EXECUTION DU DUC D'ESGHIEN. IM
tat du fatal sommeil auquel il s'était livré. C'est pourquoi, d'une part, au cri de Joséphine éperdue : c Ah! mon ami, qu'as-tu fait ? i> cette réponse de Sapoléou : « Les malheureux ont été trop vite ! » et, d'autre part, quand il fat seul avec Joseph, son emportement contre Kéal, qu'il accusa injustement, en raison de ses antécédents l'évolntionnairea, d'avoir différé sciemment d'obéir à son contreordre. Après quoi, se raffermissant, il dit à son frère : s Qu'enfin il fallait se consoler de tout ! Que sans doute, s s'il eût été assassiné par les agents de la famille du ï prince, ce prince se serait montré le premier en France, < les armes à la main, pour en profiter ! Que maintenant « il ne lui restait plus qu'à supporter la responsabilité de « l'événement; que la rejeter sur d'autres, même avec » véiité, ressemblerait trop à uue lâcheté pour qu'il vout liit jamais se laisser soupçonner de cette faiblesse ! »
Bientôt, et dans le premier Conseil d'État qui suivit cette catastrophe, mon père entendit le Premier Consul, après une rude sortie sur les propos qui couraient les mes, et sur les modernes rioJationa du droit d'asiie, dire : « Qu'il saurait faire respecter la France ! Qu'il ne res- « pectait l'opinion publique que lorsqu'elle ne s'égarait « pas ! Qu'il en méprisait tes caprices ! Que, comme lui , « tous les hommes de gouvernement, loin d'en suivi'e les n écarts, devaient l'éclairer. Qu'il aurait fait juger et « exécuter publiquement le duc d'Englnen coupable de « connivence avec les agents de l'Angleterre, d'armet ment contre la France, d'intelligences «vec nos déparf. tements frontières pour y esciter lu révolte, et enfin
^^. tements frontii
a: de complicité dans le complot tramé contre sa vie, b'îJ K n'avait craint de donner aux partisans de ce prince « une occasion de se perdre; qne ce n'était pas chea « cenx-ci, mais dans d'obscurs repaires, qu'on ayaib saisi « Rivière et les Polignac ; qu'au reste les royalistes étaient « tranquilles ; qu'il ne leur en deinaitdait pas plus ; qa'il' 4 laissait les regrets libres au fond des cœurs ; que cens «: qui prétendaient craindre des proscriptions en masse V n'y croyaient pas ; mais que, individuetlement, il a'é» « pargnerait aucun coupable. »
Tous les chefs d'accusation qu'il accumula contre i victime étaient vrais, hors le dernier, celui de complicité avec Geoi'ges Cadoudal, seul fait qui aurait pu expliquer, sans la Justifier, une aussi cruelle vengeance. Bonaparte put croire à cette complicité, qui n'existait pas. Le prince connaissait sans doute le complot par la voL\ publique; mais ce complot dès lors était avorté, d'où il résulte que la prolongation de son séjour à portée du Rhin ne pou* vait plus désormais motiver le soupçon dont il fut vie.
Il restait donc évident que, irrité de cette longue suite d'attentats contre sa vie, le Premier Consul avait voulu y mettre un terme par un coup de foudre! Son excuse, s'il en peut exister pour un acte aussi barbare, était dana sa conviction, par un fatal concours de circonstances, (]u'il obéissait à la nécessité politique, au droit de défense personnelle, et qu'il ne frappait que sur un complice! Erreur fuueate, qui prouve, plus que jamais, qu'oi doit poiut se faire juge dans sa propre cause; et qu'il
EXECUTION DU DUC D'EKGHIEX. li!S
but respecter les formes protectrices, pour ne point âfezposer aa malheur de s'être défendu contre tine tentarave de crime, par un autre crime !
s pour lui que le remords, qui le décida à, KfiliToyer Eéal pour suspendre l'effet de sa première déterlation, en aura atténué l'horreur devant Uieu, comme BiAUx yeux dea hommes.
I L'histoii'e ainsi doit en juger. Quant s. nous, dans
totre ignorance d'alors, l'accusation de complicité contre
Beemalhenreus prince ne nous semblait que trop probable.
m^nelque effroyable que fût le coup frappé à Yincennes,
sage ainsi, notre chef, tant provoqué, était-il le seul
a h plus coupable ? Toutefois ce fut un autre point de
e qni nous détermina.
r D'un côté nous sûmes que Caulainconrt était en butte
KTanimosité des royalistes. Étranger à l'arrestation, au
ment, à l'exécution, absent même de Paris alors, ils
pen accusaient, ils l'en rendaient responsable. Les déné-
Ktions des siens, son désespoir, son évanouissement chez
B Premier Consul à la nouvelle de ce meurtre, et la vio-
Bite amertume de ses reproches, quand il revint à lui
ns mêmes de Bonaparte, ne leur suffisaient
. Ils exigeaient sa démission, ils la lui imposaient
. désaveu de sa participation à cet acte san-
■ D'autre part mon père s'était aperçu que pluBieura B ex-jacobins, ralliés, trîompliaient ; qu'ils s'applaudisint de ce premier pas rétrograde de Napoléon dans : voie féroce. Placés entre ces deux partis euuemis.
qu 'allions-nous faire? Fallait-il, pour satisfaire l'un,, abandonner à l'autre le terrain si heureusement reconquis jusque-là sur lea teiToristfls ! C'était en Bonaparte seul que nous avions espéré pour arracher k France, et nous, dn gouffre révolutionnaire. Jusque-là cet espoir a'éÈp,it magnifiquement réalisé. Quatre ans de bienfaits, et d'une administration admirablement généreuse et réparatrice, nous avaient attachés à sa fortune; devions-nous donc, dès ce premier pas en sens contraire, quelque déplorable qu'il fût, tout abandonner ? Devions-nous, en donnant le signal de se retirer de lui, le livrer, le pousser même dans les mains du plna dangereux de ces partis, dont notre concours contribuait à combattre l'influence ?
Quant à un avenir de sang, pourquoi le supposer ? La peur seule pouvait y entraîner le Premier Consul; et nous savions que, aprà l'explosion de la machine infernale et royaliste du 3 nivôse, interrompant l'un de ses conseillers à ces mots : « N'avez-voua pas peur, citoyen 1 Consul?... » il avait répliqué : « Moi. peuri Ah! si 1 j'avais peur, la France serait bien malheureuae! » Ainsi, ce crime politique pourrait rester isolé. Dès lors, quand notre sort, quand celui de toute la partie saine de la France dépendaient du Premier Consul, pourquoi nous décourager? Pourquoi, lorsque son géoie, pur jusque-là, venait de faillir, lorsqu'il nous avait momentanément échappé, ne pas s'efforcer plutôt de le i-essaisir, de regagner le terrain perdu, de l'essayer du moins. S'il nous faisait défaut encore, noua verrions bien, et alors nous aviserions.