoûment. Ils avaient respecté le malheur de Napoléon ; leur fidélité, bien qu'étonnée et lassée peut-être, persévérait. Mais, à la funeste nouvelle de la défection de la capitale, à la vue de cette décision de la ressaisir en l'ensanglantant, les cœurs de nos chefs
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s'émurent, k contagion les gagna ! Le preetigs était détrait par le retour ai précipité de Saint-Dizier, par cet aven d'une fausse manœuvre, et piir son fatal résultat. Dès lors, comme dans un naufrage déclaré, ces cliefa se préparèrent à la catastrophe. Pour tout dire, je tiens du maréchal Moncey, que la veille, 2 avril, au dîner de . l'Empereur, oii il se trouva, Napoléon y avait contribué ^ par ces paroles imprudentes ; o Que, pour préserver la I c France d'une guerre civile, a'i! fallait abdiquer, il s'y « résignerait, »
Ajoutons ici que, le S avril, l'abattement de Caulaincourt, les récits, l'eiemple, les tentations qui, de Paris, pénétraient déjà, duns le quartier impérial, achevèrent l'ébraulement ; que, plus que jamais alors, comme dans tous les grands revers, et quand on ue croît plua pouvoir être démenti par un retour de fortune, les récriminations s'élevèrent, et que l'amertume dos reproches éclata.
Toutefois, on n'imaginait encore que d'exiger la paix, ou la transmission de l'Empire au roi de Rome.
Ce jour-là, le mal resta secret ; le palais et les cœurs le renfermèrent; l'Empereur môme put l'ignorer; il ne fermenta que dans les entretiens particuliers des chefs les plua anciens, les plus hauts en gi-ade. C'étaient les plus dégoûtés, ayant plus de biens à conserver, moins de temps et de forces à perdre, et, à cette heure avancée de leur vie, l'avenir, comme l'ombre qui grandit le soir, les menaçant de plus noirs présages. Hors ceux-là, soSdats et officiers, tous semblaient moins étonnés qu'indignés de la chute et de la défection de la capitale.
Telles étaient les diepoeitions le 3 avril, quand Kupoléon, après être retourné sur la position de l'Essonne, raa- Bcmbla dans la grande cour de son palais tonte aa G-arde, TA, au milieu de cette troupe dévouée, il appela en ceWle, autour de lui, les pins anciens de chaque comp^;nie, officiera, sons-officiers, des soldats même. Un roulement de tambours commanda leur attention, et d'une vois ferme et animée ; « Soldats, leur dit-il, l'ennemi nous a dérobé « trois marches, et s'est rendu maître de Paria ! Il fiint i( l'en chasser ! D'indignes Français, des émigrée, aux- « quels nous avions pardonné, ont arboré la cocarde blan- € che, et BË sont joints à nos ennemis I Les lâches t ils i&- M cevront le prix de ce nouvel attentat ! Jurons de ^-aina. cre on de monrir, et de faire respecter cette cocarde a tricolore, qui, depuis vingt ans, nous trouve dans le <( chemin de la gloire et de l'honneur ! »
Chacun, à l'envi, répéta ce serment ; le cri fut général I Il partit du cœur ; et aiissitôt, cavalerie, infanterie, tant déâla devant lui au pas de charge, et ans cris, plus ardents que jamais, de Vive l'Emptveur!
Un témoin a écrit éloquemmeiit (1) : •[ Que, la nuit ■( venue, leur colorme, serrée et silencieuse, s'ébranla sut « Paris, et traversa, d'un pas ferme et résolu, la forêt 1 impériale. Ces chênes séculaires, ces arbres gigantes* a ques, au milieu desquels s'écoulaient ces vétérans, â^ « voués à une mort presque certaine, le clair de luneqoi « grandissait tons les objets, ajoutaient à cette matchfl i< guerrière je ne sais quoi de majestueux et de solennel.
(0 Koch.
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s Une taciturnité farouche et lueriiiçaDte légnait, dit-il, a dans ces colonnes. Onii' entendait que leBouidroulement « des caoonB, le bruit régulier dea pas, et le cliquetis des m aabrea et des baïounettes. D'austères réflexions préoc- « capaient ces gnemers, échappés à tant de bataillca. On « voyait leurs regards, sombres et sévères, se fixer, par « intervalles, sur plusieurs batteries d'obusiera qui mar- « chaient au milieu d'eux. Il était évident que, l'esprit « frappé et le cœur plein du terrible serment qa'ils ves naieut de prêter, ils s'apprêtaient, dans un recueille- « ment héroïque, à périr, ou à venger t'Emperear et ■I l'Empire, et à terminer leur carrière devant les mars a ou BOUS les décombres sanglants de leur capitale I » Dévouement sublime, mais que le désespoir de plusieurs de nos chefs, le spectre de la capitale saccagée et des proscriptions qui suivraient, et la crainte de ne jamais obtenir la paix, rendirent inntile.
