MA VOCATION
J'avais dix-neaf ans. Et il se trouvait que je n'étais . propre à rien, pua même à être commis dans nu biitean, I en laiBon de ma mauvaise écriture.
C'était làpourtant ma seule ressource. Le temps mepres-
tBait,et aussi rhumiliatioD de rester à, charge à ma famille.
t.J'all&is me résigner. Déjà même je m'efforçais tristement
Kde devenir un très médiocre copiste lorsqu'un dernier
iToyage me ramona diins Paris, Ce jour-là, dès la. barrière,
e Bingnlière émotion, que j'e remarquai dans l'attitude
ô chacun et sur tous les visses, me saisit d'un vagne
Bepoir. Les révolutions se succédaient alors rapidement ;
n pressentis une. Au milieu des proscriptions renais-
l&ntea et dans ma détresse, j'e n'avais qu'à gagner à uu
uËiuoiBsa. 1
changement, DésenchaBté de mes rêves et rendn par ie malheur au monde réel, pour la première fois je pria part à la choBâ publique. La curiosité, un vif intérêt même m'entraînèrent et me détonmèrent à tou6 risquée de mon chemin ; ne pouvant être actenr dans ce nouveau bonleversement, je voulus en être témoin. J'ignorais tout; je n'osais questionner personne, mais un puissant instinct me guida. Il me conduisit droit vera celui dont la destinée devait bientôt entraîner la mienne.
C'était à l'heure même ou, dans les Tuileries, Napoléon, appelé par le Conseil des Anciens, commençait la révolution du 18 Brumaire, et haratiguait la garnison de Paris pour s'assurer d'elle contra le Directoire et i'autte Conseil. La grille du jardin m'arrêta. Je me collai contre elle ; je plongeai d'avides regards sur cette scène mémorable. Puis je courus autour de l'enceinte; j'essayai toutes les entrées; enfin, parvenu à la gi'illo du Pont- Tournant, je la vis s'ouvrir. Un régiment de dragons en sortit, c'était le neuvième ; ces dragons marchaient vers Saint-Cloud, les manteans roulés, le casque en tête, le sabre en main, et dans cette exaltation guerrière, avec cet air fier et déterminé qu'ont les soldats lorsqu'ils vont à l'ennemi, décidés à vaincre ou à périr! A cet aspect martial, le sang guerrier que j'avais re^'u de mes pères bouillonna dans toutes mes veines. Ma vocation venait de se décider : dès ce moment je fus soldat ; je ne rêvai que combats, et je méprisai toute autre caiTÎère.
Cependant, quelque transporté que je fusse, naturellement concentré, réveui et mélancoHque, je méditai mon
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l' enthouaiBame ; je renfermai soigneusement en raoi-inênie lune détermination si contraire à toote ma ïie précédente. Ljnsque-là, dans ma socicté escluaivemcnt aristocrn tique
■ et coatre-révolat tonnai re, mcB sentiments, mes paroles ■«vaiest été empreints d'hoireur et de dégoût pour tout Kôe qui tenait à la Révolution ; je lui rendais proscription Kpoor proscription ; l'armée elle-même n'avait pas été ex-
■ feeptée de cette aversion aveugle.
J'avais de tout ce qui la composait nue si fausse et si iheuse opinion qu'il me sou^'ient que, deux ans arant. Uns un duel avec le jeune Verdière, fils et aide de cainp pti général commandant Paris, je n'avais vouiu, en atjndant des armes, ni me nommer, ni m'asaeoir la nuit, B'enr le parapet du quai Voltaire, à côté de l'un de ses témoins, de peur que cet oiBcier ne me jetât traîtreusement 8 la rivière I J'étais pourtant si peu soupçonneux de i nature, qu'un moment auparavant, dans la salle du BTaHdeville. où, seul contre trois, la querelle avait coramoé, lorsqu'il avait été question de prendre des témoins, gavais, sans tes conn^tre, offert à l'un de ces messieurs e m'en servir. J'ignorais alors que j'avais aiïuire à des Sciers, mais dès que je m'en étais aperçu telle avait été a défiance.
