‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 28 sur 56 · EXÉCUTION DU DUC D'ENGHIEN. US · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DU DUC D'ENGHIEN. US

avec l'Angleterre ; mais il protesta œ n'avoir jamais ou « de relations avec Picbegru, et qa'il s'en louait, d'après « les vils moyenB dont on disait qa'il voulait se servir, 1 si c'était vrai. » Il finit, comme dans son premier interrogatoire, en demandant de vive vois, et par écrit, à voir le Premier Consnl : « Sou nom, son rang, t sa façon de penser, ajouta-t-il, et Tliorrenr de sa si- « tu&tion, Ini persuadant que Bonaparte ne se refase- < rait paa à, sa demande. i>

Mais l'aide de camp, colonel de la gendarmerie d'élite, avait pris la veille au soir le commandement de Vincennes; il empêcha qu'on transmît cette prière an Premier Consul. Il avait surveilléec pressé le jugement ; il en hâta l'eïécntion. D'Hautencourt en fut chargé; et l'infortuné prince, aussitôt conduit dans les fossés du château, y fut fusillé, puis enterré dans une fosse creusée d'avance !

Des témoins ajoutent, ce que je n'ai bien pu vérifier, qu'il était alors environ cinq heures; que le jugement était à peine rédigé et signé, et que les juges délibéraient encore s'ils enverraient au Premier Consul la lettre du prince, loraqne Savary, revenant au milieu d'eux, les glaça d'horreur en disant à Hulin : « De quoi vous occu- « pez-vouB là? C'en est fait, il n'existe plus! Il ne vons « reste plus rien à faire ! i>

Alors seulement les portes du château s'ouvrirent, et l'aide de camp de Murât retourna près de son général, 11 le trouva, vers six heures du matin, couché encore. Il lui rapporta les fermes et franches réponses du prince malgré les efforts de ses juges pour lui en montrer le

danger, puis son jugement, hos exécution immédi&te en dépit de sa demande d'être admis auprès du Premier Consul. A ces demiera mots, m'a dit cet aide de camp Ini-m&me, les sanglots de Murât, ceux de Caroline Bonaparte et ces exclaraationa : « Ah ! quelle horreur ! Ces- •I eez ! cessez l tous nous faites trop de mal ! » l'interrompirent.

Dans cette nuit funeste je me trouvais de servioa aax Tuileries. Paris ignorait l'arrivée du Prince. Le bruit de son arrestation au delà du Rhin commençait seulement k se répandre. Elle était déjà connue des royalistes. Ua mot d'une femme de ce paitî, que je rencontrai dans la soirée du 20 mars, m'en avait donné un premier indice. Convaincu, par tant d'exemples précédents, de la m^nanimité du Premier Consnl, j'avais répliqué que, si le fait était vrai, c'était nue occasion qa'il avait voulu se donner de répondre par un acte de générosité à d'odieuses tentiiti^'es contre ses jours. Puis, soit doute de la réalité de ce fait, soit autre préoccupation, j'étais retourné à mon poste, ne songeant plus à ce bniît, qui déjà devenait public. On l'ignorait au château des Tuileries, vide alors, et d'ailleurs oii la plus grande réserve existait toujours.

Le lendemain matin, à neuf heures, en descendent chez le général Duroc pour rendre compte du service des vingtquatre heures, je rencontrai sur le gi-and escalier l'adjudant-major de la gendarmerie d'élite. Il venait, selon i'usage, se réunir àmoi pour joindre sou rapport au mien. Étonné de la pâleur livide, de la décomposition de sa tifînre, et du désordre de ses vêtements, je lui en deman-

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dai la cause? e Ah !... me répondît-il en jnrant, il n'y a [ là rien d'étonnant quand on vient de passer une nuit a aussi aifreuse! — Quoi donc? que vous est-il arrivé? a repris-je, d Et lui s'arrêtant me répliqua : n II )■ a eu < cette nuit un coup de foudre ! »

Cette exclamation m'émut sans toutefois m'éclairer ; mais, aiTÎvé dans le salon où le général Duroc n'était point encore, j'y trouvai Hulin, fort rouge, l'air très monté, allant et venant dans la plus vive agitation. Ce colonel de la Garde était un personnage de très haute et forte taille, L'adjndant-major aussitôt le rejoignit, et j'entendis Hulin a'écrier à plusieurs reprises : « Il a bien fait î < il vaut mieux tuer le diable que le diable ne nous tue! B J'entrevis alors une catastrophe.

