‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 40 sur 56 · L -* elle l'a annulé, et il s est rendu partout inutile ! y · texte numérisé non relu

L -* elle l'a annulé, et il s est rendu partout inutile ! y

Je demeurai consterné de cette faute, devenue sans

t'AUGUne excuse. Quant a sa piemiere héaitj,tion, dans une

r telle alternative, dire a quoi Saint Hiiaire eut dû sur-le-

[ -diampse décider, cela n'est pas si facile. UéBormais poui-

L tant, et après le fatal exemple de Waterloo, quel Fran-

[ ;çBi8, en pareil cas, balancerait à répéter les premières

f .p&Foles que m'avait adressées ce général : « II faut aller au

. .< pins pressé ! le canon commande ! Et quel que soit

bi« l'ordre couti-aire, le cas étant imprévu, il est de prin-

E cipe de répondre à cet appel ! s

Ce jour-là, D octobre, l'Empereur poussa d'abord jus-

ijn'ii Vertingen, pour examiuei-, selon aou habitude, le

L4ieu du combat, juger des coups, passer en revue les vain-

fqDeurs, les récompeuser, et fertiliser ainsi, au milieu de

18Ï MÉMOIREB D'TTK AIDE DE CAMP,

l'orgueil du succès, le champ de cette première ^'ictoire. Hea paroles, celles à la division Klein aurtont, les exaltèrent. Ce ne fut pas seulement en masse, ce fut eu détail qu'il excita. Entre autres exemples, un sous-officier de dragons, cassé l'avant-veille par son colonel, lui ayait sauvé la vie le lendemain, en risquant la sienne. Napoléon l'interpella, n J'avais eu tort avant-hier, répondit < le soldat, hier je n'ai fait que mon devoir. » Et l'Empereur le décora, aux acclamations de ses camarades I

Un chef d'escadron avait été cité ; il fut aussitôt admis dans la j^arde impériale.

Bïelmans, déjà remarqué par un coup d'œil prompt, par une décision intrépide, et qui osait exécuter sur-lechamp ce qu'il conseillait, avait le premier arrêté la marche de flanc de l'ennemi par nue charge à fond sur la tête de sa colonne ; puis, faisant mettre pied à terre à ses dragons, il avait enlevé, avec cette infanterie improvisée, le village de Vertingen. t Je sais qu'on ne pent être plus K brave que vous, lui dit l'Empereur; Je voua nomuiL- 11 officier de la Légion d'honneuri » C'étuit pour cet officier une double promotion : on peut juger de rémuktion qu'elle dnt produire.

Le m, l'Empereur continua jusqu'à Burgau, d'oii il alla reconnaître l'ennemi jusqu'à FfaETenhoffen. Il venait d'écrire à Joséphine : <s Que les Russes étaient en- « eore au delà de l'Inn ; qu'il tenait bloquée, anr l'Ller, 0 l'armée autrichienne ; que l'euDemi déjà battu avait « perdu la tête ; que tout annonçait la campagne la plus « courte et ta plus briUante, mais toujours dans l'eau.

a par un tonipa affreux qui le forçait de changer de vêt tements deux fois par jour ! »

A la fin de cette Journée, aon quartier fut (itahli à Augaboarg. où il n'arriva qu'à dis heures dn soir et resta deuï jours. On a vu, dans le résumé précédent, ce qui l'y retint ; ponrtant ici, notre point de vue étant surtout Napoléon et nous, il exige d'antres détails.

En ce moment, et depuis le passage du Danube, la Grande Armée, partagée eu deux, faisait à la fois face à l'Autriche et à la France : à l'Autriche, par soixante mille hommes maîtres de la Bavière, sous Davout et Bernadette ; à Mack et à la France, par cent quarante mille hommes répandus enSouabe, depuis Albeck jusqu'à Langsbei^. et dont il s'agissait maintenant de rallier la plus grande part snr le point d'attaque. Napoléon, arrivé le 10 octobre dans Augsbourg, s'y trouve placé entre ces denx masses. Il y demeure jusqu'au 13 octobre, l'œil à la foia, d'une part sur l'Autriclie, où il compte les pas des \ ; d'autre part sur le Tyrol et l'armée de l'archiduc L Jean, dont les corps, détachés an secours de Mack, vien- !iit se faire batti'e en détail ; enfin et snrtout sur Mack ■jai-mëme, qn'il vient d'entamer les deux jours précédents, »4 Vertingen, àfiuntzbourg, et qu'il fait resserrer sur ITlm ( et ant riller.