En effet, partont ailleurs, devant, derrière eus, et même bu quartier impérial, en ce moment-là même, tout se dissolvait. L'Empire, fondé but l'armée, manquait dans sa base : il s'écroulait I ses ressorts, depuis trop longtemps trop tendus, se brisaient enfin, jusque dans les mains mêmes de l'Empereur !
En avant d'eus, à Essonne, ce fut le duc de Eaguse. Sa défection se décida, vers cinq heures du soir, le 3 avril. Ce même 3 avril, vers la même heure, et dans Fontainebleau, une révolte intérieui-e, dans le palais même, imposa à l'Emperenr sa première abdication. Enfin, en arrière, et sur l'Yonne, à hauteur de Montereau, le même
soir de ce même 3 avril, et à la même henre, dans les corps d'Oudiaot, de Gérard et de Macdoiiald, le cri de k paix reteatit, et robéiHeaace cessa.
Leurs soldats venaient de traverser, nuit et jour, un pays dévasté. Les malheureux, affamés, presque nus, couvraient la route de malades et d'hommes épuisés et débandés. Les meilleurs, au bout de leur courage, ae traînaient encore, mais en maudissant l'éternité de la guerre, en murmurant que c'était trop ; que toutes les forces humaines étaient dépassées ; qu'il fallait la paix ; qu'il était temps de faire connaître à l'Emperenr leur détresse.
Au milieu de ce découragement et d'une halte de sis heures, le brait de la prise de Paris s'était répandu. A cette nouvelle, un accès de rage ou de douleur exalta ou consterna chacun, suivant son caractère. Dans ces transports le dépit domina ; il tourna contre NapoléoD, qu'on accusa de ce grand revers, de cette honte natiouale. Leur cause dès lors leur paraissant perdue, ils croyaient, du moins, la paix infaillihle, quand on reçut, au contraire, l'ordre de continuer, d'avancer, en toute hâte, par Fontainebleau, sur la capitale. Mais leur dernière murohe forcée pour sauver Paris, et dont le but était manqué, avait tout achevé : il n'était plus resté d'énergie que ponï désobéir !
Ces chefs avaient blâmé cette tardive manœuvre. Us n'avaient point été écoutés quand, à Saint-Dizier, ils avaient proposé de concentrer la guerre en Lorraine, et, la surlendemain, deae rallier à tout ce qui restait de forces dans le midi de la France, Il n'y eut point là trahison
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comme à Eaeonae, rouis mécontentement, mais épuisement absolu, mais désespoir et irritation de la piiae de la capitale. L'ordre de marcher contre elle révolta. On se refnsa à la punir dn malheur des armes. L'impérieux besoin de 1b. paix était an fond de tons les cœni's. Pourtant ils n'abandonnaient pas la canee Impériale, mais le temps semblait venn, la Fortune avait prononcé, et l'on mit des conditionB à l'obéissance.
Il fallait que ce découragement fût univerael et insurmontable, puisque ce fut Gérard, jnsqne-Ià le plus ferme et le plna ardent, qui se vit forcé de le déclarer. Il vint avertir Macdonald, a qu'on n'obéissait plus; que les a armes tombaient des mains ; qu'il n'était plus possible a de continuer; qu'il fallait dire à l'Emperem- la vérité ; a qu'enfin c'était an nom des généraux des trois corps « d'armée, qu'il le suppliait de lui déclarer : que tous se <r refuseraient à marcher contre Paris, ne voulant pas H ajouter à tant de sacrifices celui de la destruction de « cette ville ! » Macdonald répondit : x Eh bien, je m'en a charge! Marchons à Fontainebleau, et la guerre c finira! i>
Il était environ six heures du soir. Vers cette même heure, dans Fontainebleau, une antre scène, bien autrement grave et décisive, éclatait chez Napoléon lui-même. Car, encore une fois, tout fut simultané : désobéissance sur l'Yonne ; révolte dans le palais; défection sur l'Essonne; tout se rompit à la fois, et de toutes parts, sans que l'on se fût concerté, tant étaient universels et l'épuisement, et le désespoir de n'avoir pu défendra la capi- MÉMOinew. — T. m, -US
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taie, et U repi^iBiioe pour Tordre de maicfaier oonbe elle!
