SIEGE DE GAETE
' fini, je revinB à ces ruines avec les cicérone du lieu. Ils prétendaient y reconnaître les bains et la salle d'école du grand orateur, dont ils usurpaient le nom, dans l'orgueil I qne leur inspirait leur science plus que douteuse.
Ce jour-là un espion des deux partis nous proposa m'empoi sonner le prince de Heaae. C'était un prêtre na- Bpolitain. Ou voulut d'abord, par une réminiBcence de ■l'histoire TOmaine, le renvoyer dans Gaete, pieds et poings ce gouverneur. Mais on l'espédia à Naples, où, moins Bomain, on se contenta, je crois, de mépriGei* et de r ce misérable.
Kons avions affaire à une garnison de huit mille tommes, secondés par une escadre de quatre vaisBeaux, «quatre frégates anglaises et de trente chaloupes canonnières. Les assiégés étaient plus nombreux que les assiéigeants. Cela et la disposition des lieux rendaient les ap- ■proches dangereuses. Nous reconnûmes, à la justesse du r de leurs grosses et petites armes, l'adresse de leurs wmbardiers anglais et de lenrs tirailleurs. Eavitaillés [flans cesse par la mer, ils épargnèrent si peu leurs munitions, que, depuis l'ouverture de la tranchée, et sans compter les pots à feu, la mitraille, etc., ils nous envoyèrent pins de cent trente mille boulets et bombes ! Maintes fois j'e vis celles-ci, dirigées contre nu do nous senl et debout sur l'épanlement, tomber à trois pieds du but. Dans . la troisième parallèle, si l'on montrait une demi-seconde ie haut de la tête, à l'instant même vingt balles grecqnes, Kfifflenrant la crête ou se logeant dans le sac à terre qui la ronronnait et nous couvrait, punissaient notre curiosité,
38U MÉMOIBES DTK IlIDiù DE CAMP.
OU U0U8 aveitisBaieiit de notre impnnleQce.Aiisai,et quoi- (ju'on n'en ait avoué qne 1% moitié, perdîmes-nons deux mille hommes, tués on miahorade tout service, à ce siège.
Il est vrai que, de notre côté, l'habitude, l'amourpropre et rennui noua rendirent téméraires. Un bataillon de noirs surtout se fit remarquer; mais nu autre mobile le poussait. Ou voyait ces nègres suivre eu l'air, d'un œil avide, les bombes ennemies qu'on leur payait cinquante centimeâ; ils accouraient à leur chute, se précipitaient sur elles, en arrachaient la mèche brûlante, à moins que, prévenus par l'explosion, iis ne fussent taéa dans cette chasse si peu lucrative et si dangereuse.
Cependant Masséua, bien secondé par Dumae, par tout le génie et par les généraux en second de l'artillerie, venait de convertir enfin îe blocua en un véritable siège. Sur cet isthme formé d'un roc, qu'une mince couche de sable recouvrait, pour cheminer à couvert et se défiler, loin de pouvoir creuser les tranchées, iî feUait, apportant tout avec soi, les former en relief de fascines et de sacs à terre. XéanmoiuB, quand, le li juin, le général du génie Vallongue fnt tué, noua noaa trouvions à cent toises la place. A la fin de ce même mois nous n'en étions plus qu'à cinquante toises; les batteries de brèche étaient prêtes, on les arma. Le 7 juillet il était onze heures du soir, lorsque, au milieu du silence profond d'une belle nuit, et sur ua signal du roi Joseph, tout à coup les feus de nos vingt-trois mortiers et de nos cinquante canons de 24 et de 3S, éclatant tous h la fois, foudroyèrent la forteresse I Elle fut un moment muette de surprise : mais bientôt ses
SIEGE DE GAETE. 2fll
■ ■oent bouches à feu noua répondirent. Qu'où se figure, s'il se peut, ces formidables détonations simultiiuées et redoublées, et bien plus encore les sifâernetits, les rugissements de ces énormes projectiles, lancés des deux parts,
■«e croisant, et déchirant l'air avec une furie infernale. l'^cn n'égale la sublime horrenr d'un pareil spectacle. I Mais il étonne ; il seEuble qu'un si grand trouble de la na-
■ jiare par la main de l'homme, soit une usurpation sur la lisaance du Ciel, et que la violence même permise à nos
ïBsions y soit dépassée !
Les parapets, les embrasures des remparts de Gaëte, en J&rent bouleversés; une grande partie de ses pièces, démontées; trois de ses magasins de poudre et de bombes ^^utèreut; et bientût redevenue muette d'impuissance somme de consternation, un long silence répondit seul à totie attaque. Mais le lendemain, le brave gouverneur, bàdé des Anglais, déblaya ses ruines et réorganiisa sa éfense. Il la soutenait avec une constance digne d'ua kieilleursort,quand, le 10 juillet, atteint d'un éclat d'obus, i. fut emporté mourant hors de la place.
2 juillet deux brèches commencèrent à se former, e 16, et devant lit batterie de brèche de notre gauche, rigoureusement commandée par C 1er mont-Tonnerre, l'élionlement de l'ouvrage ennemi, qui couvrait la citadelle, parut praticable. On reconnut cette brèche abordable par la mer, dont k profondeur n'était là que de dix-huit wucea. Mais la rampe de la seconde brèche, plus an ceni, au bastion à trois étages, était incomplète. Pourtant, inpatients d'en finir, nous demandions l'assaut; et,
comme Chamberlhiac, général commandant en second le génie, s'y refasait avec raison, nous insistâmes, lui montrant l'éboulement, et lui disant : a Qu'il y avait là des a croix d'honneur ! » Mais lui, noua calmant, noua répon- I dit ; Oni, oui, j'en vois bien auesi là, des croix, il n'en K manque pas, mais ce sont des croix de bois. Croyez- « moi, attendons quarante-linit heures. »
lie 18 juillet eu effet, à la fin du second jour, tont juste comme il l'avait dit, comme nous l'avions craint, et comme Maaséna l'espérait, les deux brèches étant |>raticables et l'assaut commandé, Gaete capitula. Nous y entrâr mes par la brèche faite par C 1er m ont-Tonnerre. La capitulation portait que la garnison, en armes, défilerait devant nous et s'embarquerait pour la Sicile; mais, comme l'embauchage n'était pas défendu, et que la qualité des tronpes s'y prêtait, nos gestes, accompagnés d'argen t et de promesse suffirent pour en détourner une partie. Un bon nombre passa ainsi du côté de la victoire, dans les rangs de l'armée du roi Joseph.
Ce siège doit rester célèbre. Il nous avait coûté cinq mois de blocus, quatre mois de tranchée ouverte, onze jours de feu, et deux mille hommes, dont huit centa soldats, vingt-neuf officiers, tués ou blessés, et onze à douze cents malades ou morts aux hôpitaux. Nous y avions tiré soixante et huit mille coups d'artillerie, brûlé trois cent quatre-vingt raille cartouches, employé cent soixante et onze mille sacs à terre, neuf miUe gabions, ti-ente-deux mille fascines ou saucissons, et dépense, tout compris, prëB de sept millions de francs.
Quant à moi, envoyé pour servir d'aide de camp au ^toi Joseph pendant la conquête de son royaame, tiaëte Pprise, je n'avais plus rien à faire à Naples.
J'obtina de rejoindre à Paris Napoléon et de reprendre
frtnon poste auprès de lui. Son accueil fut bienveillant,
^temel même. J'en dirai seulement les derniers mots
rce qu'ils prouvent que l'Empereur était bien loin alors
e croire à l'agression pourtant si prochaine du roi de
e soutenu par la Russie.
Reposez-vous donc et mariez-vous, me dit-il, il y a [ temps pour tout et il n'est nnllement question de i gnene. » Six semaines plus tard cependant, et marié, I partais pour l'Allemagne, passant ainsi sans plus de jpepos des campagnes des côtes, d'Ulm, d'Aust«rlitz et jâe Naples à celle de la Prusse et de la Pologne.
L'Empereur quitta Mayence et fi-anchit le Rhin le 3 octobre 1800. Les ordres de marche à ses troupes, les hommages des priaces du Rhin, des conférences avec l'archi- Kac Ferdinand et une vaine tentative de rapprochement
•lU MEMOIEES D'US AIDE DE CAMP.
HTec l'Autriche, le projet arrêté du mariage de son frère Jérôme avec la fille du roi de Wnrtemberg, enfin la dénonciatioa des menocea violentes de la PruBae à ce nouveau monai'que, dont a'iiccrub l'irritatiou de l'Empereur contre Frédéric et le prince de Brunswick, telles furent ses principales occupations à Wortzbourg jusqu'au 5 octobre. Ce jour-là je l'y rejoignis de Paris, où jusque-là il m'avait permis de séjourner.
Cent soixante mille Pruasiena et Sasons étaient accourus, en laissant, en arrière de leur aile ^anche, cette rivière. Cette magnifique et jeune année était conduite par sa telle reine en habit d'amazone, par les princes, par son roi et ses ministres, car tous ici conseillaient et commandaient ; enfin, par les vieus généraux dn Grand Frédéric, que rajeunissait l'exaitation universelle. Elle marchait bmyamment, comme une passion longtemps comprimée et enfin déli\Tée de ses entraves. L'un de ses corps , faible et détaché, fianquant seul sa gauche observait Hoff et la Franconie sans inquiétude, tandis que ses masses, s'amoncelant autour d'Erfurt, de Gotha et de Weymar, montraient déjà leurs avant-gardes à Saalfeldt et même vers FuJd, menaçant le Mayn. Elles prétendaient à l'attaque ; elles s'imaginaient surprendre notre armée de deux cent mille hommes, répandue dans ses cantonnements entre le llhin et le Danube.
