‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 41 sur 56 · I .d'une immeuee étendue, vis t nt I s p t et rectifiant · texte numérisé non relu

I .d'une immeuee étendue, vis t nt I s p t et rectifiant

8 consignes, lorsque, passan p e d un aveau obsonr.

je crus en entendre sortir de sourds gémissements, mê-

léfl à des chants bruyants et à des éclats de rire. Je

I m'arrêtai pour inteiToger un factionnaire qui me ré-

rpondit que, en effet, les mêmes accents de douleur,

, interrompus par ces éclats de joie, l'avaient étonné.

KouB écoutâmes ; et, n'entendant plus que le bruit des

Terres, j'allais passer, (joand un nouveau cri faible et

plaintif rint jusqu'à nous.

Dons mon émotion, après avoir vainement sondé tous

' les alentours, je pénétrai dans une salle basse, où le

Inmit de l'orgie retentissait. C'étaient des courriers et des

Taleta attablés, qui se rej ouïssaient aux dépens des vins

* qu'ils venaient de découvrir. Je leur imposai silence, leur

I demandant s'ils n'enteadaient donc pas, fort près d'eux

I gémir et se plaindre. Ils me répliquèrent insoucieusement

I qu'ils avaient bien ouï quelque chose de pareil, mais que,

[ n'en comprenant pas la catise, ils n'y avaient plus songé.

■ Cependant plusieurs de vous on t couché ici, leur

I ■ dis-je, et dans le silence de la nuit voua avez dû

c mieux entendre ! >■ Leur réponse fut la même : a Ces

[ gémissements avaient troublé leur sommeil ; une odeur

I infecte et cadavéTense les avait importunés^ mais

£ les iivait point empêcliéa de st; reudormir ! k Alors, u Debout ! leur criai-je, et Baivez-moi ! s a reetierche fut longue encore; pourtant, derrière tin amÔB <1g planches, et dans ce caveau même qu'Os habitaient, noua parvînmes à découvrir une porte maaaive qu'on semblait avoir déroliée soigneusement à tons les regards. Elle résista longtemps à nos efforts ; entr'ouvert« enfin, une odeur fétide, qui s'exhala, me fit reculer; mais j'en avais déjà va assez pour surmonter cette répugnance.

Ce caveau peu vaste, et assez bien cclaîrt^ m'avait montré, à la fois, toutes les tortures de k soufEranoe, toutes les expressions do malheur et de la douleur! J'ai vu bien des scènes horribles, mais tous les détails de celle-ci soDt restés gravés dans ma mémoire. Plusieurs corps de soldats autrichiens, moits de leurs blessures ou de faim, barraiisnt au dedans la porte; vraisemblablement, après l'avoir fermée sur eux, leurs efforts n'avaient pu la rouvrir. Là gisait un de leurs officiers respirant encore, mais à demi étouffé sous ces malheureux qui avaient expiré sur lui. Plus loin, d'autres (lorps, dont plusieurs avaient les bras rongés, étaient étendus çà et là, les uns avec l'expression de la rage, les autres dans l'attitude de la prière. Au milieu du caveau un second officier tout souillé de sang, en m'entendant entrer, s'était relevé sur ses genoux; il étendit les bras vers nous; mais, épuisé, il retomba but les mains, puis sur le front, et de sa bouche qui écnmait, il rendit, avec le râle de l'agonie, son dernier

ïoupir! Un troisième officier était accroupi aui' nge , où Bans doute i! était monte pour ntteiudî^k lonpirail et appeler à Boa BCcours; Ba tête albj^flv^elUitius vaguaient autour de lui, cJESme s'il RÛt voulu Be prendi'e à quelque choee. se retenir à la hamière du jour, à ce monde, à la vie qui lui écbap- , Mais c'est assea, c'en est trop peut-être, et e courage me manque pour achever. En un mot ces Bofortunés, moite ou moni'aut de faim, de soif surtout, ; de leurs lilessureg, étaient là quatorze ou quinze, ïnt i peine trois purent être sauvés. Malheureusement 3 ne venais de les découvrir que le troisième jonr de e supplice : c'était l'avant-veille, et eu voulant Be dél'emportement de notre victoire, qu'eux-mêmes e l'étaient infligé !

I. Pendant cette triste reconnaissance, l'Empereur, fens- Bement renseigné sur l'évaBion de l'archiduc, le croyait i fuite vers Bilierach et les Alpes. Il comptait sur le ichal Soult pour lui couper cette retraite. Revenu r .les positions du Michel's Berg, conquises la veille, 1 faisait canonner Ulm, amasser des fascines, et menaçait d'nn assaut cette armée et cette ville, de toutes

ées et dominées.

\ De sou côté Mack, en butte à l'animad version de ses eaux, leur annonçait l'arrivée de Russes près, disait- I de les délivrer ; il leur défendait, sur l'honneur, de renoncer le mot de reddition. Mais ii se contredisait i demandant, ce même jour 16 octobre, une suspenuàon d'armes au maréchal Ney, Celui-ci, tout au con-

iOO MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.

traire, plaçant dans ses bouches à feu son éloquence, n'avrit répondu ijue par des coupa de canon à cette avance.

Ii'Empereur était en ce moment retourné à Blchingen; la nuit du IG au 17 octobre était commencée. A la nouvelle de ces pourparlet^, auxquels il s'attendait, il St écrire en France, et ailleura, qu'il tenait l'année antrichienne priaonniérej que dans une heure elle aurait capitulé; et, m'appeknt, il me chargea, par une instruction verbale, courte et précise, d'aller négocier les conditions de la capîtalation avec le feld-maréchal.

Je vais reproduire ici le récit de cet événement, tel que, suivant des notes prises sur place, je le fis, peu de temps après, pour le général Dnmas, Ce général écrivait alors le précis de cette campagne ; mon rapport y figure comme pièce justificative. Le peu de modifications qu'ici l'on remarquera dans ce document, le rend plus conforme à mes notes.

Quartier impérial d'Elchinjcen, 17 octobre.

Hier auaoir, 24 vendémiaire (16 octobre), l'Enipeteur ma fait appeler dans son cabinet. Il m'a ordonné de pénétrer dans Ulm, de décider Mack à se rendre dans cinq jours, et s'il en exigeait absolument six, de les lui accorder. Telles ont été mes instructions. La nuit était noire. Un ouragan furieux venait de s'élever : j'ai failli plusieurs fois être renversé par la tempête. Il pleuvait à fiots ; il titilait passer par des cbemina de traverse, et éviter des bourbiers où l'homme,

i cheval et la missiou pouvaient finir avant terme.

■ J'ai été presque jusqu'aux portes de la ville sans rsn-

Bcontrer nos avant-postes ; il n'y en avait pins : fkctîOQ-

vedettes, grandes gardes, tout s'était mis à

t ; iea parcs d'artillerie mi^iue étaient abandonnée ;

ie feni, point d'étoiles. Il m'a fallu errer pendant

rois heures, et inutilement, pour trouver un général.

i travei-aé plusieurs villages, i

X des nôtres qui en remplisi

J'ai enfin découvert un trompette d'artillerie, à moitié

loyé dans la boue sous un caisson où il s'était réfugié.

1 était roide de froid. Nous nous sommes approchés

, remparts d'Ulm. On noua attendait sans donte,

ir, au premier appel, M. de la Tour, officier parlant bien

rançais, s'est présenté pour me conduire au feld-maré-

tefaal. H m'a bandé les yeux et m'a fait gravir par-dessus

leB fortifications. J'ai fait observer à mon conducteur

e la nuit était si noire, qu'elle rendait le bandeau bien

I inutile; maisil m'a objecté l'usage. La course m'a semblé

llongae. J'en ai profité pour faire causer mon guide.

t a été de savoir quels chefs érairieuts renfermait

1 ville. Je me plaignis donc de ma fatigue, et je de-

landais si le quartier du maréchal Mack était loin de

selui de l'archiduc. « Ils se touchent, » me répondit

ie la Tour. J'en conclus que nous tenions dans TJlm,

i le prince, tout le reste de l'année autrichienne. La

nîbe de la conversation me confirma dans cette conjec

., que le départ de l'Archiduc, en ce moment même,

îndait erronée.

Nona BOmmea enfin arrivés dans une auberge, où de- Tnenrait le général en chef : il ponvaib être alors troia henrea après minuit. Ce général m'a para grand, Stgé, pàlo. L'expression de sa figure annonçait une imagination vive. Ses traita étaient tourmentés par une anxiété i|u'il cherchait k dissimuler.

