‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoires (volume 2)Chapitre 39 sur 41 · ABDICATION · texte numérisé non relu

ABDICATION

T'afiecia de ne point nommer les Bourbons, (jni seuls, en ce moment, étaient devenus powibles.

Ici, Canlaincoart Be récria doubareuaement : il demanda quel serait donc le aort qu'on destinait à l'Empereur Napoléon, Et l'empereur russe allait répondre, quand Moudonold, élevant avec fierté la tête et la voix, s'anima d'un mouvement pins noble encore que celui du duc de Vicence. Il l'interrompit hautement en déclarant : que leur Empereur leur avait prescrit « de ne point « s'occuper de son avenir !» A ces mots, et sur un cri de surprise de l'Autocrate, le maréchal ajouta : que telle» étaient ses instructions; et, les déployant, il les présenta ^ l'empereur Alexandre.

Ce prince les saisit avidement. Il lut qu'elles enjoignaient ans plénipotentiaires : c De tie traiter que des « intérêts de la France et non de ceux de sa personne, s Alors, dans son émotion, sentant sa victoire vaincue par ce généreux abandon que Napoléon faisait de lui-mÉme, i ! s'écria : m Qu'il l'en estimait plus encore ! s Et, s'exaltant, il rappela l'aucienue amitié a qui les avait unis ; il c protesta de sa constante admiration pour un aussi < grand homme. Il attribua, lent ruptnre à leur coalition I contre le commei'ce anglais. C'était au risque de sa ■< propre vie, qu'il en avait observé les conditions ; pour- « quoi Napoléon les avait-il enfreintes? Pomquoi s'était- « il refusé à ce qu'il s'en écartât pareillemeut ? De là, « la gueiTC de 1812, acceptée par la Russie, non provo- « quée par elle, l'invasion jusqu'à Moscou, et l'incendie « de cette capitale, s

SSt MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.

Macdonald ici rcpliqu» qne, sans doute, il u'attriboBit pas à l'armée française cette catastrophe. Alexandre en convint, mais en éïitant, ou d'en accusÈr seB peuples, on d'en faire honneur à leur patriotisme. Et, en effet, Eostopchine seal, et peut-être aussi Kutuaow en ponvaient réclamer ia gloire. Alore surtout a'échanffant plus encore, et s' attendrissant sur la grandeur de la chute de son rival : it Tons ses ^iefe, dit-il, étaient oubliés; sa pre- •c mière amitié renaissait à l'aspect de tant d'infortunes! a II déplorait la nécessité de sacrifier au repos de l'Eu- « rope cet héroïsme, et d'être forcé de rabaisser tant de « grandeur à une position désormais inoffenaive ! »

La question ainsi engagée, Caulaincourt se crut le droit de renouveler son premier appel. Il y eut un moment d'hésitation dans la réponse. Alexandre demanda quelques instants, se retira, puis reviut bientôt, mais avec une émotion toute différente. Son attitude était contrainte. Ce fut avec un pénible embarras : i Qu'au nom a des Alliés il offrit l'ile d'Elbe, ou autre chose sembla- « ble, > 11 s'empi'CEsa d'ajouter ï que le titre d'Elmpee. reur et tous les honneurs attachés à ce rang lui seraîenB ( conservés, et que l'Europe les reconnaissait inbàvntB • à sa personne. »

Ces mots « on autre chose » provoquaient une explicfttion : elle fut demandée, mais il refusa d'y répondre ; et aussitôt, reprenant avec une nouvelle chaleur son premier langage, il renon\'eIa ses protestations généreoses; il chai^ea les plénipotentiaires de les reporter à K^KiIéoD' ei de loi dire ; « Qne, si la retraite offerte à son maUienr

ABDICATION. Sîfl

<c lui âépkJBait, ses États lui étaient ouverts; qu'il y <£ serait reçu en ami, en Souverain, avec tons les hou- « neurs dignes de la graBdeur de son génie et d'ane si a mémorable infortune ! n

Paroles magnanimes en apparcECe, mais aussi vaines qu'éblouiasaatea ! Au fait, et à l'exception de l'imprudence d'un lieu d'exil auasi rapproché de la France que l'île d'Elbe, dans quel ré-duit plus obactir, plus circonscrit, pouvait-on reléguer un Souverain naguère si puissant, un aussi grand homme ?

