EXECUTION DU DUC D'ENSHIEN
B Pramier Consul et ia restaaration de raucieime dy- Btie étaient annoncées. L'automne de 1803 s'étaitécoulé ai. Vers la fia même de janvier 1804, dans Paria où I étions revenus avec l'hiver, rien encore n'était logé dans les occnpationB habituelles du Premier jPonsul.
Février venait de coramenoer. Duroc, gouverneur du lais, était absent ; Caulaineourt le remplaçait. J'étais e service, quand, vera une heure après minuit, plongé * dans un sommeil profond sur mon lit de camp, je me sentis fortement secoué ; et, me redressant promptement, j'aperçus près de moi ce généra! : « Debout! me dit-il; il [ fant sur-le-champ changer les mots d'ordre, celui de i ralliement, et monter le service comme eu présence de B l'ennemi .' Vous me comprenez ; il n'y a pas un instant I k perdre ! i J'obéis, et aussitôt j'organisai les rondes fcpatrouilles dans le château, dans le jardin, et aux alen- ! je les multipliai dans une telle proportion, que r chaque minute chaque factionnaire fut forcé de reaitre trois fois au moins. Ce service ainsi réglé conpua plusieurs semaines, jusqu'à ce que la crise eût at- Int son terme.
Toici quelle avait été la cause de cette alerte. On a vu ! jusque-là le Pj-emier Consul, vaguement inquiet, avait pressenti nn complot, et que déjà plusieurs hommes, justement suspects, étaient arrêtés, Mais on ignorait encore que parmi eus se trouvaient cinq des conjurés! Dans la nuit du 211 janvier, Napoléon, réveillé vers deux lieures du matin, selon sa coutimie, avait demandé les
nS MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
divere rapports de ses ministres. Un trait de lumière de son «toile fixa ses yens sur l'interrogatoire de ces cinq priBonniers auxijuels on avait attaché peu d'importance. Aussitôt, frappé d'une impiration soudaine, il avait ordonné le jugement.
Il semble que, ici cependant, sa fortune ait hésité. En effet, les deux premiers avaient été acquittés, et c'étaient les plus coupables. Deux autres, condamnés seulement comme espions, s'étaient laissé exécuter sans trahir leur cause. Le cinquième enfin, nommé Querelle, condamné aussi, allait emporter son secret dans l'autre monde, quand il demanda grâce au prix de révélations, que reçut Murât d'abord, et qui parurent invraisemblables. Il &ut ici se rappeler que Fonché, devenu sénateur, n'était plus ministre ; que son ministère supprimé avait été réuni à CBlui de la justice; et que la police mal dirigée demeurait frappée d'aveuglement au milieu de ce péril.
Querelle n'avait pu dénoncer que le premier débarquement, celui de Georges, il y avait sis mois, à la falaise de BiviUe, sur laquelle il s'était élevé, comme les contrebandiers, au moyen d'une corde, dans une fente de rochers ; puis, se cachant de g!te en gite, il avait pénétré jusque dans Paria. Mais, la trace étant dépistée, Kapoléon s'en était saisi ; il avait excité Béai, alors chef de la police; il s'était aidé des avis de Fouché, de l'activité de Savary, colonel des gendarmes de sa Garde, et bientôt deux autres débarqnementâ avaient été reconnus. Quant aux noms des conjurés, ils étaient ignorés encore, excepté celui de Georges ; on savait seulement leur
EXÉCtmOS DU DUO D'EKGHIEX. 99
,bre, et que leur liut était d'aasaaeiner le Premier sul ! Telle avait été la cause de cette alarme nocturne le château des Tuileries, et des précautiouB subites "qa'on m'ayait fait prendre.