Toutefois, avant de s'aventurer davantage, ils délibéraient. Le roi et Luchesini seuls espéraient encore la paix. Le reste, les géiiéi-aux, les ministres, les princes, la reine surtout s'excitaient à l'envi, les uns les autres, A
RnuBser Tiolemment la guerre ; quant au plan, ila s'efforçaient d'en imaginer un sans pouvoir s'entendre. Leur ■Oonseil tumultueux d'Erfurt dura depuis le 5 jusqu'au 7 Kon 8 octobre. Un projet de reconnaissance générale vers
■ leur flanc gauche et une insolente injonction h l'Empe- Bfeur d'évacuerenr-le-champ l'Allemagne, le terminèrent. m- Mais, pendant que, laissant négligemment la Saale à
■ leur gauche, ils poussaient leurs cris de guerre, ne son- Bf eant qu'à nous rejeter au travers du Maju, sur le Rhin Biioéme, la Grande Armée, silencieuse, abandonnant notre B fleuve-frontière à lui-même, et déjà tout entière en mou- B:Fement sons les yeux de son Empereur, -avait quitté ses
■ cantonnements de la Francouie et du Danube. Elle a'a- B Tançait dn sud an nord-est sur trois colonnes. Celle de B-aotre gauche, seule, devait rencontrer, à Saalleldt, leur BJBT&nt-garde, tandis que, tout au contraire de l'armée B^irnsBienue, qni avait remonte, pnia laissé la Saale en Hkrrière à sa gauche, Kapoléon et ses deux autres colon- ^Bce, se dirigeant rapidement entre cette rivière et l'Ela- ^nr, allaient la descendre par sa rive droite pour l'aborder, HtoOF la franchir soudainement d'Iéna à Xuuembourg, ^Kfiuâre Frédéric en flanc gauche et en arrière, s'iuterpo- ^■r entre lui et l'Elbe, et le séparer de ses magasina, de ^Bi capitale et de sa retraite !
^B Notre marche-manœuvre commença de Cobourg, de
HËrouach et de Hoff, le 8 octobre. Le 18, cinq jours après,
'■■déjà la rive droite de la Saale, entièrement nettoyée,
-était aboi-dée de Saalfeldt à Nauembonrg. Le corps d'ob-
BerratioD prussien était rejeté, avec perte de mille hom-
S8Û MEMOIBES D-UH AIDE DE CAMP.
mes et de ses bagages, par delà léna. H n'avait soutenu à Sclileitz, le 9 octobre, qu'un combat insigaiiiant ; mais, devant notre gauche à Saaifeldt, le 10 octobre, le prince Louis de Prusse, romement de l'armée ennemie, par la l«autédesea formes héroï(|ue8, par sa brillante intelligence, par sa valeur cbevaleresque et («méraire, s'était fait écraser par Lanneseb Suchet, et tner par on de nos Hous-officiers ! Atteint dans la mêlée d'une charge désespérée, il refasa de se rendre, et fut percé d'nn conp de sabre. Il resta mort entre nos mains avec trois mille hommes, trente-trois canons, leurs caissons et tons lea bagï^es. Cette mort fut déplorée par les denx armées : Kapoléon s'en émut; il écrivit le 12 octobre an roi «nnemi pour lui témoigner sa douleur d'une perte anasi cmelle, et lai proposer la paix.
Cependant, en ce méroe jonr 12 octobre, le maréchal Lannea. d'abord appelé vers Anma et Géra, oii l'Empereur avait cru à une bataille, s'était rapproché de la Saaie; son avant-garde l'avait descendue jusqn'à léna, où nos voltigeurs pénétrèrent. Là. avec cette intelligence de la guerre qu'ils ont tons, ils s'étaient iwquiètéa de lenr position dans cette ville. En effet, la rive ganche, qne l'ennemi devait occuper, la domine. C'est pourquoi pinr sieurs d'entre eux, ponr s'éclairer, se hâtèrent avant la nnit d'en gravir la rampe ; mais arrivés au faite, qoella surprise, lorsque, an lieu d'apercevoir seulement qoelqu poste ennemi dont ils avaient craint le voisinage, ils TÎ' rent l'année prussienne rangée en bataille sur trois ]i< gnes!
■ Le lendemain, 13 octobre, le maréchal Laiines, averti lUx, s'assnra de la vérité de leur rapport ; et, a'cmt de ce dangereux défilé qu'on lui disputa néglimment, il y appela l'Empereur. Napoléon était alors à : ordres démarche, à en juger par cens qu'il m'a- ; donnée, tendaient tous encore vers Nauembourg. ï cette nouvelle, changeant de décision, il appelle Honlt, Augereau et, Ney; il fait rétrograder Murât, et les dirige tons sur léna, oii lui-même, rejoignant Laanes,
ive deux heures avant la nuit, précédant sa garde, I II s'était décide sur-le-champ à hvrer bataille en avant B cette ville. Bemadotte et Davout déjà vers Nanemtourg, reçurent l'ordre de prendre en flanc gauche Tarie, ennemie, pendant que l'Empereur, s'élançant d'Iéna
jour, l'attaquerait en face.
Pendant que l'armée prussienne se figurait imposer à
Napoléon l'autorité de sa science et de ses manœuvres,
Hjlee corps d'avant-garde, qui flanquaient son aile gauche
^■Bt qu'elle supposait hors d'atteinte, avaient été surpria,
^nattus et découragés. Une terreur panique près d'Iéna en
^nraib saisi les restes : on les avait vus, le 12 octobre, fuir
^^ni désordre, à travers cette vilîe, au faux bruit de notre
^Rpparition, et jeter leurs armes. Le corps sa^on, déjà
mutilé, se voyant coupé de son pays, murmurait; il se
croyait sacrifié, i! menaçait d'abandonner la cause com-
) mnne. A des nouvelles si inattendues, daus les Conseils.
uni se mnltipiieut au quartier général prussien, 0 n'est [dus question de la marche en avant sur le Rhin, sur le Uayn même. On s'arrête, on délibère ; on s'aperçoit que,
selon sa coutume, Napoléon s'est placé au point le pîus central de sa manœuvre, d'où lui-même a fait exécuter, rapidement et simultanément, ce que lui aenl avait conçu et ordonne on comprend enfin que. en pivotant ainsi, sa droite en avant par delà l'aile gauche de son adversaire, il vient de la tourner, et de mettre de sou côté le nombre, le temps et l'attaque !
Le 13 octobre, au même instant où Napoléon disposait tout pour déboucher le lendemain, dès le point du jour, d'Iéoa snr Weymar, le roi et ses Boiïante-dis mille hommes, comme s'ils eussent voulu laisser le champ libre à notre Empereur, vidèrent cette plaine! Ils partirent, marchant par leur gauche, appelant d'Erfnrt Ruchel et leur droite à leur suite, et se dirigeant, par Eckartaberg et Auerstœdt, sur Freybourg et Naueffl' bourg. Ils voulurent nons y prévenir, ne nous y croyant pas encore en force. Ils ne laissèrent donc devant léna, par précaution, et pour couvrir leur marche, que le prince de Hohenloe avec ses quarante mille hommes.
De son côté Napoléon était accouru précipitamment, le 13 octobre comme on l'a vu, de Géra à léua en avant de ses corps et de sa garde. Il y avait trouvé le maréchal Lannesdêjà maître, par sou avant-garde, de la pente des hauteurs opposées dont l'ennemi couronnait le faîte. Aussitôt s'éîevant, de plis en plis de terrain, au trayei'B des fens des tirailleurs, lui et ce maréchal s'étaient efforcés d'atteindre une sommité, d'où leurs regards, embrassant le champ k conquérir le leademain, en pussent faire la reconnaissance. La nuit venue, il fit
lÉNA. 38ti
r sileHcieuBenieab le comme ncement de cette pente
1 corps entier du maréchal Lanaes, Ces TÎDgt mille
jommea se rangèrent sur ce versant dangereux, ligne
r ligne. L'Empereur établit son bivouac en arrière
D'elles. Quand la garde survint, lui-même en dirigea les
jataillona, en arrière de ceux île Lannea; et, de ieura
inga redoublés, il augmenta cette masse, dès lore forte
i vingt-cinq mille hommes. Elle demeura ainsi, toute
l.nuit, comme attachée et saspendue au flanc de cette
lontée rapide. Les abords, à la sortie d'Iéoa, en sont si
Eficiles qu'il fallut quelques travaux sur la l>crge ^au-
e la grande route, pour en ébouler Tescarpement
Ij'empereur mit tant d'empressement à accumuler, dans
Bette nuit on sur ce versant, ses moyens d'attîique, que
a dix heures du soir je le vis encore, une chandelle
WfBi main, éclairer lui-même nos artilleurs ; il les encou-
Llngeaib, il les aidait à hisser leurs canons, à force de
I Iras et de cordages, sur cette berge ai abrupte, pour aller
ft|ffenàre rang avec sa garde.
Ce soin rempli, et l'ordre, renouvelé à Davout et 1 4onné à Bernadette, de déboucher, de Kosen sur Âppolda, vdane le flanc du roi, qu'il croyait en face de lui, il re- Itouma s'aventurer, presque seul, sur les hauteurs an delà ■ âo nos avant-postes. Il était impatient de juger par F'^nel premier effort il pourrait, le lendemain, pousser [i soudainement en avant la masse qu'il tenait sous sa ; la lancer boi-a des dernières ombres de la nuit et I de cette embuscade , surprendre son adversaire , et gagner z de terrain pour se développer et livrer bataille.
Dana cette reconnaissance hasardeuse il sortit si entièrement de notre ligne, que, en /rentrant, l'une do nos grandes gardes, sachant les Prussiens à quelques pas d'elle , le prit pour eux et fit feu sur lui !
Le reste de la nuit fut calme. Napoléon rentré dans sa tente vers minuit, y dormit profondément. Notre position cependant était tellement périUeuse, que parmi nous on disait que l'ennemi aurait pu , d'un boulet jeté k la main, traverser tontes nos lignes. Cela était si vrai que, le lendemain, son premier coup de canon, passant sur nos tStes , alla , fort en arrière de nous, tuer un cuisinier sur sa cantine !