Les maréchaux repartirent pour Fontainebleau, forcés d'accepter ce dénoûment, auquel, le 3 avril, ila avaient contribué, plus ou moins, sans le vouloir, et que les généraux de Marmont venaient de rendre inévitable.

Pendant que dans Paris tout ainsi s'accomplissait, à Fontainebleau, l'Empereur, renfermé dans ses appartements, y était d'abord resté sans espoir. Toutefois, il avait fait avertir l'Impératrice d'envoyer, en toute hâte, à son père, le duc de Cadore ; mais il est certain qu'il joignit à cet avis des adieux sinistres ! Ce fut alors que ces mots •( prêt à qoitter la vie, j renfermés dans sa première abdication, furent remarqués. L'effroi de la Eégente et les faits qui vont suivre les expliqueront.

Pourtant, quel que fût l'accablement qui succéda à tant de crnelles agitations, le refus des Alliés d'accepter son abdication conditionnelle et un mouvement d'indignation de l'armée pouvaient tout changer encore. Forcé d'attendre, le repos de la nnit du 4 au 5 avril avait ranimé Napoléon, qaand on vint lui annoncer la défection

nsi: MKMOIllES D'US AIDE DE CAMP.

du coipa d'armée du duc de KagnEe '. C'était en la fidéliti!- de i^et ancien aide de uamp qu'il comptait le plue, et son premier moaveiaent fnt incrédule, Slais bientôt THÎncu. il cessa de se récrier, et muet, le regard fixe, retombnnt accablé sur le siè^re d'oii la première nonvelle de rtttte tnihisou si inattendae l'avait arrache snbitéiBealk il demeui-a longtemps absorbé dans la méditation b pins doidonreiise. < L'iogjat : ih sera plna malhenretix « moi! u fnrent les eenls mot£ qn) lui échappèrent.

Enfin, «n cœur, oppressé, s'épancba. D appela Pua :et. se leiovant, son génie ardent, ettchainé ponr la première fois dans la rérdle des chefs qniTentoiiraient, déborda.!! se répandit dans la dictée npide d'nn ordre dn joar. loaç eri de donlenr remtdî d'amenome. < La fidélité de 1' ■ aie r fut invoquée et loaée ; k Irshôrm de Wiiiinl.

< celle du â«iat, déaxmcéea '. Les riwâ«jnfta m

< de ce Coip& ses décrata, acs adaleticw pendant € jn>e fixtniie.n'sT»iait-îlBpaBétéctHiiiilkes<k9eBàl4t

< IfltMFeqa'oa re|>«^utànnrèsiK? * Ftajs,iifp vft'û ne teMît «t d^nhé ^ne de Diot et de te 'SêO» aijoBbà : 4 Qa'eBxseoli pemaîiBCrai ^c^! Qi, • «iBhPDitBne^élsBÉdDeluècaBttcIitiTe'écatGàkBfr « tMtd'eadéCMkriOa'eBn^, pnJB^'BpBnànakMl « fewido«BtMfeàtepux.a»s»9M«*hriiM^ Et il iHiwiii k HfKA de «s pAn^omûà» pa rtgier tes iDatoim ê» ee «attae.

c qpt^ n'unit ^t Ml

ABDIOATIOK. 6S7

aWeilllesécoutaBansamprise, Ses premiers mots, quand ils accusèrent surtont les généraux dn corpe de Marmont, furent : « C'est moi , sans doute , qui les aurai « décidés : j'ai fait appeler Mannont : ils se seront crus « découverts, et, dans leurs remords . l'effroi aura fait le " reste! ■■