Je me nommai ; et, après avoir échangé quelques complimente, entrant en matière, je lui dis que je venais, de la part de l'Empereur; le Si'mmer de se rendre, et régler avec lui les conditions de la capitulation. Ces expressions lai parurent insupportahlea, et i! ne conYinb pas d'abord de la nécessité de les entendre. J'insistai, en Ini faisant remarquer que, après sa demande d'une suspension d'armes, m'ayant reçu, je devais supposer, ainsi que l'Empereur, qu'il avait apprécié sa position. Mais il m'a répondu vivement qu'elle allait bien changer : que l'armée russe s'approchait; qu'elle allait le dégager qu'elle nous mettrait entre deux feux ; et que, peut-être, ce serait bientôt à nous à capituler I Je lui répliquai que, dans sa situation, il n'était pas surprenant qu'il ignorât ce qui se passait en Autriche, puisque nous l'en séparions entièrement; que, en conséquence, je devais lui apprendre que les maréchaux Davout , Bemadotte et l'armée bavaroise occupaient Ingolstadt et Mnnich. et qu'ils avaient leurs avauta-postes sur l'Inn, oti l'on n'avait point encore entendu parler des Russes.

« Que je sois le plus grand j... f , s'écria le maréchal

" Mack tout encolère, si jene sais pas, par des rapporta " certains, que les Russes sont k Dachan! OroitrOn

[ m'abuser ainei !' Jte Iraite-t-on comme un enfant ? [ Non, M. de SdgQt. Si dans huit jours je ne suis pas ( seoonrn, je conaeua k rendre ma place , à ce que mea I soldats soient prisonniers de guerre, et leurs officiers t prisonniers snr parole. Alors on aura eu le temps de [ me secourir. J'aurai satisfait à mon devoir. Mais on i: me secourra, j'en suis certain. — J'ai l'honneur de E TOUS répéter, monsieur le Maréchal, ai-je réplique, [ que nous sommes maitres non seulement de Dachau, « mais de Munich et de la Bavière jusqu'à l'Inu, D'ail- ( leurs, en supposant vraie votre assertion, si les Russes l sont à Dachau, cinq jours leur suffisent pour venir t nous attaquer, et Sa Majesté vous les accorde. — Non, t Monsieur, répartit le Martichal, je demande huit jours. T Je ne puis entendre aucune autre proposition. Il me t faut huit jours; ils sont indispensables à ma respont. sabilitë ! — Ainsi, repris-je, toute la difficulté con- I siste dans cette diScrence de cinq à huit joui's. J'avoue t que je ne conçois pas l'importance que Votre Excelit lencB y attache, quand Sa Majesté est devant vous à g; la tète de plus de cent mille hommes, et quand les ( corps des maréchaux Davout, Bcrnadotte et l'armée ( bavaroise suffisent pour retarder, de ces trois jours la K maoTche des Eusses, même en les supposant où ils sont « bien loin d'être encore ! — Ils sont à Dachau ! répéta « le maréchal. — Eh bien, soit ! Monsieur le Baron, me f, Buis-je écrié, et même à Angsbourg ! Noua en sommes, t alors, d'autant plus pressés de lerminer avec vous ! t Ne nona forcez donc pas d'emporter TJim d'assaut,

'( car alors, au lieu de ciuq jours d'attente, l'Empereui " y serait daua quelques heures ! — Ah ! Monsieur, m'a M répliqué le géuéral en chef, ne pensez pas que quinze " mille hommease kiasent forcer ai facilement. II vous eit 1 coûterait cher ! — Quelques centaines d'honun « répondia-je; et à vous, votre armée et la destruotioii; rt d'Ulm que l'Allemagne vous reprocherait; enfin toufl; t' lea malheurs d'un aaaaut, que Sa Majesté veut prévenil " par la proposition qu'elle m"a chaîné de vous appo^ " ter. — Dites, s'écria le maréchal, qu'il voua en coûa terait dix mille hommes! )a force d'Ulm est " connue. — Elle consiste, ai-je repris, dans les hauteur» M qui l'environnent, et nous les occupons ! — Allons « donc. Monsieur, m'a-t-îl répondu, il est impossible que ■I vous ne connaissiez pas la force d'Ulm. — Sans doute, « ai-je répliqué, et d'autant mieux que nous voyons deit dans. — Eh bien ! Monsieur, m'a dit alors ce malheua rens général, vous y voyez des hommes prêta à si " fendre jusrju'àlademière extrémité, si votre Empereur « ne leur accorde pas huit jours 1 Je tiendrai longtemps « ici. Il y a dans Ulm trois mille chevaux et, plutôt que M de nous rendre, nous les mangerons avec autant diî ir plaisir que vous le feriez à notre place. — Yos obe- •i vanx ! ai-je i-épondn ; ah ! Monsieur le Maréchal, ■< disette que vous devez éprouver est donc déjà bi( « grande, puisque vous sonf^cï à une auasi triste re ■c source ! »

Le maréchal se hâta dem'affirmer qu'il avait pour diï jours de vivres, mais je n'en ai rien cm. Le jour com

I mençait k poindre ; nous n'avancions pas ; je pouvais CGorder six jours, mais le baron en voulait si obstinéïoenfc huit, que j'ai jngé cette concession d'un jour inu- Ifcile : je ne l'ai point risquée. Je me suis donc levé en maginantde Un dire que mes instructions m'ordonnaient d'être revenu avant le jour, et en cas de refus, de transmettre, en passant, au maréchal Ney, l'ordre de eomrmencer l'attaque. Ici le général Mack s'est plaint delà f Tiolenœ du maréchal envers l'un de ses parlementai l'es r.qu'il n'avait point voulu écouter. J'en ai profité pour BAJonter que, eu efi'et, le caractère de ce maréchal était ■ bouillant, impétueux, impossible àcontenir; qu'il comlandajt le corps le plus nombreux, le plus rapproché ; fau'il attendait impatiemment Tordre de donner Tassant, i que c'était à lui que je devais le ti'ansmettre en sortant ÉUlm.

I Le vieui feld-maréchal ne s'est point laissé effrayer ; I a insisté sur les huit jours, et m'a pressé d'en porter ■<1& proposition à l'Empereur.

Ce malheureux général est prêt à signer la perte de jT Autriche et la sienne ; et pourtant, dans cette position pérée, où tout en lui doit souffrir crnollement, il ne l^&bandonne point encore : son esprit conserve ses facnli discKBsiou est vive et tenace. II défend la seule fiiose qui lui reste à défendre, le temps; soit que réelle- Ibent il croie l'armée russe à portée de le secourir, ou u'il cherche à retarder la chute de l'Autriche, dont il est cause, et à lui donner quelques jours de plus pour B'y réparer. Lui perdu, il dispute encore pour elle. C'est un

HfiUOIFIRK. 12

!Ofi MEMOISES D'UN AIDE DE CAMP,

homme de conversation plus que d'action. Il s'^are dans de ^-aines conjectures. Il semble vouloir joner an plas tin contre le pins fort. Il se pent aussi qu'il ait voulu dctonmer noire attention de la fttîte des vingt milla hommes dont nous venons d'apprendre l'éTasion par Nordlingen.

Ce matin, avant neuf heures, j'ai retrouvé l'Empereur à l'abbaye d'Elchingen. Je lui ai rendu compte de cette négociation dont !ea détails l'ont satisfait. Une vive joie a brillé dans ses regards quand je lui ai fait partager mon en-eur sur la présence, dans Ulm, de l'aj-chidac. Après vingt minntes d'entretien, me voyant harassé de tant de jours et de nuits de combats et de fetiguee, il m'a permis d'aller changer et me reposer. Mais à peine étais- je à demi déshabillé qu'il m'a fait rappeler en tonte hâte. Impatient de deux minutes de retard, il a envoyé le maréchal Berthier en pei'sonne me chercher, dans la cellule oii, épuisé de fatigues, je m'efforçais de me rajuster. Ce major m'a apporté eu raéme temps les nouvelles propositions écrites à mi-marge, et l'ordre de retourner sur-le-champ les faire accepter par le feld-

L'Empereur accordait huit jours, mais à dater du 1 5 octobre, premier jour du blocus ; ce qui les réduisait en effet aux six jours que j'avais pu et que je n'avais pas voulu concéder. Toutefois, en cas d'un refus obstiné, j'étais autorisé à laisser dater ces huit jours du 16 octohre, et l'Empereur gagnait encore un jour à cette concession, li tient à entrer promptement dans Ulm, pour

jnter la gloire de sa victoire par sa rapidité ; pour

1 retourner et fondre sur Vienne , uvant qne cette

isapit&le se soit remise de sa stupeur ; pour ne point laia-

Ur à l'armée russe le temps de se mettre en mesure de la

iéfendre ; enfin parce que les vivres coramenceot à noua

m&nquer.

