VIENNE
retraite, dans laqaelle Kntnsow devait saccomber tout entier, ne lui avait coûté que six mille hommes ! Il venait de retrouver à Brunn son Empereur qui y était arrivé de Berlin ; il lui avait ramené trente mille hommes, que, au delà de Briinn, il allait joindre, près de Wisehan, à la seconde armée russe de Buxwoden, aux restes de l'armée autrichienne, et bientôt peut-être à l'archiduc Charles.
Ainsi, après la campagne d'Ulm si complètement terminée, celle de Vienne restait indécise. Il fallait se rallier, se réapprovisionner, se préparer à toutes les chances d'une grande bataille à livrer au fond de la Moravie, au bout d'une longue ligne d'opérations, dont la Prusse menaçait tout le. flanc gauche, de Strasbourg à Vienne. Tel était le danger de notre position, que venait d'accroître la faute d'Hollabrunn.
AUSTERLITZ
De Znaïm l'Empereur continua vers Brùnn, poursuivant Kutusow, et le feisant déborder à droite par Soult à Sikolsbourg. Le 20 novembre il poussa cette aïle droite de Nikolsbourg à Auaterlitz, et notre a%-Hiit-garde, boub Murât, vers Wischau, route d'Olmuta. Ce jour-là lui-même arriva à, Brunn. Sm-pria et charmé de l'inconcevable abandon de cette place forte tout aimée et approvisionnée, il en fit sa base d'opérations contre l'annéB russe.
Pendant que ce soin roccupait, il apprend la jonction des forces ennemies dans "Wischan, et que, à Posorsitz, leur cavalerie, après avoir refoulé la nôtre, a été repousaée par nos cuirassiers et par les grenadiers à cheval de notre Garde. Le 21 il se read sur le terrain du combat, il en juge les coups, qu'il trouve moins brillants qu'on s'en était vanté ; et apprenant qne l'ennemi s'est retiré aur ses renforts jasqu'à Olmutz, il revient à Brunn.
Dans ce retour de AVischau il s'arrêta sur la grande route, à environ deux lieues et demie de Brunn, près dn Santon, monticule qui borde le chemin, espèce de cône
AUSTEBLITZ. isa
■tronqué assez abmpt, II ordonna d'en creuser le pied du côté de i'eunemi, pour en augmenter reacarpement. .Vloi-s, se dctouruaut vers le sud, il entra dans une plaine haute, compriSB entre deux ruisseaux encaissés, courant du nord sud-onest. La largeur de ce plateau est d'environ deux leuea; la longueur, de trois lieues; après (]Uoi, tournant Ters l'ouest, il s'abaisse et tombe dans un laissin marqué par deux lacs. L'Empereur parcounit lentement et silencieusement cette pleine découverte. Il s'arrêta à plusieurs reprises sur les points les plus élevés, vers Pratzen surtout. Il en examina t^yec attention tous les accidents. Plusieurs fois, pendant cette reconnaissance, il se retourna vers noua : s Messieurs, disait-il, examinez-bien ce terrain ! ce « sera un champ de bataille ! Vous aurez un rôie à y « jouer ! » Cette plaine devait être en effet, quelques jours le champ de bataille d'Austerlitz I jours suivants, justju'au 27, il resta à Bmnn. Son lée n'avait pas cessé, depuis trois mois, de marcher ou combattre ; il la laissa se rallier, réparer ses forces, armes, sa chaussure, et reprendre haleine. Elle était i répartie : Mannont à Gratz ; Mortier à Vienne ; ont, partie à Presbourg, observant la Hongrie qui se ilarait neutre, et partie vers Xikolsbourg, entre Brunn Vienne ; Lannes, Mnrat et Soult cantonnaient autour avant de l'Empereur, sur le terrain marqué par mn, Wischau et Ansterlitz ; Bernadotte enfin, en arire et à portée de lui, occupait Iglau, observant la i l'archiduc Ferdinand tenait tête àd'HiUiers aux dragons à pied d<
jour Mtzoianit le danger de notre position miMm et a |Dmtain& Napoléon, aTantré ko fond de b Mcnrie, sice ■otsaiite-cîiiq mille wmhatt^wf k pwtf» A» lui, paJai^. qne cent cînqnaiâe mille ProBBieDS menaçaient tout le fijuie ganehe de u retiaîte, Tovak Alexandre et qoatie- TÛigt-dLc mille Rosses ec Altemanàs l'arrêter en face; l'archiduc Ftr-Jinand «t TÎngt mille Aatrichiens s'avancer en Bohême snr ses derrière, et toat à la fois l'archidnc Charles et quarante mille antres Impériaui, déjà en Hongrie, accourir contre sa droite !
CTeel pourijuoî, le 26 novembre, impatieat, après nne nuit entière dt- traTail, il écrit à l'emperenr Alesandre et lui envoie Savary, son aide de camp, pour le complimenter, et Boeder ses dispoaitiona guerrières ou pacifiques. Pendant (lu'il attendis retour de son aide de camp, dens envoy<Î8 auLridiiens, et bientôt le ministre prasden Haugwitz, aniveiit, les uns d'Olrautz etl'autrede Berlin, h Bon cjuarticr impérial. Le 27 novembre il évitait de laisser celui-ci s'expliquer, et de répondre aus deux autres, lorsque tout à coup il apprend que son avant-gai-de, sur- Vrinu & Wisdmii, vient d'y être calbutce I En même temps lin olHoior bavitrois, engagé dans l'armée ennemie, déser-
ACSTEKLITZ. SU
tat, vient noua avertir que c'est Kutusow et Alexanto i-mêrae qui nons attaquent ! Cela parut d'abord si inraisemblable à Berthier, qu'il fit arrêter ce transfuge : lais 8oa rapport fut preaqu' aussi tôt confirmé par un vis du maréchal Soulb assailli dans Aastcrlitz, ' Dans !a même soirée le retour de Savary ne laisse plus de doute sur cette nouvelle. Cet aide de camp vient annoncer que toute i'armée alliée, sans attendre quatorze mille Knases de renfort, marche sut nous. Pourtant la lettre rjn'il rapporte semble moins hostile. Dès lors Napoléon n'espérant plus rien que d'Alexandre on d'une victoire renvoie à Vienne et à Talleyrand les négociateurs autrichiens et prussiens; il réexpédie Savary à l'empereur rosse pour lui offrir une entrevue; et lui-même, le 38 lovembre, de grand matin, il s'avance jusqu'à Posoreitz g l'espoir d'une réponse favorable.
is Alexandre, entouré et mal inspiré par une jeunesse
somptueuse, j ngeai' entre v ne inutile : il n'y envoya que
nfavori-De son côté Napoléon, déplus en plus impatient,
bait avancé au galop par delà nos dernières vedettes.
, rencontre de Dolgorouki et de notre Empereur
en sur la gninde route d'Olmutz, en avant de Po-
■Bitz, et, à notre étonnement, k plus d'une portée de
nos avant-postes. Noua no savions si l'Empe-
r s'aventurait ainsi par une impatience réelle on par
eité, ou plutôt pour augmenter par un feint empres-
lent l'orgueil ennemi, pour en accroître la présomp-
I, en affeotaut de ne vouloir laisser pénétrer dans nos
i aucun regard russe. '.
UfiMOIIIEB. Il
243 MÉMOIBEa D'ON AIDE DE CAMP.
Tous deux, en s'apercevant, mirent pied à terre. Pen^ dant leur entretien, dont nona n'entendîmes pas tontes les paroles, l'attitude de l'Empereur fut d'aliord calme et contenue ; celle de Dolgorouki, au contraire, était si j'actante et si hautaine, qu'elle nous irritait rinand elle ne nousfrappiiitpasde pitié tauteileétait déplacée et ridicule.
Au milieu de ce colloque, dont la durée fut à peine d'nn qnart d'heure. l'Empereur remarqua que lea Cosaques do l'escoi-te russe gagnaient nos flancs ; Dolgorouki souriait et répondait d'eux ; mais, soit iuquiétude réelle on simulée. Napoléon n'en ordonna pas moins,à plusieurs de nous, de les contenir à distance respectueuse, ce qui fat fait aussitôt par Exelmans, le sabre nu pendant à la dragonne et le pistolet au poing.
