‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 37 sur 56 · LA GRANDE ARMEE ENTRE EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA GRANDE ARMEE ENTRE EN ALLEMAGNE

r accélérer la marche des corps de son armée, l'Em-

' imagina de les faire transporter en poste. <t Par-

;, dit-i! an maire de Lille, qu'il avait fait appeler ; re-

:, fêtez mes diviaiona ù leur passage, et organisez

fides chariots pour doubler leurs marches. Comptez sur

ringt-cinq mille hommes; qu'ils passent eu poste :

B doDnerez ainsi le mouvement, et un premier, un

ad et utile exemple ! » Puis, sur la répagnance que

lai montrait ce magistrat à accneillir favorablement le

général V... dont il rappelait le jacobinisme : a Qu'oaez-

< vous dire là? s'écria-t-il , ne voyez-vous pas que tous

int nous servons ici la France? Sachez, Mon-

ar, qu'entre le 17 et le 18 brumaire j'ai élevé im

ir d'airain que nul regard ne doit percer, et contre

iquel doivent se briser toun les souvenirs ! >•

a. jour marqué, à l'heure fixe, tons les maréchaux

t arrivés à leur destination, et, comme les autres,

madotte, le seul qui, par quelques observations, se fût

;é du chagrin que lui coûtait toujours l'obéissance.

Iii4 MÉM0IBE8 D'UN AIDE DE CAMP.

je reçus l'ordre, le 23 septembre, de me rendre au Luxembourg et d'y prendre, avec un détachement de la Garde impériale, le commandement de ce Palais du Sénat, pour y recevoir Napoléon qui y vint aussitôt déclarer la guerre. Mon père et Regnauld de Saint-Jean d'Angely. conseillers d'État, y portèrent les projets de sénatuBconsaltes [xinr les nouvelles levées de quatre-vingt mille hommes et de la garde nationale. Napoléon termina par ces mots : « Français, votre Empereur fera son « devoir, mes aoldata feront le leur, vous ferez le vôtre ! ■ Après qnoi il retourna à Saint-Cloud, tandis que je partais pour Strasbourg, où je ne le précédai que de vÎDgt-qnatre heures.

Il y arriva avec l'Impératrice, le 26 septembre. Pendant qu'il s'y faisait rendre compte de la position de l'ennemi; qu'il y euflammait les siens par nne proclamation éloquente ; qu'il rassemblait, et faisait charger de munitions vingt mille chariots alsaciens, et poussait en avant, dés le premier jour, tons ses corps d'armée, il rassura l'Allemagne par une note contre toute supposition d'empiétement de la France au delà dn Rhin, «i acheva d'entntincr dans sa cause la plupart des Princes régnant sur la rive droite de ce fleuve.

Placés entre deux feus, ceux-ci n'étaient pas tous décidés encore. L'èlectenr de Bavière, retiré à Wnrtzbonrg avec son armée, et presse en sens conlnkires, d'an cAté par Bemadoite, de l'antre par un ministre autrichien, hésitait à se déclarer offensivenienL « Que m'apportet- Toos enfin ? > s'éona Napol^tn. du plus loin 4)u'il «p^x'ob

LÀ GRANDE âBÏIËE ENTBE EN ALLEMAGNE, 16»

J'Ôffioier qu'il venait de lui eoToyer : « Est-il pour nous ï ou contre noua ? — Pour uoub, répondit Lagrang;e ! — C'est mieuï ! » repartit l'Empereur, qui n'en avait guère pu douter.

Quant à l'électeur do Wurtemberg, dont il noua

fallait travei'ser les États, le général Mouton, depuis

comte de Lobau, lui fut envoyé. En même temps Xey

marcha Bur la capitale de cet Électorat. Il venait même

t d'en forcer les portes, quand l'aide de camp de Napoléon

■ descendit chez notre ministre. « Votre mission sera

c difficile, lui dit celui-ci; l'électeur jette les hauts

« crie ; il est, ce qui est rare, à la fois irascible et ferme ;

« il fera du bruit ! — Pas plus qu'une pièce de canon 1

c répliqua l'aide de camp, et j'y suis fait. » Puis aussitôt

L il se fit présenter au prince, qui, prévenu, le reçut au

f milieu de son Conseil.