Le maréchal Berthier m'<i prévenu qu'il se rapproche-

ïtiiit de la porte d'Ulm,et que, les conditions réglées, il

^Aéairait que je l'y fisse entrer.

Je suis rentré dans Tllm vers midi. Cette fois j'ai BTonvé Mack à deux pa« de la porte de la ville, au rcze-chaDBeée d'un étroit, sale et misérable cabaret. Je lui i remis l'ultimatum de l'Empereur. Il est aussitôt monté u premier étage pour le discuter avec des généraux, parmi ! se trouvaient MM. de Lichtenstein, Klénau et tSIiulaï. Vingt minutes après il est redescendu seul pour PÏBcater encore avec moi sur la date du sursis qu'on lui xirdait. Il y a mis une opiniâtreté si tenace que, dée la vaincre, j'ai cru devoir concéder le seul four que j'étais autorisé à lui abandonner. Eu ce moment ( malentendu, né sans doute de la différence des deux alendriers dont nous nous servions, lui a persuadé qu'il siaib à dater du 25 vendémiaire (17 octobre), les huit ixquels il tenait si fort. Alors, avec une émotion le joie bien singulière : u M, de Ségur.' mon cher M. de t S^nr ! a'eat-il écrié, je comptais sur la générosité de ! l'Empereur ! je ne me snis pas trompé... Dites an mar réchal Berthier que je le respecte... Dites à l'Empereur ■« que je n'ai plus que de légères observations à faire

îiiM MÉMOIRES D'US AIDE DE CAMP.

« Que je signerai tout ce que vous m'apportez Mais

t dites à Sa Majesté qne le maréchal Ney m'a traité biea

n durement Que ce n'eat point ainsi qu'on traite

i Répétez bien ;i l'Emperear que je comptais sur aa Il générosité! » Puis avec une effusion de joie toujours croissante, il igoàta : « M, de Ségur, je tiens à

( votre estime Je tiens beauconp à l'opinion que

II voQB aurez de moi. Je veux voua faire voir l'écrit que « j'avais signé et combien j'étais décidé ! » En parlant ainsi, il a déployé une feuille de papier sur laquelle je lus ces mots : n Huit jours on la, mort ! Siijné Mack. n

Je suis resté confondu d'étonnement en voyant l'expression de bonl]eur qui brillait sur sa figui'e. J'étais saisi, et comme consterné de cette puérile joie pour une si vaine concession. Dans un naufi-age aussi considémble, à quelle misérable brandie le malheureus général en chef a-t-il donc cru pouvoir rattacher son honneur perdu, celui de son armée, et le salut de l'Autriche ? Et il m'a pris les mains, il me les a serrées ; il m'a permis de sortir d'Ulm les jenx libres; il m'a même laissé introduire le maréchal Berthier dans cette place sans formalités : il était henreus enfin !...

Il y a eu pourtant encore, avec le maréchal Berthier, une discussion assez vive, toujours sur les dates. J'ai expliqué le malentendu : ons'enest remis à l'Empereur. Le maréchal Mack m'avuit assuré, dans la nuit, qu'il lui restait pour dix jours de vivres. Il en avait si peu, comme im reste j'en avais fait faire l'observation à Sa Majesté, qu'il a demandé, devant moi, la permission

' d'en faii'o entrer dés ce jour-là même, t'ette (

lion sente reudait l'Empereur maître de reprendre les I vingt-quatre heures qu'il abandouueruit. Il a doue cédé l quant à la date ; et ce soir-là, 1 7 octobre, cette capibnlo-- I fcion, qn'il m'avait chargé de négocier, appronvée par I lui, a été signée par les maréchaux Berthier et Mack.

Mock se voyant tourné et resserré sur TJ!m, s'est imak giné que, en s'y jetant, il attirerait et retiendrait l'Em- L pereur devant lea rempai-ta de cette ville, et favoriserait [ ainsi la fuite que tenteraient ses autres corps, par diffé- [ rentes directions. Il pense s'être dévoué : c'est ce qui I soutient son courage. Lorsque j'ai négocié avec lui, il a I semblé croire notre armée entière immobile, et comme en I arrêt devant Lflra. Il en a fait sortir furtivement l'arl.chiduc, qui a été rejoindre Verneck et HohenzollerD. I Une autre division restée à Memingen devait s'en évader. I Une antre encore, sons Jellaohich, fuit vers les monta- I gnes du Tyrol. Mais on espère que toutes seront faîtes I prisonnières.

On sait à présent (nuit du 17 au 18 octobre), par un I rapport àvi prince ilurat et la prise de trois à quatre I mille hommes, que !e corps de vingt mille hommes, com- I battu vers Albeck par Dupont, le 14 octobre, u été ce L.jouT-là, et bien plus encore le 15, séparé d'Ulm et re- I jeté vers Heidenheim ; que l'archiduc Ferdinand, qu'on l'Oroit sorti de sa personne avant-hier seulement lli, vers

e heure après minuit, la nuit même où j'y ai été en- |. Toyé, a rejoint ce corps détaché que vient d'entamer le Lprince Murât, et qu'il fuit arec le reste par Nordlingea.

HÈMOERES VCK AIDE DE <UlfF.

ÂDJoard'hai !« octobre, tnnqiiille sur Ulm d-jm la c^itatetion est signée d'hier aa soir, et dont la poite dit« de Stuttg&rd rient de nons être livrée, Coate l'aitention de i'Emperenr s'est, retuontëe, atcc l'actirité la plus rive, du côté de l'iur-hidac. II a envoyé radree hit ordres ans dragons à |Hed. aa maréchal Lannes, à Ondînoi, â Nansotity. à U cavalerie même de sa (larde l Les uns ddTent préeerrer noe parcs de r^&erre sans déf^tse eitr le passage de la faite de Tarchidac ; les antres, par dÏTtr- «s directions, sont lancée à l'appoi de Mnrst pour atteindre le prince aatricLien, et se saisir à tout prix de a peisoime; d'aatres encore doivent nettoyer notre Qgne d'opérations, d'où l'Emperear attend les vÎTres qui non» manqnent, et que !e débordement da Danube note empêche de tirer de la rive droite. Dans l'ansiété de son attente, i! se prend à tont. Il vient donc de me char?» de qoeetionner, comme il snit, les cooiriers qni arrivent de Scottgard par Xordlingen, et de luj écrire leois réponses. « Qn'ont-ile appris ? Qa'ttut-ils m ? Qnele eonemis ont- € ils en à éTÎter? En qnel nornSœ? Quels gàiérenx? < Combien de canons r Ihuns qoelle direction maicbaicBt « leora colonnes ? >■

Ce matin 1 y octobre, I'Emperenr, à la nouvelle en- Toyée par le prince Mnrat, de la prise entière, avec han canons et tons leors baga^^es, d^ vingt mille honunes séparés d'Ubn, a fait inviter Mack à venir le voir âEI- (diingen. Ce malhemreus général y est arrivé vers g henre. Là, tontes ses dernières illosions se sont £*»-

Sa Majesté, pour le perauadej' de ne plua le retenir inalilement devant Ulm, lui a fuit eoyisager sa position dans toute son horreur, et celle de l'Autriolie. Il lui a appris nos succès snr tous les iiointe; que le corps de Verneck, toute son artillerie et dis généraux avaient eupitulé; que sans doute l'archiduc lui-mêuie était atteint, et qu'on n'entendait pas parler des Busses I Tant de coups ont anéanti l'infortuné général en chef ; les forces lui ont manqué, nous l'avouB vu pâlir, et prêt à tomber sana connaissance : il lui a fallu, pour se soutenir, s'appuyer contre la nmrBille. Alors, s'affaissant sous le poids de tant de malheure, il est convenu de sa détreese : qu'il n'avait plus de vivres dans Ulm ; que, au lieu de quinze mille hommes, il s'y trouvait vingt-quatre mille combattants et trois mille blessés ; qu'au reste la confusion Estait telle, que, à chaque instant, on en découvrait davantage ; qu'il voyait bien qu'il ne lui restait plus d'espoir, et qu'il consentait à rendre Ulm et son armée, dès le lendemain 20 octobre, à trois heures du soir 1

Il a tout£foia exigé une déclaration, signée du maréchal Berthier, sur la position des Eusses, et que le maréchal Ney et son corps restassent devant Ulm jusqu'au 25. Cette dernière exigence est puérile, puisque, en tous cas, il faut bien laisser ici des forces pour garder et faire escorter jusqu'en France, l'armée prisonnière.