Quand l'offre do l'île d'Elbe lai fut soumise, il la reçut sans émotion. Seulement, à ces mots <t ou autre chose, » il s'écria : i Ah ! la Corse, sans doute ! ils auront craint " le sobriquet; ils n'auront osé prononcer ce nom, dont ■i ils m'ont fait une injure ! i>

Dès lors, s'enveioppant dans une froide indifférence, il parut résigné à tout : soit répugnance ou dédain pour toute négociation personnelle , soit dépit contre les chefs qui l'avaient abandonné, qui même venaient de conclure, en leurs seule noms, nn armistice, et qui déjà lai avaient interdit le commandement, car Berthier avait oWi. C'est pourquoi, lorsqu'il fut question de l'armée, il répondit sèchement « que, puisqu'il était sans pouvoir, il n'avait Il plus à s'occuper d'elle. i> Affectant ensuite de ne plus songer qu'à son établissement dans son exil, il demanda s'il y trouverait une maison qu'il pût habiter; et il ordonna de vaut eux, qu'on recherchât tous les ofBciers capables de lui donner des renseignements sur cette île. Dana ce court mouvement d'humeur il congédia les maréchaux.

Ainsi déchargé de leur présence, et renfermé dans sou intérieur, l'espoir en lui sembîa renaître. Il s'indigna de jomber aana combattre ! Il crut à la possibilité d'une

^Hiccomber sans ci

628 MÊMOIREa D'UN AIDE DE CAMP.

réaction parmi les siens, et il en appelait encore gncrre ! Peut-être ceux qui l'ont forcé d'y renoncer y reviendront : leurs intérêts sont liés à la RcTolution que Ini représente. L'aspectdelaContre-RévoIation tes révoltera. Entre la paix au prix de Louis XVIII et lui, on eosfils, au prix d'un effort de guerre de plus, il espère qu'on n'iiésitera point ! On l'enteudit parler.alors, de f manceavrer, « de ae retirer sur la Loire ; de rallier à lui les trois armées (c du Midi, et de disputerencore la France '. <• Quand représenta les distancesqni séparaient de ces renforts ; lea autres années ennemies qui les tenaient en échec ; lag»Bde année alliée qui, de toutes paits, s'avançait autour delni, et déjà cernait son quartier impérial, il répondit i qne <i les routes, fermées à des courriers, s'ouvriraient devant « cinquante mille hommes ! i>

« Mais, à ce cri de rupture, a ditnn témoin irréciua- « ble (1), l'alarme se répandit de nouveau dans les qmu^ 4 tiers généraux de "Fontainebleau et dans les galeries du « palais. On s'unit pour rejeter toute détermination qui » aurait pour résultatde prolonger la gueiTe. La Inltea ic été trop longue, l'énergie est épuisée; on le dit onverte- « mentiouenaassez! Onnepenseplusqu'àmettreà l'abif <( des hasards ce qui reste de tant de prospérités, de tant « de naufrages ! Les plus braves Unissent par attacher « quelque prix à la conservation de la vie qu'ils ont sauvée X de tant de dangers. Peut-être aussi se sent-on entraîné « par une vieille aversion contre la guerre civile. Tout

(1) Faîn, ManiwiU Je mi.

ABDICATIOS. f,iù

t enfin devient contraire ft ce qui ne serait pas un accom-

E modement. Non seulement la lassitude a dompté les

F'K esprits, mais cbacnn des che&qni en valent la peine a

c« reçu de Paris des paroles de conciliation , et des pro-

■x messes ponr sa paix particulière. On se plaît à- envisager

[ la révolution nouvelle comme une grande transaction

I entre tons les intérêts français, dans laquelle iln'yaira

r de sacrifié qn'un seul intérêt, celui de Napoléon. C'est

l à qui trouvera un prétexte pour se rendre à Paris, où

F le nouveau Gonvemement accueille tout ce i]ui aban-

[ donne l'ancien. On ne voudrait pourtant pas être des

Kf premiers à quitter Napoléon ; mais pourquoi tarde-t-il

f « tant à rendre chacun librede ses actions ï Et l'on mnr-

[ mure hautement de ces délaie, des indéciaionB de l'Em-

« perear, et des projets désespérés qu'il conserve ! »