- Le ministre avait prédit juste : la scène en effet fut I molente. Dès les premiers mots l'électeur interrompit, l.«b tout rouge de colère : s Que me voulez-vous? s'écria- I « t-il, vos troupes envahissent mes États ! elles violent r ■ ma neutralité ! c'est une trahison ! Que vient faire ici « votre Bonaparte? Un prince d'hier, un souverain I < parvenu me faire violence! à moi, prince ancien et i € de race de princes l Mats je suis maître chez moi ! I « Je le lui prouverai ; je repousserai ce brigandage '. «

Cependant l'aide de camp, resté debout, contenait,

f: dans une impassible immobilité, sa physionomie jnartiale

l'etia haute et forte stature. Il laissa se briser ce torrent

â'ÏDTectives contre son flegme imperturbable. Quand le

lOC MEMOIEES D'OI AIDE DE CAMP.

vieux prince, haletast de colère et de son extrême obésité, eut Épuisii toute sa ver\-e, et qu'il fat forcé de s'arrêter pour reprendre haleine, ie général répondit froidement : « Qu'il n'était point venu pour écouter des n personnalitéa, ni pour y répondre, mais pour traiter; M que, au reste, ces parolea irréfléchies lui étaient iudifië- « rentes et qu'elles seraient inutiles, parce qu'il ne lee Il reporterait pas à son Empereur; qu'il valait donc « mieux écouter ses propositions, d'autant plus pressann tes que le maréchal Ney, avec trente mille hommes, K était aux portes de sa capitale ! b L^électeur était tout bouillant encore; mais le contraste de cette fermeté calme avec son emportement sans mesure, le saisit d'étotmement. Il se sentit dominé; il comprit que dans de tels hommes il y avait autant de race que dans la sienne ! Dés lors, changeant de ton, il discuta; puis, dans un aparté, il laissa échapper ; < Que telles et telles possessions voisines gênaient les siennes; qu'avec elles et l'é- « rection de son électorat en royaume, tout pourrait ■t encore s'arranger I n

Quand l'aide de camp, de qui je tien»; ce récit, rendit compte de ce dénoûment à Napoléon, celui-ci se prit à rire et Ini répondit : « Eh bien! je ne demande pas i£ mieux ; qu'il soit donc roi, ai c'est là ce qu'il désire ! »

Déjà, le 25 septembre, tous nos corps d'armée, face au levant bordaient )e Rhin depuis Strasbourg jusqu'à Mayence. Celni de Bernadotte allait arriver à Wurtzbon^, où l'attendait l'armce bavaroise. Pas un conscrit n'avait manqué : on brûlait d'impatience ; le signal était

LA GEiNDE AHMÉE ENTEE EH ALLEMLAGHE. lliT

' ^Dné ! Les marches, en ayant, de chaque chef étaient réglées ; les jours, les heures calculés selon la diversité des es, des distances, les difficultés du terrain et ses acf oidentG. Ces instructions, d'un détail infini, avaient été '. tmoées d'une main si ferme et si sûre, que toutes ces rmamea d'hommes, d'armes, de chevaux et de voitures I d'artillerie, de vivres et de bagages, étaient prêtes à se mouvoir, et allaient atteindre simultanément le but I indiqué, avec la plus incroyable rapidité et le plus admi- ' rable ensemble.

Le 26 septembre chaque corps d'armée allait traverser I le Rhin ; et, par une conversion à droite, l'aile gauche [ en avant par Wurtzbonrg, l'armée entière, exécutant le I ^UB -vaste changement de front connu, devait, dès le ti rootobre, se trouver tout à coup en ligne, face au midi, çuifl Ulm jusqu'à Ingoktadt, sur le Dancbe, et aussitôt Kle fleuve impérial être franchi à Jngolstadt, à Neubourg Bst à Donawerth, puis à Gaaihbourg. Dès lors la Souabe E«t) la Bavière, Mnnich et Augsbourg; seraient à la fois lïeconquises, et Mack et l'archidne Ferdinand sépatéa BtleE Basses et de rAutriciie, forcés de se faire tuer sur ^,plBce ou de se i-endre !

Ce plan est le récit prophétique de la campagne ! Il rMiilira dans l'avenir, quand, les siècles s'accumulant , f Fhifitoire, pour qu'on ait le temps de la lire, sera forcée k . d'abréger tous les détails. C'était la mfimc manœuvre que I celle de Marengo, mais de plus près, et bien moins au- I â&oiense ; certaine, an lieu d'être téméraire ; sans Alpes à Iteuveraer ou k repasser; avec une armée triple de celle

les MÉiioruEa dtn aide de camp.

de Mack, an lieu d'une année plus faible de moitic que celle de Mêlas, et contre un bien autre général.