En sortant de chez l'Empereur il m'a aperçu, et s'est écrié ; < Qu'il était cruel d'être déshonoi-é dans l'esprit 1 de tant de braves olïîciers ! Qu'il avait pourtant, dans « sa poche, son opinion éci'ite et signée par laquelle il

" SG refusait k ce i|u'oii dissi^niinât son armée, mais <i ({u'il ne la commandait pas, que l'arcliiâuc était là!

Il se peut qu'où n'ait obéi à Mack qu'avec répngnance, Co (|ui est sûr, c'est que, après ma dernière Qonférence avec lui dans Ulm, et quand la capitulation fut ûvidemment convenue, l'attitude de plusieurs des géndraux autrichiens qui l'entonraienc m'a scandalisé. Il me fut fiicile de juger qu'une jalouaie enricuBC, satisfaite de la ruine du chef qu'on leur avait imposé, l'emportait en eux sur toute conveoauce, et leur faisait onblier eu ce moment tout patriotisme. Plusieurs autres, il est vrai, parmi lesquels MM. de Lichtenstein et Klénan, laissaient éclater le dépit le plus amer.

Oe soir 19 octobre, on sait que les six mille faommeà de Jcllachich, échappés au maréchal Soulb au delà da Biberach, fuient vers Peldkircli. comme, dn côté opposé, l'arcliidnc s'évade vers la Bohême avec quel(]ues escadrons. Ainsi, après divers combats partiels commencés à Donawerth le 6 octobre, en quatorze jours et Bana bataille, cette armée d'environ quatre-vingt-huit mille, hommes, y compris les renforts envoyés par l'arcbiduo .lean, et non compris di.T-huil. mille hommes échappés avec KienmaytT, Jelluchich et le Prince Ferdinand trois directions, aura été ou décimée ou faite prifionnière !

Aujourd'hui âyoetobre, trente-trois mille Autrichiens, dix-huit généraux, avec quarante drapeaux et soixanta canons attelés, se sont rendus prisonniers de guerre! Tette armée captive a défilé devant l'Empereur, au pied d'un rocher, entre les coi-ps de Ney et de Marmont

i en bataille k droite et à gauche, leurs armes char- I. En passant, les prisonniers saisis d'admiration suabdaient leur marctie ponr contempler leur vainqueur. jaucoup ont crié : Vive F Empereur ! Puis, avec une Botion contraire , les uns avec dépit, d'autres avec emsèment, sans attendre l'ordre, Be sont désarmés. Les rantassins ont jeté leurs fusils sur les deux revers de la chaussée ; les cavaliers ont mis pied à terre, ils ont abandonné leurs chevaux à nos cavaliers, et rartillerie ses canons, dont nos artilleurs se sont emparés. Les ofticiers, renvoyés chez eux sur parole, ont seuls conservé leurs armes.

Dans DOS rangs éclatait un enthousiasme difficilement contenu à la vue de ce triomphe ! Pendant ce long défilé, qui a i-amené successivement dans Ulm cette masse de prisonniers, l'Empereur a retenu près de lui les généraux autrichiens. Ses manières et ses paroles avec eux ont été donces, bienveillantes, caressantes même. Il a cherché il les consoler de leur revers. Il leur a dit : « Que la guerre 1 avait ses chances ; que souvent vainqueurs ils devaient

* se consoler d'être ijuelquefois vaincus ; que cette

* guerre, dans laquelle leur maître les avait engagés, < était injuste, sans motifs; que franchement il ignorait X pourquoi il se battait ; qu'il ne savait ce qu'on voulait 1 de lui ! »

Il y eut un moment où l'un de ces généraux, remarquant que l'uniforme de Napoléon était tout éclaboussé, lui a parlé de ses fatigues dans une campagne aussi plu- : Votre maître, a-t-il répondu en souriant, a

. 1 voulu me faire rossonvenir que j'étais ua soldat; j'es- « père qu'il conviendra que la pourpre impériale ne m'» M point 6iit oublier mou premier métier I »

D'antres paroles succédèrent. Il y en eut, dit-on, i menaçantes pour l'Empereur d'Autriche, Maok est resté présent à toute cette acène désastreuse. L'un de nous, curieux d'envisager une si grande infortune, s'adressa à ce général, sans le connaître, pour qu'O le lui montrât? Le lèld-maréchal a répondu : i Vous voyez devant vous le t malheureux Mack ! »

Bien malheureux en efl'et! L'infortuné! quel triste exemple, quelle chute lamentable, quelle céléhrité cruellement différente de celle qu'il avait cherchée! {Fin du rpîevé de mes notes.)

L'Empereur, revenu pour la sixième nuit et pour la dernière fois à Elchiogeu après ce triomphe, s' em] d'en partager les trophées entre ses alliés et la France. Paris reçut ceux de Vertingen : le Sénat, les drapeaux conquis àUIm; la France, soixante mille prisonoierB, « destinés, dit-il, à remplacer nos soldats dans les ti&- « vanx des champs, b Mais tons n'arrivèrent pas à cette destination, un bon nombre s'étant échappé avant d'atteindre nos frontières. On s'en prit aux recruteurs prussiens, et Burtont à t'incnrie de nos soldats, que cette ei corte ennuyait. On connaît d'ailleurs leur insouciantenégligence hors des combats, et leur douceur après la victoire.

Uans la même nuit du 20 au :il octobre, une procisH mation de Napoléon à son armée, datée de cette aUb^f

Ichitigeo à jamais célèbre, témoigna à nos soldats sa gratitude. II leur montra leur gloire daus les n^olUte de la Tictoire qn'ils Ini det-aient. Ea qatnze jours, la Soiiabe et la Bavière conquises, et avec elles tons les parcs, tons les magasins ennemis, deux cents canons, ']uatre- vingt-dix drapeaux, soixante et douze mUle hommes tués ou pris '. pQÎa il vanta leur dévouement, il exalta leur intrépidité , s*applaaâiasant d'avoir épai^é leur sang en ayant vaincu sans bataille, par des nianœiivreâ; il termina par ces mots : < Mes soîdata sont mes enfants ! »

Ans paroles ï! joignit les faits. Des décrets redoublés

leur prouvèrent l'effusion de sa reconnaissance. L'un

de ces décrets les gratifia de toutes tes contributions

levées sur l'ennemi, et des produits de la vente des ma-

s tombés en notre pouvoir. Va autre, plus magnifi-

b encore, détachant les quinze jours précédents du

e de l'année, déclara que. dans leurs états de service.

f mois d'octobre, k lui seul serait compté comme une

^Ân milieu de ces soins reconnaissants, et de ses travaux habituels, ce qui restait à faire n'avait point été négligé. Déjà notre armée d'UIm, Ney excepté, marchait pour rejoindra celle de Bavière. Et comme, dans sa proclamation, en annonçant l'armée russe à ses soldats, il leur avait dit fièrement : « Que pour lui il n'y t avait point là de général avec lequel il pût trouver de a gloire à acquérir, mais qu'eus allaient avoir à prourer, une seconde fois, s'ils étaient la première ou la londe infanterie du monde '. » On vit bien qu'il n'a-

vait tant remercié que pour exciter ; ou du moins, qu'il y avait eu autant de pensée d'avenir que de souvenir dans ce remarquable épanchement de sa gratitude.

