DËPEOTIOH TALLEYRAND-MARMONT. :.IJ
la nation tous réprouve ; mais, ajirèa avoir sauvo la Patrie, je suis prêt à vous rapporter ma tête, si vous la réclaiaez 1
a Je n'ai Bédnit ni les géuéraux, ni les troupes dont voua m'avez confié le commandement. Tous sentent, comme moi, que la volonté de la nation doit ^tre leur règle, et que rien ne la rend douteuse aujourd'hui.
« Je suis avec un profond respect, Sire, de votre Majesté, etc. s
An Maréchal Prince de Schwartzenberg. {Même date.)
« Monsieur le Maréchal, j'ai reçu la lettre que vous m'avez feit l'honneur de m'écrire, ainsi que tons les pa.piera qu'elle renferme.
« L'opinion publique ayant toujours été la règle de ma conduite, et l'armée et le peuple se trouvant déliés du serment de fidélité envers l'Empereur Napoléon par le décret du Sénat, je suis disposé à un rapprochement entre l'armée et le peuple, qui doit prévenir toute chance de guerre civile et arrêter l'effusion du sang. En conséquence, je suis prêt à, quitter, avec mes tnrapes, l'armée de l'Empereur Napoléon, aux conditions suivantes, dont
r je vouB demande la garantie par écrit : 1° Les troupes quitteront l'armée avec leurs armes, artillerie, munitions,
^fito., et se rendront directement en \ormandie, dans les jlens que je leur assignerai, et qui ne sont point oc«a- 1 par les troupes alliées. Elles y resteront jusqu'à
rnouvel ordre, s'y reposeront, se referont des fatigues de la
campagne, et ne seront qu'aux ordres de leurs gàiéraux. 2" Dans le cas où, par anite des éyénements de U guerre, l'Empereur Napoléon tomberait au pouvoir des Puiasaoces alliées, dans quelque clrcoDstance qoecesoU, sa Tie et sa liberté, dans un pays qni lui Berait détennÎDé, lui seront garanties, etc., etc. »
Le 4 avril venu, dès le point du jour. Marmont appelle aaloorde lui, dans sa propre chambre, tousses gcnéisnx, Chaetel excepté : il les harangue, il les entraîne dans sa résolution, et reçoit leurs serments, qui j sont conformes ; puis, leur ayant la sa répouse à Schwartzenberg, l'infonané maréchal, encore ébloui, la fait aussitôt partir, et s'engage irrévocablement, ainsi, dans nue de ces actions irrémissibles, qu'un instant consomme, et qni deviennent le remords dévorant d'une rie entière!
Toutefois, vers quatre heures du soir, lorsque, entoare de l'étonnement douloureux de Ney, de Macdonald et de Canlaincourt, il comprit enfin l'énormité de l'action qu'il avait commise ; lorsque, sortant de son ivresse, il s'aperçut que, armée, Empereur et Empire, il avait, à la fois, tout trahi ; dans son inesprimable détresse, il implora, de ses regards troublés, ses anciens amia, cherchaot à qnelle hranche rattacher sa renommée, et se débattant vainement aar l'abime oii il la voyait près de s'engloutir 1 L'na d'eus lui conseilla d'aller à Fontainebleau, jugeant qu'ainsi la réponse de Scbwartzenberg aux conditions mises à sa défectiou, le trouvant absent, l'effet en aérait Kuspendu. Mais Marmont se sentit trop coupable, il n'osa,
DÉFECTION TALLEYBAND-MAHMOSÏ. d!3
il s'écria -. « Que déjà, peut-être, l'Empereur connaissait t sa faute ; qu'il y allait de sa tête, qu'il ne poiivait la » livrer ainsi ! i II émut de pitié ses conipagnona d'aï-
Pressé par sa conscience de rentrer dans le devoir ; entraîné par son nouvel eugagement, il ne savait plus auquel entendre, qui ne point abandonner, à qui ne point manquer de parole ! L'infortuné n'avait plus que le choix des trahisons.
Il se décida enfin à se réunir ans efforts que ses collèf^es allaient tenter en faveur dn roi de Rome. Sa détermination fut sincère, son retour complet. Il rassembla ses généraux, il leur déclara : que son traité avec le prince de Scbwartzenberg était devenu sans objet; qu'une négociation nouvelle, entreprise au nom de tonte l'armée, commençait; qu'il fallait s'y rattacher; et il leur laissa l'injonction formelle d'attendre, quoi qu'il pût arriver, son retour, et de ne faire aucun mouvement sans son ordre.
La nuit, celle du 4 au 5, et le sauf-conduit venus, Canlaincourt et les trois maréchaux étaient repartis, lorsque, arrivés à hauteur de Petit-Bourg, Marmont s'aperçut qu'on les détournait vers ce château. Alors, a'agitant violemment, il s'écria : « Que là était le quartier t du prince de Wurtemberg; que c'était avec ce prince « qu'il était convenu du passage de son corps, cette nuit « même, au travers des postes ennemis, et qu'il ne pou- « vait 88 montrer à lui, après s'être décidé à manquer à < cet engagement! n Ses compagnons cédèrent à son
su MEMOIRES D'CN AIDE DE CAMP.
anxiété. En descendant de voiture, i!a y renfermèrent le malheurenx duc de Raguse, ils le oonvrirent, à sa prière, m'ont-ilB dît, de leurs manteaux, pour le cncher k tous les regards ; puis ils entrèrent an château de Petit- Boni^.
