‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 18 sur 56 · MISSION POUR LE EOI D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

MISSION POUR LE EOI D'ESPAGNE

ma sai-prise lorsque, au contraire, accueilli paternellement. Je vis les traits de ce conquérant, qui m'avaient paru si rudes ans Tuileries, empreints de !a plus attrayante bienveillance j quand j'entendis sa voix, naguère si dure, me dire avec un accent dons comme une caresse : u Que, saf tisfait des rapporta qu'il avait reçus de moi, il me char- « geait d'une mission près du roi d'Espagne ; que j'aurais « à remettre ostensiblement, de sa part, une lettre au « roi, et nue autre au prince de la Pais, mais celle-ci sea erètement, à l'insn du général Saint-Cyr, uotre ambas- 11 sadeur, ces deux pereonnages étant mal ensemble ; « qu'au reste le citoyen Talleyrand me donnerait des ins- « tructions. » Alors, se promenant avec moi quelques secondes de plus dans ce long cabinet éclairé sur îe jardin et sur la conr du château, et qui en occupait toute la largeur, il ajouta plusieurs mots obligeants sur la confiance qu'il me témoignait, et me congédia de ce même air plein d'aménité avec lequel il venait de m'accueillir. En arrivant à Malmiiison j'étais hérissé, et ne son- ^,geant qn'à me défendre; en sortant j'étais ravi, charmé, ■■Sithoasiasmé ! Le lendemain ce fut un nouvel étonnc- B^jnent quand M, de Talleyrand m'eut remis, avec mes ins- , mes dépêches et mon passe-port, dix mille . moi, qui ne m'étais jamais vu possesseur que B de solde, toujours dépensé d'avance, malgré e que ma position m'imposait, yftvaît loin de Madrid à Copenhague où j'étais na- . C'était, pourtant, mon séjour dans l'uue de ces E qui me coiidnisait à l'autre. Quels que fassent

Ti MEMOIRES D'UH AIDE DE CAMP.

leur distance et le contraste des climats, tout cela me parut moindre que la différence entre les mœurs des deux peuples et leurs caractères. Du reste mon voyage ne manqua ni d'ircidents, ni d'accidentB que je n'eus point le droit de reprocher tous à la fortune. Noua étions alors oûMvaincus qu'on ne pouvait obtenir l'estime du Premier Consul qu'à, deux conditions ; le succès et la promptitude. Argent et santé, je n'épargnai donc rien pour faire, à la foie, bien et vite. Mais j'étais d'un âge et d'un caractère où l'un, plus que l'antre était facile. Aussi, quant à la célérité, si je n'eus rien à me reprocher, on ya voir, pour le succès de cette mission, que ce fut au hasard seul qne j'en dus la K'ussite.

Je trouvai Madrid presque désert r la Cour était à ÂraajutiK sur le Tage. Je m'y rendis aussitôt et me présentai chez ie général Saint-Cyr, noire ambassadeur. Ce général avait tons les dehors convenables à sa renommée militaire déjà fort grande : une hante et màle stature une physionomie noble et grave, et des manières d'nne simplicité calme et imposante. Il me reçnt avec nne dignité froide. Dès le lendemain il me présenta au rc» et à la reine. Leur accueil fut, du côté de la reine, gncieiu, empnïssè m4me, et de la part du roi. celui que je devais attewlre de la bonhomie d'un roi chasseur, réfléchie et lutsnrée quoique incisive; prince d'ailleure chiiste, piciu, pn>be et bienveillant, mais sans instruction anctme, et en* lièrem^nt gouverné par sa femme et par Codoï stm favori, personnage si odieux à tonte l'EspA^e qne, dès lots, loi et La reine recherchaient nn point d'appui cfsitie

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î haiue dans la puissante amitié du Premier Consul. LGodoï n'était point à cette audience, et peut-être parce e Saint-Cyr s'y trouvait pr<^ent. On ne m'avait pas rti que ce généraî, d'une vertu austère, d'une droiture lezible et du plus exemplaire désintéreBacment, excepté gloire guerrière, détestait ce favori. Au reste la partie e de mes instructions le disait assea; et, Napoléon, olitii]ue (pie son ambassadeur, ne dédaigoait pas, î lui, de se servir de ctt inévitable intermédiaire t rattacher l'Eapagne au sort de la France.

; à moi, pressé le jour suivant d'aller remettre

e Prince de la Paisla lettre mystérieuse de XapoIéoD,

la de lionne heure de mon hôtel garni, le premier

i, depuis mon entrée en Espagne, je n'eusse pas trouvé

lement intolérable. Mais, par une insigne étotirderte,

Dvonlantaecomplir discrètement cette partie secrète de

% misaiou, je choisis l'heure, le lieu et le vêtement qui

mvaient rendre ma démarche plus ostensible. Un frac,

le moment où le prince eût été seul, eussent été

I précautions convenables ; et, tout au contraire, ce

,t au grand jour, en uniforme, et à une audience pn-

ffique, que je me présentai chez ce favori !