Quelque peu d'estime qu'il fasse de ce feld-maréchal, lliarle passé jugeant le présent, il ne peut se persuader ' qne, h, Ulm, Mack, qu'il croit fort encore d'enriron qiia- I tre-vingt mille hommes, ne Bui\Ta pas l'exemple de L Uélas h. Marengo; et que, dans sa position désespérée, il

UEVomes D'us aide de cajïp.

ne cherchera pas sa fin on son salât dans une bataille !

Cependant àeax ancres partis rest«Qt à prendre à ce <rènéral : celai de se jeter dans les Alpee par la hante Souabe, ou celui de se retirer sur ia Bohêiue par la rive ganche du Danube. I<e premier de ces partis, Sapoléon le rend impossible, en poussant Soult de Landsberg et d'Augslwnrg sur Memingen et Biberach. Pour le second, soitqneles rapportsdeMarat eussent trompé l'Empereur on qu'il eût trop compté sur Dupont secondé par d'Hillîers qui lui manqua, tous deux occupant encore vers AI- )]eck la rive gaucbe du Danube, il néglige cette rire, convaincu que Maet l'attend snr l'IUer, où se trouvent ses magasina. C'est donc là qu'il a ordonné à ÎInrat de tout attirer autour de lui : Lannes, Ney lui-même, Marmont, Soulb ensuite, cent mille hommes enfin ï De là le passage sanglant de Key, le 9 octobre, sur I& rive droite par les ponta an dessous d'Ulm, suivi de Tabandon trt^ complet de la rive gauche du Danube.

Xapoléon avait trompé Mack par rexécution si rapide ds lu première et grande manœuvre, et maintenant Iniméme, à son tour, est trompé par l'inconcerable et stagnante irrésolution de son adversaire. Et d'abord, le 9, le 10 surtout, il a été tellement conmincn d'un grand effort de ce feld-maréchal. on sur Augsbourg, on vers le Tjrrol, et snrtont du ralliement de son armée snr l'IIler, qae,supposantUimàpeaprèsabandonnée,;la ordonné à Xey, pais à Dupont même tout seul, de s'en saisir ! Enfin, » compter du 10 au soir, il croit si exclusivement à nue bataille sur l'IIler, qu'il en annonce le jour et le lieo à

Ms maréchaux. * U>^ écrit-Q ea Bayière à Daroot et « à Benadotte, aaccomben (e Usar riU^r; et. le 19 oc- « sobre, toat éUnC tenniné de ce côcé, ils rerronl arrirer « rBmpeKor k irai aule, atec ^oanuïe mille booimes. ■ JCais. dans la Doit dn lîaa 13. tontcbange. Une lettre de Lannes, pteine dâ cet îastinct de la guerre. ^ pmwm en ce marédal, BHwtie à XapoEéoa Mnrat Tabnaant par oec r^ifioffta, ne regardant que devant loi, attirant sont i lui. ec, «m dépit de Xej, ajant fiût Eivrer à rennemi. et Dnpoat ec la rire ganche dn Bauulie. D antre pars ]a noorelle do eombat d'Atbeck, 00 Dupont, on contre qiiatre,et abandonné pard'Hillier^, a êcé enveloppé ; oô, qttoiqoe Tainqaenr ssr le champ de bataille, il a perdn derricre loi son matôiel et a'eat m rorcé de se retira, vicst d'arriver an qnartîa impêiaL Cette lettre de Lanne», cxCte nooT^lle de i>apODt à laqoelle Xapolêon était bî loin de s'attendre, transportent enfin aon attention sur hi rtT>e gaocfae : il cMumence à donter d*tnie bataille sur riI]er:iinepeDt i^DS ngatder «waune insenaée la craiitte d'une retraite de Madc par N(»dlii^en sor la Bobême : il vient de Ini en donner la pasBibiIit& Dca iors ime rire aiujété 9 empare de l'esprit de Booaparte. Son grand parc, H9 lenIbrtB, aa ligne d'arrivée oa d'opérations enfin, loni sans garanties anf&aantes sor la rive gauche dn Danube. ^^k, dans Llm, est sur les deux rives : ÎI pent il aemUe même Tooloir, poor s'érwler, profiter de cet aTanUge. D fmai donc â l'iiisi&iit. et s'il en est temps encore, d'nne partae twniparer impétaenaemenc de la rive gauche : d'antre part reconnaître â fond l'ennemi sur la rire drnte

