‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoires (volume 2)Chapitre 5 sur 41 · SOL'VKNIRS PERSONNELS DE 1BI · texte numérisé non relu

SOL'VKNIRS PERSONNELS DE 1BI

fen défendre ou les accepter, il faut nne fermeté digne de Ranges.

e mort pareille m'attendait, et d'autant plus cruelle 'en fti8 frappé dans un antre moi-même. Le 20 jan- ■r 1H3, noua avions atteint Poaen. Murât, qu'une dé- Sohe, récemment arrivée, dit-op, avait inrjnit'té sur ce e passait dans son rojanme, venait de nous abandonr. Au milieu de l'obBcurité d'une longue nuit, il s'était é de notre infortune. D'autre part, le prince de Neufchâtel, mourant de fatigue et de chagrin, implorait son rappel. Loin de pouvoir rallier une brigade de cavalerie, les nobles efforts du Prince Eugène, devevenu Chef de l'armée, n'avaient encore pu même rénnir cinq cents fantassins de la vieille fiarde. Tout était à retremper, à refaire; il n'y avait rien à greffer sur de pareils débris! Quelques corpe jeunes, frais et entiers, nous avaient rejoints ; mais, à l'esception de ceux jetés à D&utzick avec nos restes, ils s'étaient presque dissous dans notre d^rdre. L'aspect même de nos liom mes d'élite les avait effrayés : la plupart, pins ou moins atteints, étaient souffrants, affaiblis, presque invalides. On n'était entouré que de tristesse et de découragement ; plusd'appareU guerrier ; seulement quelques rares tambours battant sourdement, comme dans un convoi, devant quelques fiies allongées de soldats mornes, dont les uniformes en lambeaux couvraient à peine les membres à demi gelés.

Cependant, l'ennemi avaitsuspendusa poursuite; nous respirions. L'hiver des Eusses qui, de concert avec leur année, nous avait frappés, de plus en plus violemment,

jusque Bui' leur frontière, dèa que nous lavions

s'étiiit ralenti. Il semblait sï'tre arrêté là, avec Kutnsow !

Nous étions à Posen, sur un sol ami ; noua habitionB un palais; quinze jours de repos, de cbaîeur et d'abondance nous rétablissaient. Déjà même je regardais, an tnivers de cebien-étre relatif, mon avenir ; il me souriait. Je me figurais le temps de la paix enfin arrivé. Je connaiasais pourtant bien la fierté de TEmperenr, tontes les rancunes dont il avait â redouter le soulèvement, et l'invraisemblance d'une paix honorable après nn pareil désastre ; mais ces craintes me venaient de la nature des faits, et l'espoir, de ma propre nature; celle-ci l'emportait.

Pendant qu'ainsi mon goût d'aventures et de sensations violentes commençait à se ralentir, une autre ambition, plus vieille en moi, reprenait le dessus, celle de la gloire des Lettres. Je leur devais les premières émotions de ma jeunesse. Cette ambition, loin de m'airacber. comme celle des armes, à mes foyers, m'y renfermerait ; elle compléterait, par une douce et utile occupation, le charme d'un intérieur oii, dans une délicieuse retniite, au milieu d'une famille nombreuse encore et distinguée, une imagiDatios active etnncœurardentpourraientàla fois être satiafaita.

C'était ainsi que, songeant k la possibilité d'une paix in\Tai semblable, je m'abandonnais à l'espoir de cet olium cutn dignilale, et de m'y créer même une renommée nouvelle. Et c'était près d'un colosse de gloire à demi renversé, au milieu d'un Empire menaçant ruine, et de quatre cent mille morts, que j'an-angeais aussi doucement mon avenir!

SOtJVEXlES PERSOSSELS DE lâlï. 33

S qaoi I le malhear pouvait-il dooc être partonC k ' Devtûa-je l'attendre d'autre part que de cette !, OÙ j'avais appris la fin de ma sœur, où tant de I compagnons venaient de succomber, où je laissais 1 &ère captif? N'était-ce pas de ce côté seulement il y avait à craindre, qu'il faudrait combattre encore ? e malheur n'arait-il pas élié si excessif, qu'il bblait avoir épuisé toutes ses rigueurs? J'y avais laissé i de morts, que je ne songeais pas qu'on pût mourir ailleara ! Comment prévoir que ce spectre funéraire, j'ailais le retroQver d'nn cflt^ tout opposé, chez moi-même, au bat de mes désirs ? Je ne me révolte point, mais quelle impitoyable im^nation eût pu se figurer que cet :iaile, où je rêvais le bonheur, dans ce moment même en devenait le tombeau ?

Le 28 janvier, dans Posen, à hnit heures du matin, j'<jcrivaîs encore à la mère de mea enfants. Un ami entra. Son regard, ses larmes, des paroles entrecoupées m'alarmèrent. .Te ne pus d'abord les comprendre ; mais cet ami me présenta une dernière lettre, 0 ajouta quelques mots, et tout fat fini.

Plosieure mois après, daiia mon veuvage, j'étais encore solitairement renfermé, à Paris, chez mon père. Empire, Empereur, armée morte, armée nouvelle, à mes yeus tout avait disparu ! Ija vue de quatre cent mille morts ne m'avait point abattu, et une senle venait de m'anéantir! Mais pour chacun de nous qu'est-ce qu'une infortune collective, quelque grande qu'elle Boit, en coracaison d'un malheur personnel ?

JE HUIS KOMMK AU COMMANDEMENT DU S' CORPS D fS HÊGDIEKT DES CARDES D'HONNEUR.

Cependant, l'Empereur, encore à Paria, contenait d'ane part, excitait de l'autre, et refaisait une Grande Armé e nouvelle. En même temps son inquiète, 8a dévorante activité croyait pouvoir, des Tuileries, commander au Prince Eugène tous ses mouvements. La quantité d'instructions qu'il lui adressa pendant ces trois mois est prodigieuse. H y dessinait, dins toutes les attitudes imaginables, chacune des positions rétrogrades à occuper. Il y prévoyait toutes les chances possibles de l'attaque; il y indiquait toutes les précautions de la défense. Ces lettres composeraient des volumes. Le prix en serait inestimable pour i'art de ta guerre, si les grands livres pouvaient former de grands hommes, comme les grands hommes inspirent quelquefois de grauds livres !

Ces lettres furent peu utiles au Prince Eugène. Ce Prince était sur le terrain de la gueiTe, sol toujours fécond en variations subites ; l'Empereur en était trop loin ; les rapports Ini parvenaient surannés; ses instructions

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