l -Ce fut seulement à mon arrivée dans une longue ga-

e, au milieu d'une multitude de solliciteurs, que je

tperçns de la bévue que j'avais commise. Il n'était

H temps d'en revenir. Le prince était absent. Pen-

uit one mortelledemi-heuro d'attente jerestai là comme

s au piège, me maudissant, me dissimulant, m'e&br-

■t de me rendre invisible ; n'oHanb regarder personne

en face, tremblant que, parmi tant d'incoimiia, quelque Français ne m'abordât, croyant enfin tous les r^arda fixés BUT la. HOtte figure que je faisais et sur mon malencontreux unifonue. Poortant, ce qne j'avais si mal commencé, je l'achevai mieux, c'est-à-dire plus henrensement qne je ne le méritais. Je m'enhardi», me glissai dans la foule jusqu'à la porte de la chambre où devait entrer le Prince, et, avisant là nn valet do chambre, je me décidai à m annoncer à son oreille, en sorte que, dès que Godoï arriva, je fns introduit seul auprès de lai. Je me souviens que la pièce où il me reçut était tonte nue et remplie du singulier étalage d'une foule innoînbrable de chaussures. C'était un personnage d'une pleine et belle figure, quoique insignifiante, d'une taille éle^'oe ponr ce pays et vigonrense, mais déjà un peu chargée d'embonpoint. Je lui trouvai, dans ses manières, pen de dignité : il me reçut comme on accueille l'envoyé d'un protecteur. Dans les empressements qu'il me prodigua il m'invita à dîner pour ce jour-là même; mais, revenu de mon imprndence, qui déjà me torturait intérieurement, je loi fia remarquer qu'ime telle invitation décèlerait notre entrevue, et qu'il conviendrait mieux au secret à garder snr elle que j'eusse l'air de lui être entièrement inconnu. Il comprit cette nécessité, reçut mon excuse ; et comme il n'existait pas d'autre isane à la chambre oii nous ^iouB, que celle par laquelle j'étais entré, il me fallut, en me retirant, l'eparaitre une seconde fois dans la longne salle d'audience, d'où je m'esquivai en me plongeant promptement daiiB la foule oii je fas bientôt perdu ; aprèe quoi,

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peu à peu la porte et prenant un détour pour iiez moi, j'y courus me débarrasBer de cet unime et de ce casqne dénonciateurs dont je m'étais MTé si intempestivement.

s lors, et pendant huit jours que j'attendis à Aran-

z la réponse à mes dépêches, préoccupe, bourrelé de

i étourderie, Machiavel, lui-même, eût, je crois.

lé moins de moyens, moins de subterfuges, moins

olea inaidieuses, que je n'en employai ponr m'as-

rer si notre ambassadeur avait quelques soupçons de

E visite si mal combinée ; et pour la lui rendre in-

raisemblable, je lui fis, ou j'adressai à d'antres devant

, mille questions sur la iigure du prince, comme

ijene l'avais jamais vu; je feignis de ne le connaître

,r les yeits du général, et de paitager toute l'aversion

e favori lui inspirait. Dans l'anxiété continuelle que

s, craignant à tout instant de retrouver notre

mbaeaadeur instruit de ma maudite entrevue, je ne le

oittais qne pour revenir aussitôt me rassurer sor son

[uorance.

a &illit au contraire lui tout découvrir. 11 arriva a'nn jonr, dans une de nos promenades à pied, nons bncontrâmes dans sa voiture cet objet de toutes mes inteB. IjR haine en était à ce point, entre le favori et [, qu'ils en étaient venus à ne plus même se saî et voilà que, sortant la tête et la main de la portière, i fffince m'adi'essa le siilut le plus amical ! Sur quoi kint-Gyr, de s'étonner, de se récrier, de me demander ce pie cela signifiait; et moi, de paraître plus surpris encore,

Til MKMOIRKS D'l:N AIDK DE CAMP.

lie supposer, d'aHîrmer iiue ce salut ne pouvait e'adreaser <||]'& lui, mu gardant bien de rendre au prince sa politease, eb ia maudiesatit intérienremeiit.

Le lendemain, après tant d'efforts hypocritea , qu'on au ligure m» consternation lorsque Saint-Cyr, m'accueillant (l'un air composé, m'intcrpelia sur une partie de mes instructions, dont je lui avais, disait-il, fait un mystère. A ces mots, croyant ma mission manquée, mon astuce dcvoilée, il me sembla que, dans toutes mes veines, mon sang se décomposait. Pourtant, malgré cette anxiété exirfime, je me contins, j'affectai l'étonnement le plus naïf, ut le priai de s'expliquer comme s'il m'était impossible de le comprendre. Bien m'en prit, c«r en effet nous ne nous comprenions ni l'un ni l'autre. -Te m'en aperçus lorsqu'il m'avoua qu'il me sonpçonnait d'être d'accord avec Lucien Bonaparte , et d'avoir été chaîné de communications secrètes avec le secrétaire de ce frère du Promier Consul, dont j'îgnomis même la présence à At»n juez. Ob '. comme alors, soulagé d'un poids immense, charmé de voir l'ambassadeur prendre ainsi le change, eC fort de pouvoir enfin être \Tai, je niai cett« fansae impatation avec nne effusion si persuasive, que S«int-CjTine r«ndit touie sa confiance.

Ce fut ainsi que je répauui rétonrderie que fa^aîa cummtSÉ. Je réussis, maïs ce fut à mes dépens. Dans cette préoccupation trop exolosive. m'étaut trop livré 4 cet aaibASsad^ur m<k:oQtent, pour le mieox trompa. îl m'eutrftiua k uégli^. comme lui, tontes les fermes : i] me fit reputir sans prendre c«iigè non béatement dn prâce.

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