J'ignorais l'arrivée du prince à Vincennes ; je ne pouvais croire encore qu'il fût question de lui. Pourtant, dans mon anxiété, m'approchant de Hulin, je risquai ces : « On dit le doc d'Enghien arrêté I — Oui ! n et mort aussi! » me répondit-il brusqaement. Duroc alors \ étant entré, nous l'entonrAmes. Mon rapport fait, but une brève et presque muette interrogation d'Hautencourt ré- \ pondit : R II a été fusillé dans le fossé, à trois heures du ; matin ! r Alors, sortant de sa poche un paqnet, d'environ trois ponces carré, déformé, comprimé et flétri comme B'il [•eût été longtemps porté, l'adjadaiit-major ajouta : «. Au înt de mourir, il « a tiré de son sein ce papier, en [" « me priant de le faire remettre à la princesse. Ce sont 6 cheveux, du... ! u Ces derniers mots furent dits avec le affectation d'insouciance qui acheva de me glacer

d'horreur de la tête aux pieds. Je me sentis pâlir; il me semblait que la terre se dérobait sous moi ! Mon aerrioe venait de finir, je me retirai sur-le-churap dans un trouble

Je GonnaissalB pourtant "bien cet adjudant-major ; je le savais brave, probe, et ordinairement plein d'humanité et de douceur ; mais, soit entraînement hors de sa sphère, dépendance de position, excitations de son colonel, quelle transformation subite I Voiià donc le danger des trop grandes et graves circonstances pour des hommes que rend trop eiibordouiiés un commencement de fortune toQJours chèi'ement acheté ; sans société assez choisie dont ils puissent craindre le jugement ; accoutumés par état à obéir; trop obscurs enfin pour compter avec l'histoire ! Et même encore, parmi les hommes élevés au milieu de ces garanties sociales, dont ceux-là étaient dépourvus, combien l'histoire nous en montre pour qui, dans de aembUbles circonstances, tontes ces garanties ont été insuffisantes ! Joignez à ces considérations applicables auï juges comme à l'exécuteur du jugement, la surprise, la hâte, l'habitude d'obéir, une apparence de légalité et cette fatale errear sur la complicité du prince dans l'odieux complot de Georges ; erreur coniinuée par l'exclamation de Hnlin, que je l'iens de rapporter.

Malheureux prince ! que sou héroïsme guerrier et sa jeunesse chevaleresque ne permettaient pas de soupçonner complice de l'assaHsinat médité contre Bonaparte ! Et pourtant innocent de cet attentat, il venait d'en tomber ™time !

EXECUTION DU DUC D'ESGHIES. IIU

Arrivé, je ne ebïb comment, chez mon père, tant je

marchais abeorbé et con8tern<S par un événement aussi

tragique, je tombai au pied de son lit sur un siège en di-

, saut : « Le duc d'Enghien a été fusillé cette nuit ! Xons

[ voilà ramenéaus horreurs de 93 ! La main qui nous en

t < retirait, oona y replonge ! Comment désorraaiB y rester

r asaociésl » Mon père, d'abord atterré, resta muet; il

L ne put me croire. Je lui fis le récit qu'on vient de lire ; et

V Ini-même, alors révolté, ne tint pas plus de compte que

e ce qai avait pu motiver cette vengeance. Il cmt

t d'abord, comme moi, qne, après ce pi'emier pas sanglant,

I nul génie ne serait assez maître de lui-même pour s'arrè-

I ter dans une voie si funeste, et qu'il l'allait, en effet,

I songer à s'en séparer.

C'était pourtiint un trop grand parti à prendre pour

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