‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 27 sur 56 · EXECUTION DU DUC D'ENGHIEN · texte numérisé non relu

EXECUTION DU DUC D'ENGHIEN

Ini eût fait entrevoir la cruelle destinée qai l'atteadalt. a J'aurais dû tuer votre mari, dit-il h lu femme ( du commandant, j'en avais le droit ! Je défendais « ma liberté; je me repentirai peut-être de ne l'avoir « point lait ! » Sur l'exclamation de cette femme, il reprit : « C'eût été votre faute; pourquoi ne m'ac voir point prévenu par nn billet ? — Et comment, ■ répondit-elle, l'aurais-je pu, puisque j'ignorais tout! » Le duc d'Bnghien ne s'était point trompé : M"'" de Bohan vînt tout en plenra supplier qu'on lui permît de le voir, et d'aller à Paris, sans doute ponr se jeter aux pieds du Premier Consul; mais le commandant la l'envoya au prefet Suhée, qui lui déclara qu'elle ne verrait pas le prince et qu'elle ne passerait point Saveme, Sur un reproche qu'il lui fit, elle répondit : « Oui, je sais 'on lui a pris beaucoup de papiers ! » Kéaniaoins, I S le faat répéter, il n'y en avait pas un seul qui fût lelatif à la conspiration de Georges.

Parmi ces papiers, l'attention du commandant avait

été frappée par une lettre datée de 1792. Elle était de

[.la mère du duc, princesse de Bourbon, dont l'esprit

était bizarre, et qui aimait alors les principes constitu-

L tionnels; cette lettre pressait le jeune duc de rentrer

- en Fi-ance. « Pourquoi ne l'avoir point écouté, dit-il au

« prince ? — Ce n'était point à elle, répondit-il, c'était

L roi seul que je devais obéir ! » Puis, irrité sans

âoute de ces interrogations, de sa position et de tant

I â'amers souvenirs, pour la première et seule fois il s'em-

f porta ; il rappela le meurtre de Louis XVI, de la

reiue, (le Madame Elisabeth, el maudit la Révolution Française. Ce moment-là seul excepté, le commandant se plaisait à me répéter que. dans une infortane fii accablante, pendant ces deux jours, ce prince avait été d'une politesse sans hauteur et pleine de la dignité la plus imposante ; que tout en lui forçait aus plus grands égards, et maintenait ^ une distance respectueuse ; qne, dans les instants les plus pénibles, et jusqu'au dernier moment, celui où il vint le réveiller ponr lui annoncer qu'il fallait partir de la citadelle, il s'était montré calme et ferme; même lorsque, au milieu des adieux et des sanglots de ses trois officiers, il lear témoigna le regret d'en être séparé : a Mes amis, leur dit-il, je suis fâ- « ché de ne pouvoir pks rien faire pour votre fortune ! b

Tel fut, mot pour mot, le récit que me fit ce commandant sur cette première partie dune aussi horrible catastrophe. Il le termina par ces mots ; « Je mis le « prince dajis la voiture du général Ordener, et il partit tt en poste ponr Vincenncs ! »

Il y arriva le 20 mars, à cinq heures du soir. A minuit il fut réveillé et inteiTogé par d'Hactenconrt, capitaine adjudanl-major de la gendaimerie d'élite, A deux heures après minuit il comparut devant une commission militaire. I.e général Hnlin la présidait. Le public se composait d'un aide de camp de Murât, d'officiers et de gendarmes. Le prince était sans défenseurs, Il dit qu'il était depuis deux ans à Ettenheim, où les plaisirs de la chasse l'avaient retenu. 11 déclara franchement qu'il était prêt à faire la guerre k la France, de concert

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