Cependant, l'arrogance du favori d'Alexandre devenant! intolérable, la voiï de l'Empereur s'anima. Le jeune Russe ne mettait paa la paix à de moindres conditions que l'abandon de l'Italie, de la rive gauche du Khin, et de la Belgique! n Quoi! Bruxelles aussi, répondit Naii: poléon ; mais noua sommes en Moravie, et vous aeriea 'i siu- les hauteurs de Montmartre, que vous n'obtîendriea ï pas Bruxelles! n Enfin il perdit patience. Dolgorouki venait de lui olTrir de le laisser se retirer sain et sauf derrière le Danube, s'il promettait d'évacuer sur-le-champ Vienne et les États héréditaires. A cette insolence, Na« poléon, ne pouvant plus se contenir, s'écria : « Eetirez- <c voua ! allez, Monsiear, aUez dire à votre maître, qns je a n'ai point l'habitude de me laisser insulter ainsi ; reti- « rez-vouB à l'instant même I s
AUSTEELITZ. S-19
Revenu à notre avant-garde, l'Empereur encore irrité \t pied à terre et s'entretint avec Savary. Pendant la >le mission de cet aide de camp, les jeunes seigneurs 38 l'avaient inanité de paroles arrogantes ; il en rendit pte, et Napoléon, fouettant la terre de sa cra\'ache. .e qui dans ses vives préoccupations lai était habituel,
ria : « L'Italie! Qn'eaasent-îls doue fait de la
« France si j'eusse été battu? Mais, puisqu'ils le veulent, « je m'en lave les mains, et, s'il piait à Dieu, dans qua- € rante-huit heures je leur donnerai une leçon sévère ! » Il prononça ces deniiers mots près d'un carabinier du 17" régiment léger, et, s'apercevant que ce factionnaire l'écoutait : a Suis-tu, lai dit-il, que ces gens-là croient « qu'ils vont nous avaler ! ji Sur quoi le grenadier ayant léplïqné : « Oli que non! qn'ils essayent, nous nous t mettrons en travers l s l'Empereur se prit à rire, et son feamenr se dissipa.
Alors, soit qu'il se trouvât trop en l'air, soit pour augr la présomption de l'ennemi, il commença la re- ^toite que lui-même suivit à pied. On marcha avec une dpitation apparente qui dut enhardir les Russes. Chez loua-mêmes, un des vétérans de la République, s'y tromdifc : <t Ceci commence mal ! Jeune homnie, i il ne suffit pas de marcher toujours en avant; vous E allez apprendre ce que c'est qu'une reculade, et peut- Pi être même une déroute ! » Cette liberté de jugement sur Napoléon m'ctonna, elle commençait à devenir rare. La plnimrt de nous, convaincus de son infaillibilité, s'y abandonnaient ; nous esécutions l'ordre dn jour sans re-
54'ï MEMOIRES DT7K AIDE DE CAMP.
de cercle, dont le nôtre était le plus reeserré, second a tas;e, quaugmecta bientôt la manœuvre imprudente d'Alexandre.
Un rideau épais de Cosaques d'une part, et de notre côté une ligne claire de vedett«s à portée de mousquet, couvraient les deui fronts. Fendant que, derrière lenra grandes gardes, lea deux armées, à deux portées de c l'une de Tautre, et leurs armes en faisceaux, mano^eaienb et se reposaient paisiblement autour de leurs feux comme par un accord tacite, et se préparaient pour le lendemain, Xapoiéon, suivi de quelques-uns de nous et de vingt chasseure de sa garde, s'était avancé entre les deux lignes, et en parcourait, de droite à gauche, le déx^eloppement, Il fit cette dernière reconnaissance générale lentement, an pas. et tellement près de l'ennemi, que, vers Pratzen, le capitaine de ses chasseurs d'escorte, Daumesnil, célèbre depuis par la défense de Tincennes, et moi, nous provoquâmes étourdiment, à portée de pistolet, la ligne ennemie, ce qui nous fit vivement réprimander, nous étant attiré quelques coups de feu dont lea balles sifflèrent aux oreilles de l'Empereur.
Je me souviens même que, mal corrigés de cette imprudence et parvenus à l'extrême gauche au delà du Santon, tandis que Kapoléon en examinait les approches, une contestation s'éleva entre nous, à prop(« de la dislance qui nous séparait, sur ce point, de rennenji. et qM ce même Daumesnil, fort adroit tireur, voulant m'en prouver la proximité, prit la carabine de l'un des siens, en posa le canon sur l'épaule de ce chasseur, et démonta
AtrsTEKLrrz. 217
'nn coup de feu l'officier russe que nous faisait distinguer mieux l'ticlatante blancheur de sa monture. Vers trois heures, cette reconnaissance étant terminée, 'Empereur retint à son bivouac. Il était établi sur la droite et près de la grande route, en arrière à droite du Santon, en avant de Bellowitz, entre le ruisseau de ce village et celui de Ghirzîkowitz. C'était, sur un tertre d'où l'oQ découvrait la plaine, une vaste barraque mde, hutte de bûcheron, le feu au milieu, éclairée par faîte, et que ses grenadiers avaient construite. Sa voire dételée était auprès ; il avait conclié dedans les nuits lentes. Il y avait aussi près de là, vers la grande une maison isolée de paysan, pauvre chaumière, où cantines s'étaient établies, et où nous dînions avec Ini la seule chambre basse et sur la seule table longue itonrée de bancs qui s'y trouvaient. La division de greidiers de Duroc et d'Oudinot bivouaquait en avant, la irde antonc et en arrière.
Il venait d'y arriver quand, vers quatre heures, sur un ÏB de notre avant-garde, reparaissant hors de son quartt, une longue-vue à la main, il dirigea ses regards r le plateau de Pratzen qu'il avait en avant à droite, fn grand mouvement de ilanc du centre de l'armée russe y dessinait. On apercevait, derrière sa première ligne, colonnes ennemies se prolonger à leur gauche et à déinvert vers Aujerzd et les deus laça, A cette vue, tressail- Qt de joie et frappant des mains, il s'écria ; <c C'est un mouvement honteux ! ils donnent dans le piège I ils se livrent ! Avant demain au soir cette armée sera à moi 1
En effet il était évident que les RuBses, dans leur orgneîlleuEe ÎEexpérience, noua supposaient frappés de crainte et réaignéB à une timide défensive, s'imaginant i|u'ila n'avaient rien à redouter en face, et ne songeant qu'à se jeter sur notre droite, entre Vienne et nous, pour nouB tourner et pour couper toute retraite à notre infaillible déroute du lendemain I Ils osaient donc, sous nos yeux, portant leurs principales forces de ce côté, dégarnir leur centre, et abandonner, à leur aile droite affaiblie, leur ligne d'opérations ou de retraite. On eût dit que déjà vainqueurs, et n'ayant pliia d'antre crainte que denous laisser échapper, ils ne songeaient qu'à nous adieveit et nullement à la possibilité qu'ils eussent eux-mêmes, à se défendre !
En ce moment l'Bmperenr, afin d'enfler leur présomp^ tion plus encore, ordonna à Murât de sortir des range avec quelque cavalerie, de montrer de l'inquiétude, de l'hésitation, et de se retirer aussitôt, comme effrayé. Cet ordre donné, il revint à son bivonac. Là, dans une proclamation qu'il dicta de aa voitnre, et qn'il fit aussitôt répandre, après avoir montré l'armée russe à ses soldats leur prêtant le flanc et offrant à leur valeur une gloire assurée, il leur dit que Ini-môme dirigeait leurs bataillons, leur promettant de ne s'exposer que si la victoire hëaitsiS et après elle de bons cantonnements et la paix. Alors,, entrant avec nous dans la chaumière voisine, il se mit gaiement à table.