Le lendemain, li octobre, il n'était pas encore cinq heores du matin, qaand Jes maréchaux Lannes et Soult vinrent prendrel'ordre.L'Bmperenr venaitde dictercelni de la lutaille. Il ne pouvait guère consister qne dana une attaque devant soi, dès l'aube du Jour, pour gagner le terrain indispensable au développement, sur deux lignea, d'environ quarantemillehommes ;car, jusqu'à midi, cefut là tout ce que Napoléon eut bous sa main. Après quoi l'on aviserait selon les lieux, qu'on ne connaissait que par la carte et les mouvements de l'armée ennemie, qu'on croyait en force. Toutefois, comme nn BUccèa sur la gauche de cette armée compromettait la retraite de tout le reste, et qu'on attendait de ce côté Davont et Bernadette, le village aperçu la veille, en avant de notre droite, fut désigné pour but k notre premier effort. Le maréchal Lannes, la division Suchet en tête, dut commencer.
lÉNA. 291
Vera cinr] heui'es Napoléon, resté seul avec le maré- Soult, lui disait : n Les battrona-noas ? — Oni, s'ils sont là, répondait le maréchal ; mais je craina qu'ils n'y soient plus !» En ce moment les premiers raps de fusil se firent entendre, l'Empereur s'écria gaieent : a Les voici! L'aiîaire commence! Et il alla iranguer notre infanterie, la piquant d'honneur contre ite cavalerie Prussienne El célèbre, « qu'il fallait, dit-il, faire expirer ici devant nos cari'és, comme nons avions, à Austerlitz, écrasé rinfant«rie russe! » Mais jusqu'à huit heures, un brouillard épais et gla- Ed ayant remplacé la nuit, nos tirailleurs ne purent luroher qu'à tâtons , n'ayant pour guides qne le bruit , la lueur des coups de feii qui répondaient à leur [ne. Ils avancèrent pourtant, mais au hasard. Ils iaient à ganch'e, ainsi que les bataillons qui suivaient, ■nd ceux du 17™'' se heurtèrent inopinément contre (lT»nt-garde ennemie, près de Clozwitz. Oett« ligne, ipuyée à un bois, nous attendait de pied ferme ; elle t prête la première ; et, de son feu à bout portant, le nons mit hors de combat un bon nombre d'homee. Toutefois ce combat s'égalisa bientôt. Il dura is d'une heure, et fut à la fois sanglant et sans résalt, les feuï seuls attirant les feux, l'obscurité dérobant ! objets environnants et s'opposant à toute manœuvre. A neuf heures enfin le nuage glacé, qui nous areu- ;, se dissipa. Aussitôt Suchet, s'élançant contre ce corps prussien mal ensemble, le surprit ; il le Ibnta, et le rejeta dans la plaine avec perte de vin^-
dens canona. Peu d'instant après, vers dix heurea, le maréchal Soult, avec la division Saint -Hilaire, accourut, et s'interposa entre cette partie du centre dea ennemia repousses et lenr aile gauche, qa'il écarta et cbaasa do champ de bataille. La cavalerie de cette aile était nombreuse ; ses retours agressifs échouèrent d'abord sur lea baïonnettes du lO"" léger, puis, chargée à son tour et défaite par les escadrons de Sonlt, elle se rebuta.
Ce premier et double effort fut décisif. Sonlt avait aéparé d'Hohenlohe son aUe gauche; Snchet avait laissé derrière îni le champ libre à nos colonnes. Déjà tous deux établissaient notre ligne de bataille, la droite en avant ; ce qui forçait Hohenlohe à combattre hors de aft retraite naturelle. Le bruit du canon avait réveillé ce général dans son quartier singulièrement excentrique de Kapeliendorf. Il ne a'en était pas émn d'abord , ne croyant de ce côté qu'à des tirailleries, et n'attendant l'ennemi qu'à sa droite, quand nous avions déjà versé sa gauche. Lea deux chefs opposés étaient l'empire d'iUnaions bien différentes ; Napoléon croyant s'attaquer à l'armée entière de Frédéric, et Hohenlohe, n'avoir à repousser qn'nne attaque d'avant-poatea !
Celui-ci, malgré les première bruits du combat et des avis réitérés, se refusait à croire à une bataille. Il ne s'occupait qu'à expédier à son souverain la proposition de paix de l'Empereur. Son obstination dans le repos, auquel il avait consacré cette journée, persista jusque vers neuf heures. Alors enfin, arraché à son ei-
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reiir et commandé par notre agression, i! se bâta d'a- Ijandooner aux Saxons la défense de sa droite ; de rappeler, contre notre flanc droit, son aile ganche rjni ne pouvait plus l'entendre; d'inviter Euchel et son coips, alors à "Weitcar, à venir prendre part à une victoire dont il semblait ne point douter ; et enfin d'accourir Ini-mêrae, avec son centre, se heurter k Heiligen contre notre attaque. Il en eut le temps, parce que l'Empereur, supposant toujours le roi devant lui, attendit deux heures l'arrivée de ses renforts. Mais Ney, en accourant trop impêtaeasemeat, et trop peu suivi sur Heiligen, précipita tout!
Ce fut lit que se fit le plus grand effort. Il fut vif et court; il n'eut d'autre moment d'incertitnde que eelni où le premier emportement de Key fut repoussé, & plusieurs reprises, du vill^e disputé, et le temps qu'il fallut à la cavalerie de Burosnel et à la gauche du maréchal Lances pour l'appuyer. 8i la bataille, commencée vers six heures, en dura dis, c'est que le premier tiers de ce temps se perdit dans le brouillard ; le second suffit d'abord aux défaites de Ta^'ant-garde et de l'aile gauche, puis, après l'arrivée de nos renforts, à celle du centre. Dana les trois dernières heures, enfin, on acheva Hohenlohc, on vainquit le corps de Ruchel d'environ quinze mille hommes, qui vinrent, en arrière du centre vaincu, le remplacer, et se feire détruire à leur tour; api-ès quoi l'aile droite saxonne, abandonnée et enveloppée, mit bas les armes.
Ce fut une victoire successive contre un ennemi sur-
pris, qui, se batbaEt sans enaeinble, fut d'abord coupé de sa gauche, et dont tout le reste, de pins en plus débordé du côté de cefcto gMicho, se trouva tourné en même temps que vaincu en face. Les forces y furenli égales. Les nôtres y eussent été presque doubles, l'espace et l'encombrement des défilés, que, en arrière de nous, nos colonnes avaient à franchir pour none rejoindre : la moitié arriva trop tard, ou fut inutile. Tel fut l'ensemble des faits ; en voici quelques détails ;
Vers onze heures, lorsque Hohenlohe s'était préseid:é pour nous disputer Hêîligen, et que déjà ses feus d'artillerie commençaient, l'Empereur était à la tête de garde, déployée sur le plateau de Lutzebrode. L'nne' des divisions d'Augereau s'avançait à sa gauche, et à sa droite celle de Lannes. Plusieurs fois, selon que le combat s'échauffa d'une ou d'antre paît, lui-même, k la tête de cette réserve, se porta tantôt vers la droite, tantôt vers k gauche de cette position élevée, il y demeura presque tout le jour; son regard dominait de là et commandait tonte la plaine.
Le maréchal Ney, dont le corps d'armée était encore au delà du défilé d'Iéna, venait d'arriver.. Il avait entraîné avec lui trois mille des siens au pas de course. La cavalerie de Colbert le suivait. Emporté par hou ardeur habituelle, ce maréchal dépassa les divisions de Lannes ; et, nous laissant tous en arrière, il se rua au^ plus fort de la bataille, à son foyer le plus ardent, à Heiligen même. Bientôt pourtant, forcé, par le feiK trop meurtrier de l'ennemi, de s'arrêter, il y jeta ees
escadrons. Lear charge d'alrord éteignit ce feu, m&ia il
i ralluma presque aussitôt, les escadrona do Colbert
ftayant été raraeniis à leur tour, jusque sur l'Empereur,
Bpar la caïnlerie prnaaienne. Napoléon fut un moment
mtouré de leur déroute. Ils ne s'arrêtèrent rpi a sa vue,
^rd et au geste de mécontentement qu'il leur
Pendant qu'ikse ralliaient, l'Empereur appela Duroane!
^veo ses deux régiments de cavaierie légère, et lui or-
a de recommencer la charge. Il se passa là un fait
^lier, quoiqu'il y en ait plusieurs exemples. L'un des
e ce général, lancé le premier, venait, par
1 mémorable éîan, de renverser sur son passage trois
1 cavalerie et d'artillerie prussiennes ; il dia-
araissait dans leur défaite, quand Durosnel ordonna
]nd régiment de charger à son tour, pour
tontentr le prenaier et achever l'œuvre. Mais le colonel
s ce corps. Jusque-là toujours soldat iotiépidc, hésita;
, quoique sous les yeux des siens, de son général
de l'Empereur, il recula dans les rangs, comme
tappé d'uQ vertige, ou de quelque pressentiment fu-
eatel Durosnel dit qu'il le crut fasciné, comme si la
a personne lui fût apparue : et, en effet, un bon-
t à l'instant même l'emporta !
Cependant sou général avait eu le temps d'entraîner
e régiment sur la batterie ennemie bouleversée ; il en
i maître. Au môme moment Heiligen, qui marquait
mtre de la bataille, était enfin emporté par le ma-
1 Ney. Une heure après, dans un autre élan, sou-
Seiî MÉMOIRES D'CN AIDE DE CAMP.
tenu pM la droite d'Augereau, il conquit le village d'Issertœdt.
L'Empereur alors, sûr de la victoire en face et à sa gauche, reporta sea pas et Bea regards k la droite du plateau, où il ramena sa réserve. De ce côté, et en ayant de lui, le maréchal Lannes poussait U gauche du général Euciiel sur la route de Weymar. Mais des escadrons nombreux, d'une apparence formidable, se montraient à l'horizon; ils semblaient s'apprêter à prendre en flanc droit ce maréchal. L'Empereur, apercevant cette cavalerie que lui-même avait appelée célèbre, s'en inquiéta; et. me l'indiquant, il m'envoya porter l'ordre à la division Suchet de se former en carrés ca elle.