jusque dauB Ulm, pour s'assurera la fois de ses inteutioDB sur les deux rives et l'y cùiitenir !

AuBsitât partent, le lâ octobre, cent matrnctioiiB dont ]a plue importante fut l'ordre, au maréchal 'Nej, de repasser à tout prix, dès œ jour même, le Danube k Elchingen, ce qu'il ne put exécuter que le lendemain. Inquiet, impatient, Napoléon déjà m'avait envoyé la veille au soir à Murât, lui porter des ordres, loi demander des nouvelles; à quoi ce prince, enfin détrompé, m'avait répondu que l'armée eunemie n'était plus devant lui, et qu'elle avait passé sur l'autre rive. Mon instruction portait de revenir daua la nuit à Guutzbourg, où l'Empereur arriva le 13, avec le jour. Là, pïévenu par moi qu'un parti ennemi avait été apei'çu sur son passage, dans son étonnement il m'envoya reconnaître, en amont du fleuve, le pont de Leiphem qu'il croyait gardé. C'était admettre la BnppoHÎtion fort possible, que déjà l'eunemi avait pu a'avancer d'Ulm jusque-là, en descendant le fleuve, par sa rive gauche, pour nous échapper.

Je ne retrouvai l'Empereur, dans l'après-midi, qu'à Pfaffenlioffeu, chez Murât. Sur mon rapport, que Leiphem était rempli de nos troupes, mois qu'elles ne songeaient nullement à garder le peut, haussant les épaules, il dit à son beau-frère : « C'est donc partout de mêmel Vous «. voyez comment nos ordres sout exécutés! » Je ne sais si ce reproche, ainsi généralisé, s'adressait à Ney ou à Muratj mais évidemment l'Empereur s'apercevait que, pendant son séjour à Augsbourg, tout avait langui ; que l'ennemi avait été négligé, mal reconnu ; que désormais

i fallait que lui-même fût présùnt partout, et qu'il ne Mevaib s'en rapporter qn'à son coup d'œil.

AuBBi envojait-il, en ce moment, ordre sur ordre ù ï^annea et à Marraont de resserrer Ulm; il y appelait ioult de Memingeu ; !a nuit et les rapports arrÎTés, il reîTochait à Xej, qui n'avait que trop obéi, l'isolement de Dupont sur l'autre rive ; il le grondait d'avoir faiblement ittaqué, dans la soirée, le pont d'Blchingea, et de s'être lusser. tf II trouvait à propos, lui écrivait-il, £ d'attirer l'ennemi dans des combats partiels, qui ne [ pouvaient que nous être avantageux, mais en se gar- 1 dant bien de riM]uer, par de petits revers, de relever le de l'ennemi, et de rendre ainsi le moral à une t armée qui n'en avait plus ! >

II en faut anasi convenir, de Guntzbom-g à Pfiiffen-

Bofién, Tamiée lui avait offert l'uspect du plus grand

BOrdre. Les chemins, entièrement défoncés, étaient

mes de nos chariots alsaciens embourbés, de leurs con-

Xlncteurs désespérés, et de chevaus abattus, expirant de

1 et de fatigue. A droite et à gauche, nos soldats

jonraient, à la débandade, au travers des champs, les

18 cherchant dos vivres, les autres chassant, avec leurs

wtouches, dans ces plaines giboyeuses. A leurs coups

! feu redoublés, au sifflement de leurs balles, on se

ferait cru aux avant-postes, et l'on y courait le même

bnger.