Ia Garde seule, en oe moment, obéiseaû. Le diâleAa de FontainebUau, à rexception de pliuieim chefs, de quelque» poètes, et des officiers attachés à Napoléon, était resté désert. Ces che& étaient rénois dans on salon voigin de l'appartement de l'Emperenr. Un profond déconragement abattait les nus, ant^ vive irritation exaltait les antres. Qaant à ceax-ci, les nouvelles de Paris, les paroles d'abdication de la veille, et en sens tonb contraire cette barangne, de ce jour même $ avril, qni venait d'annoncer la guerre à outrance, une guerre veageresse et désespérée, sans en indiqnerleterme, tout lesexcitait. lieu fant convenir, dans une telle extrémité, lorsqu'au cœur de ces grands personnages, l'honneur, Torgueil, le patriotisme humiliés, tout saignait cruellement, du moins eût- il fallu ai"eo eai quelqn'épanchement, quelqu'explicatiou sur le seul espoir qui restait encore, celui de forcer la Coalition à Tabandon de sa conquête, en manœuvrant sur sa ligne d'opérations. Mais, soit fierté dana sou malheur, soit défiance au miiieo de l'ébranlement d'une révolution commencée, Napoléon s'isola i)eut-être trop de ces chefs qui l'entouraieut; il se renferma trop dans les bauteui-s du commandement, et, continuant à exiger une ti'i>p pnasive obéissance, il laissa, en eux, la grande voix de Paris dominer la sienne.
Pendant que, à l'écart de ces chefs rénuis, Canlaincourt, lu tête entre ses mains, demeurait absorbé dans une couBtemation Bileociense, d'autres parlaient avec emportement : a Jusqu'où l'Empereur prétend-il donc
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« les conduire? Qu'espère-t-il désormaÎB? N'a-t-il pas « asse^, de ses propres mains, creusé l'abîme? Faut-il « doDD joindre encore à tant de guerres étrangères la « gneri'c ciTile ? se faire de tous des ennemis, même de « ses corapatriotes ? porter le fer et le feu dans le sein « de la capitale ? Et pourquoi enfin, pour une cause péril dne! t Alors, a'échauffant de.plus en plus, Tnn d'eux s'écria : « Que c'en était trop ; qu'il en fallait finir ; que « se soumettre pins longtemps, ce serait pousser jusqu'à « la servilité l'obéisBftnce ; qu'il s'agissait ici de tout eom- «t promettre ; que l'Empereur n'avait pas le droit de tout a entraîner ainsi dans sa chute ; que, lui déchu, les Alhés K traiteraient avec son iils ; et quant à lui, que, ayant « fait seul sa destinée, c'était à lui seul à la subir ! t>
Telle fut à Fontainebleau 1» première scène, dont on va voir les suites cruelles, qu'au reste allait rendre inévitable ce qui se passait dans toute l'armée, à sis lienes en avant et en arrière du quartier impérial, en ce même et fatal moment. La violence de cette scène fut portée ai loin, que l'un déclara « qu'il saurait bien arracher à l'Emit pereur sa déchéance ! i Uu antre même en dit bien plus !.., Quant an maréchal Ney, excité par dételles exclamations, et toujours fougueux, il changea en actes ces paroles; et, dans sa patriotique exaspération, entraînant plusieurs de ses interlocuteurs, il marcha précipitamment vers le cabinet de Napoléon.
L'Empereur était seul en ce moment. Revenu du premier choc du rapport de Caulaincourt, il avait repris un nouvel espoir. Son plan était arrêté : son quartier gêné-
DTS AIBE DE CAMP.