Ce fut alore que, sur la ligne d'étapes des complices de Georges, Danourille fat saisi, et que. conduit au Temple, il s'y pendit de déseapoir. Ce suicide confirmait la gravité du complut sans donner d'autres lumières, lorsqu'eafin, le 12 février, Bouvet de l'Ozier, autre conjuré que l'on venait d'arrêter, voulut s'étrangler comme Danoiiville. Mais Bouvet, secouru à temps, fut renda à i sa détresse, dont les premiers cris involontainommèrent Pichegru ; après quoi, se décidant, il acformelîement l'ambition complice, mais irrésolue et lublicaine, de Moreau, d'avob- trahi, à son profit, la
royale!
lèa lore on snt que, après l'envoi de Lajoloia en Anirre et son retour avec Pichegru, une première entrede Georges, de Pichegru et de Moreau avait eu le 2G janvier, sur le boulevard de la Madeleine : une seconde chez Moreau lui-même, avec Pichegru, me troisième enfin, à Chaillot, chez Georges CadoutTne exclamation de Pichegru suffit pour indiquer ;lle fut, dans cette conjuration, la triste part de Mo- Ce b....-là, s'était-il écrié en le quittant, a aussi de l'ambition ; il veut r^uer, Ini qui ne serait pas en état de gouverner la France vingt-quatre heures I " Un second cri de désappointement, recueilli de même, iBsi ce qui avait empêche la conspiration d'écla-
ter à temps. Ce jour-là Georges découragé, ne voyant pIuB àe résultat favomlik à la cause des Bourbons dans le meurtre du Premier Couaul, avait ajouté : a Faurpa- 11 teur pour uauipateur, j'aime encore mieux Bonaparte « que ce Moreau ! Celui-ci n'a ni cœur, ni tête ! s Toutefois il est certain que, alors même, Georges, ne aa croyant pas découvert, persista dans le projet de ae défaire du Premier Consul.
A la première nouvelle d'une complicité si inattendue, une exclamation d'étonnement s'échappa de la bonche, de Napoléon. ^ Moreau ! s'écria-t-il, quoi! Moreau, dans K une conjuration semblable ! Lui, le seul qui eût dea» « chances contre moi, se pei'dre aussi maladi'oitement I Œ J'ai une étoile ! n Pourtant, dans les journées du 13 et 14 février, ue se laissant pas entraîner, il se refusa k son arrestation. « Non, répondit-il ; c'est un personnage î trop considérable; j'ai un trop grand intérêt à sa « culpabilité; l'opinion publique s'attacherait à cette K conjecture ; il faut d'antres preuves, et d'abord celle 1 de la présence ici de Pichegru ! "
On ne tarda pas à la lui apporter. Pichegru avait un frère à Paris. C'était un ex-moine, lequel, mandé subitement et interrogé, avoua dans son trouble qu'il venait de voir ce général. Aussitôt, dans la nuit du 14 au 15,, un Conseil fut réuni, et l'on envoya saisir Moreau à sa campagne. I! fut arrêté le 15, vers huit heures du matin, snr le pont de Charenton comme il revenait de Grosbois, On le conduisit au Temple.
Ici, et malgré les horreurs révolutionnaires dont les
nXECcnos DU sec ofESsmEs. i»i
B {Ms de Napolêm «rùeat ctè eiirtr«uié5 ; nul-
B rwppoea ana I*muHonI gnannetiieBl dn JHnc-
; in^ré ks Béeeœités raachiaTâîqins qm le gou-
nt de àeax p*^ «tnqois, fim oonoiiqta, l'uitra
, ci qoe odoi de U Franoe, de[wis qnat» «m,
t i^wnn à ce oonqncnat ; enfin, en àéfàt des ini-
B d'un poarMT contesté et du diigoûi ijn'iii^ire
Tespèce hmiuûne mise à aa tlevant uos jreas,
e encore avec joie dans un premi» uonTe-
t de ce gnnd homme, les premières, les pures et
de sa jennesse, celles dn rain<iaeur gé-
[ de Mantoae et de Wurmser, celles de son jeune
e à la foiâ antiqne et cheTaletvsque.