Cet ordre transmis et exécuté, je crus à propos d'en aller avertir le maréchal. En ce moment nue nouvelle et dernière ligne d'infanterie de Euchel, accourue de Weymar, l'ai-rêtait en face, à deus cents pas de lui, et l'écrasait de sa mitraille. Laanes nous donna là un exemple remarquable de la sûreté de son coup d'œîl, Sur l'avis que je lui communiquai de la crainte et de l'ordre do l'Empereur, il jeta un regard sur sa droite, et sur cette cavalerie dont il ne tint compte. Bien plus, deus de ses canons tiraillaient de ce côté pour la contenir; mais lui, me montrant la ligne d'iufenterie ennemie bien plus forte que la nôtre, qui lui faisait front, ]ne pria d'aller chercher ces deux pièces, et de les mettre en batterie à sa gauche, sur un tertre qu'il me désigna. « Dès leur second coup, me dit-il, vona
rEKA.
; verrez tonte cette ligne d'infanterie et d'artillerie se : mettre en retraite. »
J'en doutais; mais, en dépit des feux ennemie diri- ;éa contre nous dès que nous parûmes, et malgré l'emiresaemeut qu'ont Bonvent alora les artillenra de ae mètre trop tôt et de trop loin en batterie, dix minutes iyant sufR pour le satisfaire, à notre seconde décharge, précisémeiit comme il me l'avait dit, la ligne pros-
ploya et se retira !
Ce fut alora qu'un coup de leur mitraille faillit le ter : il me montrait, en s'en applaudissant, lenr monîment rétrograde, quand ce dernier coup vint déchirer uniforme snr sa poitrine, qu'il effleura. Son cheval 1 fut si effarouché qu'il se jeta sur le mien et faillit le démonter; mais lui, sans s'occuper de cette blesire et sans perdre l'ennemi de vue : « Les voyez- ■ vous, s'écria-t-ii, ils fuyent tous snr Weymar ! La route se couvre de leurs caissons ! Courez en avertir l'Empereur! »
Je retrouvai Napoléon sur le même platean, mais luB à gauche. Il était environ trois heures ; il m'ératait, quand plusieurs boulets saxons dirigés sur lui nnrent bondir presque entre mon cheval et le sien. Uors m'interrompant : <( Il est, me dit-il, inutile de [ se faire tuer ù la fin d'une victoire ; mettons pied à f terre. « Et il m'ordonna de faire avancer sur ce point 'artillerie de sa Garde; après quoi, croyant utile d'iuùter, je lui répétai l'avis du maréchal Lannea. « Bien, ■me dit-il; allez donc, et suivez leur retraite sur
îW VEMOIBES DT^t AIDE DE C<LTtP.
4 Weriaar ; mais avant, voyez devant notre gancbe * que deviennent ces S&xona, et qu'on en Sdisk l *
Je traversai rapidement la plaine. Elle était de débris de Rohenlobe et de Bncbd, qoe, eu ce i 3fnrat et notre cavalerie aclievaient. A notre gauche Angerean poosaait les malheareiu Saxons de front et en Sanc. Un bataillon de Xey, marchant en cair^ commençait à le» déborder à droite. Je ta'y joignis à l'instant où une dernière charge de hussards saxons s'écoulait devant son front dont elle emporta les balles.
Cependant nne profonde et longne colonne d'infoor (cne s'avançait, da même pas qae noos, vers cet mêmes batteries de position qni venaient de tirer sur l'Empereur. 8ea dernière rangs engagés entre nos bataillons semblaient en sortir. C'étaient les Saxons. Ha élaient hnit mille; ilsfayaient, mais en ordre, en maase, sans nn tirailleur snr leurs flancs ; et moi, sans ks eiaminer. pensant, à lenr attitude et à la direction de leor marche, qu'ils étaient des nôtres, je courus ventre à terre en prendre la tét£ '. Ce fiit là senlement, à vingt pas dti premier rang de cette colonne, que. en jetant les jeux sur elle, je m'aperças de ma méprise ! Si j'enMe alorî sommé ces pauvres Saxons de se rendre, ils étaient dans une position si désespérée, que pen^ être aurais-je en l'honneur, le premier, de leur hùe mettre bas les armes ; mais dans ma surprise, ti, kon baïonnettes se croisant sur moi, je n'y songeai pu ; je crus même n'avoir pas le temps de me retonmer; A, dépassant lenr front, soas leur feo je revins, par l'antac
lÉNA. 29B
flanc, aux uromiorB des nôtres, avec lesquels ]e pénétrai presque aussitôt dans cette malheureuse colonne, qui jeta ses annes.
Murât en avait la gloire ! Dana son ardeur chevalereB-
que, seul, et laisant sciemnieat ce que j'avais fait sans
le savoir, il B'étail>, un instant après moi, placé devant
knr tête. Quand j'y fus revenu moi-même, au travers
f, de ces rangs désarmés je le trouvai îà, î'épée an fourreau.
Il oanne seulement à la main, la tête haute, souriant,
I et à lui seul recevant prisonniers ces milliers d'hommes I
La première partie de roa mission était terminée;
fcWeymar était ia seconde. Toute la plaine était nettoyée;
s quatre heures j'arrivai à la hauteur d'où l'on descend
rapidement sur l'un des ponts des fossés de cette ville.
ietott y foimait ses dragons en colonne, pour en forcer
3 qu'un bataillon ennemi défendait. Une charge
mpétueuse au travere de leur feu nous en rendit maîtres,
[1 fallut là quelques coups de sahre, un caisson d'infan-
rie étant en travers du pont, et IcBgrenadiers prussiens
it retranchés denière ; mais ils avaient perdu 1» tête.
Pendant que Letort allait prendre position au delà de
Boette ville, je m'arrf-tai an palais du grand-duc, où bientôt
■£app et Murât me rejoignirent. La grande-duchesse y
ait restée, La reine de Prusse venait d'en pai'tir; on
a assura que nous avions failli la prendre ! On ajou-
que, le matin même, surprise inopinément comme le
., dans Auerstœdt, par le commencement d'une autre
Kitaille, il avait fallu la supplier pour la décider à se
Retirer à "Weymar. Là encore la vue de ceux qni fuyaient
devant nous l'avait senle déterminée k s'en échapper. Il fallnt donc nons contenter de la prise de cette ville, où Goethe 8e trouvait, du général Sclimettaa blessé, et de huit ceotB prisonniers que nous y fîmes.
Je voulais retourner près de l'Empereur, Murât me retint; il me pria d'attendre son rapport. Il le fit tard, ses soina enipresséa pour la grande -duchesse l'en ayant distrait, pendant que Rapp et moi, attirés par le feu qui venait de prendre près du palais, nous nous occupions à le laire éteindre. Enfin,aprèsondînerde victorieux, mais où notre joie fut contenue par la présence de la princesse qui voulut nous en faire elle-même les honneurs, je q uittai Eapp et Murat pour n'arriver que vers minuit à léna, où Kapoléon était rentré après la bataille.
Son quartier autant que je puis me le rappeler, était dans une auberge ; son lit, au coin d'une salle assez vaste, était celui da lieu. L'Empereur n'était pas alors entouré de toutes ses aises qui depuis contribuèrent à lui rendre la guerre moins iâtigante, et peut-être trop fecile. J'entrai seul, une lumière à la main, et je m'approchai de son lit. Ce ne fut qu'un instant après, que la clarté terne do ce flambeau le réveilla -A un profond sommeil ; car il ne pouvait supporter la nuit aucune lumière, et, ponr l'empêcher de s'endormir, la plus faible lueur de la moindre lampe suffisait. Son réveil fut doux comme cela lui était habituel, et comme l'est, dit-on, celui des caractères heureuï ; il fut subit, entier, sans étonnement, par habitude, et comme s'éveillent ordinairement les gens de guerre.
Sa lecture du rapport achevée, je lui rendis compte de
A prise du corps aaxon qne j'évaluai à six mille h
■ c J'ai vu, me répondit-il; ils étaient plus, ils étaient au
s huit mille ! p Puis, quand j'ajoutai qu'à Weymar
■sons avions failli prendre la Reiue, sa voix s'anima en
fi répondant i : C'eût étéjuatice! elle l'avait bien mérité!
C'est elle qui est k cause de la guerre ! » Alors, d'un
: préoccupé : « Mais, reprit-il, n'avez-vou9 pas, en
I marchant sur Weymar, entendu an loin but votre droite
r nue forte canonnade ? s Sur ma réponse négative, et
n'il eût été difficile de distinguer ce hruit de ceux de
notre bataille, il ajouta : i Cela est singulier ! Il doit
r pourtant y avoir eu de ce côté une affaire considé-
r rable! n
En effet, deux heures ploa tard, un officier de Davont, Bonrck, vint encore le réveiller. Il lui apprit la victoire l'Auerstœdt : victoire tellement à part de celle d'Iéna, Bnoique siniultance, que, huit et dix heures même après R fin de celle-ci, l'Empereur l'ignorait, s'en enquêtait, et a avait pas même entendu le bruit II ne faut pourtant I s'étonner si, dans son bulletin du lendemain, ii se I À confondre c«tte victoire avec la sienne. C'était surtout à Auerstœdtetdevantnn.seu! de ses lieutenants que, trois fois plus nombreuse, l'élite des forces prussieimeB, avec ses généraux les plus renommés, ses princes et son roi lui-m^me, venait d'être anéantie, tandis que, k léna, l'Empereur, aussi fort que l'enuemi, ne se trouvait avoir vaincu que deux lieutenants qu'il avait surpria séparés du reste. La gloire était trop disproportionnée pour qu'il eu convint aux yeux des peuples, lui qui vivait
302 MËMOIEES D'UH AIDE DE CAMP.
snrtout de gloire ! On verra que, moins g^nè par la politique, il fut plus vrai dans sea paroles, et plus juste duns see élogeB et dans su reconnaissance.