AprèBquelquesmomentsd'attentejIesporteBB'ouvrirent, le prince de Wurtemberg parut ; et d'aljord , ne recevant d'une victoire déroliée et si pen gloriense que de grossières inspirations, il insultait brutalement à notre infortune, quand SchwartKenberg, accouru pour s'assurer de la défection de Marmont, intervint. Il montra de plus nobles sentiments, mais hostiles à la Régence de la lille de son empereur ,et voulut que les maréchaux, pour continuer leur route vers Paris, attendissent l'autorisation d'Alexandre. Lea heures ainsi s'écoulaient; la position de MaiTOont devenait intolérable, quand il aperçut le généralissime. Saisissant cette occasion, il sortit de son réduit, se découvrit au feld-maréchal, lai annonça sa réunion aux négociateurs, et, sa conscience ainsi allégée, il osa se joindre onvertement à ses collègues.
Ce fut le à avrU, vers trois heures du matin seulement, qu'arrivés enfin à Paris, ils furent admis devant l'empereur Alexandre. Le roi de Prusse était préseut. A l'aspect de ces envoyés de Napoléon, le souvenir d'une longue et cruelle humiliation l'emporta hors de son caractère. II ne répondit àleur premier saint qu'en leur reprochant durement d'avoir fait le mallienr de l'Europe et de te France. Après quoi, il leur tourna broflqnement le ioasA se retira.
DÉFECTION TALLEYRAND-MAIIMON'T. -'.ir.
L'empereur ruBse, hu contraire, lea accueillit giiuéreusement. Il aiTêta d'abord, du geste et de la voix, Ney qui, tout bouillant, s'était empressé de commencer, et il leur dit : <t Qu'avant tout il avait besoin de leur déclarer « i'eatime, l'admiration même qu'il portait à la bravoure « de l'armée française et à l'habileté de ses cliefà. Il pro- < testa de ses dispûBitians toutes favorables à la France; « il en voulait le bonheur, la séourilé. Il fallait qu'elle c restât grande, qu'eile fût paissant* ! » Sey reprit vivement en Insiatant pour la Régence, mais dans son ardente chaleur à vouloir assurer le sort désormais privé de l'Empereur, et à exiger l'avènement du roi de Rome, il s'emportait trop, quand Macdonald, l'interrompant, renouvela, avec une fermeté calme, la proposition formelle
a Régence de Marie-Louise. Alexandre objecta l'inévitable influence de Napoléon sur cette princesse ; les inconvéuients de la Régence, au dehors pour la paix générale ; an dedans pour Paris , Bordeaux , et pour tant de personnages, déjà compromis contre la dynastie impériale. Il termina eu ajoutant : qu'il ne tranchait pourtant pas absolument une question aussi importante j qu'il en voulait référer au roi de Prusse ; qu'à neuf heures du matin messieurs lea envoyés eussent à revenir, qu'alors il SB serait décidé et qu'ils receri'aient sa réponse.
Ils ont dit, et l'histoire n'a point le di'oit de le taire, qu'ils sortirent de chez cet empereur aussi satisfaits de lui qu'il était possible. Formes majestueuses, nobleaae de sentiments, paroles généreuaes, tout enfin avait été d'accord avec sa position : quelque grande qu'eile fût, ils. j'y
TilC UÉMOIEES D'UN AIDE DE CAMP.
trouvèrent proportionné. Mais, en le quittant, ils rencontrèrent dans la pièce voisine Dupont, Segsollee et les membres dn fiouvernemenfc Provisoire. Changeant aussitôt d'émotions, ils s'indignèrent, ils les abordèrent avec emportement, les interpellant des noms de rebelles, de traîtres, qui saiirifiaient Ja France à leur haine contre Kapoléon et k leur ambition envieuse et mécontent* ! Il y eut là plusieurs minutes d'un tumulte de voix injurieuses et dû provticatiouB menaçantes. CanlaiDcoort ne parvint à les calmer qu'en leur rappelant qu'ils étaient chez l'empereur Alexandre,
Quant à Talleyntnd, resté impassible au milieu de ce conflit, il profita de cet apaisement pour essayer d'attirer chez lui les parlementaii-ea. Mais Macdouald comprit ce que cette offre avait d'insidieux, il la i-ujeta avec une hauteur mépriBante ; puis, sortant avec ses trois collègues, ils allèrent chez Ney, laissant libre à leurs adversaires ce champ d'intrigues.
On sait les nouveaux efforts de ceux-ci sur l'esprit de l'autocrate, et leurs invocations contre le danger auquel il exposerait tant de royalistes, s'il les laissait à la merci de l'Empereur et de la Régente,
Au reste, en ce moment même, tout espoir était perdu pom' la cause impériale. lia défection d'Essonne, abandonnée par Marmont, venait d'être reprise par les généraux de ce maréchal. Déjà même, Alexandre en était instruit. Vers la &n de eon audience aux maréchaux, Macdouald avait remarqué qn'un officier russe, entr'ouvrant la porte, avait parlé à voix basse à son empereur.