, de la part de iloreaa tout avait été pour
ments et hostilités, Maînles fois œ général
t répondu par le dédain à ses avances. Dans Ges
s il affectait de ne point reconnaître l'antorité
f Consul ; dans ses paroles il traitait Bona-
e d'nsarpateur ; et voilà que, déjà soapçonné une
I, qnoiqu'à tort sans doate, de complicité avec Piche-
, on le retrouvait une seconde fois en flagrant délit
Bcialion avec ce traître ! Celle-ci parut si révol-
î que, dans le Conseil, on proposa une commisaiou
[litaire et des mesnres promptes et ri^nrousea. Napo-
les repoussa, soit justice ou politique, et cela ne
ite ancun élo^; mais il ût plus : émn d'une cfaute
rà grande, et oubliant tant de griefs, il tendit nne main
I générense à son adversaire; il s'efforça de le retirer de
t^cet abîme; il lui fit proposer par Régnier, avant tout
J03 MÉMOIHEg D'UN AIDE DE CAMP,
interrogatoire, de venir s'expliquer avec lui seul, promettant que tout se terminerait entre eux, dans nu entretien Becret.
Mais Régnier était peu propre à cette mission officiense. Il l'accomplit froidement, fut reçu de même, et y substitua sur-le-champ un interrogatoire officiel. De, son côté Moreau, soit froideur d'àme, soit médiocrité d'esprit, comprit mal sa position, le degré de sa culpabilité, et l'inutilité de sra désaveux. On lui avait caché les dépositions de ses complices ; il se renferma dans une hautaine dénégation, et Napoléon se décida enfin k l'abandonner à la JQstice.
Ce joar-là, selon mou service, j'accompagnais le Premier Consul de son cabinet à son Conseil d'Etat, où, sur le rapport de Régnier, il venait de se résoudre à ne plus garder de ménagements. A. sa sortie de ce Conseil son agitation était estrême. Je me souviens que, en retraveraant la salle des Gardes, il se tourna vers moi, et que, d'une voix haute et singulièrement animée que les grenadiers durent entendre, il s'écria : « Moreau ! Moreau est du complot I En voici la preuve! n Et il me mon- ■ trait, et agitait en l'air en. même temps, des papiers dont sa main était remplie !
Dès ce moment tout devint public : Moreau, Georges, Pichegru, et leurs complices, furent accusés d'attentat à la vie de Napoléon et de haute trahison contre la France. Le cri d'indignation, les protestations de 3évouement des Corps de l'État et des chefs des différentes armes furent unanimes ; mais nue partie de l'armée, et snr-
executio:î du duc d'ekghiek. ion
mb des états-majors atta<:héâ à la gloire de Morean, ïpbatina à croire plutôt k k haine jalouse du Premier tonsul qu'à la complicité du vainqueur de Hohenlinden. ^te opinion eut de l'écho dans les Chambres et dans |l peuple.
1 Morean arrêté, accusé, livré à la j ustice et défendu par icrédiilité publique, il devenait plus que jamais indis- !, pour prouver l'accusation, de s'emparer de ses riucipaux complices; et cependant ni Pichegro, ni beorges, ni Rivière et les Folignac, n'étaient saisis ! isi compromis avec la Révolution elle-même, par la ïontre- Révolution, Napoléon s'irrita, et se décida àn'érgner aucun moyen pour Taire éclater la vérité aux e toute la France. C'est aloi-s que le jury fut ansindu ; le recel des conjurés, déclaré crime de haute ihison, et !enr dénonciation imposée sous peine de sis B de ferB. C'est alors encore que, tout à la fois. In 1 Garde entière forent mises sur le pied de 1 tous les signalements leur furent donnés ; qae i barrières de terre et d'ean, rigoureusement closes, fuinb confiées à leur vigilante atirveillance, et que Paris, mplètement cerné jour et nuit de postes, de bivouacs «s flxes et mobiles, fut lirré intérieurement frtjonteB les plus arâentes investigations de la police. I Toutefois, pendiuit douze jours encore, tout cela fut Wbile. Pichegru traqué, souvent dépisté, trouva cha- 3 nnit, et jusque dans la pitié de Barbé -Marbois, n'approuva plus tard la générosité du Premier Consul, s courts mais secrets. Ce fnt le 28 février seule-
HH IttatOIEES D'US AIDE UK CAMP.
ment que, enfin trahi, et sui'priB endormi, dans une maison de la rue Chabannais, par six gendarmea d'élite, fut saiai. La Inttc fut vive ; nne pression violeote, sur lu partie la plus Bensible du corps de ce cônjnré, la termina en lui faisant perdre connaissance.