II pouvait au reste attribuer à sa première et grande manœuvre, qui surprit en flanc et menaça la retraite de l'ennemi, le snccès de ces deux batailles. Cette manœuvre, en renversant tout à coap les desseins de son adversaire, avait jeté celui-ci, ayant de si graudes massée à i-emuer, dans l'incertitnde et le trouble de l'imprévn, dans le désordre des contre- ordres, des contre -mouvements, où Tensemble se perd, où le temps échappe, où rien ne se fait à propos ; tandis que, d'antre part tout étant conceité d'avance, le nombre, le temps, l'attaque, et tous les avantagea enfin, s'étaient troavéa de notre côté.
Quant à la grande colonne saxonne que nous avions faite prisonnière, je sus alore qu'elle avait été envoyée à l'Empereur. Elle avait défilé devant lui, pendant que, couché à terre snr ses cartes déployées, il y marquait à Bertbicr ces hardis mouvements qui suivirent sa victoire, Il était tellement accablé de fatigue qu'an milieu de ce travail il s'endormit. 8es grenadiers s'en aperçurent, et, snr un signe dn maréchal Lefebvre, ils foimèrent silencieusement le carré autour do lui ; protégeant ainsi le sommeil de leur Empereur sur ce plateau où il venait do les faire jouir d'un si glorieux spectacle !
Mats l'ordi'c des faits me rappelle à ce moment de la nuit suivante, celle du 14 au 15 octobre, où, réveillé une seconde fois dans léna après mon rapport, Napoléon reçut celui de Davout et de sa victoire d'Auerstœdt,
De ce côté, le 13 au soir, les quartiers généraux des E'âeux armées opposées, celle de Davout de vingt-cinq liniilB hommea, celle du roi de soixante- dix mille, étaient I J'nn à Nanemboui^, l'autre à Anerstœdt. Un défilé, d'enl'TÎron deux lieues, les séparait; Brunswick y touchait : il l n'avait qn'un pas de plus à faire, et de pîain-pied, pour f s'en saisir. Davoot en était séparé par la Saale et par tonte la longueurdu défilé; mais, au lieu de dormir, il y avait poussé, dans la nuit du 13 au 14, Gudin et sa division, tandis que Brunswick avait remis au lendemain matin le soin d'y jeter Schmettau et son avanlz-garde.
Il en résulta que, au milieu du brouillard des trois
premières heui'es du 14 octobre, quand cette avant-garde
lienne s'approcha d'Haasenhausen , elle se heurta
I contre Gndin, qui lui prit ges canons et la repoussa ainsi
L que Bliicher et ses escadrons.
Alors, dans le camp prussien, les chefs étonnés tinrent I conseil. Brunswick voulut déployer l'armée, et attendre que l'ennemi fût mieux reconnu ; Mollendorf pensa tout le contraire, il jugea qu'il fallait recommencer sur-lechamp i'attaqne, ce que Frédéric approuva ; et Bluclier, I lancé encore et complètement défait cette fois, s'enfuit à gauche sur Eckartsberg.
Mais, den-ière lui, trois divisions d'iniixnterîe prussienne s'avançaient; elle se déployèrent sous uotrc feu avec la lenteur méthodique et minutieusement régulière de leurs manœuvres de parade. Cette attaque compassée de vingt-cinq mille Prussiens, pendant qu'on les criblait i balles et de mitraille échoua encore contre les sept
mille hommeB de GadiD, dont la division Priant vînt en ce moment appuyer la droite. On y remarqua nos tirailleurs, et avec quelle expérience de la pnerre ils s'aidèrent de tons les reliefs d'un teiTain accidenté. La fatalité s'en mêla : elle voolut que, dans ce second effort, sur lea quatre chefs ennemis, deux, Schmettau et Brunswick, fassent blessés à mort, et un troisième démonté.
Le roi, cependant, s'obatina ; il tint tête à e& mauvaise fortune. Son général en chef, ses lieutenants étaient abattus ; son infanterie étonnée s'arrêtait ; il appela l'élitfi de sa cavalerie sous le prince Guillaume. Gett« fois, Gndin vainqueur, mais à moitié détruit, allait succomber, lorsque, à sa gauche, la division Morand guidée par Davout accourut, forma ses carrés et repoussa ce troisième effort de Frédéric. On vit là tontes les charges, vainement redoublées, de cette cavalerie si renommée, expirer buccbbsivement sons les feux croisés de Morand et devant ses baïonnettes. La même fataiité voulut encore qu'ici le roi fût démonté , et que le prince Guillaume fût emporté, blessé, du champ de bataille !
Davout sut aussitôt s'y rendre inexpngnable, en couronnant d'infanterie et d'artillerie le Sonnenberg. Puis, ardent à l'attaque autant qu'opiniâtre à se défendre, en même temps qu'il s'assurait du terrain conquis, il lança en avant sur Rehansen ses deux divisions victorieuseB,
De son côté, pour la quatrième fois, le roi, déjàrédait à sa réserve, rendit attaque pour attaque. Mais, de la position dominante qu'il venait de prendre à sa gauche, Davout déchirait de son artillerie le flano droit de l'fia.-
; Friant en feisait autant contre le fianc gauche, rte qui! Gudin et Morand purent vaincre en face ce lier effort de Frédéric. Là encore, et par un sort tou- B aussi funeste aux PniHsiens, un coup mortel frappa »ir TÎeux et célèbre Mollendorf !
, Frédéric alors s'arrêta. Rehausen venait de îui être ar- ; tous ses corps étaient battus, rebutés et en dé- ■e; ses deux frèrea, et In plupart de ses lieutenants, t taês ou blessés ; aa cavalerie fuyait k sa droite et i gauche ; il était cinq heures dii soir ; le œalhenreux toi, refoulé jusque dans son quartier général de la veille, . Tandis que, à cette heure-là, l'Empereur ne le doutait pas de la plus grande moitié de sa victoire, i ignorait la moitié de son infortune, et dans l'instant i nous nous emparions de Weymar, c'était Wey- Mr qu'il dormait comme point de ralliement à sa défaite ! . Maie dans cette journée, an milieu d'une lutte si inéale, et quoiqu'il eût été forcé de se réfngier, à plusieurs sprisea, an milieu de ses carrés, Davout, qui n'oublia a et qui fit tout à propos, n'avait pas song;é seulement Il vaincre en face, un contre trois, il s'était préparé à profiter de la victoire. En même temps qu'il avait tout fait pour elle au centre et à sa gauche, sa droite, sous Priant, pouaace en avant jusqu'à Eckartaberg, avait débordé la gauche du roi ; elle le ralmttait sur l'Empereur et le se- 4 parait de l'Elbe et de sa retraite ! Ce dernier mouvement ' compléta, couronna son œuvre. Le Roi fut rejeté dans cette plaine d'Iéna et de Weymar où, dana ce moment. Napoléon de son côté triomphait.
aoB MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP,
Ici l'aile ganche d'Hohenloho et les débris du roi se rencontrèrent. Où fuir? LesFrançaia victorieux se montraient partent : Davont à l'est, Bemadotte enfin au and, l'Empereur à l'ouest ; Weymar même, le lieu désigné pour la retraite, était envahi I Un seul intervalle vers le nord, mais sans routes, était encore vide d'ennetnia. Alors, et dans cette directioti, infanterie, cavalerie, caissons et canons, se croisèrent et s'entrechoquèrent. Beaucoup de soldats jetèrent lenre armes, ceux de l'artillerie coupèrent lecrs traits; et tous s'enfuirent, au hasard et à travers champs, à la débandade. Erfurt prise, trois cents canons, quarante généraus, et cinquante mille ennemis tués, blessés ou prisonniers, presque tout le reste découragé, désorganisé et en déroute, tel fut le résultat immédiat de ces deux batailles simultanées, et d'une seule jonmée de guerre!
Nous j perdîmes onze mille hommes, tues on liors de combat; Davont, sept à huit mille sur vingt-cinq milles l'Empereur, trois raille sur cinquante mille.
An commencement de ce grand jour, vers trois heuree du malin, malgré les dernières instructions de l'Emperenr, et en dépit de l'offre du commandement en chef que lui fit Davont, Bemadotte s'était séparé de ce maréchal pour rétrograder sur Dombourg. Vers dix heures, an moment du pins grand danger, Davont, la tête nue, un boulet la lui ayant découverte, avait envoyé Romeuf le conjurer de venir à son secours. Bemadotte se trouvait en ce moment à la hauteur du pont de Camboni^; il n'avait qu'à le passer, peu d'instants eussent suffi pour
lÈSÂ
'amener à la tête de vingt raille hommes sur le flanc Toib de l'ennemi ; son apparition eût décidé la victoire : b'j refusa ! Davont l'appelait, l'invoquait, lui offrait le BommaDdement ; Bernadotte le sa^'ait attaqué par des brces triples; il continua, sur la rive opposée, sa marche jgîble, et s'éloigna ! Oe ne fut pas !a crainte de sa resuabilité, ni une autre crainte qni le détourna. Les liens disent qu'il eût été un héros dans sa propre canse. % nature était ainsi, tout exclusive. C'était seulelent quand il pouvait rapporter tont à lui, que son cœur n'ouvrait. Dès iors, ardeur, générosité, dévouement pour B siens, toutes les séductions, tons les eutrainements des [Taudes âmes s'y retrouvaient. Mais supporter un égal, a snpéiienr ; servir à la gloire d'an autre quel qu'il pût are, un tel effort lui fut toujours, ou impossible, ou inlOpportable 1 Quelques-uns crurent qu'nne haine privée intre Davont lui avait fait commettre cette détestable etion, ce qui l'expliquerait sans la rendre plus excusable. Quant à Davout, homme de probité, d'ordre et de dec avant tout, quoiqu'il eût bien servi jusque-là, et algré le rang de maréchal qu'il avait atteint, il n'en itait pas moins, à nos yeux, demeuré obscur. Ou se aait qne c'était Valmy qui avait nommé Kellerraann aiéchal de France; Fleurus, Jourdau; Castiglione, igereau ; Zurich, Masaéna; cent actions glorieuses, jeffebvre , Xey , Lannes ; et qu'enfin d'autres choix Kvaient eu pour motifs de précédents commandements en ihef ; tandis que, pour Davont, il semblait que, en lui, ■Empereur eût voulu récompenser surtont des services
%ltA MÉXOIREB SrrS AIDE DE CAMP.
prirés, et qa'3 aTsût moins ocmsalté la renomniée que le dérooement à n penonne. Tdle était ToiniioiL Mais, danx ciçftte teide joomée d'Anentadt, DaToot pioDTaqae, à iion génie entier et tenace, û n'avait manqué qu'une occasion; qu'il n'j a point de gnuida hcMumea sans de grandes circonstances, et que c'est à leur rigueur à s'en emparer et à en profiter que ces hommes-là se font reconnaître !
li justifia le choix de l'Empereur; et, en quelques heurf«, d'obscur qu'il était injustement il devint justement célèbre !