Murât et Caulaincourt étaient assis près de lui, puia, Junot, le général Mouton, Rapp, Lemarois, Lebrun, Ma»
AUSTEELITZ. 349
jon, Thiard, Ywan et moi. Le repaa fut long, contre l'habitude de l'Empereur qui ne restait guère plus de ingt minutes à, talile ; l'attmit de la conversation l'y ■ TBtint. Quant h. moi, persuadé que le grand événeraent près de décider de sa fortune ferait les frais de cet entretien, j'écoutais attentiveraent ; mais i! arriva tout le contraire. L'Empereur, dès les premières paroles, interpellant Junot qui se piquait de quelque littérature, mit la coDvei'satioi] sur la poésie dramatique. Celui-ci lui ayant répondu par la citation de plusieurs tragédies nouvelles, Napoléon, comme s'il eût oublié l'armée russe, la guerre et la bataille du lendemain, se récria, entra tout entier dans cette matière et, s'y échauffant, déclara :
< Que, à ses yeux, nul de ces auteura n'avait compris le « nouveau principe qui devait sei-vir de base à nos titt- « gédiea modernes! Qu'il avait dit à l'auteur des Tem- « pliera, que sa tragédie était manquée! Qu'il savait « bien que ce poète ne loi pardonnerait pas; que, en cela, « l'amour-propre d'auteur était inexorable ! Qu'il fol lait « louer ces Messieurs pour en être loué ! Que, dans cette « pièce, un seul caractère était suivi, celui d'im homme « qui voulait mourir ! Mais que cela n'était pas dans la 4 nature, et ne valait rien;qu'il fallait vouloir rivTe et <t savoir mourir! !■
a Voyez Corueille, s'écria-t-il, quelle force de coucep- « tion ! C'eût été un homme d'Etat ! Mais les Templiei's ; t cette pièce manque de politique! Il eût fallu mettre « Philippe -Auguste dans la nécessité de les détruire ; il
< fallait, en intéressant le public à leur conservation,
<i faire sentir fortement que leur existence était încom- .( patible avec celle de la monarchie; qu'ils étaient de- « venus dangereux par leur nombre, leurs riciieaaea et «. leur puissance; que la sûreté du Trône exigeait leur « deatraction!
« Aujourd'hai que le prestige de la religion païenne «. n'existe pins, il faut à notre scène tragique nn autre n mobile. C'est la politique qui doit être le grand n « de la tragédie moderne ! C'est elle qni doit remplacer, n sur notre théâtre, la fiitalité antique ; cette fatalité qui a rend Œdipe criminel sans qu'il soit coupable; q^ « nous intéresse à Phèdre, en chargeant les Dienx d'nne « partie de ses crimes et de ses faililesses. Il y a de cea ï deux principes dans Iphigénie ; c'est le chef-d'œuvre t de l'art, le chef-d'œuvre de Racine, qu'on accuse» bien « à tort de manquer de force l » Kt il ajouta : <c Que « c'était une errenrde croire les sujets tragiques épuisés; « qu'il en existait une foule dans les nécessités de la po^ « Ittique; qu'il fallait savoir sentir et toucher cette cordej « que dans ce principe, source abondante d'émotion» « fortes, germe fécond des situations les plus critiquag, u autre fatalité aussi impérieuse, aussi dominatrice qne « la fatalité des anciens, on en retrouverait les avanta- « ges ; qu'il ne s'agissait que de placer ses personnages '( contradictoirement à d'autres passions ou à d'autres ic penchants, sous l'inflnence absolue de cette nécessité ■( puissante! Qu'ainsi tont ce qu'on appelait coup n d'État, crime politique, deviendrait un sujet de tra- 1 gédie, où. l'horreur étant lempérée par la nécessitj
■ ACSTERLITZ. 2,U
Bon intérêt nouveau et soateim se développei'ait. » H Alors vini'eQb quelques exemples, mais non pas celui Be sea Bouveuirequi peut-être l'inspirait le plus eu ce HU)nieTit. L'un d'eux le reporta, au temps de la campagne ■tÉgypte. A ce propos, passant à un sujet phis conforme Bnotre situation présente et au£ habitudes de la plupart Be ceux qui l'entouraient : m Oui, reprit-il, si je m'étais B emparé d'Acre, je prenais le turban ; je faisais mettre B de grandes culottes à mou armée ; je ne l'exposaiB plus B qu'à la dernière extrémité ; j'en faisais mon bataillon B sacré, mes immortels ! C'est par des Arabes, des Grecs, B des Arméniens que j'eusse achevé la guerre contre les B Turcs ! Au lieu d'une bataille en Moravie, je gagnais B une bataille d'Issus, je me faisais Empereur d'Orient, B et je revenais à Paris par Constant inople ! « B II accompagna ces derniers mots d'un sourire, comme Bonr indiquer qu'il se laissait entraîner à nous rappeler Bnn des jeunes rêves de son ima<fination conquérante, B^6 qui, toutefois, se serait vraisemblablement réalisé, Boisque, selon d'irrécusables témoignages de voyageurs alors présents dans ie Liban, cent mille chrétiens l'avaient attendu de ce côté, l'appelant de tous leurs vœux, et prêts au signal de la prise d'Acre, à venir se joindre i ses ar-
Ei8l En ce moment je hasardai, à demi-voix, cette obsertion : Œ Que s'il s'agissait de Constantinople, noua « étions encore sur le chemin de cette capitale ! » Je ne sais si Junot m'entendit, on si, la même pensée lui étant jeune, il erat à propos de répéter les mêmes paroles
J.-iS MEMOIREa irON AIDE DE CAMP.
mais Napoléon lui répondit : < Non, je connais les Fran- II çais. Us ne se croyeat bien qu'où ils ne Bont pas. n Avet; eux les longues expédibions ne sont pointfacilea. M Et tenea ; rassemblez aajourd'iiui les voix de l'aimée ; « vouB les entendrez toutes invoquer la France ! Tels sont a les Fronçais ! c'est leur caractère. La France est trop K belle ; ils n'aiment point à s'en éloigner autant, et à ir rester ai longtemps séparés d'elle! >■ A quoi Jnnot ayant objecté les témoignages d'ardeurqu'on voyait éclater dans tous les rangs, le général Mouton, de sa voii austère, l'interrompit rudement par ces mots : « Que ces u acclamations prouvaient le contraire ; qu'il ne fallait " pas s'y tromper ; qne l'armée était fatiguée ; qu'elle en B avilit assez ; que, si l'on voulait l'entraîner plus loin, u elle obéirait, mais à contre-cœur : qu'enfin elle ne mona trait tant d'ardeur la veille de la bataille, que dans <i l'espoir d'eu finir le lendemain, et de s'en retourner « oheK elle 1 i>
L'Emperenr, à qui ces paroles si loyales plaisaient pen satis doute, leur donna pourtant raison; mais il rompit l'entretien, et se levant aussitôt :« En attendant, ajoata- « t-il, allons nous battre ! >
Cependant le jonr était arrivé à son déclin; le moawment à gauche de l'ennemi continuait, et Xapoleon, d>.>nt toutes les dispositions étaient prises, après avoir rvnon\'elé ses instructions, visitases parcs, ses ambulances, eC s'assura, par ses yeux, qne tons ses ontres étaient exécutés. 11 rex'enaît è. son bivouac. lorsL.|ue, entendant à sa droite nne vive fusillade, il y envoya l'un de noos; poi^
AUSTEELITZ. -j.iS
e jetant but la paille de sa, barraque, il s'y eadormit rofondément.
n dormait encore, et depuis quelques heures la,
oit du 1''' &u 2 décembre était close, quand l'aide de
mp reyint, le réveilla non fiaus peine, et lui apprit
RO'une attaque chaude vei-s les kcs, sur l'un des derniers
pillages de notre droite, venait d'être reponssée. Cela
Confirmait ses prévisions ; mais, voulant ime dernière
a reconnaître lui-même, par les fens des bivouacs,
positions de l'ennemi, il remonta à cheval, et,
aivi de peu d'entre nous, il s'aventnra entre les deux
gnes.