Ainsi finit, devant Ulm et dans Elchingen, la première partie de la campagne.

ue-là noa adversaires avaient changé, et non la t. On ne tarda ponrtant pas à s'apercevoir qu'on t avoir affaire il d'autres hommes. C'étaient quarante es, Boua Kutusow et aes lieutenants Bagration S'Miloradoivitch, noms que 181"2 et nos malheurs ont lâoa célèbres. Nation pleined'elle-même,par isolement, 3 et superstition ; d'une susceptibilité inquiète r sa civilisation d'emprunt, superficielle encore ; mais btement constituée d'orgueils de maîtres et de dévoue- 18 d'esclaves. Leurs chefs ont l'instinct de la guerre : t viis, prompts et résolus ; et l'opiniâtre, l'aveugle icité dn soldat n'y manque jamais au général. ) 31, nos avant-gardes, sous Kellermann à droite, wMuratet Davout au centre, et sons Lannes à gauche, iportées par l'ardeur de vaincre, atteignirent et entait l'ennemi, ces maréchaux et ces généraux devan- ; l'Empereur; ils s'irritaient, ils s'indignaient de i essai de résistance des vaincus, comme d'un acte aanbordination ou de révolte! Défilés abrupts, ponts

ÎI8 MEMOIBEB D'UN AIDE DE CAMP.

rompus, chemins défoncés, affluents du Danube, fatigues de marches de dis à quinze lieues, rien n'arrêta. Dès le 5 novembre, dépassant tontes ies prévisions de Kapoh nos têtes de colonnes avaient arraché auï Austro-Busses ih. mille tués et prisonniers, et la Traun, et la Haute- Autriche d'Enns à Stejer, et l'Euns elle-même!

A Steyer, dernier terme de la gloire de Moreau, et dont le pont était brûlé, on avait vu les carabinierB de Davout passer l'Enns, uu à un, sur une poutre et bous une grêle de balles et de mitraille. lia s'étaient ralliés successiTement, sur l'autre rive, sous les retranchements autrichiens ; puis a' élançant, ils en avaient débusqué Tennemi en lui enlevant plus de priaonniera qn'ila n'étaient d'assaillants eux-mêmes ! La veille de cette action l'Empereur était arrivé de Lembach à Lintz. Il s'y arrêta cinq jours. Ce séjour fut fertile, pour lui, en agitations diverses. Et d'abord, à un quart de lieue de la porte de cette ville, un cruel incident, rare dans notre armée, où Ift fraternité d'armes et d'origine entre le aoldat et l'offider et nne intelligente émalation facilitent la discipline, l'avait frappé d'une horreur dont sa première parole fnt l'expression manifeste. Il dépaaaait an galop, en la prolongeant sur son âanc gauche, une colonne d'artillerie légère, lorsque, k vingt paa en avant de lui, il vit nu artilleur redresser d'un air menaçant la tête, que, au môme instant et d'an furieux revers de sabre, son capitaine abattit presque entièrement : elle pencha sur l'épaule de ce maliienreuï, qui, répandant un torrent de sang, tomba à tei're, A cet affreux spectacle Napoléon pâlit, s'élança

â^nbondde son cheval, et s'écria : s Ah ! qu'avez-vous

« fait là, capitaine ? — Mon devoir ! lai répliqua rnde-

« ment l'officier ; et, jusqn'à ce que je sois tué par un de

^K mes Boldats, ajouta-t-il hautement en les regardant en

^K face ; je tnerai ainsi ceux, qui oseront manquer à leur

^K capitaine ! t> L'Empereur, fra,ppé de cette énergie, de-

^^neura un instant nmet ; mais bientôt dominant son cmo-

^^Son, il reprit d'une voix ferme : a S'il en est ainsi, tous

^Ei avez bien Mt ! vous êtes un brave offieier ! vans com-

« prenez votre devoir! Voilà comme je veux qu'on serve!»

Puis, continuant sa marche, mais lentement et au milieu

d'un morne silence que ses paroles avaient imposé, il

entra soucieux et an pas dans Lintz.

Mais d'autres émotions et préoccupations l'attendaient dans cette ville. Ce furent, d'un côté, les transports de reconnaissance que l'électeur de Bavière accourut lui témoigner ; ceux de l'admiration de la France que les dépatés du Sénat vinrent lui exprimer, puis l'offre iusidieuse d'un araiistice qu'apportèrent Giulai' et Lichtenatein j enfin l'arrivée de Dni'oc, ne lui rapportant de Berlin qu'une espérance : celle que Frédéric, pour ae décider, Eoit à rester neutre aoit à se joindre h. nos ennemis, attendrait le sort des armes.

Pour l'armistice que l'Empereur d'Autriche, épouvanté de notre approche, et déjà rebuté des exigences et de l'arince russes, envoyait lui demander, il répondit que la aïz était possible à des conditions qn'il allait dicter, ce u'i) fit dans une lettre; mais que pour une suspension 8*armes il n'en comprenait que l'inopportunité, puisqu'il

aïO irÉMOIKEB D'UN AIDE DE CAMP.

n'apercevait plus, nulle part devant lui, d'armée autrichienne avec laquelle lui, en tête de deux cent mille honunes, eût besoin de conclure cet armistice.

Ce fut là, da moins, ce que, autonr de Napoléon, noua apprîmes de cette conférence. Pendant qu'elle avait lieu, l'aide de camp de Giulaï se plaignait à nous, avec nne amertume extrême, des excès des Eusses. En même temps M. de Thiard, l'an d'entre nous, avait été attiré dans uii entretien secret par le prince de Lichtenatein. Là, soit que ce personnage en eût mission , soit que, de lui-même, il fût enclin à l'usage de sa Cour de venir, par des mariages, en aide à ses armes, ses insinuaiions furent telles, que, en le quittant, Thiard crut devoir aussitôt se faire annoncer à l'Empereur : « Lichtenstem venait, lui dita il, de l'interpeller sur le bruit répandu, qu'une prini( cesse de Bavière était demandée pour le prince Eugène : H sur sa réponse le prince autrichien avait ajouté : Ponr- « quoi vous arrêteriez- vous sur ce chemin ? Vienne n'a- « t-elle donc pas aussi des princesses prêtes ? Et la paii « ne pourrait-elle pasêtre scellée par un antre mariage?» A ces mots, et de premier mouvement : n Une princesse « autrichienne I s'écria Napoléon; Oh! non, jamais 1. la « France en serait révoltée ! cela lui rappellerait Maries Antoinette ! m Alors surpris d'une communication aussi impoitante et ainsi faîte, il demanda à Thiard d'où venait cet épanchement de Lichtenstein , et poni'qnoi celui-ci l'avait choisi pour une telle confidence ?

Thiard connaissait bien et l'Autriche et les Allemanife dans les rangs desquels il avait servi ; il parlait leur lan*-

fue et se savait utile à Napoléon. Il répondit donc sans mbarras, sans ménagementa mâme : i Que, ayant été du t corpe de Condé, il avait souvent combattu sons les t de Lichtenstein, et que, parlam les deiis langues, <t maintes fois il avait servi d'intennédlaire entre les a Autrichiens et le duc d'Eugliien ! »

A ce nom, que peu d'autres eussent osé prononcer, quelles que fussent les préoccupations présentes de l'Empereur, l'entretien ohangea d'objet : il porta tout entier Hur ce souvenir. Pendant près d'une heure Napoléon, paraissant avoir oublié la reste, interrogea Thiard sui- le caractère, l'esprit, les talents guerriers de l'infortuné ^nce; et ce fut avec un air d'intérêt curieux, calme et aturel, comme s'il n'eût parlé ni de sa victime, ni à celui i avait servi longtemps d'aide de camp près d'elle, et Itii en avait été l'ami. Les réponses de Thiard furent sint l'éloge si complet que Napoléon s'écria : « Mais "it c'était donc réellement un homme que ce Prince-là ! » Pnis, avecle même calme bienveillant, il congédia son interlocuteur.

Aa reste Thiard me dit, ce jour-là, même, que c'était |t aecondefois qu'il s'était entretenu avec l'Empereur sur e triste sujet. Le premier entretien avait eu lieu au moment du meurtre. C'était même Thiard qui avait appris an Premier Consul sa méprise sur le nom de Dumonriez ; et il me dit que, alors comme h Lintz, i! avait remarqué que l'attitude, les traits et le son de la vois de Napoléon avaient été également calmes et impassibles ! ^^^Itonnés d'une inflexibilité si singulière, surtout en

nous rappelant tant de preuves de bonté, de générosité, de SQQBibilité mËme, aouB nous deiuandâmes si cette impassibilité s'appuyait Hur une erreur de conscience ou sur un calcul politique. Était-ce l'effet d'un retour aux mœurs de son île natale ? Croyait-il avoir en le droit de se venger d'un crime par un autre crime ? Ou plutôt, sous ce calme apparent, persévérait -il dans son but, celui de prévenir d'autres complota, considérant le cruel acte de Vincennes comme une juste punition des attentats précédents, et comme une utile menace contre des attentats à venir ?