Le premier soin de Napoléon après sa victoire et celle
a Davout avait été de dicter le bulletin. Davont y fut
ïomblé des plus grandes éloges, mais l'exactitude des
>8 y fut altérée ; il n'y fut question que d'une bataille,
t il y en avait en deux. L'Empereur y sembla avoir eu
pInB à vaincre, tandis que c'était tout le contraire. Il
it vrai qu'alors sur ce dernier fait il y eut erreur peut-
i, tant la victoire de Davout paraissait encore estraor-
biaire.
1 fit ensuite appeler les trois cents officiciers saxons
e noua avions pris ]a veille, et les harangua, a Quand
t lui ne s'était armé, leur dit-il, que pour affranchir
t Dresde du joug de Berlin, par quelle faiblesse leur
It Souverain s'était-il laissé entraîner à s'acmer contre la
! France ? N'était-ce pas à eUe que, depuis deux siècles,
t la Saxe, menacée par l'Autriche et par la Prusse, de-
( vait son indépendance? Les Saxons ne voyaient-ils
[ pas aujourd'hui que, dans la Confédération du Rhin,
I même protection s'oSrait & leur prince? Qu'ils
I jnrent donc de ne pîns aervir contre la PraDce, et que, « libres avec leura soldats, ils retournent porter chez eux ■I ces paroles d'alliance ! i Tel fut à peu près son langage; leurs acclamationa y répondirent, et tous prêtèrent le serment demandé, qu'ils siguèrenl ensuite,
L'Empereur alors se rendit à Wejmar, où tout en loi ftit digne de sa victoire. Ses ordres pour en profiter forent expédiés de cette ville. Ce fat là qu'il apprit, de Ney et de Mnrat. la capitulation d'Erfurt, et de quinze mille hommes, premier résultat du découragement qui suivit les deuï batailles. Dans son trajet d'Iéna à Weymar il avait reçu la réponse de Frédéric à aes offres de paix faites la veille du combat, et la, demande d'un armistice.
II répondit ; qu'il avait écrit pour prévenir la bataille ; qu'elle avait été livrée, qu'il n'avait plus qu'à songer à en recueillir les fruits. Et aussitôt, jugeant pai' la lettre du roi de la direction de sa fuite, il s'en servit pour le poursuivre.
Le 17 il aiTÎva à Nauembonrg, après avoir traversé Ift champ, tout sanglant encore, d'Auerstœdt. Ce lieu de carnage, plus que d'autres, le consterna; on l'entendit! c s'écrier ; Que c'était un affreux spectacle qu'un champ « de bataille ! Que jusqu'à trente ans la victoire pouvait « éblouir et parer de gloire de telles honneurs, mais qn» « plus tard.... b Je ne sais ce qu'il ajouta, mais dans Nauemboui^, qu'il trouva comble de nos blessés, toujours sous la même impression, il dicta pour l'Lnpdratrice des paroles tontes semblables.
Là encore, apprenant enfin les détails de la conduite
i Bemadotte pendant ce massacre : •( Cet acte est
I « odieni! dit-ii ; an Conseil de gnerro le condamnerait
c à mort ! Mais cela est si honteux qu'il vaut mieux le
« taire! Je le livre k sa conscience, à l'opinion de l'ar-
■ mée ; quant à la mienne, je ta lui ferai connaître I s
Le 19 octobre, de Nauembourg; à Mersebourg, en traversant le champ de bataille de Eosbacli, il en ûl renverser et transporter en France la colonne triomphale, Â Halle ensuite et à Dessau, les 20 et 22 octobre, de pins en plus instruit des résultats de sa victoire, dans les conps sanglants du sort, dont tous les chefs ennemis, provocateurs de cette guerre, venaient d'être si fatalement frappés, il cnit voir plus que jamais Inire sou étoile, sa confiance en elle en augmenta : « C'était, disait-il, le doigt même do la Providence qui avait marqué ces ptimeal n 3 fut, je crois, après Witteraberg que , traversant un e sapins, l'Empereur, forcé par un violent orage de Titer dans une maison isolée, fut surpris d'y être innu par l'habitante de cette chaumière. Il apprit ^e que. Saxonne, mais femme en Egypte d'un officier mçoia, et restée veuve et mère sans avoir pu obtenir fi pension dn Directoire, elle avait été forcée de quitter rance. Sur quoi, Napoléon attendri lui tendant la in, lui dit : « Qu'il allait réparer cette injustice en se USliaTgeant de faire élever son fils. » En signant l'ordre I ce bienfait il jouta : a Que c'était sa première avenftnre au milieu d'un orage et d'une forêt, et qu'il merciait le sort qu'elle eût été aussi heuieuse ! v
319 MÉHOIBES DTTK AIDE DE CAICP.
Le ii ocDolire je devançai Kapoléoa dans Potedain, le Versailles de Berlin. Deux fois déjà, dans des missions précédentes, j'étais Teau là, comme Uhl d'antres, contempler les BoaTenirs que le Grand Frédéric y a Uiseés. CetLe fois, auliea d'en approcher avec nn respect timide, je pris possession de cette résidence royale et de Sans- Souci, comme de l'nne de dos oon'juétes. Je connaisBUB les lieux; mon premier mouvement m'eutruîna dans cette cbambre jadis habitée par le grand Eoi, J'y retrouvai tout à la même place, sons la garde dn même valet de chambre. Là, j'oserai l'avouer, parce que, dans la fantaisie dont je fus saisi, il n'entra aucun senUment; qn'ÎI soit possible d'accoser d'nne profanation dont je rongiraia encore ; à la vne de ce feuteuil célèbre, témoin de tant de méditations profondes et d'où jaillirent tant saillies mordantes, tant de jugements redoutés : où, s s'éblouir de sa gloire, Frédéric avait su coDsoUdet conqaêt«s par une habile politique, je ne sua pcùnt n ter au désir, an moins indiscret, de pouvoir me ra^>eler, toute ma vie, qae j'avus occupé un instant sa place I J'avouerai donc que j'osai, le front découvert, m'a»seoir on moment dans ce &utcnil, et de là examiner enriensement tout ce qtii était à sa portée.
U y avait au côté droit de ce siège, dans le mur [wèa duquel il st^ tronvait, un placard resté entr'oarat. Parmi les objets que renfermait cette armoire, je ramai^ quai une loi^ette d'un seul verre; j'c^ai la toadier, l'eseayer même. Le verre en était concave: aou numéro, huit ou neuf, n'avait pu convenir i\a'k une fortOk
nyopie. « Hé qaoi ! m'écriai-je, en me leyaiit précipir t&mnieiit, car je me sentais là mal à mou aise, ce E appartenait- il an Grand Frédéric ? « Le valet de ih&mbre répondit affirmativement, et que cet objet, omine tou8 ceux qui se trouvaient là, avait toujours bé conservé religieusement à la même place, où la mort n grand homme les avait surpris. Etonné, je renouveà l'épreuve à plusieurs reprises, et, quelque tentation n'il me fallût vaincre, je remis scrupuleusement où je 'avais pria, ce verre qui me paraissait et qui était en it ai remarquable.
Ainsi donc, sur les champa de bataille, où la vue eue un si grand rôle, frappé de la même myopie qu'Apxandre le Grand et que le grand Gustave-Adolphe, Frédéric le Grand n'eu avait pas été plus arrêté dans ses fictoires que ces deux grands hommes de guerre ! Dans 9e moindres proportions Davout, à Auerstœdt, venait ^'offrir un autre exemple de ce phénomène. Ces eiem- ^ea prouvent que c'est surtout dans le caractère qu'il iant chercher la source des grandes actions; que, dans la batailles, pour des hommes aussi haut placés, quand m parti est pris, les pointa décisifs reconnus, et les or- 9 donnés en conséquence, il peut suffire de la rue ["ensembie, dont celle des détails pourrait parfois les iétoumer ; détails où peuvent les suppléer leurs lieutetants qn'ils ont toujours su, ou choisir, ou former et aspirer.
Je me perdais dans ces réflexions, en continuant k plair autour du palais les différents postes, lorsque Napo-
UËUOIUBS. 18
314 îtEMOIEES DTIN AIDE DE CAMP,
léon arriva. Il voulut auseitôt être condnit au milieu t ces munies souvenii-s. Je les revis à m suite, non sana un embarras intérieur qui pouvait ressembler à un remords. L'Emperenr les examina avec une cnriosité attentive et silencieuse.
Ce fut, je crois, le lendemain 25 octobre que, me rencontrant sur son passage et le voyant sortir à pied da cûté de la ville avec quelque préoccupation, je le suivis jusqu'à l'église qui renferme le tombeau du Grand Frédéric. I] s'y rendit à pied et d'abord précipitamment ; mt arrivé à ce temple, a& marche se ralentit ; elle devint de plus eu plus lente et posée, à mesure qu'il approcha des restes du grand Roi auquel il venait reudre hommage. La porte du monument était ouvert*; il s'arrêta à rentrée, dans une attitude grave et recueillie. Son regard plongeait clans l'ombre qui enveloppait cette cendre auguste. Il demeura ainsi près de dix minutes, immobile, silencieux, et comme absorbé dims nue méditation profonde. Nous étions quatre ou cinq autour de lui : Ûuroc, Berthier, Caulainconrt, l'aide de camp de service, et moi. Noua contemplions tout ce que ce rapprochement avait de solennel et d'extraordinaire, nous figurant ces deux grandes âmes en présence, nous identifiant aux pensées que nous supposions à notre Empereur, devant cet autre génie dont la gloire survivait à son œuvre renversée, qu'on avait vu aussi grand dans l'eitrême adversité qu'au faîte de la fortune, et qui avait su s'an'éterl
Je ne saie plus si ce fut avant ou après ce pèlerinage
gn'il fit prendre l'épce et les insignes du grand homme, et qu'il les destina en trophée à la, conEoiation de noa ^nvalidea échappés au désastre de Roabacb. Le jour de ïotre départ de Potadam, le 26 octobre, le prince d'Hatzfeldt vînt apporter à l'Empereur les clefs de Berlin. Da>us cette audience ceux qui accompagnaient Hatzfeldt tlâmèrent leurs princes comme les antenra de la guerre, t répondirent de la résignation de k capitale. On verra Isientôt comment cette démarche compromit ce seigneur puBsien et faillit le perdre.