Il les prolongeait lorsque, en dépit de plusieurs avertissements, s'étant dirigé dans l'obscurité vers Pratzen, je crois, il donna inopinément dans un poste de Cosaques! s'élancèrent si brusquement sur lui, qu'ils l'eus- Mit pris ou tué, sans le dévouement de ses chasseurs d'e 8- ^rte, et s'il ne fût revenu sur nos fens à toute bride. Ce Jour fut si précipité que, forcé de repasser, sans choi- , le ruisseau marétageui qui couvrait notre front, ^plueieurs des hommes et des chevaux qui le suivaient y demeurèrent embourbés, entre autres Yuan, son chirurgien depuis 1796, et dont la charge consistait à ne se séparer jamais de sa personne.
Le ruisseau franchi, l'Empereur regagna à pied, et de ïen en fen, son propre bivouac. Comme il en approchait, l se heurta dans l'obscurité contre un tronc d'arbre [enversé, ce qu'un grenadier apercevant, il imagina de tordre sa paille, d'en faire uu flambeau, d'y mettre le
feu et, i'cleyaot au-dessUB de sa, tête, d'en éclairer les pas de soa Empereur,
Au milieu de cette unit, veille de TaiiniverBaire du couronnement, cette flamme, qni ilinmina et fit soudainemeut apparaître la figure de Kapoléon, parut uoaignal aux aoldata dea bivouaca Toisins ; un cri partit : a C'est a i' au ni versai re du couronnement, Vife /'Binpereiirl » Élan d'ardeur, que Napoléon voulut inutilement arrf'ter : t Silcuce, dit-ii, et à demain; ne songea à présent « qu'à aigiÙFer vos baïonnettes ! »
Mais déjà ia même pensée, le même cri, se prop^eant avec la rapidité de l'éclair, volait de fcn en feu ; et tous b, l'envi, saisissant l'à-propos, ils détruisent leurs abris, lia lient leur paille an bout de toutes les perches qu'ils trouvent soua leur main, ils l'allument, et en un instant, Bttr une ligne de deux lieues, des milliers de gerbes de flammes s'élèvent, aux cria mille fois répétés de VifB TEmpermr '.... Ainsi fut improvisée, aux yeux de l'ennemi étonné, la plus mémorable des illnminationa, la pins touchante dea fêtes dont jamais l'admiration et le dévoneraent d'une armée entière aient salué son général.
Les Eusses, dit-on, s'imaginèrent que nous brûlions nos abris, iU crurent que nous allions nous retirer ;lenr présomption s'en augmenta ! Quant à Napoléon, d'abord contrarié, mais bientôt ému et attendri, il s'écria : s Que cette soirée était la plus belle de sa vie ! » Et de bivouac en bivouac, j'usqu'à une grande distance du sien, il all& témoigner à ses soldats sa reconnaissance !
Pendant le reste de la nuit, malgré sa fatigue, soit
AUSTEiïLiTZ. aaa
motion, Boit que le renouvellement de plusieurs avis sur le des Eusses vers sa droite l'eût réveillé, il dormit
Enfin, le jour du 5 décembre commcnçtint à poindre ; B noua fit appeler dans sa barraque. On noua j servit nn Soart repas qu'avec nous il prit debout ; après quoi, cei- ^ant son épée : a Muintenant, Messieuni, noua dit-il, ï allons commencer une grande journée ! » Chacno fâlors courut à ses chevaux. Un instant après, nous vîmes, sm' le sommet de ce tertre que nos soldats appelaient Butte de l'Empereur, accourir, des divers points de notre ligne, suivis chacun d'un aide de camp,
i les chefs de nos corps d'armée.
f Kapoléon avait voulu qn'ils vinssent ainsi, tous à la bis, recevoir ses derniers ordres. Ce furent : le marechal înce Murât, le maréchal Lannes, le maréchal Bernante, le maréchal Soult, et le maréchal Davout. Dana cet IsiBtant solennel ces maréchaux formèrent, autour de ur, le plus formidable ensemble que l'imaginalae concevoir ! Spectacle merveilleux ! Dans es rcle redonfcable, que de gloires réunies ! Que de chefa h guerre, justement et di versement célèbres, entourant le toB grand homme de guerre des temps antiques et morues! Il me semble les voir encore recevoir successi- |cment son inspiration, et aussitôt, comme s'ils eussent mporté la foudre, s'élancer de toutes parts poui en aller forces réunies de deus Empires ! Ma vie aurait ||L durée de celle du monde, qoe jamais l'impression d'un i spectacle ne s'effacerait de ma méraoii'e. Ainsi com-
mença l'une des plus célèbres journées de notre histoire 1.. Qae les temps ont rapidement changé I Mon Dien ! que, alors, tout était grand, les hommes forts, les temps gloriens, et que nos destinées semblaient imposantes !
Les premières paroles de l'Empereur à ses maréchaux leur avaient exiiliqué son plan de bataille. Certain, par les rapports de la nuit, que, dans la senle pensée de ne point le laisser s'échapper, l'ennemi achevait à notre portée son mouvement deHanc, et qu'il se jetait en masse sur notre droite, il s'était écrié de nouveau : « Oni, c'est ■( un mouvement honteux! Ils me croient donc bien « jeune ; ils s'en repentiront ! i< Et aussitôt il avait renonvelé à chacun ses ordres,
Davout, dont la tête de colonne harassée commençait' seulement à paraître, avait l'instruction d'arrêter en tête, à notre extrême droite et an fond du défilé bordé par lea lacs, l'ennemi qui, depuis la veille, s'y engageait follement de plus en plus.
Sonlt, pour sa division de droite, reçut le même ordre ; et, pour ses deus antres divisions déjà ployées en colonnes d'attaque par delà le ruisseau, aux débonchée des deux villages de notre centre, l'instruction d'être prêt à s'élancer sur le plateau central de la bataille.
Bemadotte, arrivant obliquement de notre gauche, dnt assaillir à la fois, de ce côté, ce même plateau.
Cet effort simultané de quatre divisions sur le centre des Aastro-Russe?, dégarni par leur mouvement en avant et à leur gauche, l'Empereur lui-même, avec sa double réserve des grenadiers réunis et de sa garde, le soutiendrai
AUSTERLITZ. 257
En mâme temps, à aotre aile gauclie, Murât et sa caftlerie chargeront par les intervalles de l'infanterie de pannes ; paia, en se retirant derrière elle, ils attireront, ^feront expirer sons les feux de nos bataillons, les élans
I k cavalerie ennemie, qui de ce côté semble pnis-
L'Empereur termina par ces mots :« Il faut que, dans t une demi-heure, la ligne entière soit tout en feu ! »
Ainsi, pendant que, à notre gauche et surtout à notre
droite reculée au fond d'un vallon, ou l'ennemi s'avance
et s'enfonce, on résistera, une formidable attaque aor le
plateau élevé du centre, où l'armée alliée, en se prolon-
sant vers sa gauche, nous présente un front affaibli ,
penvahira. Les deux ailes ennemies se trouveront soudai-
ment séparées par ce coup de guerre. Dès lora l'une at-
iqnée en face et débordée par notre victoire sur le cen-
i, devra céder ; tandisque l'autre, trop avancée, tournée,
lominée par cette même victoire centrale, et cernée con-
e les lacs, dans ce coupe-gorge où elle s'est avenfcnrée,
j sera écrasée ou prise. Voilà la bataille, telle qu'elle fut
jonçue et exécutée !
ipereur après avoir donné ses instructions à ses
wréchanx, dit à chacun d'eux : « Allez ! » Et chacun
faccessivemeut, la tête haute, le regard animé, et en lui
saut le salut militaire, partit aussitôt. Quund il en fut
|k Bemadotte, l'accent de sa voix devint remarquablement
c et plus impérieux ; et comme, peu d'instants après,
) deux divisions de ce mai-échal se portaient au point
M'attaque, lui-même les harangua. La proclamation de la
veille ayait été lue à la flamme des bivouacs, il ajouta : ti Que, dans ee jour, il fallait confondre l'orgueil rusae « et terminer la guerre par un coup de fondre I s
En ce moment de sombres vapeurs que le soleil soulevait, et qui en interceptaient les premiers rayons aem blërent aux Russes favoriser leur mouvement de flanc, en avant à gauche ; mais, tout au contraire, elles voilaient notre attaque, prête à surprendre en flagrant délit cette imprudente et folle manœuvre.