rai, îndiqnc à Monlignon ; rEsBOime devait marquer Isfront de son anD^ ; il n'aurait pas eu là cinquante mille bommeB, cootre jUas de cent mille; maie les Coalisés allaient être contraints de combattre et à la fois de garder Parie; oseraient-ils affronter un échec, en avant dnplos dangereni défilé, celui d'une ville anssi grande et aussi popalense ? D'antre part, l'élan de sa Garde, à la nonveDe d'an essai de contre-révolntioD, semblait lai répondre du dévouement de toute l'arroée à une canse commune ^ tons, quand, soudainement et sans son ordre, sa porte s'ouvre : ses lieutenants lui sont annoncés, et Xey en tête se présente. « Sire, lui dit^il brusquement, il est temps « d'en finir! Votre situation est celle d'nn malade déses- « péré ! Il faut &ire votre testament, et abdiquer poor « le Roi de Some ! i
L'Eraperenr, d'abord, soit surprise ou ménagement, ne fit qae contester : il soutint qu'on poavait combattie encore et ressaisir la fortune, un moment contraire. 3faia le maréchal répliqua rudement, « que cela était impoa- « Bible ; qne l'armée ne le suivrait plus ; qu'il en avait a perdu la confiance, w L'Empereur, indigné, réponditd^ daignensement, « que l'armée obéirait assez pour le punir « de sa révolte. — Eh ! si vous en a^iez le pouvoir, s'èa cria Ney, serais-je encore ici dans cet instant ? » Alors, lancé comme dans une charge, la voix de plus en plus liante, ses gestes même s'animant, l'Empereur s'étonna. Cette audace jusque-là inouïe, le douloureux silence des témoios, l'ébignement de sa Garde, tout l'éclaira snr sa position. Sa surprise, muette, frappa Ney : il vit qu'il
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aitété trop loin, car, a'arrêtant soudain eraent, ilajouta : ! craignez rien, nous ne venons pas vous faire ici e scène de Péterebourg I »
Mais le coup était porté ! Dès lora, et comme après un duel terminé, tout s'adoucit ; ie respect pour le malheur succéda à la violence; on se laissa congédier, et l'Empereur, trahi dans Pai'ia, abandonné par les chefs de son armée, se résignant, prépara son abdication conditionnelle I
Od verra, bientôt que dès lora, convaincu de l'insuflisance de cette concession, frappé an cœur, ce fut dans cette cruelle nuit, du 3 au 4 avril, qu'il envoya des instructions poar préparer l'Impératrice à tout, même à sa mort, se décidant déjà à ne pas survivre à sa fortune.
Ces faits, que je tiens des témoins eux-mêmes, expliquent pourquoi l'Empereur, après sa proclamation et le départ de sa Garde, changea si anbitement et si complètement de résolution. Mais ils sont ai graves, qu'après les avoir consignés, je les ai relus plusieurs fois à ces témoins (1), pour ra'assurer de leur entière et complète exac-
Bile
L] Entre Butrea témoina de ces faits, jeciCerai Bnijib-Algnaii, Fain, leniBléchaJUoiiœr, quimaintSE fols m'a certifié l'exacte vérité de tontes les paroles que renferme ce récit, asaertioii qne les autres témoina m'ont confirmée. Qnant à la part qne pcità cette abdication le maréchal Macdonalii, n'est aoua aa propre dicl^ qne j'en ai écrit toutes les particularités, dictée qu'après la lui avoir relue il m'a déclaré être de la plna Bompulenae exactitude.
Ai-JB besoin d'ajouter ici que, pour t! tout ce qui n
à lire dans ces Mémoires, c'est a' Itle m£me Bcrupnleque j'ai procédé?
^^gb le m£me Bcrupnli
titnde ! J'aurais voulu pouvoir les taire, maïs c'eût été trahir non seulement la vérité, mais aussi Xapoléon! C'eût été laisser ajouter à son malheur l'injuste accusation d'un trop prompt abandon de lui-même et de notre cause ; découragement que l'histoire, privée de ces rcTélatioDS, pourrait juger défavorablement, et dont sa mémoire subirait, ii tort, le blâioe !
Le 4 aTril, wrs onze heures du matin, Ney, Berthier, Caulaincourt, Moncev, le duc de Bassano et le maFéchal Lefebvre, étaient réunis dans la salle à manger de l'Empereur : ils y attendaient ses ordres. Napoléon parut; sa Ëgnre était chai^fée de soncis. u. Restez ! » leur dit-il d'une voix brève et encore impérieuse. Puis, Bans proférer une parole de pins, il déjeuna précipitamment, rentra seul dans son salon, et y fît pres(|ue anssitât appeler ces mêmes personnages, acteurs ou témoins, excepté le dno de Vicence, de la scèuedécisivequiavaiteulieula veille. Là, comme aux autres levers, on ae rangea en cercle, debont, et dans une attitude immobile, attentive et sQencieuse. L'Emperenr, an contraire, dans une vive agitatitffl, allait, venait, à grands pas, ses regards fixés à terre, se débattant intérieurement contre la nécessité, et ne pouvant s'arracher à lui-même le cruel aveu de sa défaite !