Il n'y avait rien à faire à cette licence : le soldat, sans

nÎBtribution, ne vivait que de maraude, dont il nourria-

ftit son officier. L'Empereur passait sans pamître faire

attention à ces désorâtËB, sniteB inévitablee de mouvements si divers et si rapides pour atteindre le plus glorieux des résultats. Au reste ces grandes armées, telles qne les colosses, ne sont bonnes à voir que de loin, d'où bien des détails défectueux sont inaperçus, comme aussi ce monde lui-même, dont l'ensemble impose l'admiration, mais où tant de détails semblent sacrifiés à cet admirable ensemble !

Pour moi, je l'avouerai, j'eusse pu rendre ma reconnaissance du pont de Leiphem plus utile à l'Empereur : j'aurais dii lui dire quels en étaient les abords, la configuration des deux rives, et surtout que la droite commandait la gauche. Je négligeai d'insister sur ce point de vue, quelle qu'en fût pourtant l'importance.

Le regret qne j'en conçus, aussitôt après, fiit d'abocd tout d'amour-propre ; mais il devint plus sérieux les jours suivants. En effet, si j'eusse attiré l'attention de l'Empereur sur la facilité de ce passage libre alors, tandis qu'an contraire, à deux benres de là, celui d'Elchingen, fortement occupé, était de l'abord le plus dangereux, vraisemblablement il l'eût préféré, ou du moins il eût, par une double attaque, partagé les forces de l'ennemi et sa résistance. Le lendemain la brillante mais bien sanglante affaire d'Elchingen, où Ney, prenant le taureau par les cornes, pouvait être repoussé, en eût été plus sûre et moins coûteuse. Voilà comment les moindres détails ont de l'importance, et pourquoi, dans ces moments critiques, il n'y a guère de fautes insignifiantes.

Ma seule excuse était dans l'excès de ma fatigue.

Pourtant, quelqu'excédé (jue je fiisse par trente-six heni-ea de marche consécutive aur mes chevaux d'abord, puis sur d'autres d'ordounance ou de paysans, l'Empereur, tont préoccupé de ce qui se passait sur l'autre rive, m'envoya ;, à plnsieurs lieues de là, porter l'orfre à sa grosse [svalerie de s'éclairer sur le Danube. C'était en ce moment que le maréchal Ney, trop pressé par ses instructions, disait vainement attaquer les abords du pont d'Elchingen par une trop faible avant-garde. Clhemin faisant, le bruit dti canon m'attirait vers ce combat, où je me serais trouvé Bans mission et dans le râle nul et inconvenant de spec- .tatenr. Une rencontre bizarre m'arrêta. La nuit commençait ; je marchais à travers champs, quand soudainement an factionnaire, abrité par an bnisaon, m'opposant sa [tbaïonnette, me cria : Qui vive! mais en si bon allemand, dans l'obscurité le prenant pour un ennemi, je crus ord ne pouvoir me tirer d'affaire qn'en me débarrasde loi, avant qu'il eût pu appeler son poste. Je lui ipondis donc, dans la même langue, en tirant mon sabre. 'allais m'en servir lorsque, surpris de sa confiance : i De qnel paya es-tu donc ? lui demandai-je en allemand. — « De Straaboni^, y merépliqua-t-il. Alors, revenu de ma fort soulagé, j'en conviens, et corrigé, par cette ^Aventure, de ma curiosité belliqueuse et intempestive, je me songeai plus qu'à exécuter l'ordre de Napoléon ; après quoi j'allai me couclicr à Guntzboorg, où le quartier impérial était resté, mais sans l'Empereur, qui pwBa cette nuit à Pfaffenlioffen.

Le lendemain H octobre, au point du jour, ne se âant

r Lie lenaemai

plus à pei-aonne, il alla d'abord, jusqu'au uhâteau d'Hildeniauseo, engager lui-même le combat qui de ce côté devait rejeter l'eanemi dans Ulm. Aussitôt après, redescendant au galop Cfitte rive, il atteignit ie passage d'EIchingen. Je l'y retrouvai à l'instant où le 69°" régiment, culbutant l'ennemi aor le pont, s'en était saisi, et lorsque, soutenu au delà par le 7fi"''' d'infanterie et les IS""'. 10°" et 3'"^ de dragons, de cLasseurs et de hussards, Nej s'empai'ait, en trois assauts, de la haute et formidable position sur laquelle est située l'abbaye, désormais célèbre, d'Eichingen.