Déjà, sur notre ligne oblique, à notre droite en arriérât et refusée, leur attaque avait commencé, de Tclnitz à Sokolnitz, vers les bas-fonds des lacs, où tous, à l'envî l'nii de l'autre, descendaient et s'accumulaient, nous assaillant dn fort au faible. Il n'était pas huit heures , le silence et l'obscurité régnaient encore sur le reste de la ligne, quand soudainement, et d'abordsur les hauteurs, le soleil, dissipant ce brouillard épais, nous montra le plateau de Pratzen, qui se dégarnissait de plus en plus par la marche de flanc des colonnes ennemies. Qnant à nous, restés dans le ravin qui marque le pied de ce plateau, la fumée des bivouacs et les vapeurs, pins lourdes sur ce point, résistant encore, dérobaient ans jeux des Eusses notre centre ployé en colonnes et prêt à les attaquer.
A cet aspect, le maréchal Sonlt, que l'Empereur avait gardé le dernier près de lui, voulut courir à ses divisions et leur donner le signal ; mais Xapoléon plus calme, laisr sant l'ennemi achever sa faute, le retint encore ; il lui montra Pratzen : « Combien vous faut-il de temps, loi « dit-il, pour couronner ce sommet ? — Dis minutes, ré-
AUSTEBIITZ. ■>,->\i
t pondit le mai-ociial. — Partez donc, reprit l'Empereur ; g voua attendrez encore nn quart d'heure, et alors ( il sera bemps ! »
Le moment venu, les divisions Vandamme et Saint- Hîltûre, s'élançant hors du brouillard qui les enveloppait, apparurent soudainement. li était huit heures. Le plaiao, attaqué de front, et à revers de gauche k droite, fut îaladé an pas de couise. Le premier coup de canon, ir ce point-là. fut russe. L'ennemi se trouva surpris ; les 8 marchaient toujours vers leur gauche, les autres nous îaient fece sur trois ligues ; elles tinrent mai. Ou raé- Et leurs premiers feus; on les attaqua à l'arme hlan- 16, et ces lignes tournèrent successivement le dos. Elles jandonnèrent leurs saca déposés à terre devant elles, leur Itillerie même, et s'enfuirent devant nos baïonnettes, A œf heures, et de notre côté, la bataille, péniblement sur ve en arrière à droite, déjà victorieuse en avant H centre, et menaçante à notre gauche, était engagée ir tout notre front.
ize heui'ea tout avait réussi selon les prévisions b l'Empereur. Le centre russe était percé, ses deux ailes mais il fallait conserver cet avantage et en pro- : il fallait ae maintenir au centre contre lea réserves russes, et à la fois surprendre en flanc et en arrière les masses de la gauche ennemie, pendant qu'elles se ruaient violemment contre notre droite qu'elles écrasaient! Nous entendions leurs coups en arrière à droite de nous, du haut de cette position centrale que si rapidement noua —Tenions de conquérir.
3(i0 HÉUOIBES D'UN AIDE DE CAMP.
Vera midi j'y retrouvai l'Empereur. Je revenais, par ■ son ordre, d'appeler sa garde à pied et de conduire enr une éminence, en arrière dn ruisseau et de ce plateau, les grenadiers réunia de la réserve. Lui-même, avec la cavalerie de sa garde , venait de s'y avancer et d'y faire monter à aa gauche Bemadotte, Il se défiait de ce maréchal; il m'envoya lui reuonveler ses ordres et en observer l'eiécution.
Je le trouvai à pied à la têt« de Boii infenterîe, A^té, inquiet, il demandait à ses soldats un calme dont lui- ' même ne leur donnait peut-être pas assez l'exemple. Ce ' n'était point, il est Trai. sans motif. Il me montrait des masses formidables de cavalerie s'amoncelant en face de ' lui; il se plaignait, à trop haute voix, de n'avoir point 1 un senl escadron à lear opposer ; enfin il me pria si vî- A'ement d'aller sopplier Napoléon d'envoyer de la cavalerie à son secours, que ne pouvant résister à ses instances je retournai les porter à l'Empereor. Napoléon me répondit avec impatience : c Hé ! il sait bien qne je n'en «( ai point de disponible ! « Il venait, en ce moment, de placer en avant de lai tont ce qu'il en &v»it sons la main C'était, avec nne batterie d'artillerie, toute la cavaloie . de sa garde ! En même temps, force de dégarnir à son tour ce plateaa central, il jetait à droite les deux divisions de Soult et sur le flaac et sur les derrit-res de l'aile gauche des Ans tro-Uossea, qu'il achevait ainsi de séparer de tout le reste.
Dans ce monvement, an retour oBènsif de l'inEuittfib alliée, appayée par la garde rosse, faillit ébranler Tan-
ATSTERLITZ. 261
mme et Saint-IIilaire ; ils le repoussèrent à k baïonpette : ce ftit le moment critiqae de la bataille !
Il était une heure. Napoléon, au sommet àe ce plateau
' dominateur, voyait devant lui la garde d'Alexandre s'a-
vançant en masse pour l'eu chasser et le lui reprendre.
An même instant il entendait en arrière, à droite de lui,
les faux redoublés de la gauche avancée des Russes, C'é-
j talent près de trente mille hommes contre moins de dis
j ■mille des nôtres qui s'efforçaient de leur tenir tête. On
I eût dit qu'ils étaient près de se rendre maîtres, derrière
KHoua, des positious d'où nous venions de nous avancer le
|matiamËme. I)e ce côtelé combat, dans des bas fonds, lui
t caché. Le bruit en devenait si menaçant, que, dé-
l'toomaut les yeux de l'attaque décisive qui se préparait
a face, et voyant derrière lui une masse noire de troupes
a mouvement, il s'écria : « Hé quoi ! sout-ce donc là
s ? B Sur ma réponse, car j'étais seul près de lui
D ce moment, ijue ce devait être sa réserve, il m'ordonna
I d'aller à toute bride m'en assurer.
C'était, en effet, la division des grenadiers réania de I notre réserve. Duroc, apercevant les progrès de la gauche I "ïiiSBe contre notre droite, marchait du côté des lacs, au I ■EGCOure de Soult et de Davout.
Il y avait à peine quelques minutes que mon retour
I avait rassuré l'Empereur sur sea deiTières, que, devant lui,
l-1'attaque de la garde à cheval d'Alexandre commença,
si impétueuse que les deux bataillons de gauche
e Vandamme en furent écrasés ! L'un d'eus même, tout
mglant, son aigle et la plupart de ses armes perdues, ne
ÏCÎ
MÉMOIRES D'CK AIDE DE fAMP.
se releva i|ue pour fuir aa pas de course. Ce bataillon était du 4°" régiineat. Il passa preatjne sur nous et sur Napoléon ! DOS efforts pour l'an-êter f ureu t inutiles ; les malheureux étaient éperdus, ils n'écoutaient rien , ils ne répondirent à nos reproches d'abandonner le champ de Isitaille et leur Empereur, que par le cri de Vive VEmpermr! qu'ils poussaient machinalement en fnyaut plus vite encore !
Napoléon sourit de pitié ; puis avec un geste de dédain ; il nous dit : « Laissez-les aller, n et, calme an milieu de cette échauHouréc, il envoya Rapp à la cavalerie de sa garde.