Pourtant, ces braves jeunes gens, pins âgés que moi,
t voulu que tout se passât régulièrement; ils
t même eu la confiance et la patience d'attendre,
B les Champs-Elysées, que j'eusse été chercher un
moin âe ma connaissance. Ijc combat avait eu lieu dans
kTenue de Marigny, k la lueur d'un réverbère que, par
4 tii'.MOlMM D'CN AIDE VE CAMP.
liitNMril i'i. n\'\int. in Kôvulation, le vicomte de Ségur, mon omilu, iiviiit flilt mottro h oetlo place. C'était là qu'après nvulr il'uliiirU fitilU tuor mou advui-saire et avoir été deux M» Md*N('i K^it'ii'oiiioi^ i'<>l''^ ^i>^l- interrompu par des (tondAi'mtn , n'ritnit lionorableinont terminé. Néanmoins, («bta épreuve ilo lu loyivuté do ces militaires n'arait en mil) rien L^lmll(^V Ju m'étais ml^mu applaudi ensuite d'&vtilr ntoht^ UKiti nom, oeini do mou témoin, et d'avoir eiiiîé iiu'ou mo lidwull uut aller lt> chercher chei lui, afin tl» ito |ui« o\pi.wvr Mn umison il quelque âênondation
1tii )K'U( ju}:«r, par nne si odiens» préTenlion, del» v«Mt)<Hir luvtvMK^ «)«« j'avius prisv. Comment donc suiTre wMv WMWtkut «itiV» moi je renais b>at à eonp de dê- VWirtr?' (\>ium»at «ree noD aTwraion pour Tuaife c«t- * «M «iiwar dnwaN^ ««H» IMsnon de ^M» «ne k
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nne, dont notre parti pourrait profiter. Cette idée, toute folle qu'elle était, eut un commencement d'exécation ; c'est pourquoi j'en parle, car je loi gagnai liîentilt des prosélytes. Ce fut quelques mois plus tard, en Suisae, où déjà j'étais officier; le vent d'alors soufflait aux conjuratïona ; on en tramait de tous côtés : notre invention en fut presque une, mais d'étourdis, dont le rêve ayant été découvert fut méprisé. On fit bien : nos frais d'esprit et d'argent furent perdus ; nous nous i-ésignâmes.
Ce qui paraîtra peut-être plaisant, c'est que, partis
ainBÎ pour l'armée dans J'espoir de k royaliaer, ce fut elle
tout au contraire qui nous entraîna dans sa cause ; et
qne, sortis de Paris fort chauds royalistes en ISnu, en
1801 ce fut presque aussi chauds républicains que nons
y renti-âmes. L'appréciation du véritable état des choses
L et la fraternité d'armes d'une part, de l'autre les rebuts
I de notre ancienne société, produisirent cette nouvelle
I transformation. Un an suffit. Mais je rentre dans l'ordre
P'deB faits ; ils expKqueront cette inconséquence.
Je m'étais figuré que le jour de mon enrôlement pu- 11)110 aérait celui de mon départ; qu'ainsi du moins je B derrière moi, sans l'entendre, éclater l'esplo- I sion que je redoutais ; mais il arriva tout le contraire. ■ L'appel, plus politique que militaire, à une jeunesse i-d'élite s'armant, se montant, s'équipanfe elle-même, veftnait de paraître. Un ami de mon père, le général Dumas, était chargé de cette organisation; j'allai le prer et sur-le-champ m'inscrire chez lui, mais mystérieusement. Ce fut seulement au retour de ce premier
n MEM0IBE3 DTTIE AIDE DE CA3CP.
|KM dÉcisif que j'en fia confidence à mon pêie. Il m'approuva, je m'y étais attendn. Il fil pins ; il voulut bien m'en ^rder le secret, en sonmsL tontefois de cette faiblesse.
Kéaamoios, dans ces salons où j'étais encore si bien va, me sentant & la veille d'être tant blâme, j'épronrais on grand malaise. Ce fat bien pis quand je m'aperçns qne notre organisation s'effectuerait à Paris, au milien même de cette société si redoutée. Dès lors et de jonr en jour s'accrut mon anxiété; je ne dormis plus, j'avais la fièvre. Enfin, rinstaat fatal arriva, celui de mon enrôlement public qu'il me fallut aller signer à l'hâte! de Tille.
Ce fat le 24 ventôse an vnr (février 1800) que mon père m'y conduisit, on, ponr mieux dire, qu'il me traîna jusiiu'à la place de Grève comme à nu supplice, tant la prévision de l'eBclandre qui allait suivre cette démarche m'obsédait. Le retour dans le faubourg Saint- Honoré, que j'habitais ainsi que la meillenre partie de ma société, fut pire encore. Plus j'eu appmchais, plus s'augmentait mon angoisse; elle devint si vive qne, me sentant presque défaillir, efirayé, indigné de l'escès de ma faiblesse, cette autre honte me rendit quelque courage. Ce qui le fait perdre ainsi quand les grandes résolutions sont prises, c'est un penchant naturel à n'envisager que lenr mauvais côté; on oublie Tautre, celai qui TOUS a déterminé, lorsque, au contraire, c'est en ce moment vera celui-là seul qu'il fendrait se tourner tout entier et se maintenir. Mou père y ramena mes