Pendant que ce maréchal continuait à chasser devant lui Laudon, qui fuyait avec perte de sis mille hommes, jusqu'au pied du Michel'a Eerg, véritable rempart d'Ulm, Napoléon s'était avancé au travers des i-enforts, de toutes armes, qui se précipitaient sur le pont, et des morte et blesses qui l'encombraient. Il se faisait jour avec peine sur cet étroit passage, couvert de sang et de débris, loreque, voyant nos blessés interrompre leurs plaintes pour le saluer de leur cri accoutumé, il s'arrêta. Parmi eux se trouvait un artilleur; un boulet lui avait emporté la cuisse; il le distingua, s'approcha, et, détachant son étoile d'honneur, 0 la lui mit dans la main, en hii disant ; t Prends-lii, elle t'appartient, ainsi que l'hùtel des Inva- « lides i et console-toi, tu y pourras vivre heureux en- « coro ! — Non, non, répondit le brave soldat, la saignée « a été trop forte ! Mais c'est égal, Tive l'Empereur ! »

De l'antre côté du pont, un ancien grenadier de l'armée d'Egypte gisait sur le dos, la face exposée à la pluie

[ qni tombait à Sots. Dans son exaltation du uomlut, il I criait encore : En avant! à bgb camarades. L'Empereur, ;, le reconnut; et. se dépouillant de son manteau, I il le jeta Bur lui : œ Tâche de me la rapporter, lui dit-il ; [ et en échange je te donnerai la décoration et la pension [ que ta mérites, n Alors, tout au combat, et du sommet de la hauteur I escarpée d'Eichingen, voyant la victoire décidée et la rive I gauche enfin ressaisie, il envoie le général Mouton jusqu'à I Albeck, où la position aventurée de Dupont l'inquiétait ; puis, repassant le pont, il remonte rapidement la rive I droite jusque par delà Hildehausen, voulant s'assurer du Ifcuooès de cette autre attaque, engagée par lui au point ;6n jour. Décidé h. ne plus en croire que ses propres yeux, »fl s'approcha, et se tint longtemps sur un tertre si près î l'ennemi, que nous fûmes obligés de nous mettre en litirailleurs, et de faire le coup de pistolet contre les dral.gona autrichiens, pour les écarter de sa personne. II ne I ee retira satisfait que peu d'instants avant la nuit, qu'il retourna passer à Ober-Palheim, sur la rive droite encore, près d'Eichingen, chez an curé, où Thiard lui fit son lit, et i'un de ses aides de camp, une omelette; mais où, tont étant pillé, tout lui manqua, vêtements secs et le reste, o'à son vin de Chambertiu, dont il remarqua gaiement ï qn'il n'avait jamais était privé, même au miliea [ des sables de l'Egypte 1 »

Le là octobre, à trois heures dn matin selon son habi- I tude, et parce qu'à cette heure les rapports de la veille \ étaient arrivés, il dicta ses ordres pour que, dans cette

jounit'C, Mack fût complètement rejeté et cerné aar les deux rives, duDa les mnrs d'Ulm. Il soupçonnait déjà l'évasion de fjnelque troape ennemie par Nordlingen, mais il ne craignait encore un coup de main sur ses derrières, vers Dooawerth. Il prib ses précantiona en conséquence.

Le jour venu, il alla s'établir dans l'abbaye d'Elchin- ;^en. Il y régla l'ordre d'attaque du mont Saint-Michel, dominateur d'Ultn, clef de cett£ ville. Midi fnt l'heiire indiqaée pour ce coup de grâce, que Key, soutenn à gauche par Lannea, et en réserves par la, Garde et notre grosse cavalerie, devait porter.