Ajoutez que, dans l'armée entière, au bruit d'une abdication quelconque, chacun la supposant volontaire, en t48ï'0''"nt la cause, et se croyant abandonné par l'Emper,les armes étaient tombéesdea mains les plus résolnea! 'Vainement, quand on objecta ce découragement à Napo- 5on, invoqua-t-il les conditions qu'il avait mises k sa déshéauce, le duc de Beggio lui répondit : u Que le soldat [ ne comprenait rien à ces restrictions politiques ; que e mot d'abdiatlion avait tout décidé ; que le lien entre E tons était rompu, et que tous les coi'ps étaient tombég s une dissolution ioimédiate, » Ce qui était vrai. Ainsi repoussé, Napoléon, se débattant dans les entraves li de tous côtés l'étreignaient : contre le délaissement » siens ;contre le discrédit dont le frappaient trois années

XÈUOiaiB. — T. Jll. 30

Sao MÉMOIRES DTN AIDE DE CAMP.

de désastres, )a perte de Parie, et surtoat ce mot d'abdication; eoËn., coutreles intérêts privés qui se détachaient de Bou infortune, s'écria ; « Qne, puisqu'il fallait renonuer fi à défendre plus longtemps la France, l'Italie Ini offrait, « du moins, une retraite digne de lui ! Il demanda si l'on M voulait l'y suivre encore une fois, et marcher aux Al- « pes. Il C'était une dernière convulsion de désespoir 1 Un profond silence y répondit. Lui-même sentit bien quesa détresse venait de laisser échapper de vaines paroles. C'est pourquoi, cédant enfin : ■( Tous voulez du repos? lent « dit-i!; ayez-en donc! Hélafl ! vous ignorez combien de a chagrins et de dangers vous attendent. Quelques an- « nées de oette paix,quevousalIeKpayer sicher, enmwa sonnerontun plus grand nombre d'entre vous, quen'aoa rait fait la guerre la plus désespérée ! »

Alors, c'était le 7 avril, vaincu par cette défection s contagieuse, et renonçant à tous, Inî-môme, en ce moment, s'abandonna. 11 reprit une plume et traça cette déclaration, dont il ce tarda pas à se repentir ; « Les Puissanctâ f alliées ajTtnt proclamé que l'Empereur était le seul ol»- « tacle au rétablissement de IapaixenEurope,rEmperenr, 0 fidèle à son serment, déclare qu'il renonce, pour lai et u ses enfants, aux trônes de France et d'Italie, et qu'il « n'est aucun sacrifice, même celui de sa vie, qu'il ne « prêt à iàire aux intérêts de la France, n

Cette seconde et entière abdication consomma toott Aussitôt, le duc de Vicence et les maréchaux repartirent. Le lendemain, Savril, tonsles corps d'armée et leure chefs déclarèrent leur soumission au Gouvernement Pro^oire.

Bttent

ABDICATION. fiSl

Dèa lore, le traité se prépara. L'empereur Alexandiû, satisfait dans sa vengeance, dans sa gloire et dans sa politique, continua ses giïnéroaités apparentes ; il en décora habilement son triomphe ; il se plut à se montrer le protecteur de la France, de l'armée et de l'Empereur luimême ; de la France, à laquelle il voulait conserverie juste ;ré de force qui, sans l'inquiéter loi-même, l'aiderait à

intrebalancer l'ambition anglaise ; de l'armée, qui, décimée et désunie, avait cessé de lui faire ombrage : enfin , de notre Empereur, désarmé, abandonné, et qui, par cette abdication avouait et confirmait toute sa victoire-