Quant à Georges Cadoudal, dépisté aussi, fuyant dans nn cabriolet, le 9 mars, vers sept heures du soir, poursuivi et atteint dans le carrefour de Busay, il tua deux hommes aïant de se rendre au peuple qui se jeta sur lui. Il ne déuoDça personne, mais il compmmit autant ses associés en déclarant franchement qu'il était venu dans Paris pour attaquer et tuer le Premier Consul.
Ija scène devenait de plus en plus tragique. Les conjurés, les assassins et autres, au nombre d'environ quarante, avaient été ai'rétés munis de passe-ports, armés de poignards, et chargés de l'or de l'Angleterre. L'nn d'eux encore venait de se rendre justice par le suicide. Les principaux conjures, pressés d'échapper à l'odîenx aveu d'une tentative d'assassinat par celui d'un essai de contre-révolution, déclaraient tous qu'ils avaient attendu, pour la faire éclater, la présence d'un prince du san^ de Bourbon dans Paris même. Savary et ses gendarmes d'élite avaient en vain guetté le débarquement de celuici sur la falaise de Biville, D'antre part des espions k double face livraient au Premier Cousu! les correspondances des résidents anglais les plus rapprochés de Is la France. Tous excitaient non seulement à une révolution, mais au meurtre de Bonaparte ! Il était avéré que Drake à Munich, Smith à Stuttgard, et Tajlor à Hesse-
EXÉCUTION DU DUC D'ENGHIES. lOô
1, payaient, du même or ano;!aiB donnés aux conju-
nvojés de Londres en France, ies Émigrés armés
qn'ilB appelaient sur notre frontière. Enfin, mal^é les
le son père, et les snpplicutions de ses officiers les
' plus dévoués, le duc d'Enghien s'ohstioait à rester dans
I Ettenheim. De oe quartier général, à deux heuroa de
' marche de la France, il leur répondait par écrit : " Que
I ]à où. il y avait du danger, là était le poste d'honneur
r pour nn Bourbon ! Que, en ce hioment, où l'ordre
I du Oonseil Privé de Sa Majesté Britannique enjoi-
I gnait ans émigrés retraités de se rendre sur les tords
I K dn Khin, il ne saurait, quoi qu'il pût arriver, s'éloigner
« de ces dignes et loyaux défenseurs de la monarchie
Comment supposer, quand depuis vingt-cinq jours le [ complot était devenu public, qae ce prince l'ignorât? Dès I Jors ne devait-il paa comprendre tout ce qu'avait de ai- [ gnifioatif aa présence aux portes de la France, avec d'au-
B émigrés soldés, armés et réunis par l'ordre de l'Ant à quels soupçons de complicité il s'exposait !
Cependant chaque jour dévoilait de plus en pins il F, Napoléon l'acharnement de ses adversaires. Il s'indignait I ' âe se Toir mis ainsi par enx, comme hors de la loi des [isations, hors de la civilisation européenne, et que les I moyens les plus atroces et les pins pci-fldes semblasaent Y permis à leur haine contre ses jours. Son irritation crois- ; l'arrestation des aides de camp des Bourbons, asao- Lciés k Georges, et les aveux de celui-ci la portèrent à,
D comble !
Kn ce moment son espoir déçu de se saisir, en Normandie, du chef de l'attentat, s'était retourné Ters le Rhin. Ce fut alors qu'un rapport de gendarmerie lui confirma !a présence dn duc d'Engliieu dans Ettenheim, et celle d'nn général Thumerj. Ce nom prononcé à t'alleroande (Thoumeriez) aggrava tout. Il fit croire que le prince était accompagné de Dnmouriez. Ou ajoutait que le jeune duc avait pénétré plusieurs fois en Tranoe; selon les uns, dans Sti-aabonrg seulement ; selon d'antre», jusque dans Paris !