Il était temps, mais un moment suSit pour tout changer. Bientôt Rapp reparut devant l'Empereur, lui auuonçanl l'entière défaite, par la garde française, de la garde russe 1 II revint seul, an galop, la t£te haute, le regard en feu, le sabre et le front ensanglantés, tel enfin qu'un tableau célèbre le représente ; mais avec cette différeaoe, qu'il n'y avait là, prt's de Napoléon, ni débris de combat, ni canons brisés, ni morts, ni ce nombreux cUt-major dont le jieiutre l'a entouré. Le sol, battu par le passage des combattants, était nu. Sur ce sommet, rEmperenr était à deux ou trois pas en avant de nous; Berthierà côté de lui, et derrière lui Caulaincourt, Lebrun, Tfaiaid et moi senlement. La garde à pied, l'escadron de aerrice lui-même, étaient à une assez grande distance, en arrièie à droite. Les autres officiers de l'Empereur, Dnroc, Janot, Glouton, Maçon, Lemarois, éuient dispersés, loin, sur toute la ligne. Rapp, en arrivant, dit à liante
ACSTESLITZ.
•lea
ToixT* Sire, je me suis permis <ie prendre vos chasseurs;
[ nous avons renversé, écrasé la garde russe et pris son
I artillerie ! — C'est bien, je l'ai vn, répondit l'Empereur;
c mais tu es blessé ! n Eapp reprit : « Ce n'est rien, Sire,
[ t ce n'est qu'une égratignure I » Et il revint prendre sa
1 milieu de noua. Savary reparat alors, au pas,
I nous montrant son sabre turc brisé dans la même chaire,
I ^disait-il, oii Rapp venait de s'immortaliser ; mais Rapp,
Iqni le détestait, se trouvant en ce moment prés de moi,
mteata ce fait, et, comme il était échauffé encore, il m'en
■dit bien plus.
Cette victoire, c'était en effet Rapp, avec les mame- ■iouks dont il était colonel et les chasseui's à c!)eval de »]fi garde, qui venait de ia décider. La cavalerie et l'arrtillerie de la Rarde russe avaient été sabrées et culbuf tées; Ordener et ses grenadiers à cheval avaient achevé, ■Tin rang entier de jeunes et infortunés chevaliers-gardes d'Alexandre, étendus par terre, frappés par devant, couvrait la place oii ce tei-rible choc avait eu lieu. D'autres lignes de morts, de blessés, et de sacs de fantassins que les Russes ont l'habitadc de déposer à leurs pieds avant le combat, indiquaient les autres positions où venait de succomber l'infanterie de la garde ennemie, dont Bemadotte allait compléter la défaite. En ce moment Apraxin, jeune officier d'artillerie que nos chasseurs i avaient pris, fut amené devant l'Empereur; il se dé- ^ttait, il pleurait, il se tordait les mains de désespoir, '8'écriaiit : « Qu'il avait perdu sa batterie ! Qu'il était t déshonoré 1 Qu'il voulait mourir ! > Napoléon en le
ïi;l MÉMOIRES D'L'N AIDE DE CAMP.
l'irnsolnnt lui dit : i Oalmes-vous, jenne homme, et ■i sachiez qu'il n'y a jumais de honte à être vaincu par ■i des Français! »
On voyait au loin les restes des réserves msaes nous fibandonnant le plateau central, et la gauche de leur armée se retirer, à rangs pressés, vers Austerlitz, Ils fui'ftient sons les coups de canon de notre garde, dont If commandant Doguereau (aujourd'hui Pair et général lie division) sillonnait leur longue déroute.
Ce fiit peu d'instants après, et au milieu du brait dea feus (jui tonnaient encore à nos deux ailes, que l'Em- |ierear dépêcha Lebrun à Paria pour y porter la nouvelle de sa victoire. Ce choix, malgré le premier orgueil du EucctiG, plut autour de Napoléon. Il réparait à nos yeux quelques parolee dures de la veille à propos d'une &at6 financière commise par le ministre Burbè-Marbois, bcait-père de ce colonel.
L'Empereur est alors entièrement maître de ce cectie élevé et avancé de la bataille. Tout« sou attention ee retourne alors en arrière à sa droite, du côté des bufonds dea lacs. Vingt-sept mille Anstro- Russes, sTemgiémi-nt aventurés, y combattaient encore conm hs neuf mille hommes de notre droite, que depuis le m ib n'kTtùent pn forcer. Xapolëon ponsse snr les demëns de c«tte m»sse abandonnée, Ie« deux divisions de Sonlt victorieases an centre et à Aojend. nous kusb), an bnttmcs de réserve, et jasqa'à rea^droa de sorke prés de sa personne.
Cette malheareuw «k, «an éeneëe de Uots cAtes
ACSTERLITZ. SBô
Bons les effurte aimultacés de Davout, de Soult, de Daroc 3 ses grenadiers, cernée, ponsEée, culbutée par noua Let Vandamme contre les lacs, y cherche un refuge. Le s grand nombre, avant de les atteindre, est forcé de I mettre bas les armes ; deux milliers seulement s'éf ehappent par la chaussée qui sépare ces deux lacs. D'autres milliers, égarés par la terreur, se livrent à la glace qui en couvre la superficie. En un instant nous vîmes ce miroir, hianahi par les frimas, se noircii' de la multitude éparse de fuyards aventurés sur ce dangereux appni, que brisaient sons leurs pas nos boulets impitoyables. A cet aspect l'Emperenr, resté sur les lianteurB, I a'écria ; a C'est Abonkir ! s
Quant à nous qui chargions en ce moment, noua nous [■ arrêtâmes saisis de pitié à la vue de ce terrible et nouveau [ spectacle. Quelques-uns de nous tendirent à ces nau- I fragés une main aecourable. Pour ma part ce fut un l Cosaque qu'en passant je retirai de ces eaux glacées. Je f ne me doutais guère, en cet instant, que, l'année suil vante, après avoir assisté d'abord à ^a. conquête de N'apies L et des Calabres, puis à celle de la Prusse, je devais, bien 1 loin de ces lacs, le retrouver, et qu'alors, lilesaé et prif sonnior moi-même au fond de la Pologne, j'y serais «connu et à mon tour protégé par ce Tartare !
Il faut toutefois le dire à l'honneur de cette aile raincue, et qui fut tuée ou prise presque tout entière, sa fin, dans le piège où elle était tombée, fnt glorieuse. Environnée, chargée de toutes pai-ts, elle se défendit par pelotons jusqu'à la dernière extrémité! Cela est st
ne MÉHOIEEB D'UN AIDE DE OiXP.
Tnii qne, près de ces lacs, après cette scène désaaireuBe, lorsque nous nous retonmâmeB contre ceux qui sans espoir tenaient encore, ils nous attendirent de pied ferme jusque sur leurs pièces; ils les déchargèi'ent sur nous tellement k bout touchant, qne j'eus la âgnre brûlée par le feu qui sortait de l'une d'elles.
Quelques centaines de fantassins continuaient de résister h notre escadron d'élite, quand Yandamme, m'apercevant ; « Ségur, me cria-t-i!, venez donc ni'aider « à prendre ce parc d'artillerie embourbé que quelques
< artilleurs ivres défendent seuls! > Cette prise était si facile que noua deux suffîmes. Un de ses bataillons réduit à L-eni cinquante hommes arrivuit en ce moment; sur mon eiclamation à la vue d'un si petit nombre :
< Ah, oui vraiment! Mais on ne fait pas de bonne 4 omelette sans casser beaucoup d'a-ufs ! > me réponditil. Sa division avait en effet soutenu le plus rude choc de la txitailie.
Pendant qne s'achevait, à notre droite, cette victoire, à notre gauche l'aile droite rnsse avait été vaincue de front, avec perte de six mille hommes, par Laonee et Morat ; elle avait été poursnivie sur la route d'OImntz, d'où, se détoumani k droite, elle ^gnait Ansteriits, perdant sa ligne d'op«^tions. et n'avunt plus d'aotm rtdîtge qne vers Uolitch et la Hongrie. Ces Rosses dé- Slêrent ainsi devant notre centre et Beraadotte. H*K ce maréL-hai, qui marchuidait trop la gloire quand il n'en devait pas seul prc£ter, s'étant arrêté trop tit^ 4yut laùsé passer leur défaite sans la troubla; il
ACSTERLITZ. -167
n'en avait pas même aperçu la singulière direction.