Ce jour-là, la nouvelle de la reddition de Spandau étant rrirée. Napoléon alla visiter cette forteresse, d'où il vint toucher à Charlottembourg ; s'étant égaré, il n'y arriva a'une heure avant la nuit, à cheval, seul, et trempé par ne piuîe battante. Nal habitant, uni gardien même ne y trouvaient; l'herbe avait cri sur le pavé de cette rélîdence royale qui semblait abandonnée. Je venais aussi I mon côté d'y arriver, et j'essayais d'en ouvrir la lorte lorsque je vis paraître l'Empereur ; il mit pied à Brre et unit ses efforts aux raieuB, me reprochant son »lement, qui, réellement, au milieu d'nn pays ennemi l'était pas sans imprudence : « Pourquoi n'avais-je dia- ! posé aucune troupe sur son passage ? Pourquoi se trou- ! vait-ii là sans aucune garde ?» Je n'en étais point la , je répliquai; il m'imposa brusquement silence; sais un moment après, la porte ayant cédé à nos eiTorts, a. humeur changea. Ce fat aartont lorsque, en parcount les appartements, il aperçut un bon nombre de Bttres laiBBées par la reine dans une chiffonnière que,
par curiosité, je venais d'ouvrir. L'Empereur s'égaja sur l'ouWt de cette correspondance; et, la supposant galante, il plaisanta sur l'indiscrdbion qu'il ne pourrait peut-être maîtriser, et qui allait le rendre confident des secrets de la princesse.
II parcourut ensuite curienaenient toutes les traces des habitudes de la reine, m'adresaant sur chacun de ces objets ses observations, avec cette voix qu'il savait rendre si caressante, lorsqu'il voulait réparer envers ceux de son intérieur un premier et injuste mouvement d'impatience.
Depuis un an tout dans les actions comme dans les paroles de Napoléon avait changé. L'année précédente, en abattant [a troisième coalition, modéré dans sa victoire, i! avait épargné au peuple vaincu le spectacle d'une entrée triomphale à Vienne. Mais ici, dans cette défaite d'une quatrième coalition, d'un allié nouveau de cette AngleteiTe devenue plus que jamais sa rivale implacable, tout en lui fut menaçant, tout sentit la conquête! De là son entrée solennelle dans Berlin. Il eo accueillit en maître les autorités, s'empara du gouvernement, et prit possession de la résidence royale, où je le reçus le a? octobre.
Néanmoins l'irritation qu'il y apporta ne fut pas aveugle. Plusieurs princes et princesses du sang royal, surpris dans cette ville, se trouvaient en notre pouvoir : il alla les visiter et les consoler ; il voulut que les hoEnenrs dus à leur rang leur fussent rendus. I/un d'eux, le jeune prince Auguste, y était resté blessé et prisonnier :
il le remit libre au prince Ferdinand son père ; le peuple fut rasBuré; la police de la ville confiée àl'élite de la bourgeoisie; mais sa colère contre la noblesse éclata dans une apostrophe menaçante : * Elle avait, en dépit de a son roi, voulu la guerre! elle en supporterait tout le < poids! Il II en dit pluB et tintparole. Ces menaces avaient été préméditées ; leur publication par ses soins en est la preuve.
Il en fut de même de l'humiliation qu'il se plut à infliger auK gendarmes de la garde. Ce corps entier, pris tes armes à la main, était l'un de ceux qui avaient le plus insulté de ses mépris la Grande Armée et son Empereur. Berlin avait vu leur arrogance ; il voulut qu'elle revit ses jeunes maîtres, naguère d'une présomption si outrageante, traverser ses rues en une longue file de captifs démontés,
éa, et chargés de la réprobation universelle ! ^ Mais revenons à son entrée danscette capitale. Cejonr- Irnn incident digne de remarque avait en lieu. Le prince ËfHatzfeîdt s'était, une seconde fois, présenté devant Ini t tête des autorités soumises. Le dévouement de ce gérai prussien à son roi lui avait fait accepter cette poa pénible. Mais soit qu'il n'en eût pas assez calculé B engagements, ou qu'il en eût bravé les conséquences, mdis qne, d'une main, il apportait les clefs de la capitale Napoléon, de l'autre il avait rendu compte à Frédéric e la situation de notre armée an milieu de sa conquête, tevoat avait saisi sa correspondance ; le prince d'HatafeJdt l'ignorait, quand i sa vue l'Empereur, le foudroyant . regard, s'écria : « Retirez- vous, Monsieur! allez
318 MÉMOIBÎS DTJS AIDE DE CAMP.
« dans vos terres ! Xe vous présentez pins devant moi, t je n'ai plus besoin de vos services! b
Hatzfeldt s'était attiré cette réception, et peat-&re Euflïsait-elle. Mais dans la nuit saivante la lectnre de la dépêche saisie accrut la colère de l'Empereur : il feifc aussitôt aiTÉter ce malheureux généra! ; il ordonne que snr-le-champ il soit traduit comme espion devant une commission militaire; il veut que, amené dans le palais que loi-méme habite, il y soit gardé à vue, et que, confié à ma surveillance, je réponde de sa personne.
L'arrestation, le jugement même dn coupable étaient dans le droit de Napoléon, si toutefois le droit peut jamais être assez rigoureux pour s'élever au-dessus de tontes considérations humaines. Mais faire de sa propre résidence une prison criminelle ; mais se faire ainsi lui-même, dans son palais, par sa propre garde, par les officiera de son service, le gardien de sa victime, iî y avait là quelque chose de si excessif, que nul de noua ne put croii'e à un dénoûmcnt sinistre. Aussi arriva-t-il ce qne lui-même, sans doute, avait prévu.
Pendant que, ce jour-là même, il passait en revue la corps d'armée de Davout et qu'il se préparait , par les éloges et les récompenses dont il le comblait, à nue indulgence généreuse, j'avais été dans la cliambre dn prisonnier, bien moins pour m'asaurer de aa garde qne pour calmer son inquiétude. En même temps, guidé par un sentiment pareil, le grand maréchal Duroc avait accueilli l'anxiété de la princesse d'Hatzfeldt, épouse de l'infortuné général. La nuit était revenue, la revue finie ; la
sis ptïnceliiit de lumières ; déjà les "reiindiera de la ■de formaient la haie sur l'escalier étroit et tournant, jusque dans la première pièce de l'appartement de perenr, quand cette pauvre princesse, grosse, prête lucher, et toute tremblante, me fut confiée. Je la laçai, malgré la consigne, à l'entrée même du salon de ■apoléon, et snr son passage. Malheureusement, dans la préoccupation à l'encourager lorsque l'Empereur pa- Ot, j'oubliai d'inipoaer silence au tambour qui se trounib là près d'elle, en sorte que, an retentissement Bouîain des premiers coapa sur cette caisse, saisie d'effroi gomme par l'explosion de ces armes à feu qu'elle venait wnjurer, elle tomba dans mes bras à pen près sans conasissance! n: Qn'est-ce que cela? u me dit l'Empereur; réponse : n Bien ! i me dit-il, mais plus du regard que de la voix, et en passant ai rapidement, qu'à jieine eua-je le temps de ranimer la princesse, et de la pousser aprt's lui dans cet appartement dont auBsitôt les portes, en ae refermant, nous séparèrent. Une demi-heure après, elle en sortit troublée, égarée icore, mais cette fois par tous les transports les plus luchantsde la plus vive gratitude. Nous la conduisîles, le grand maréchal Duroc et moi, dans les bras du d'Hatzfeldt, que nous eûmes le bonheur de rendre k sa joie reconnaissante.
On BUt bientôt, d'elle et de Napoléou lui-même, eom- ^" ment elle avait obtenu sa grâce. Accueillie avec égards, elle n'avait d'abord songé qu'à défendre son mari en protestant de son innocence, « Fille du ministre Schulem-
« bourg, l'un des enaemis les plus ardents de Napoléon, 1 sans doDte l'Emperear, avait-elle dit. Toalait se venger a de son père sur celui qu'il avait choisi ponr gendre! ï Cette HDpposition pouvait parwtre injurieuse : Napoléon, Bans e'émonvoir, y répondit en se faisant apporter la dé> pêclie aecnsatrice, qu'il lui fit lire, dont il la fit jnge, et lui expliqua les conséquences; mais aussitôt, touché de l'estréme détresse de cette infortunée t 'i Eh bien! s s'em pressa- t-il d'ajouter, en lui montrant la cheminée devant laquelle elle était assise, a puisque voua tenez « entre vos mains la prenve du crime, anéantissez-la, et a désarmez ainsi la sévérité de nos lois de guerre ! » Il n'avait pas fini, que déjà l'henreuse princesse, se précipitant, avait jeté au plus ardent du foyer la lettre fatale. L'Empereur alors, achevant de la rassurer par la promesse de sa protection, l'avait promptement renvoyée à son mari qu'il venait de lai faire sauver de ses propres mains, par cette clémence ingénieuse.