Au milieu du bonheur d'un triomphe aussi complet,

lels que soi eut l'orgueil vindicatif et la politique iiitiiresijée qui l'aient inspiré, et quoique ses soins pour dorer la chaîne de sou rival abattu ne dussent être coûteux qu'à la France, il en faut convenir, dans ses formes du moins, il se montra digne de sa fortune,AMacdonald,à,ce représentant de notre malheureuse armée, il offrit ses ciirtes, et le laissa maître d'y tracer, à son gré, la hgne d'armistice. Quand les généraux alliés voulurent, par d'indignes et puérils subterfuges, altérer cet accord en s'efforçant d'envelopper Fontainebleau de leurs baïonnettes, il les gourmanda, et satisfit la fierté menaçante des réclamations de notre maréchal. Avec Caulaincourt, il i-égla les honnenrs et le sort de tous les membres de la famille impériale. Il veilla à ce qu'une maison militaire et domestique fût assignée à Napoléon; il exigea qu'un revenu convenable lui fût assuré ; il voulut même que la France mît

sa disposition les fonds nécessaires pour qu'il pût, en

fi.13 MEMOIBES D'US ATDE DE CAMP.

mourant au trône, fdre un testament rémunératoîre, en favenr de ses semtenra les plus pauTrea et les plus iiâêleB.

Tel fut le traité du 11 aiTÎI, Le Goavemement Provisoire le ratifia le même jour, et Louia XVIII, le 31 mai 1814, mais pour ne pas rexêcnter.

Au milieu de cette négociation, il y avait eu un incident remarquable, Alexandre avait tout à coup Kiit appeler Caulaincomt et les maréchaux. Dans sa contenance tout était changé. Il leur avait reproché amèrement d'avoir abusé de sa confiance, i Napoléon, leur s avait-il dit, le trompait : il révoquait son abdication, « et, profitant de la suspension d'armes, il venait de « disparaître avec une escorte, pour rejoindre ses antres « armées, renouveler la guerre et la rendre intermina- « ble. »

Cette étrange nouvelle, mille bruits divera et l'odienee dénonciation de l'un de nos généraux d'avaut-garde paraissaient la confirmer. Macdonald la contesta ; il en démontra r invraisemblance. Néanmoins, et pour rassurer, il avait fallu qu'un aide de camp russe, avec l'nn des officiers dn maréchal, allât, sous mi préte:ïte plausible, s'assurer, dans Fontainebleau même, de la fausseté âe cette alerte.

Elle n'avait pourtant pas été dénuée de tout fondemont véritable. Dès qu'il avait été afltanchi de la présence des maréchaux, le génie de Napoléon se redreceant, sa fierté s'était révoltée de ces négociations dans le seul intérêt de sa, personne. Il s'était écrié : « Qu'il ne vou- « lait aucun prix pour le sacrifice qu'il faisait à sa po-

ABLICATIOK. 533

« trie! Qu'arait-il besoin d'irn traité, dès qu'on ne a traitait, point avec lui des intérêts de la Franœ? x Vaincu, il cédait an sort des armes. II refusait seule- « ment de se rendre, et, pour asanrer sa liberté, na sim- « pie cartel devait suiEre. »

Mais c'était surtout le regret de son entière abdication qui l'avait saisi : il redemandait, à chaque instant, cet acte de sa décliiiance et de celle de sa famille. Plusieurs assurent même que, a&n d'j échapper, se décidant à tout, il avait fait tenter le dévouement de sa Garde, On ignore quels moyens furent employés ; ce qui est certain, c'est que, dans la soirée du 10 avril, les abords du palais furent soudainement assaillis par des clameurs menaçantes : des groupes de soldats exaspérés l'environnèrent. En même temps, une foule d'autres soldats parcourut la ville en tumulte, criant : « Qu'on trahissait « leur Empereur; qu'on le retenait captif; qu'ils vouf laient le voir, et qu'on eût à le leur rendre à l'instant

p* même ! »