Sur ce rapport le Premier Consul s'exaspéra ! « Eh « quoi ! s'écria-t-il, en voyant entrer Real, vous ne me ■ dites pas que le duc d'Enghien est à quatre lieues de « ma frontière ! Suis-je donc un chien qu'on puisse as- N sommer dans la me '. Mes meurtriers sont-ils des Êtres « sacrés ! Pourquoi ne m'avertissez- vous pas qu'ils se 'I rassemblent dans Ettenheim ? On m'attaque an corps ! u II est temps enfin que je rende guerre pour guerre ! 1 II faut que la tête du plus coupable m'en fasse jus- « tice! »
Déjà, depuis qtielques joura, d'autres paroles semblables avaient échappé à son indignation; sa résolution était prise. Camliacérès entendit cette dernière exclamation qu'il prit pour un premier mouvement de oolêre; il essaya de la calmer, mais une réponse foudroyante l'arrêta ; et aussitôt, à l'issue d'un Conseil Privé, composé du Grand Juge, de Fouché, de Talleyrand, et des deux Consuls, 011 quelques objections de eeux-ei ne furent point écoutées, Caulainoourt et Ordener furent expédiée,
Il «
EXÉCDnON DtJ DDC D'ENGHIES. 107
ponr Strasbonrg, l'aatre pour enlever le Prince ce qn'oD appela mal à propos son quartier général Eltenbeini.
Le 16 mars, à minuit et demi, Fririon, Ordener, te dragons dn -26°"^ et ringt-cînq |:endarmeB, pas- »rent le Rhin à Blieînau, à peu près en face d'Ettenbeim. Les gendarmes étaient commandés par le chef d'escadron Chariot, le même qui, dens mois après, et presque sur le lieu de cette scène, m'a raconté les détails nÙTanbB.
Ils avaient laissé en réserve snr la riv6 gauche trois 'escadrons de dragons du iG"^'. Dans leur marche prompte et silenciense ils traversèrent, sans être aperçus, trois viil^es endormis. Le jour allïiit paraître quand Os arrivèrent à la porte d'Ettenheim, Ordener et ses dragons y prirent poste. Chariot entra dans la ^nlte avec ses gendarmes. Pfersdorf, Tnn de ses maréchaux des logis, qui ta veille était venu reconn^tre les lieux, lui servait de ide. Ils marchèrent droit à la maison qu'occupait le ince ; et sans hésiter, tout étant convenu d'avance, le [mandant et vingt gendarmes se prolongèrent dans BOUS les fenêtres, tandis que quatre autres génies, escaladant le mur du jardin, allèrent se placer la cour sur ta face opposée de cet hôtel. Le prince ipait avec deux aides de camp et onze domestiques, possédait deus millioas trois à quatre cent mille ics dans une cassette ; ses armes toutes chargées étaient il avait soixante coups à tirer.
maison était à peine entourée, que, an bruit des
108 MEMOIfiES D'UN AIDE DE CAMP.
luttes des geudarmcs sur le pavé et au cliquetis de leurs armes, une fenêtre s'ouvrit; uu regard rapide fut jeté, et l'aide de camp Onmstein, se précipitant chez le duc d'Enghieu, lui cria : « Voua êtes cerné ! n Sur quoi le prince, se jetant en ban de son lit, saisit nn fusil à deux coups, et de sa croisée, Toyant passer le commandant français, le coucha en joue : il allait le tuer. Vingt fenêtres, d'où pouvait partir un feu part-il, s'ouvraient à la fois sur la rue ; et de là il n'y avait qu'un pas à faire jjour s'échapper, et pour fuir vers la montagne ; mais, en ce moment décisif, Chariot élevant la tête et la voiï, cria : « Messieurs, Je sais en force ici ; point de résisit tance, elle est inutile ! >■ Pourtant le coup allait partir et donner le signal d'une lutte dont toutes les chances, selonle commandant Ini-même, eussent étécontraires aux assaillants, lorsqu'un fatal génie poussant Grunsteiii lui fit mettre la main sur l'arme du Prince, Il la détourna, lui disant : « Qu'il voyait là trop de monde, Œ et qu'en effet toute résistance serait vaine! » Par une même fatalité, le duc, se laissant désarmer, s'abandonna k ce funeste conseil.