Cette lutte mnette était douloureuse ; elle dura trois minutes. Enfin, relevant brusquement la tête, il parconrnt des yeux ces grands officiers, évita ceux de Ney, s'arrêta devant le maréchal Moncey, et, regardant Canlaincourt : « Eh bien, oui, a'écria-t-il avec effort, puisqu'ils ne veu- « lent plus traiter avec moi ; puisque ma résistance serait
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« cause d'une guerre civile, jesanmimesacrifieraii bou- <i heur de la France : j'abdiquerai ! s
A ces mots, Moncey se précipita, saisit sa main, k baisa, et lui dit : t Ah ! Sire, vous sauvez la France ! « Recevez mon tribut d'admiratiouet de reconnaissance !n Puis, comme l'Empereur le regardait avec surprise, il ajouta : k Ne vous y méprenez pas ; c'est mon sentiraent, T Sire ; mais ordonnez, et partout où voua le voudrez, je « n'en suis pas moins prêt à vous suivre ! » Ce second moavcmeut, digne du cœur de Moncey, frappa moins l'Empereur que le premier cri de ce maréchal. Il appela Fain, reçut de sa main le projet d'abdication, et le remit au duc de Viceuce,
Ce miuistre, après l'avoir lu, déclara d'une voix triste et ferme, que cette abdication était insuffisante, que les Alliés la rejetteraient; et il indiqua les conditions sans lesquelles il était inutile de la présenter à l'empereur Alexandre. Napoléon les combattit ; il se refusait d'y souscrire, lorsque Ney, silencieux jusque-là, mais l'œil ardent, rentra dans son agitation de la veiUe, et s'écria <i que le temps pressait, qu'il fallait se hâter ; qu'il n'y 't avait plus un instant à perdre ! » L'Empereur céda : il s'approcha d'nue console, modifia de sa main l'acte fatal et le remit à Fain pour le transcrire ; le duc de Vicence, l'ayant de nouveau parcouru, s'écria avec quelque impatience « que cela encore ne terminerait rien; qu'il « ne voyait là qu'une matière à des discussions nou- « vetles! »
Il fallut que notre malheureux Empereur se aoumît à
iG seconde fois ce triste iiapier. Alors il rentra dans 6on cabiuet, et en ressortit bientôt, avec une troisième rédaction, a Tenez, dit-il sèchement à Caulaincomt, « la Toici, et pour cette fois telle qu'elle resterB, je n'y « changerai plus rien ! » Le duc de Vicence Int alon, k haute vois, l'acte suivant :
a: Les Poiasances alliées ayant proclamé que l'Emit pereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissea ment de la paix en Enrope, TEmpercur Napoléon, <t fidèle à son serment, déclare qu'il est prêt à descendre s: du trûne, à quitte)' la France, efc même la vie, pour le « bien de la Patrie, inséparable des droits de sou File, K de ceux de la Régence de l'Impératrice, et du main- M tien des lois de l'Empire. — Fait à Fontainebleau, le « i avril 1814. »
Il achevait cette lecture lorsqu'on annonça les dues de Reggio et de Tarente. Macdouald venait d'arriver à Fontainebleau, et, sans le laisser respirer, les états-majorB réunis, toujouredéeidéaàesigerlafinde la guerre, étaient venus l'assiéger dans son quartier. En même temps, nne lettre de Paria lui avait été remise. L'adresse ixirtait ; -4m maréchal Macdojiald, duc de lUiguse. L'erreur en était évidemment volontaire. Mannont avait ouvert cette lettre à Essonne. Elle était d'un ancien ami de Macdonald, de Beiimonville, membre du Gouvernement Provisoire. Elle annonçait la déchéance de l'Empereur et de sa famille; le rappel des Bourbons ; l'espoir de la constitution anglaise pour la France ; enfin, la confirmation dans lears grades de tous les officiers de l'armée française.
DÉFECTION TALLEYRAND-MARMOKT. ÔOI
La chambre du maréchal était remplie de généraus et d'officiers d'état -major. I!s le prÈsaaicat de marcher au châtean à leur tête, et d'y accomplir sa promesse. Soit fraEchise qui lui était naturelle, soit précaution contre le danger qu'il allait affronter, on qu'il ne se crût point le droit de taire la vérité à ses compagnons d'armes, il leui' livra cette lettre, et eu autorisa la lecture. Elle accrut la résolution universelle. Ha avaient hâte d'en finir, trop pressés de s'assurer, à tout hasard, du repos du jour, sans songer assez aux humiliations et aux regrets du lendemain.
Hacdonald, cédant à leurs sollicitations, sortit enfin, et tous, fort échauffés, le suivirent, A chaqne pas, ce cort^e grossissait et l'accompagnait eu tumulte. Le maréchal voulut vainement s'en déharrasser : i! arriva ainsi jusqu'où pieddugi'and escalier, où, se retournant, il commanda qu'on s'arrêtât, qu'on l'attendit, qu'on le laissât monter seul ; ajoutant qu'il suffirait, qu'autrement cela ressemblerait à une émeute d'officiers, et il en montra l'inconvenance.