C'étaient surtout des Polonais et des chasseurs à pied de la Vieille Garde. L'effroi saisit les états-majors renfermés dans le château. Plusieurs officiers s'évadèrent. II y eut un général d'artillerie qui s'enfuit et eiTa, tonte la nuit, dans la forêt. Berthier lui-même se crut perdu. Cependant, d'autres généraux, pins décidés, résistèrent : ils firent fermer et garder toutes les issues. On se servit du nom de l'Empereur contre iui-méme. Alors, et à regret, les officiers, toujours intéressés à la discipline, inter-

- Tinrent, et l'ordre enfin se rétablit.

H' Tinrent, et i ora

Le 12 avril, au miliea de cette agonie, Macdonald, l&incourt et SchouwalolT, aide de camp de reniperenr Alexandre, apportèrent le traité coQcla et signé la veille. Ce fut Cauiaincourt seul qui le présenta à l'Empereiir. Sa dernière abdication du 7 avril en était la base ; elle avait été produite, elle était publiée, et pourtant Kapoléon ne répondit qn'en rcdfimandant encore cet acte écrit de sa main, et qu'avait dû livrer le duc de Ticence. Quant an traité, il le repoussa. Néaiunoîas, comme les plénipotentiaires et l'aide de camp russe attendaient, il les fit i]]vit«r à sa table, oii il ne parnt point lui-même.

La nnit venait. Silencieux, seul et renfermé dans i appartements, il persistait à refuser à ce fatal traité signature. Enveloppé, comme il l'étail, parrarmée alliée, désarmé et comme emprisonné dans Fontainebleau, réfiifitance étonnait ses servitears les pins intimes. lia demandaient quel but avait son hésitation; à qnelle dernière ressoorce il songeait à en appeler! Et tooB, alarmés de son attitude morne, surveillaient tons mouvements avec nue aniiëté de plus en plus vive.

Ils avaient remarqué, depuis quelques jonis, qn'oil liombre et secret dessein paraissait le préoccuper. L'on d'eux même, le comte de Tnrenne, avait cru devoir plftcar ses pistolets hors de sa portée, et les décharger. Or, qnaad avec une singulière impatience Napoléon les avait redemandés le lendemain, à son irritation, à ses reprodtes ce qu'il les avait trouvés vides, Tnrenne vit bien qu'A avait été t«nté de s'en servir ! Pourtant, soit qu'il se sentit deviné, soit itrésolation, on plotAt qn'il se t^t mattn

ABDICATION. aS.')

à une arme plaa prompte et plus sûre, il n'iivait plus ïii- Bisté, et cet incident n'avait pas eu d'autres suites,

Depais, il y eut même plusieurs moments où, paraie-

sant accepter son exil, il affecta une résignation calme et

philosophique : il s'occupait, il parlait des détails de son

ikablisaement à l'île d'Elbe, où il comptait t'ti'e réuni à

l'Impératrice et an Koi de Rome. Quant à la mort, il coti-

venftit que plusieurs fois il l'avait cherchée sur les champs

de bataille, et il cita, entre autres, celui di'Arcie. Mais on

l'avait entendu repousser comme indigne de lui la pensée

d'un suicide ; il dit ; « Que se tuer, c'était la mort d'un

( jouenr; qu'il était condamné à vivre; que d'ailleurs il

le n'y avait qne les morts qui ne revenaient pas ! " Puis,

Lr^renant ses discussions précédentes à propos de la paix

I tant de fois offerte à Châtillon et qu'on le plaignait

td'avcâr repoussée, il pei-sévéra a k nier la bonne foi du

t Congrès ; w à soutenir <( qu'il n'avait dû avoir de con-

i Ëance qne dans la victoire ; qu'une bataille était un

[ « coup de foudre qui transformait tout. » EL il s'était

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