Ici je retrouve dans mes notes qu'un autre soin de Kapoléon, pendant sou séjour à Lintz, celui de rétablir l'ordre dans son armée, l'occapa sérieusement. Il était trop vrai que ia rapidité des marches et des contremarches de la campagne d'Ulm, et le défoncement des chemins par les pluies, en retenant chariots et caissons, avaient rendu les distributions r^ulièrea impossibles. C'est un fait certain que, si nos soldats n'eussent point arraché aui paysans leurs provisions et leurs bestiaux pour s'en nouiTir, que, s'il leur eût fallu attendre leurs vivres de nos chariots qui traînaient au loin demère leurs colonnes, le principal but de l'entreprise eût été manqué. La nécessité excusait alors ; mais ce mal, commencé en Pranconie, chez les Prussiens mêmes et en Sonabe, avait continué en Bavière ; il se renouvelait sur rinn, et cette maraude détruisait ia discipline.

Vers Lembach l'Empereur put s'en apercevoir. Il y avait rejoint le corps du maréchal Soult. Là, devant les rangs, et à haute voix, il l'avait interpellé sur la régula-

'rite des distributions ; et, soit que le maréchal crût cette demande faite ponr la forme senlement, ou que pour satisfaire il voulût paraître satisfait, jactance parfois utile devant les troupes, et d'aîlleura toujours agréable au chef, U avait répliqné que rieu ne manquait à ses soldats ; mais anr-le-champ, et fort rudement, vingt vois s'étaient élevées des rangs pour le contredire.

Le lendemain cet avertissement se reproduisit, et d'une façon pins rude encore. Napoléon sortait à cheval de son quartier, lorsqu'il rencontra Ma«on, dont la vue lui plaisait depuis Marengo, et qu'il avait attaché à sa personne. Ce général commandait le quartier Impérial. Tout échanffé encore d'une scène de pillage qu'il n'avait pn empêcher, il venait de donner sa propre bourse au ^^Balbenreiix paysan victime de ce désordre. Maçon était ^Ba ancien soldat de l'armée d'Italie, Son entrée à la Cour ^Bravait point altéré sa franchise républicaine, ir Eh bien ! ^^ Maçon, s'écria g;aiement l'Empereur en l'apercevant, « que me diras-tu aujourd'hui ? — Ma foi. Sire, répondit « celni-ci, je dirai que vous êtes suivi d'un ramas de

IpUlardfl qui déshonoreront votre armée, et voas-méme, « vons n'y mettez promptement brin ordre ! » Et Maçon I s'en tenait pas àce début, qnand Napoléon, détournant tête et pressant le pas, coupa court à cette incartade. Xe reproche néanmoins n'était que trop mérité. Pournt, fait trop publiquement, il avait déplu. Mais des rapporta plus discrets, et entre autres celui d'un maître d'hôtel de Napoléon, l'ayant renouvelé, l'Empereur réjondit d'abord : « Que cette sale file d'éclopés, de traî-

2'il MÉMOIIIES D'UN AIDE DE CAMP.

n ceurs et pillards était un mal înévituble, un résultat « nécessaire des marches forcées et subites, an raoyea « desquelles l'ennemi, partout prévenu et déconcerté, se I trouvait a. demi vaincu avant de combattre : qu'ainsi a tes jambes épargnaient les tfites ! h

On voyait bien aussi, sans qu'il l'avouât, que, s'il tolérait momentanément ces désordres, c'est que cela consolait le soldat de ses fatigues : il se servait ainsi de tous les mobiles. Pourtant, lorsqu'enfin à Lintz on lui fit voir que ce ma! si contagieux, dégénérant en pOlage infâme, devenait intolérable, et que nos rangs s'éclaîrciasaient» rentrant dans son caractère il y mit un ternie. Un ordre sévère fnt publié le 7 novembre. On lit traquer, rallier et pousser en avant ces malheureux. Dana Braunau aealemeat, forteresse qu'il fallait traverser, on en rassembla,, nous dît-on, plus de dix mille ! Puis, le mot ayant été: donné, ils subirent, en rentrant dans leurs compagnies, l'affront d'une visite, où chacun d'enx, dépouillé de ton butin, fut livré aux joyeuses et rades fustigations de 1( camarades.

Cependant Mnrat ne s'était point arrêté; il n'avait rencontré d'obstacles sérieux que le 5 novembre à Amstetten. Il y avait eu là une échauffourée : notre cavalerie, inconsidérément lancée dans nu bois, en avait été réponssée avec perte de trois cents tués ou prisonniers. A cette nouveauté, Mnrat, ne reconnaissant plus les AutricMens, s'aperçut qu'il avait affaire à d'autres hommes, Oudinob et ses gi-enadiers acconrnrent ; et dès lors commença la lutte acharnée de l'honneur russe contre l'honneur fran-

Mme

1, 011 plutôt, quant aus soldats, le choc de la valeur itelligente et civilisée contre un courage alors encore 'et et barbare.

Dans cette première rencontre, deux mille Russes restent tués ou pria; aucun ne se rendit : blessés, désarrenveraés à terre, ils se défendaient, ils nous attaquaient même encore. Le combat fini, il fiillut, pour en emmener quelques centaines, les piquer de nos baïonnettes, comme un troupeau mal apprivoisé, et les aaaom- [toer de coups de crosse !

L'acbarnement de cette i-ésistance confirma Napoléon son espoir d'une bataille à Saint-Pœlten. Ce fut sur cette nouvelle, et quand il eut appris l'occupation de Mœlkt, qu'il partit de Lintz, le 9 novembre, pour cette énorme abbaye : magnifique résidence, comparable aux palais les plus somptueux, dont les caves, sans s'épuiser, abreuvèrent de vin toutes nos colonnes, et le quartier imirial remplaça celui de l'Empereur autrichien qu'on

'être retiré à Vienne.

En même temps, Napoléon apprenait que eon espoir ine action décisive k Saint-Pœlten, si bien préparée, it déçue i que Kutusow venait de s'évader de la rive lite du Danube sur la rive gauche, par le pont de Krems 'il avait rompu ; qu'ainsi la première armée i-usse lui ibappait; qu'elle allait se joindre à la seconde, reculer guerre, l'attirer au loin, plus avant dans l'est, donner peut-être le temps au prince Charles de la rejoindre, et h, Frédéric de rallier ses forces, de redoubler ses menaoes et de les exécuter.

SSn MÉMOIBES D'UN AIDE DE CAMP,

A ce di^ppointement se joignit une grande anxiété elle augmenta dans la, soirée du 11 novembre, an brait sourd et lointain d'nne forte canonnade, que la nuit même n'interrompit pas. Dans quel danger imprévu devait se trouver Mortier ? car c'était lui sans doute qui, ^'avançant senl avec une tête de colonne de cinq mille hommes, s'était inopinément heurté contre Kutusow et quarante mille bommes ! Comment ne pas croire perdi cette malheureuse division et ce maréchal ? Qael effi allait produire sur le découragement de l'Autriche et sur l'indécision de Frédéric le bruit de la défaite d'un corps français et de l'un de nos maréchaus, en ce moment peut-être on tné, ou tombant vivant aux mains des Busses?

Et il n'y avait que des vœux à faire, qu'à attendre ce qu'il plairait au sort de décider. Le large et profond Danube, libre encore à cette hauteur, nous séparait de ce maréchal ; ce fleuve venait même de livrer aux Eusses l'an des généraux de Mortier, fuyant éperdu sur une barque ! Tout annonçait un désastre : l'Empereur n' doutait plus. Dans son inquiétude, se mpprochant du bruit du combat, il s'était avancé de Mœlkt à Saint- Pœlt«n, où son premier espoir d'une victoire se trouvait remplacé par la crainte d'un revers. Ici, et au bruit des coups, son agitation redoubla. Officiers, aides de camp, tout ce qu'il avait sous la main, il l'envoyait aux nouvelles. Tout entier au péril de Mortier, il suspendit la marche de l'invasion : derrière lui à Mœlkt, celle de Bernadotte et de la flottille ; devant lui, celle de Murât, qn'il

[OiinnaQda <i de sa prteîpitation à s'être a^'ancê, comme [ nn enfant, jusques à la porte de Tienne » ! Il ordonne Il maréchal Soult, qui snivait ce prince, de rétroider. Enfin, le lendemain 12 novembre, ■vers deui ires du soir, le retoar de Thiard et de Lemarois renaît de calmer son anxiété, qnand un aide de camp de (lortier arriva,

La veille au matin, dit-il, le maréchal Mortier et le giclerai G-ftzan avaient ponsaé l'ennemi depuis Diernstein jusqu'en vue de Krems ;i!s lui avaient enlevé quinze cents hommes ; ils continuaient, lorsque, soudainement repoussés, ils s'aperçurent qu'ils se heurtaient contre tonte l'armée e ! Il fallut alors reculer, un contre quatre, pendant X lieues; ce qn'on lit en combatttant, en bon ordre, t avec l'espoir de trouver un abri dans Diernstein. j(ortier, vivement pressé, entrevoyait déjà les mure de êtte ville; il s'en réjouisBait, quand tout à coup il voit t délxincher contre lui nne antre armée russe, et se inve entre denx feus ! En cet ins'tant ses soldats s'éralaient dans un défilé, que forment à droite les monts 3 Bohême et à gauche le Danube. Ils y sont refoulés s sur les autres ; vin^t mille Russes les poussent I tête; quinze autres mille Russes les repoussent en qnene. Vainement le maréchal, sans s'étonner, leur fait feoe des deux parts; il s'effoi-ce, d'une main, de contenir Kntnsow et, de l'autre, de s'ouvrir un passage dans rnstein; mais les deux coips ennemis, qui s'aperçoib au travers de nous, criant de' joie, se précipitent ! , Ee rapprochant, ils resserrent, ils éci'asenb de plus

en plus, entre leur double masse, notre fiiible troupe.