Tous, comme lui, ignoraient qu'en ce moment même, à quelques pas d'eus, tout se terminait. Ils répondirent que, puisqu'il allait s'esposer pour eux, ils ne l'abandonneraient pas dans ce péril ; qu'ils voulaient le suivre jusqu'au bout, pour le soutenir. Ce fut seulement dans le palais que, s'arrêtant enfin, ils se dispersèrent dans le vestibule et dans la galerie voisine des appartements de Napoléon. Quant à lui, la tête haute, l'air déterminé, car telle était sa contenance liabituelle, et accompagné du
U9 VEXOIKES DTS AIDE DE r\liP
doc Af Beggio . il mtn saas faeeiur chez rEmperen. Ce fut NapoléoD qui, I« [weiiiier, loi adieua ta parofe. Se$ pfemicrs mots furent iDs^nifiaotE. X£;doiHld iv> potiâit : < Bien, Sire, nuis bieii c-raE^kment iiSecté, tim c malhemcox qae le sort des annes nooa ait refnaé le c denuer hoiiDear de rombattie deraot Fteia, et et
< fortune notre capitate! >L'EmieKini eoprinHf ida on rrtiral. «a tnâm a fl Im aiut lainéa. < Ib
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DÉFECTION TALLEYEAND-MARUO.XT,
l'Empereur ayant réponda « qu'il savait les Alliés réson luB à ne plus traiter avec sa personne, » le maréchal, en lui présentant la lettre de Beumunville, ajonta n que u ce n'était pas tout, et que malheureusement cette lettre « lui en apprendrait bien davantage, y Napoléon k reçut sans empressement, sans émotion, son sacrifice étant fait, et s'attendant à tout. Il la pai-courut avec le même calme, demanda qui en était l'auteur, et si le maréchal consentait à ce qu'il la fît connaître. Alors, sur la réponse franche du duc de Tarente, que déjà il l'avait communiquée à son quartier général ; qu'évidemment, d'ailleura, Marmont, avant lui, l'avait ouverte, l'Emperem- la remit k Maret, en lui ordonnant d'en faire, tout haut, la lecture. Après quoi, interpellé par Macdonald sur le parti qu'il allait prendre, il répondit : « J'ai voulu « la gloire et le bonheur de la France ; je n'ai point réussi, a j'abdique, et je me retire. » — a Ahl Sire, quelle cataaa trophe I v s'écria le maréchal, d'autant plus ému que, ignorant ce qui avait précédé, et n'étant veun demander que la paix et non l'abdication, il crut cette i-ésolution soudaine, s'en prit à sa démarche et s'en accusa.
L'Empereur, sans lui répondre, parcourut d'nn regard élevé ceux qui l'entouraient, a Oui, continua-t-il, je me 9 décide à abdiquer '. Mais vous tous, consentez -vous à « reconnaître mon Fils pour mon successenr, et à accep- « ter la Régence de l'Impératriee? s Chacun d'eus alors, sur l'interpellation directe et successive de « Vous? vous? et voos encore' » répondit affirmativement du geste et de la voix. Macdonald j joignit, avec effusion,
la ferme protestation d'un entier dévouement, et de tous BeB efforts puor le faire partager à toua cens qui étaient sous ses ordres. L'Empereur reprit : a Les Sénateurs, Il qaeb ingrats! Mais voua, qui les connaissez, écrivez- « leur donc qu'ils se perdent ! » Puis, il déclara qu'il choiaissait les dncs de Vicenc« et de Ragiise, avec le prince de la Moakowa, pour négociateurB, Alors enfin, les congédiant, il ajouta qu'il allait faire préparer leurs instructions ; qne ses voitures les conduiraient à Paria, et qn'iU eussent à se tenir prêts à partir.
Un quart d'heure après, soit que les accents de Mocdonald l'eussent toachc, soit confiance dans la loyauté de ce maréchal, il le fit rappeler et lui dit : « Qu'il s'était « i-ayisé sur Marmont; qu'U le jugeait indispensable en n tOte de son corps, puisqu'il était aux avant-postes ; » et il demanda an duc de Tarente s'il consentait ù remplacer ce maréchal dans la négociation près de s'ouvrir. Snr la réponse de Macdonald, m qu'il acceptait cette Il marque de coniiaûce, et qu'il lui prouverait qu'il en « était digne, n l'Empereur le congédiait, quand, le roj-ant prêt à sortir, il se jeta sur un canapé, en s'écriant : 0 Ah ! croyez-moi, marchons demain matin, et nona les tt battrons encore! » Macdonald avait la main sur la porte déjà eatr'ou verte ; il feignit, m'a-t-il dit, de ne poiut entendre, acheva de sortir, et alla rejoindre les maréchaux. Il les trouva ressaisis d'une inquiétude qne ces demiera mots ne lui firent trouver que trop naturelle.