Vers quatre heures la bataille était finie ; il n'y avait
tplnaqu'à poursuivre et à ramasser les débris épara et
I en déroute. L'Empereur en donna Tordre; il adresea
B plusieurs mots heureux aux officiers et aox soldats près
lek il se trouvait; puis, quittant les lacs, il revint I de notre droite à notre gauche, jusque sur la route I â'Olmntz. Dans ce trajet sur toute la ligne de bataille
lée de blessés, comme il s'arrêtait à chacun d'eux, I la nuit le surprit. Le brouillard du matin retombait I> alors en pluie glacée et augmentait l'obscurité. Il re- 1. eonimanda le silence, afin de pouvoir entendre les I gémissements de nos malbeureux soldats mutilés; lui- I même allait les secourir, leur faisant donner, par Ywan t et son mamelouk, Teau-de-vie de sa cantine.
Enfin, vers dix heures dn soir, arrivé ainsi, de blessé I en blessé et presqu'à Lltons, sur ta route d'Obnutz, au I point où s'embranche celle d'Austerlitz, il y passa la I nnit dans la pauvre maison de poste de Posoraitz. Il y I soupa des vivres que lui apportèrent les soldats des bi-
Qs voisins, s' interrompant k tout moment, et eu- I vcyant ordre sur ordre pour faire ramasser nos blessés et I les porter aux ambulances. Ce fut \k que, retrouvant Bapp I avec sa blessure au front, il lui dit : n C'est un quartier I « de noblesse de plus, et je n'en connais pas de pins ii- ] ' » lustre ! 9
Le lendemain matin 3 décembre, Mnrat, soit préoc- I ,cnpatioQ da seul côté oîi il avait combattu la veille et I qu'il ne regardât que devant lui, soit que des rapports
ïiîe MÉMOIHES D'UN AIDE DE CAMP.
l'eussent trompé, crut toute l'armée ennemie en fuite rci-B Olmutz. Sur cet avis l'armée française fut mise en mouTement dans cette fausse direction. Pourtant Napoléon, s'en défiant, en prit une autre, et, de sa personne, il se dirigea sur Ansterlitz. Là toutes les réponses des habitants à ses pressantes interrogations loi apprirent (jue ies dens Empereurs vaincus venaient d'y passer la nuit, et que, aviint le point du joui', Russes comme Autrichiens s'en étaient échappés yers la Hongiie par la route d'Holitch. A cette nouvelle, qu'une prompte reconnaissance de Thiard confirma, il fallut à l'instant changer Cous les ordres. Il en résulta que, pour partie de l'armée, cette journée fut à peu près perdue en marches et en contre-marches.
L'irritation de l'Empereur en fut extrême. Mais le conp de massue de la veille avait terminé la guerre 1 II n'existait plus d'armée ennemie. A chaque instant, et de toutes pBjla, de nouveaus rapports venaient lui ■ firmer l'étendue de sa victoire. C'étaient quatre cents caissons d'artillerie, cent quatre-vingt-six canons, qnarante-cinq drapeaux, dis mille morts, trente mille prisonniers, tous les bagages ! Il ne restait pas ensemble vingt-cinq mille combattants aux deux Empereare ! Déjà celui d'Autriche, déclarant qu'il abandonnait la coalition, envoyait demander un armistice, une entrevue, la paix ; il se soumettait enfin à ce qu'il avait refueé en avant de Vienne.
Napoléon remit tout au lendemain ; et, sans a'arrôl il fit pousser l'ennemi en face et le fit déborder par
AUSTERLITZ
deux ailes. Il passa tonb le reste de cette journée dans des émotiouB diverses, tantôt B'inqniétant et tantôt s'enoi^neillissaDt. Le soir, sur un rapport que je lui fis de la position où j'avais laissé les chasseurs à cheval de sa garde au delà des lacs qn'ils avaient tournés, il s'écria : « Qu'ils devaient donc être tombés au milieu [ de l'ennemi; que sans doute ils s'étaient fait ccliarper I on prendre. » Mais, an contraire, ces hommes d'élite avaient attaqué et pris tout ce qn'ils avaient rencontré.
L'Empereur ne pouvait pas connaître, en ce moment, l'excès du découragement des Russes. Il ignorait qu'Alexandre, trompé par les réponses de quelques-uns de nos officiers prisonniers, croyait tout le corps d'armée de Davont devaot Holitch, prêt à l'achever. Le fait est que ce maréchal, appelé peut-être trop lard de Vienne, ne se trouvait sur ce point qu'avec une division harassée et mutilée de moitié, devant tout ce qui restait aux deux Empereurs des débris de leur défaite. Napoléon connaissait la faiblesse de son aile droite; il sentait derrière lui l'archiduc Ferdinand k k tête de vingt mille hommes victorieux des Bavarois; il apprenait que l'archiduc Charles, avec son armée d'Italie, arrivait sur le Danube ; et que, d'autre part, la coalition était maîtresse à la fois de Kaples et du Hanovre. Ces cousidérationa l'avaient décidé à finir la guerre.
Cette décision prise, le lendemain 4 décembre uom-
Imença par une suspension d'armes. Vers dix heures nous étions à cheval autour de Napoléon, nous avançant au galop sur la route de Hongrie. Arrivé bientôt au
delà d'Ui'chutz snr une hauteur, il s'y arrêta. Un vallon était k noB pieds, puis une chaussée sur des étaugs, ceux de Saruschitz, dout an moulin marquait l'entrée, La garde impériale française, enseignes flottantes, panaches écarlateB en tête, et parée comme dans ses jours de revue, couronnait, de notre côté, le bord élevé de ce vallon où la guerre allait finir. Les déhria autrichiens boi-daient au ioin, en face de nous, le rêvera opposé: L'Empereur m'ordonna de descendre dans ce bas-fond, et. à cent cinquante pas de ces étangs et de la fabritjue, de lui faire allumer un feu par les chasseure de son escorte. Un arbre, abattu la veille par les Enases, marquait, à gauche et à dix pas du grand chemin, une place convenable. Ce fut là qne J'établis ce bivonac célèbre où l'entre^Tie des deux Empereurs allait avoir Heu,
Le feu s'allumait ; Napoléon venait de mettre pied à terre ; plusieurs de ses chasseurs lui faisaient à l'envi on tapis de paille ; d'antres fisaient une planche snr l'arbre abattu, pour que les deuï Empereura pussent s'y asseoir; quand, souriant de tous ces soins, il me dit : 1 En voilà assez, cela suffira, tandis qu'il a fallu six « mois pour régler le cérémonial de l'entrevne de Frani çois I"" et de Charles-Quint ! n
En ce moment nous vîmes venir de Czeitch, et déboucher de !a chaussée, une calèche sente et sans escorte: Deux escadrons l'avaient accompagnée, mais ils n'avaient pas dépassé les étangs qui marquaient la ligue d'armistice. Cette voiture s'arrêta sor la route devant le fen, et l'Empereur Napoléon vint jusqu'à la portière, rece-
AUSl'BRLITZ. ■'71
r avec un empresBement affectuens 1 Empereur d \u- ;he, t|u'il pvit par la main et conduiBit a son bivouac, elque trouble agitait à peine l'extérieur peu animé de cet Empereur. En descendant de voiture il ne saperçnt pas d'im premier mouvement de Napoléon que je crus prêt à l'embrasser, mais qui se contint, comme s'il eût été soudainement glacé, dans un instant si so> lennel, par l'air froid et inexpressif de ce monarque. Il me fut même impossible de saisir dans les yeux de Erançoia II, un seul regard de curiosité qui eût été si naturel dans une première entrevue avec un si grand
»SeB premières paroles, cependant, furent Il espérait, dit-il, que notre Empereur apprécierait la > démarche qu'il venait,faire pour accélérer la paix gé- « nérale, » Mais aussitôt, et avec un rire singulier et forcé sans doute , il ajouta : « Eh bien ! voua voulez donc * me dépouiller, m'enlever mes États ? n Sar quelques mota de Napoléon, il répliqua : « Les Anglais', ah, ce « eont des marchands de chair humaine ! d Noiib n'entendîmes pas le reste, étant demeurés sur la route, avec les otBcierH autrichiens, à dix pas des deux monarques et da prince de Lichtenstein seul admis n. cette conférence. Mais il nous fut facile de voir que ce fut surtout Lichtenstein qui soutint la discussion.