Dès lors, la porte ayant été ouveite, on s'empara des lieuï, des gens et des armes. Cependant Chariot, parvenu devant le duc, Ini avait demandé son nom. « Vous devez le savoir, « lui répondit-il. Sur une seconde interpellation il ajouta : « N'avez-vous donc pas mon « signalement? »> Le bailli venait d'accourir; le commandant lui renouvela la même question ; et ce magistrat, après un premier refus, finit par nommer le prince;
ETÊCnnOS DU nue D-EKCHrES. 109
En ce inoment quelques cris d'alarme se Srent euten- . Les instractioDs attachaient tant d'importauce à e de Dumourieit, que, i ce bmit, Chariot giiidè r Pfersdorf, quiitant son illustre et malheureux prisonnier, connit à la maison qn'on disait occupée par ce général. Le premier personnage qu'il rencontra fut le gjand veneur de Bade. 11 s'en débarrassa en répondant i ses exclamations par une dé^te. Mais l'alarme crois- ; on haliitaut se précipitait vers Péglise; il criait : •À /eu.' Il allait sonner le tocsin, quand te commanint, l'apercâvanc. l'atteignit et, le frappant de son sa- , le détourna de son entreprise. A quelques pas plus Q d'autres habitants, émus d'indignation à la vue des ^^ançais en armes chez leur souverain, se rassemblaient; s calma, a On n'en voulait, leur dit-il, qu'aux émi- . Le gouvernement français était d'accord avec K leur prince ; ils allaient en recevoir î'avis ; leur devoir I était de rester tranquilles. » On le laissa faire. Mais, i lieu de Dumoiiriez, il ne saisit que le général mare Thumery, dont le nom mal prononcé avait été rtMse de la méprise.
Revenu près du duc, il interrogea Gnmstein; et le !x, s'onbliant pour le défendre, dit au commandant : I Sans loi j'allais vous tuer ; vous Ini devez la vie I s t par regret sans doute de s'être rendu, il tombait I un aiienciens accablement, lorsque voyant saisir B papiers, il plaça ses deux mains dessus eu s'écriant : C Ne soyez point étonné, Monsieur ; vous allez voir la i correspondance d'un Bourbon, d'un prioce du sang
HÉHOIRE^ 7
110 MEMOIRES Dira AIDE DE 0A3IP.
<k ck' Henri IV ! » Et comme les letti-es de la princesse de Eohan n'étaient pas épargnées, il ajonta : « J'espère «. que vouB mettrez tonte la discrétion possible pour ce n qui ne regarde pas le gouvernement. i> Enfin, lorsqu'il eut snbi toutes ses douleurs, et qne les gendarmes vinrent rendre compte de l'inutilité de leurs recherches ultérieures, s'apercevant avec surprise que Dumouriez en était l'objet, il reprit : « Je vous donne ma parole « d'honneur qu'il n'est point ici. Il se peut que Duci mouriez soit arrêté avec des instructions de Sa Majesté «. poni' moi, mais je ne l'ai point vn et j'ignore oii il n peut être. »
Il fallut alors que l'infortuné Prince se laissât entraîner prisonnier, au milieu de nos soldats, arec les généraux Thumery et Gronstein, le lieutenant Schmidej deux abbés, un aecrétaii'e et trois domestiques. Il traversa ainsi à pied Ettenheim jusqu'à la porte de co bourg, où reçu par Ordener, il fut placé snr un chariot de paysan précipitamment attelé. On se mit aussitôl en marche pour regagner le bord du Rhin. Un bivouac de cavalerie y était établi; en l'apercevant le prince s'écria : i II parait qu'on attachait une grande impor- •I tance à mon enlèvement ! Au reste, vous avez le « droit du plus fort, on vous donnera raison, s
En traversant le fleuve il répondit à Ordener : « Pour- « quoi serais-je rentré en France ? Tour y être colonel? <t Je ne pouvais avoir d'existence que chez les Autri- « chiens. » Puis, au commandant Chariot : « Il faat « que cette expédition se soit faite bien secrètement.