Ce qu'ils redoutaient, c'était un regret, un retour d'espoir de Kapoléon, et que, en leur absence, quelque
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DÉFECTION TALLEÏEASD-MAEMOXT. M^b
mouveineot guerrier ne les compromît, ainsi que la mission qu'ils allaient remplir. Dès lora, considérant le r^ne de l'Empereur comme terminé, iU déclarèrent formellemajor géDéral n que désormais ils reprcsentaient senls l'armée, et que ce n'était plus de Napoléon, d'eux seuls, qu'il devait recevoir des ordres. » allier accepta.
Ces précautions prises, leurs iostinictions reçues, Caulincoart, Ney et Macdonaldpartentet arrivent dans Essonne. Pendant qu'ils envoient demander au prince de Wurtemberg, général de l'avant-g^rde des Alliés, un sanf-conduit, ils expliquent au duc de Ragme l'objet d leur mission. Dès leurs premiers mots, Marmont se trou- 1 ble ; à celui de Régence, son anxiété augmente, le remords le saisit : dans son angoisse, il avoue des pourparlers avec l'ennemi, une convention commencée, conclue, signée même !
Il était trop vrai, l'infortuné maréchal avait failli ! Ce 'était ni l'orgueil de sa lutte énergique du 30 mars, ni idignation de l'inutilité d'un si grand dévouement, qni l'avaient égaré ; tant d'efforts n'avaient point été suivia d'épuisement ; Taffront de la prise de Paris ne l'avait pas ébranlé ; dans Paris même, chez lui, pendant la nuit du 30 au 31, on croit qu'il avait été insensible aux insinuations de Talleyrand et nax suggestions de Laffitte i faveur des Bourbons, a de qui seuls, Ini dit ce banquier, on devait attendre le saint de la France. » Fabvier confirme cette opinion. Il dit, il est vrai, que, combat du 30 mars terminé, et après avoir dirigé les MÉM01EE9. — -r, iir. 3a
MC MÊM0IBJB3 DTK AIDE DE CAMP.
p;5tes des deas corpe rets Eteonne, t.-tant revenu chez Marmont prendre bcs ordres, il j arait aperça TaUeyrand aat-is seul à l'écart, et qu'il en ai"ait reculé comme ■A !a me d'nn manvais pnsage. En ce moment, le dnc de Ba^se réglait, dans une pièce voisine, les conditionB de la capitulation de Paris, avec les enToréa d'Aleiandre, H se peut qu'aussitôt après, ce maréchal, étant retourné près de Talleyiand, ait commencé à subir cette fasciuation veuimeuBe. Toutefois, comme à Essonne, quelques heures après, i! s'en trouva séparé; comme la défection de Talieyrand n'éclata que le lendemain au soir, et qu'il fallut à son succès, dans Paria, les deux jours suivants, il ne semble pas que jusqu'au 3 avril ce mauvais germe, s'il fut déposé dans le cœur de Marmont, s'y soit développé. Fabvier croît donc qu'il sortît de Paris fidèle encore; du moins ce maréchal l'y laissa-t-il pour observer l'entrée de l'armée alliée dans la capitale, avec l'ordre d'en rendre compte à l'Empereur.
i''abvier obéît. Ce fut le 3 avril seulement qn'il put rejoindre Napoléon sur la position de l'Essonne. L'Empereur y était revenu ce matiu-là même. Pressé de questions, Fnbvier se vit forcé de loi raconter, sans ménagement, les détails déplorables de la réception des Alliés par une partie de la popalation parisienne, à quoi TEraperBur, sans irritation, répondit : a Paris souffre ! Ses habitants n sont malheurenx, et les malheureux sont injustes! > Alore, avant de tourner bride sur Fontainebleau, où l'attendait, après sa harangue à sa Garde et le départ de cette élite tidèle, la scène cruelle qu'on vient de lire, ÎI indiqua
IIEFECTION TALLEYEAND-MAHMOKT. S07
le champ de iiataille qu'il avait choisi, ordonnant d'jmarquer les points de protection nécessaires aux forces , jii'il comptait y déployer.
i Ce travail achevé, Fabvier revint dans Essonne près {Mq duc de Rttgnse. Il le trouva, m'a-t-il dit, au fond du jardin de son quartier général. Ce maréchal achevait d'y conférer avec ua individu chauve, en habit de ville, jadis officier en Egypte bous ses ordres, et depuis ou démissionnaire on retraité. C'était Montessuis, nu émissaire des royalistes! Marmont, quand il l'eut congédié, ne dissimula point à Fabvier la mission que cet envoyé venait de remplir. Puis, interpellant son sons-chef d'état-major, il lui demanda quelle réponse il jugeait convenable à des propositions de cette nature. Fubvîer se trouvait, en ce moment, près d'un arbre exotique assez remarquable : « Mais, répondit-il en désignant la plus
forte des branches de cet arbre, il me semble que, dans
d'antres circonstances, la réponse aurait dij être là.