Toutefois, le '26 septembre, jour de l'arrivée de Napoléon, un résultat aussi grand et aussi entier dépendait encore de l'aTeuglement et de l'inaction de l'année autrichienne, dans sa p(»ition aventurée si peu offensive et défensive, le front sur la Forêt-Noire, ses avant-o:ardes (TOUssées dans les défilés de ces montagnes, ei ne regardant que devant elle, 11 s's^issatt donc d'y augmenter, d'y retenir son attention, et de la détourner du grand mouvement prêt à contourner sa droite. C'est pourquoi, le 25 septembre, veille de l'arrivée de l'Empereur et de ce mouvement général, Murât, avec sa cavalerie et les grenadiers de Lannea, passa le Rhin à tjtrasbonrg. Là, au contraire du reste de i'armce, ils tournèrent à droite, remontèrent la rive droite du fleuve vers Fribourg, remplissant de liruit cette vallée, et montrant des têtes de colonnes menaçantes à tous les déboacbés des Montagnee- Noii'es.

Mais le lendemain, tandis que Mack, se croyant attaqué de front, y rassemblait tous ses moyens de défense, la Grande Armée, franchissant à la fois le Rhin de Strasbourg Jusqu'à lïayence, s'élançait pour l'envelopper; et et Napoléon, au pivot de cette manœuvre, achevant ses négociations à Strasbourg, où il trompait l'ennemi par son séjour, y attendait, jusqu'au 1"' octobre, que le mouvement de son aile marchante se fût accompli.

Ce jour-là, sur les rapports de Murât, il jugea ses prévisions réalisécB, Mack abusé par sa première rose de

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I ^erre, et le succèa indubitable. En voici la preuve : je venais de recevoir l'ordre de le précéder d'abord à Etblinuia à Ludwisbourg, chez l'électeur de Wurtemberg, lorsque prenant congé de l'Impératrice : a Partez, K emportez mes VŒUï, me dit-elle; et soyez aussi heu- I t reux que vont l'être l'armée et la France! » Alors. I 8nr mon ébonnement d'une assertion aussi positive : I N'en doutez pas, ajouta-t-elle ; l'Empereur vient de 1 m'annoiicer que, dans huit jours , l'armée ennemie « entière serait faîte prisonnière infailliblement ! » C'était le 1" octobre; le 8, en effet, Mack était complètement touraé; et, quelques jonrs plus tard, je devais moi-même, dans Ulm , le décider à cette capitulation que m'avait annoncée l'Impératrice !

L'électeur de Wurtemberg radouci, comme on l'a vu, i reçnt magnifiquement l'Empereur à Ludwisboui^. Napo- E léon acheva de l'entraîner dans sa cause. L'électricc ' elle-même, quoique princesse de sang anglais, fut entièrement gagnée par les soins qu'il prit de ses intérêts . privés, et par les formes aimables, souvenir de sa pve- I mière jeunesse, qu'il employa pour la séduire. Il réusait j t elle en convint même ; a Son sourire est si prévenant I et si enclianteur 1 s écrivit-elle à sa mère la reine d'An- I ffleterre, pour s'eicuser.

Napoléon sentait que Mack ne pouvait pins l'attenl..dre de front dans les Montagnes-Noires; Murât avait ■ donc été rappelé de leurs débouchés sm- le Rhin; en i temps Key flit, à son tour, poussé de Stuttgard lant TJlm, autout de laquelle il prit position, sa gauche

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au Danube. Il convrait ainsi et cachait la niiirulie rapide des antres corps sur Donawerth, Xeubourg et Ingohtadt; trompaut une seconde fois, et retemiut sur riller, l'infortuné général ennemi, dont la faible Tue ne put percer ce ridean, et qui attendit Napoléon, dans TJlm, de pied ferme, tandis que, de Ludwisbonrg. TEmpereur le dépassant, marchait, dès le 5 octobre, par Gmund et XordJingen sur Donawerth.

Les Boupçons de Mack, s'il en eut, furent bien vagues ; car, tel que les esprits feibles, ne prenant qu'UB demi-pftiti, il se contenta de faire observer au-dessous de lui, le Danube et le pont de cette ville, par Kienmayer et dix mille hommes.

Tout à coup il apprend que, le 6 octobre, cette division est culbutée; puis Buccessivement : que, le 7, le Danube est à la fois franchi, non seulement à Donawerth, mais k Nenbourg! mais à lugolstadtl que derrière lui la Souabe, la Bavière même sont envahies, et le Lech saisi I que, le lendemain 8 octobre, douze bataillons de grenadiers, qu'il venait d'appeler du Tyrol à son secours, rencontrés par Murât à Vertingen, sont pris, ou tués, ou dispersés; et qu'Augsbourg doit être tombée en notre pouvoir! lie 9 un autre coup l'accable, celui porté contre les trois ponta situés entre Ulm et Donawerth ; hieu plus, Ney vient de forcer le Danube, derrière lui, par un quatrième passage! Le bandeau subitement ainsi déchiré, Mack tombe foudroyé de ses éDhasaes. Il reconnaît que, sans appréciation des lieux, sans prévoyance du côté par lequel nos forces étaient accourues, et de ce qu'il araib

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