Enfin, après quatre heures d'une l'ésiatance désespérée, notre cavalerie succombe, nos feus s'épuiaent ; nos baïonnettes, à force de frapper, ploient et a'émouasent ; la nuit <[ui s'épaissit, au iieu de séparer les combattants, augmente la mêlée : elle devient horrible; plusieurs fois Uortier lui-même, dont la taille haute dépassait toutes les autres et, dans cette obscurité, appelait les coups, a été forcé de repousser du pied et d'abattre de son sabre les plus acharués ! Tout espoir enfin a semblé perdu ; on l'a entouré, on l'a pressé de profiter de la nuit et d'une barque pour s'échapper, le suppliant de dérober du moins à l'orgueil russe le trophée d'un maréchal français prisonnier ! Mais lui, tout au contraire, a répondu : « Qu'il tf partagerait, qael qu'il dût être, le sort des braves qui Il l'entouraient ; que Dupont et sa division devait s'ap- « procherj qu'il fallait tenter un suprême effort I » Aussitôt, ralliant, resserrant ses i-estes, des deux seuls canons qu'il a conservés, il en oppose un vera Krems à Kutusow ; l'autre, que Fabvier dirige, il le fait tourner vers Dierusteiu, le place eu tête de colonne, et, tous les tambours étant brisés, c'est sur des bidons de fer qu'il fait battre la charge!

Au même instant Suhmidt, colonel autrichien, qui guidait le corps russe maître de Biernstein, s'en élançait pour achever, d'un dernier coup, la destruction de notre colonne. Mais Fabvier l'a Fait entendu : caché dans l'ombre il le laisse approcher ; et soudainement, déchargeant sa pièce à bout portant sur la tête de cette attaque, il la

n tue le chef, et, dans cette trouée sanglante, UoTtier et Cazau ee précipitant tichèTcnt de tout cnlbafcer devant eus. Piernstein, de cet élan, a été repris. Les Russes de Schmidt sont retombés dans le val de la Krems, par où ils étaient venns furtivement ; ils fuyent, eb Mortier ravi mais étonné de ce snccès en doute encore !

Cependant, de l'autre côté de Dieroatein, un brait d'armes et do pas nombrens se faisait entendre ; et, le désespoir au cœur, on se préparait à un nonvean choc, iorBt[ne, aa cri de Qtii vive? ceiui de France! répondit. (C'était Itupont et sa division acconi-ant au secours du âiaréchal! Alors, des transports de joie et des cris de J^ive nos sauveurs! ont enfin succédé à tant d'alarmes. Ainsi Dîemstein, prison renommée dn roi anglais d Oœur de Lion, devenait, par des oœnrs franais anssi dignes de ce snmom mais pins heureux, douilemenb célèbre !

Le jour revenu, on s'était compté : sur cinq mille i, trois mille étaient perdus, mais par nn hasaid oexpiicable, nos quinze cents prisonniers russes atiiient 5 retrouvés dans Diemstein; en sorte que la perte de rennemi, plus forte qne la nôtre, était évaluée à quatre nille hommes.

On a va que Murât venait d'être vivement réprimandé e l'emportement de son ardeur à courir à Vienne, et à IDtratner après lui les corps des maréchaus Lannes et ïoolt. L'événement prouva cependant que, cette fois, il le s'était pas trompé. Il se peut même que, dans ce but levenn bien plus pressant à atteindre, comme on va ie

3S0 HEMOIEES CHK AIDE DE CAMP.

Toir. les contre-ordres de l'Empereur à ces trois corps Inî aient fait perdre \-ingt-quatre heures dont lea Rnsses profitèrent.

En effet, son espoir d'écraser, enr la rive droite, le premier corps rosse en avant de Vienne, 6tant frustré, et Vienne et cette rive lui étant abandonnées, dès qn'il sut Mortier sanvc, un autre espoir le saisit : celui de devancer par la rive droite, en courant à Vienne, l'ennemi qui lui échappait par la rive gauche ; d'y surprendre le passage du Danube, d'où, se précipitant en force sur cette autre rive, il s'interposerait entre Knlusow et Bnxwoden, coupant h la première armée russe aa retraite sur la seconde, et la faisant prisonnière en Bohême, comme il avait pris Mack en Soaabe,

Il est vrai que, pour qu'un tel espoir se réalisât, il fallait qn'il arrivât deux choses invraisemblables : d'abord, que Vienne, assez forte pour nous arrêter quarante-huit heures, sans danger pour elle, nons ouvrit ses portes; puis, qu'elle nona livrât intacts ses iKints sur le Danube. Ce fut pourtant ce qui arriva. Soit découragement de l'Empereur d'Autriche, soit haine d'alliés, qu'avouaient hautement ses officiers contre les Russes. Vienne ne fit aucune résistance; quant à ses ponts, une ruse de guerre nous les livra.

Pendant qne Giulaï, revenu en parlementaire, était attiré et retenu le 12 à Saint-Poelten, Lannes, Murât et Sébastiani en tête, eurent l'ordre, l'un d'entrer dans Vienne, les autres de longer la rive du Danube, et de B'emparer des ponts de cette Tille. Le IS novembre,

VIENKE. 231

l'étant livi'cc sans coup férir, ils coururent à ce EU rompirent la barrière, et s'engagèrent aussile défilé BÎnuenx formé pur les petits ponts, >ei étaient entrecoupés d'îles Iroisées qui dérobaient itre marche à la vne des artilleurs et dn "rénéral autrilien, postés sur le grand et dernier pont du fleuve. Xannea et Murât avaient mis pied à terre, et, Buivifi de leurs grenadiers l'arme au bras, ils poussaient devant eus an peloton ennemi, agitant en l'air leurs mouchoirs, annonçant un armistice, et parlementant avec l'officier qui commandait.

Celui-ci, tout étonné, reculait ne sachant plus ce qu'il lit faire, et communiquait derrière lui son indécision, fut ainsi que nos chefs atteignirent le grand pont et 'instant le plus critique. Ce dernier passage était tout largé d'artifices, de matières inflammables, et d'une bâtie prête à foudroyer notre colonne. Mais cet aspect, lieu d'arrêter nos maréchaux, hâfce leur marche; et quand, démasqués par le peloton ennemi en retraite, ils voient l'officier d'artillerie autrichien, enfin décidé, saisir b mèche, Us s'élancent! Dodde le premier, alors colonel notre génie, arrache à cet officier sa lance à feu ; on mêle; et, toujours parlementant, pendant que nos grenadiers débarrassent le pont, et que Bertrand se fait conduire an prince d'Auersbourg, Launes, Murât et Sébasbiani gagnent l'autre vive dont ils s'emparent.