Pourtant, au moins, faudntit-il avertir l'Empereur.
d'nne aussi fâcheuse tentative I » Marmont répliqua que telle était sou intention ; après quoi, l'on ee mit à table, où Fabvier remarqua avec peine que la place du chef d'état-major était vide. Sa crainte n'était malheureusement que trop fondée : en ce moment-là même, la défection commençait !
Ainsi, dans cette soirée du 3 avril, ^lartout à la fois si fatale à Napoléon, qnand, sur l'Yonne et dans Fontainebleau, les antres chefs de l'armée s'étaient soulevés : les iers contre la guerre seulement, les seconda contre
l'Emperenr Ini-même, en demeurant tontefoia fidèles an roi de Rome, Marmont, lÎTré à lui seul, et trop susceptible d'élans subits, s'était laissé entraîner bien plus loin encore ! Ebranlé par la révolution accomplie dans la capitale, et sans s'apercevoir de Ténomiité de son action, il s'était laissé pereuader qu'il serait le sauveur de la France, en trahissant non-seulement Napoléon, maïs le drapeau Français, l'armée, et l'Empire même !
Tel avait été l'objet de la mission confiée à Montessuis. Ses lettres de créance près de Marmont avaient été, avec une communication de Schwartzenberg-, les première actes du Gouvernement Provisoire et les écrits pressants de trois personnages, deux civils, l'autre militaire. Tom trois Étaient d'un nom et d'un mérite connns; leni« sollicitations n'avaient eu que trop d'influence sur l'imagination vive et oi^ueiSlense du maréclia!.
Montessaia, comme oa l'a va, était arrivé à Essonne le 3 avril, vers cinq heures du soir, Marmont venait d'eipédier tous ses officiers à ses divisions avec des instructions vigoureuses. Ces ordres ne respiraient que la guerre i le maréchal ne semblait songer à antre chose, quand Montessuis, l'abordant, s'enferma seul avec lui et le transforma. Il Ini apportait : d'un côté, la certitude que désormais dans Paris tout était fini pour la dynastie impériale ; et d'autre part, avec les dépêches susdites, la fn>position de traverser, à la tête de son corps, l'armée ennemie. I>ui et la Normandie deviendraient le centre de ralliement d'une armée toute nationale. Elle achèvera la révolution; elle décidera de lapais. Elle sauvem
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i Francs de l'anarchie, Parie da pillage, et la natiun des mrreare de la guerre civile !
A cette tentation, Montegsuia Joignit la contagion de l'exemple : il cita cent noms remarquaUes, déjà engagés ; il lui remit une lettre de l'un des plus renommée. Ce général s'était déclaré ; son parti était pria ; il pressait le maréchal d'imiter son patriotisme.
On ignore la réponse du duc de Raguse, et si l'cmbauchenr repartit sûr de son succès. On croit qu'il n'en emporta point la certitude ; mais il avait été écouté ' Les mémoires, encore secrets, de Marmont, mémoires dont il m'a fait remettre un passage avec d'autres documents, sont, sur ce point, d'une brièveté évidemment pénible et douloureuse. Ce qui est certain, c'est que, resté seul pendant cette nuit si critique, le venin laissé dans son cœnr y fermenta ; que son orgueil s'enivra du rôle qu'on lui offrait ; qu'il s'esalta d'une incoucevaUe illusion de patriotisme, et ae décida, comme à nn devoir impérieux, à la trahison qu'on lui proposait. 11 en formula l'engagement, destiné à Sebwartzenberg. En même ops, et pour ae justifier, il écrivit à Napoléon. De deux lettres, l'une est connue, la seconde est e inédite, les yeux de Marmont ayant été dessillés rant qu'il eût pu l'envoyer à aon adresse ; mais l'une clique l'autre , et tontes dens ici sont indiapenaa-
a copie de cette seconde lettre vient de m'être ree(29jain 1837) par un ancien aide de camp de M. le ! de Eaguse et par son ordre, ainsi qu'un passage
s mrs Aior ns caxp.
>k ses Iféiooires « phniems uitres pièco. qoe le watéehal » àêâK qu'il m'spficaiàt.