Vers onze heures, dans son impatience, Napoléon, remontant à cheval, s'avança aur la route d'Ulm. Il dépassa même les avant-postes de Ney, et poussa jusque» au pied du mont Saint-Michel. Vingt-cinq chasseurs à cheval de sa Qarde et quelques-uns de noua le suivaient seola. Il s'irritait des lenteurs que, derrière lui, le passage du défilé du pont d'Elehingen apportait inévitablement à l'arrivée de ses colonnes. Il avait hâte d'en finir. Enfin, quelques balles ennemies arrivant déjà, et ne pouvant faire sans imprudence un pas de pins, il s'arrêta, et m'appclant : « Prenez mes chasseurs, me dit-il; passez « devant, et ramenez-moi des prisonniers I » Ainai commença le combat d'Ulm. Ce fut l'Empereur en personne, et par son peloton d'escorte, qui l'engagea !

L'ennemi l'avait aperçu ; il occupait le sommet de la colline ; un peloton de hulans barrait la route. Le mien, mal commandé par son lieutenant, manqua sa charge; il

s'arrêta, et faillit ine laiaaer prendre ainsi qu'iia brigadier

qui seul m'avait suivi, et qui fut blessé d'ua coup de

lance à côté de moi. Revenu, ausBi mécontenb qu'on peut

le croire, j'apostrophai les chasseurs, leur officier surtout.

et les dispersai en tirailleurs. Le feii dès lors commença.

Ce qni me rappelle cette circonstance, d'ailleurs bien

- pea remarquable, c'est une aingnlière rencontre qu'à

mon insu je venais de faire, et la disgrâce passagère

qu'acheva de s'attirer, ce jonr-là, le corps entier des

ohasseura de notre garde. Avant mon départ de Paris

I pour l'armée, nne dame parente du jeune prince de

Windischgraetz, supposant qu'il pourrait être pris par

; nous, me l'avait recommandi^. Or, tout au contraire,

l c'était justement ce jeune officier fort brillant qui,

k i la tête de ce peloton de hulana, venait de faillir me

l. prendre! Quant ans chasseurs à cheval de la garde,

[je ne sais comment un esprit de faux orgueil s'était em-

1 paré de ce corps d'élite. Devenus trop fiers, non seulement

I ils dédaio^iaient le service des avant-postes, mais, le

L soir de cette affaire, revenus à Elchiugen, ils man-

Iqnèrent d'égards ponr la livrée impériale, la laissant

vdehoi^, et s'emparant, bon gré, mal gré, pour leurs che-

I Taux, des meilleures places. La répression ne se fit point

I attendre : Napoléon, irrité, les envoya sur-le-champ à

l;-«in beau-frère, où, deux jours après, joint sans dis-

T lànction à sa cavalerie, ce corps entier répara la fente

L de quelques-uns, en contribuant à faire mettre bas les

I armes à vingt mille hommes !

Cependant le feu qne je venais d'engager s'était

194 MEMOmES D'UK AIDE DE CAMP.

bientôt litendu stir toute la ligne que Key commandait. De Bon côté l'Empereur, que nous avions cru couvrir, fatigué de ces tirailleries et de la pluie qui redoublait, était allé se mettre à couvert à Haeslacli, en attendant sa garde et le corps du maréchal Launes. Je le retrouvai dans une ferme de ce hameau, sommeillant assis à cûté d'un poêle, dont un jeune tambour, sommeillant de même, occupait l'antre côté. Étonné de ce spectacle, j'appria que, à l'arrivée de Napoléqn, ou avait voulu renvoyer cet enfant ailleurs; mais que le tambour « avait résisté, disant « qu'il y avait place ponr tout a le monde; qu'il avait froid, qu'il était blessé, qu'il « était bien là, et qu'il y restait. » Ce que Napoléon entendant, il s'était pria à rire, ordonnant « qu'on le laissât sur sa chaise, puisqu'il y tenait ai fort. » En sorte que l'empereur et le tambour dormaient assis en face l'un de l'autre, entourés d'un cercle de généraux et de grands dignitaires debout, attendant des ordres. Pourtant le brait du canon se rapprochait ; et Napoléon, de dix minutes en dis minutes, se réveillait, envoyant presser l'arrivée du maréchal Lannes, quand celui-ci, entrant précipitamment, s'êcna : « Sire, que M faites-vous donc là? Vousdormez,et Ney, tout seul, « Intte contre toute l'armée autrichienne ! — Et pour- K quoi s'est-il engagé ? répondit l'Empereur, je lui avais ■r dit d'ttttendi'c ; mais il est toujours le même, il faut « qu'il tombe sur l'ennemi dès qu'il l'aperçoit ! — Bon, •( bon, reprit Lannes, mais une de ses brigades est re- « poussée; j'ai mes grenadiers là, il y faut marcher.