On en était maître avant que le pauvre prince, stupéfait de ce coup de main, y eût rien compris. Les deux maréohaus, satisfaits d'une conquête aussi importante qui

devait décider du sort des Eusses, ue poussèrent pas plus loin la mystification de ce général ; ils le laissèrent fuir, dieparaitre dans la campagne, et porter sa confusion à son Empereur. Ce fut dans ce même jour 13 novembre, à Bruckersdorf et par Bertrand, que Napoléon apprit une si heureuse nouvelle. Transporté de joie il accourut anasitôt presque seul ii Bchœnbrunn. Je venais de l'y devancer avec un bataillon dont je disposais les postes, quand il me fit appeler, m Partez à l'instant pour Gratz, me dit-il, « et TGinetteB à Marmout cette dépêche. Vous tranverez « Uudin à Neuatadt ; vous lui direz de pousser ses postes « Jusqu'au [Spitalberg, mais pas au delà. Informez-vous 1. de toutes les ressources qu'où peut trouver à Nensladt, a et écrivez-moi de cette ville. L'ennemi doit être entre « Neukirch et Brugg sm- votre passage ; traveraez-le, et, « s'il voua prend, imaginez quelque subterfuge ; dite? a que vous portez la nouvelle d'une armistice!... Enfin a tirez-vous de là; surtout ne laiasea pas prendre les « instructions que je voua confie I » Et il m'en détaillait les moyens, quand je l'interrompis en îui disant que je passerais, et que, en tout cas, je lui répoudaia de ses dépêches.

C'était pourtant bien à tout hasard, j'eu conviens, et pour paraître toujom's prêt et dispos, que je répondais ainsi, car cette uiission chanceuse et si lointaine me venait bien mal à propos. La fatigue m'avait tellement épuisé que, l'une des nuits précédentes, eu traversant un cantonnement, j'étais tombé dana la rue sans coanaisaance. Qu'on imagine ma surprise lorsque, revenu.à moi.

VIENHE. 28a

i me trouvai assis au centre d'une grande table bien

srvie, tiea <!clairée, dans une salle chaude, et au milieu

!s officierB de grenadiera à cheval de notre (tarde. Un ha-

1 m'avait sauïé : ma bonne fortane avait voulu que,

isl'obBcurité, l'un d'eux, se heurtant dupied contre moi,

t reconnu, et que, me retirant du milieu des canons

isaona près de m'écraaer, il m'eût emporté dans sea

s à cette place d'honneur, oii les soins iju'on me pro-

a venaient de me ranimer.

H n'y avait à cette défaillance rien de surprenant : de-

isMnnich, les jours, les nuits surtout, j'avais sans cesse

iaarché, maudissant cent fois la nécessité où j'étais de

er, sans pouvoir m'y arrêter, devant les feux da nos

aitassins couchés dans la neige, et dont j'enviais le bon-

r qui me paraissait bien grand. J'allais ainsi, pressé

r divers ordi-es et par l'heure, tant que mes chevaux

pouvaient me porter ; puis continuant encore sur ceux de

aysans que je rencontrais, Je me souviens, entr'auti-es

rentures, que dana l'une de ces nuits si pénibles, m'ef-

^çant d'atteindre Moelkt avant le jour, je rencontrai

e rivière qu'il me fallut traverser à gué, et où je perdis

nide et chevaux emportés par le courant. Plus heureux

e ma pauvre monture qui s'en alla flottant vers le Da-

rtibe, je parvins ù, gagner nu atterrisse ment, d'où je con-

tnnai ma route à pied, satisfait encore d'arriver à cette

Ibbaye k l'heure prescrite.

Quant â ma mission de Gratz, je l'exécutai jour et

t encore, sons accident, mais avec un surcroît de fa-

le, ayant le désappointement, à mon retour, de ne plus

îSt MEMOIRES IVDK AIDE DE CAMP.

retrouver l'Empereur à Vienne. Je ne le rejoiguU qu'à Bninn, où je Ini appris que Marmont se vantait d'avoir, par sa présence en Stjrie et ans défilés de la Carinthie, dêtoamé sur la Hongrie la retraite de l'archiduc Charles.

Il était alors, et non sans raison, mécontent des événe' méats arriTËS depuis mon départ de Schœnbnmn, Dans k nuit du 13 au U, celle où j'avais quitté cette résidence, Ini-m&me, travoreant Vienne à l'ioan des habitants, en avait passé les ponts pour jonir de cette conquête., pour en témoigner à Lannes et à Murât ea. aattslâction, et surtout pour en profiter! Il avait hâte d'en finir avec les Huases, et d'autant pins que Oinlaï venait à l'instant de lui apprendre l'accession de Frédéric & h\ coalition. Il avait donc aussitôt ponssé Lannes, avec les divisions Snchet, Ondinot, la cavalerie de Murât et le corps dn maréchal Soult, vers Znaïm, anr la ronte de Bohême, pour couper toute retraite à Kutusow qui venait de Krems.

Le combat de Diernstein contre Mortier, lu présence de Bernadette envoyé de Moelkt sur la rive ^uche avec l'ordre de talonner Kutusow, et ta difficulté des chemins, avaient dû ralentir le mouvement rétrograde de ce feldmai-échal. Aussi l'Empereiu' s'était-il attendu à ce que cette première armée de fcrente-six mille Russes, harcelée en queue par vingt mille hommes, et coupée eu tête par cinquante mille, serait détruite ou prise. Ce résultat devait décider du sort de la campagne et de l'indécision de Frédéric ; il lui avait para inMlHble, et il venait de lui échapper 1 Mnrat, que sa ruse de guerre avec les Autri-

niens, sur le pont de Vienne, avait si bien seiTÎ, venait, au moment d'en recueillir les fruits, de se laisser prendre par lee Rnsses à un aernblablc stratagème ; voici comment :

Kntuaow,en précipitant sa retraite de Krems sur Brunn, avait, pour la couvrir contre Murât, jeté Bagration et sept mille Busses à sa droite dans HoUabrunn. sur la route de Bohême qu'il lui fallait traverser à Znaïm. Murât accourait sur cette même route en tête de cinquante mille hommes ; il n'avait qa'à attaquer, à pousser, à tout culbuter devant lui Jusqu'à Znaïm, où il aurait devancé, détruit ou pris le maréchal russe. Mais il avait rencontré ifçration à Hollabrann ; et, au lieu de lui passer sur le , il avait perdu le temps à l'écouter parlementer. Une feinte capitulation de ce général russe l'avait endormi Higt-qnatre heures, pendant lestjuelles Kutusow s'était »n]è derrière Holîabrunn et sur Brunn, en toute hâte ! J C'était le 15 novembre, et sur la foi de Wintzigerode, Me de camp d' Alexandre, que cette absurde convention nàt leurré le beau-frère de notre Empereur, j Maia ce qui n'est guère plus concevable, c'est que Na- K>léon, contre sa coutume, eût abandonne à sou lieutemt ce grand coup de gueiTe, et que, le 14 novembre, s'en asant sur lui, il fût retourné à Schosubrunn ! S'était-il ié devienne ? Lui avait-il plu de se montrer ce jour-là à S habitants, confondus de le voir rentrer dans leurs mura ^r la porte du Danube I Avait-il eu hâte de proclamer t&ntement, comme il le fit, l'immensité des trophées que ette capitale ennemie venait de livrer à sa victoire ? ou

230 MEMOIHES D'UK AIDE DE CAÏtP.

bien plutôb, à en juger par ma miBaion près de Marmont et par la, répartition des divisions de Bavont poussées Tere Neustadt, Presbourg et Brann, sur les trois avennes de Vienne, avait-il craint quelque retour offensif et jugé sa, présence encore indispensable sur ce point central, pour s'en assurer la poaaessionî Je ne sais, mais ce qui est sûr, c'est que, à la nouvelle de cette convention insidieuse, repentant amèrement de sa confiance en îlurat, il lui avait envoyé l'ordre de tout rompre à l'instant même et d'attaquer. Lui-même plein de colère était accouru; mais il n'était arrivé le 17 qu'iiprea le choc tardif et sanglant d'Hollabrnnn, où, le 16 au soir, Bagration, sacrifiant les deux tiers des sept mille Russes qu'il commandait, avait encore arrêté, six heures durant, l'effort de vingt-cinq mille hommes!

Pendant la nuit obscure qui suivit, plusieurs ruses d( guerre avaient favorisé la fuite des restes de cette division. Les uns, se voyant atteints, avaient crié en français qu'ils étaient des nôtres, et on les avaient laissés s'écouler ; d'autres, répétant les mêmes paroles, et nous laissant approcher, avaient, de leurs feux à bout portant, augmenté nos pertes. Oudinot, que Dnroc remplaça k sa division de gcenadiers, était tombé blessé avec la plupart. des officiers qui l'entouraient. Le carnage avait été effroyable ; on avait vaincu, mais le lendemain, quand on arriva à Znaïm, Kutuaow était passé ! On n'avait pu, les jours suivants, que ramasser ses traineurs, tellement harassés qu'ils étaient incapables de se défendre. Deux mille tombèrent aux mains de Sébaatiani. Enfin cette

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