t L'entrevue se passa debout, elle dura une heure. DUS crûmes entendre alors François II s'ccrier : « Allons, c'est donc nne affaire arrangée I Ce n'est que depuis ce matin que je suis libre! J'ai dit à l'Empe-
« reur de Russie que je voulais roua voir ; il m'a répoudn qu'il m'en laissait maître. » D'antres éclats de rire de ce prince nous stirprirent encorej ils étaient entremêlés de plaintes sur des pillages de Cosaques dans une ferme qu'il affectionnait particulièpement. Peut-être entendîmea-nous mal ; mais nous éproufâmes uu sentiment pénible k voir ce monarque, an milieu des désastres de son empire, paraître si préoccupé d'un aussi minutieux détail. Les dernières paroles de Napoléon furent : « Ainsi, « Votre Majesté me promet de ne plus recommencer « la guerre ? » François II répondit : « Qu'il le jurait et «. tiendrait parole ! i 8ur quoi les deux Empei'eurs s'embrassant, se séparèrent.
En remontant à cheval Napoléon nous dit : « Koua « allons revoir Paris, la paix est feite 1 » Toutefois, pendant son retour à Austerlitz, après avoir réexpédié Savary aux deux Empereurs, il parut soucieux et préoccupé de ce qu'il venait de voir. Quelques expresBiona pleines d'amertume lui échappèrent ; il ajouta ; œ Qu'il « était impossible de se fier à ces promesses ! Qu'on ve- I' nait de lui donner une leçon qu'il n'oublierait pas; a et que désormais il aurait toujours sous les armes quas tre cent mille hommes ! b
J'ignore quelle était l'opinion que Napoléon venait de concevoir de François II, mais, il faut le dire, ce prince était estimé de ses sujets; ils accordaient des lumières à son esprit, de k fermeté à son caractère, il en était aimé; je dois même ajouter que ceux qui parmi nous l'avaient connu, ne partagèrent pas l'opinion peu favorable que
ADSTERLITZ. 37-1
cette entrevue, pour lui sans doute pénible et emtarras- [ Bante, nous avait laiseée.
Vers deux henrea, Napoléon était revenu à Austerlitz. I Ce fut alors que, remerciant Dieu et son armée, il orjdonna que des actions de grâces fussent adressées au Ciel dans toutes les ^lises de son Empire. Il avait dicté la veille, d'uo seul jet et de l'une de aea inspirations les plus éloquentes, cette proclamation célèbre dont les premiers mots furent ; '< Soldats, je snis content de vous ! n Pendant les jours suivants l'effusion de ce sentiment ne cessa de bc répendre dans ses regards, dans ses paroles, dans aes bulletins et dans la munificence dea décrets re- I doublés, par lesquels il se plut à consacrer sa reconnais- Viance pour le dévouement de tant de braves I
De son côté l'armée, fière de lui, d'elle-même et de sa ■Notoire qu'elle appelait : iataiUe de V Anniversaire, baiaûte dti Couronnement, bataille des Trois Empereurs, Kl'eubonrait d'amour et d'entbonsiaaoïe ! La plupart des idécrets datés de Brunn avaient été conçus à Ansterlitz ut les quatre jours qu'il y demeura. Par l'un, le I prii de tons les magaains tombés en notre pouvoir et Kcent millions de contributions de gnerre duient gratifier ÏParmée victorieuse. Un autre assura, par des pensions ■ généreuses, le sort des veuves de ceux qui venaient de ï succomber. Un troisième ordonna que leurs orphelins I. fussent entretenus, élevés, mariés et placés aux frais de I l'État. Napoléon voulut qu'ils eussent le droit de joindre l'A leurs noms de baptême celui de leur Empereur. Jl l<ftTait dit bien plus, mais avec moins de mesure, quand lu
Î74 MÉMOmES D'UH AIDE DE CAMP.
IcEdemain de la bataille il laissa jaillir de ses transporta de joie ces paroles remarquables ; « Soldats ! vous avez « uonquis la pais ; vous allez revoir la France ! Dounez « mou nom à vos enianta, je vous le permets ; et si parmi n eui il s'en trouve un digne de nonsi, je lui lègue tous a mes biens et je le nomme mon successeur ! s
Le 5 décembre, lendemain de l'entrevue, Savary fat adinisà Holitcb, avant le jour, près d'Alexandre. Davout, iilore renforcé, n'avait qn'nn pas à faire pour achever ces vaincus dans leur désordre. Depais la veille nn billet dn czar, lui annonçant l'armistice, l'avait arrêté. Savaiy promit à ce prince de suspendre l'attaque du maréchal! il y mit ponr condition le retour immédiat en Russie des restes de l'armée russe par journées d'étapes. lien dicta l'itinéraire ! A quoi l'Empereur Alexandre sousori- \-it sans hésiter.
Le 6 décembre l'armistice, convenu l'avant -veille aveu l'Autriche, fut signé par Napoléon à Austerhtz.
BIÈGE DE GAETE.
^ne la guerre fut-elle terminée en Allemagne que l'Empereur m'envoya eu Italie, où l'on se battait pour conquérir le royaume de Naples. La grande affaire, en ce moment était les apprêta du siège de Gaëte ou Gayette, nom de la nourrice d'Enée, que le général Gardanne, d'ailleurs fort peu soucieux de l'histoire antique, prenant pour nn Buniom, prononçait caillette : c'était, disait-il, le sobriquet d'une nourrice d'autrefois, toute pareille à celles d'anjom'd'hui ; ce qui, selon lui, prouvait que tel avait été de tout temps leur défaut originel.
Il n'y a guère de voyageur qui ne qualifie Gaëte de clef de Naples, quoique l'on soit souvent entré dans cette capitale sans avoir pria cette forteresse. C'est une ville bâtie sur un roc élevé, à l'extrémité d'une presqu'île. La mer en environne le pourtour, à l'exception d'un seul côté resserré entre deux golfes. Isthme étroit, d'environ quatre cents toises, qui rattache la ville au continent, et n'offre à l'assaillant, pour cheminer de ce côté seul abordable, qu'un sol découvert sur un fond de roche. Le
front bien pliia développé de la TÎUe le commande. La droite de cette ligne de défense baigne dans la mer. Partout ailleurs elle est escarpée et couverte de batteries à plasienra étages : amphithéâtre redoutable, d'où plus de cent bouches à feu rasent, plongent, on convergent but l'isthme, et y interdisent les approches.
Le reste du royaume semblait soumis ; mais la conquête morale Ti'en pouvait être espérée, tant qu'on laisserait à l'ennemi ce foyer d'attaque et de révolte ; d'autant plus que partout, dans cette longue péninsule, presque toute en côtos et eu vue des Anglais, on se trouvait comme aux avant-postes, jusque dans la capitale ellemême. Il faliiiit donc frapper ce dernier coup; Masséna s'y obstinait. Pourtant, avant d'être prêt et de pouvoir en venir aux mains, on essaya de parlementer. Mais le premier oficier qu'on y envoya, reçu à coup de mitraille et à bout portant, fut tué sur place. D'un côté on allégua une mépi'iat ; de l'autre, se souvenant mal à propos du succès que j'avais obtenu dans Ulm, on me choisit pour renouveler cette tentative. J'obéis, convaincu de son inutilité, et fort mécontent d'aller donner au prince de liesse une occasion de plus de braver nos armes.
Cette fois lorsque, sortant du faubourg, j'apparus sur l'esplanade, la garnison, assez honteuse d'avoir fait feu de toutes sos batteries sur un seul homme, me laissa parvenir jusqu'il la poterne :on me l'ouvTtt, et, dans une espèce de redan, je trouvai le prince au milieu d'un cercle d'ofRciers. Il n'avait voulu m'enteudre qu'en plein air, et entouré de son Conseil. On fait mal ce que l'on