E il n'y tt pas de temps à perdre 1 « El il entraîna Na^

Joléon qui, s'écJiauffant à son tour, poussa si arant,

B LanneB, ne pouvant l'arrêter par ses représenta^

lions, saisit brusquement la bride de son cheval et le

fciça de Ee placer dans une position moins dangereuse.

s'Était en effet refusé à suspendre son afctaciuc;

i gauche venait d'être obi-aulée par une sortie de dix

) houmiea, et nonobstant il avait chargé Dumas de

à l'Empereur « qu'il pourvoirait à tout! qu'il eu

f répondait; qu'il n'avait pas besoin du maréchal

I < Lannes, et qu'un ne se partt^eait pas la gloire! <>

Le danger fut court. En peu d'instants Bertrand et

I, "trois bataiUons emportèrent les retranchements du Mi-

|i!^el'B Berg; Snchet, d'autre part, lancé pat Larmes,

t:Kit bientôt couronné le Frauenberg. Alors, maître des

hnboui^s, l'Empereur, du sommet de la première de

j ooUines, vit à ses pieds, et à demi-portée de ses

w, Ulm complètement cernée, encombrée d'ennemis

I cntAsaés, sans vivres, sans fourrage, et sans possibilité

\àe se mouvoir dans ses murailles.

Dès lors, sûr que sa proie ne pouvait plus lui échap-

ii fit rectifier ses lignes, lier et affermir ses po-

dtions, menacer la ville de quelques obus, et, la nuit

^TOiue. il alla su re]ioscr à Elchingen, où je le rejoignis

Lteop tard, manquant à mon service, celui d'établir son

hcoartîer général et d'en assurer la gai'de. Le fait est

, an moment le plus vif de la journée, enlraîné par

i curiosité et par l'ambition d'être l'un des premiers

k entrer dans Ulm, je m'étais séparé de Napoléon pour

llKi MEMOCKES D'US AIBK DE CAMP.

suivre l'attaque du 17°"' léger sar la porte dite de Stuttgard. C'était à l'instimt même où le colonel Vedel, entrant pêle-mêle avec l'ennemi, perdait la moitié de son 1'' bataillon dans Ulm, et j était pria avec le reste. Echappé de cette échauffourée, j'avais été chercher fortune ailleurs, et si imprudemment, que j'allais tomber à bout portant dans une embuscade, quand, derrière moi, Bur la pento du Michel'B Berg. le maréchal Ney, m'avait sauvé de cette disg^'àce.

Le lendemain matin je fus rudement tancé par Rapp et Caulaincourt à ce sujet. Ils me demandèrent si je rae croyais à l'armée pour mou seul et propre compte, et pour mon plaisir! Ajoutant qne, officier d'état-major de l'Empereur, ma place était de rester près de lui, à portée de tous ses ordres; qu'en les attendant, si j'aimais à observer, c'était de là qu'il fallait le faire. Cette leçon méritée me fut d'autant plus ntile, que, en me ramenant à mes devoirs d'état-major, elle me fit réfléchir sur tous les moyens à employer pour les remplir avec le plus de saccès possible.

C'était dans les premières henrea du 16 octobre, et sur la paille de mon gîte d'Eichingen, que je me livrais à cet examen de conscience, liien différeut, sans doute, de ceux du moine auquel je succédais dans cette cellule. Je n'eu sortis, jugeant la campagne finie pour noua, que ponr laisser l'Empereur monter à cheval, et pour réparer mon inadvertance de la veille en prenant possession de cette abbaye, La reconnaissance en fut pénible et bien douloureuse ; tontes les horreurs de la

guerre y étaient rasaemltlées ! Et d'aiwid, l'ainbulaiice

I es occupait une partie : les cris des blessés, qu'on âm-

i patait et qu'il me fallut ail en a ag m'en arerti-

L rent. Mais au autre spectacl plus aftreus m'attendait.

Je parcourais tous les déta 1 d t d fice gothique

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