C'était, comme il a été dit, après la revue du corps d'armée de Davout, que cette action de l'Empereur, simple au fond, mais belle par la forme, avait eu lieu. Dans cette revue, sa noblesse d'Ame s'ctait montrée par un acte de justice d'un autre genre. Depuis le 15 octobre son équité souffrait : il la sentait surchargée de la part de gloire de son lieutenant, qu'il s'était attribuée dans ce bulletin, où, confondant Auerstîedt dans lèna, il n'avait fait qu'une bataille de ces deux victoires. Aussi avait-il saisi toutes les occasions de restituer en détail cette gloire usurpée, sa politique se refusant à
une restitntioQ plus ouverte et plus complète. Â lêna même, dans la nuit du H au 15, quand, deux heures après mon rapport de H^eymarà l'Empereur, le colonel Bourck, offtcier de Davout, était venu lui apprendre cette victoire d'AoerBtœdt : « Mon consin. avait-il écrit à ce ■ maréchal, le combat d'Auerstœdt est une des plus u belles journées de l'histoire de France ! Je la dois aux ( braves troupes du troisième corps et an général qui « les commande ; je suis bien aiee que ce soit vous 1 >
Le lendemain, à Weymar, redoublant encore, il terminait nn ordre de ce jour par ces mots ; n Que Davout t et son corps d'armée avaient acquis, pour jamais, des I droits k son estime et à sa reconnaissance ! > A Nauembonrg, il avait été visiter lai-même et consoler les nombreux blessés de ce maréchal ; à Wittembei^ , il avait nia que Davout eût l'honneur d'entrer le premier dans I capitale ennemie; et, dans son ordre de ce jour-là, il ait motivé glorieusement cette préférence. A Berlin In, le 38 octobre, dans cette revue du corps d'armée } Davout, il venait encore de consacrer à la reooniance toute cette journée, dont il avait couronné la t parnn acte de clémence. Cinq cents étoiles d'Hon- ^r, et la pins nombreuse des promotions à divers gra- , en avaient été le gage. Qnant îi ces dernières fars, la circonstance les commandait, puisqu'il fallait remplir d'aussi gninds vides ; mais, en distribuant Tm grades de ses propres mains, il en augmenta le prix qu'il sut accroître de ses paroles.
Elles allèrent d'abord chercher de rang en rang et sa-
tîafaire le soldat, comme l'officier et le géniiral. Ces éloges du grand Empereur, son attitude, son regard, ses moindres gestes en leur parlant, cette con naissance intime que chacun, jusqu'au deroier fusilier, croyait avoir i tractée avec le grand homme, allaient être d'inépuisables sujets d'entretien dans la compagnie, et de correspondance avec la famille ! C'étaient autant de lirevets d'i mortalité, dont chacun d'eux serait à jamais illustré, dans son peloton, dans sa ville ou dans son village
Ce premier effet produit, et Napoléon en connaissait toute l'influence, générauï, officiers, sons-officiers de toUB les grades, avaient été appelés eu cercle autour de lui Alors, de cette vois qui semblait être celle de la Renommée, la voix de l'Histoire : « Leur valeur, dit-il, lui Œ avait rendu à léna le plus signalé de tous les servi « C'était à leur belle, â leur brillante conduite qu'on de- <i vait tous les glorieux résultats de cette guerre ! Leurs « compao^ons morts, il les regrettait commcses enfants! <T Tous enfin, répéta-t-il, avaient acquis, pour jamais, € des droits à ses bienfaits et à sa reconnaissance ! ces paroles, qui élevaient ce corps d'armée, à la fois fit tout entier, au premier rang dans la gloire de la conquête, l'enthousiasme fut universel. Davout, transporté, répondit ; i Sire, nous sommes votre Dixième Légion I « Le troisième corps sera partout et toujours pour toob, tt ce que cette Légion fut à César I n
Rien dans ce rapprochement, quelque élevé qu'il fût» ne parut trop ambitieux; on trouva même qu'il convenait à ce maréchal. Ceux qui l'ont connu !e mieux disent
^H y avait en effet quelque cho8e dantitiue dans sa jre inflexibilité, sévère à lai-mème comme aux au- ; et surtont dans cette simplicité stoïque, au-dessus i toute vanité, avec laquelle on le voyait marcher ajoure droit, et tout entier à l'accomplisscinent de son woir! Il ne songea pas ce jour-là, que seul, au milieu t d'éloges, il restait encore frustré. Pins tard on a que Napoléon fit pins ; et que, en le nommant duc edt, il acheva de restituer k son lieutenant la aille qui lui appartenait, et la plus belle, la plus dé- ! des deux victoires.
1 mUien de tant de soins présents et lointains, chan de nous put remarquer combien, pendant le séjour i'il fit à Berlin, son génie, si inSexiblement entier et a dans sa voie ambitieuse, hors de là redevenait naturellement tantôt sensible et généreux, tantôt causeur aimable plein de séduction, et de l'accès le plus attrayant et le plus facile. La princesse de Hesse-Cassel, sœur de Frédéric, abandonnée dans le désordre de la défaite, était restée malade et ignorée dans l'un des appartements du palais. Elle y manquait de tout. Un hasard en instruisit Napoléon ; aussitôt il lui fit porter deux mille louis d'or ; il voulut que tons ses biens propi-es lui fussent rendus sur-le-champ; que tous ses désirs fussent satisfaits, et plasienra fois lui-même alla consoler son infortane.
Dans ce même palais, Hnmboldb et d'autres savants moins illustres furent attirés : tous en sortirent saisis d'admiration et pénétrés de reconnaissance. L'un d'eux.
SCÉMOIBES DTJS AHW DE CAltP.
Une députation da Sénat français vint alors lui rendre hommage. Ce corps était son instrnment favori, celui sur leqnel il comptait le plus pour légaliser sa dictatnre. Il Ini rendit honneurs pour honneurs ; il voulut que les trois cent quarante drapeaux conquis et les insignes du Grand Frédéric fussent confiés à ces sénateurs, et qu'ainsi leur retour en France fût triompha! ! Quant à la multitude de SOS prisonniers prussiens, il les envoya à leur suite dans l'intérieur : il offrait leurs bras désarmas, auxquels un modique salaire suffirait, à nos manufacturiers et à nos cultivateurs, pour tenir lieu de nos conscrits, dont l'ab- Bence, déjà, se faisait sentir.
Cependant la plus grande partie de son armée vient de traverser Berlin sous ses yeux. Chaque jour on l'a VD, sur la place du Palais, en passer successivement en revue les différents corps; il en a surveillé la réorganisation; et, de sa voix, de sa main victorieuse, il a exalté i'amour-propre par ses éloges et excité l'émulation par ses récompenses. Ce fni laque, autour de lui, naquit dans quelques imaginatioua cette folie des extrémités qui n'ont d'issueqne des abîmes! Murât commença. Pieret toutécla- (tant de renommée, aussitôt aprèaavoirachevéd'Holienlohe et Bliicher, il était accourn dans Berlin près de l'Empereur, Il s'y trouva au moment où, de Posen, Ses lettres de Davout arrivaient toutes brûlantes des transports de la Pologne, Les Polonais, à la vue des Aigles françaises, n'avaient plus douté de leur affi'anchis se oient.
i 90IB FAIT PRISONNIER.
Le 2 7 novembre 1807 Napoléon arrivt; k Posen. La I guerre de Prusse est terminée ; c'est 1r guerre de Pologne I contre les Russes qai commence.
J'avais, à Berlin, reçu l'ordre de devancer Napoléon de plusieura jours, d'abord à Posen, puis à Vareovie, Je n'étais chargé d'aucune mission politique ; mais l'arrivée dans ces deux villes d'un premier officier B.ttaché à l'Empereur et l'établissement de son quartier impérial que je 1 commandais, y avaient fait quelque sensation. Séduit par l'esprit vif et brillant et par l'enthousiasme patriotique et chevaleresque de la noblesse de ce pays, l'iiccueil, plein d'épanchements, de ces âmes ardentes et si commnnioa- j tivea m'avait entraîné. Je m'étais trouvé à quolques-unes de leurs réunions; là, malgré la réserve sérieuse, habituelle k tout ce qui entourait de près Napoléon, j'avais | pris part à leurs joies et partagé l'espoir de cette nation J si digne d'un meilleur sort, et à la fois si brave et aimable. Ceci expliquera quelques premières sévérités outrées d(»nt je fus victime dans la captivité qui m'attendait au milieu de l'armée russe.
L'Empereur était inopiûément, efc presque eeui, entré dans Varsovie, la nuit du 18 décembre. Le 23, avant le jour, je l'avais suivi au quartier général de Davout enr les bords du Bng, Il y était aiTivé vers dix lieures du matin; et aussitôt, comme s'il eût été fatigné de ce mois entier d'éloignemeiit du bruit des armea, impatient de reprendre ses habitudes guerrîbres, noua l'avions va franchir ce fleuve, courir aux avant-postes sur l'Ukra, et là, tantôt à cheval, tantôt à pied, tantôt même du sommet des toits des maisons, examiner, avec l'atteutiou la plnB Bcmpnleuse, les positions ennemies et les uôtres. Il s'en était pénétré si complètement, que, à son retour au li«amp de Davout, lui-môme avait dicté l'ordre de l'attaque P âans un détail qui serait invraisemblable, si la dictée n'en eaatait pas encore. La chute du jour avait été désignée pour le commencement de cette affaire. Le signal convenu était l'incendie d'une maison. Composition, empla- [ oement, direction non seulement des colonnes d'attaque Wieb des réserves, mais de chacune de leurs demi-batteries, *de chaque compagnie de tirailleurs, et des moindres piquets de cavalerie destinés à les soutenir; enfin l'indication des points et des moyens de passage, de la manière de combattre de chaqne arme selon la nature des lieux et L;Ja résistance prévue, telles avaient été sur notre front les I dispositions qu'il avait prescrites. Il en avait ajouté [.d'autres pour deux attaques de flanc simultanées; il I .avait même voulu que, dès les premiers coupa, une famée épaisse, produite par des monceaux de paille mouillée allumés devant ia droite de nos ennemis, ajoutât aux
préoccupations de leur général l'inquiétude d'un antre
Tant de Boina avaient fait croire antour de Darout que l'Empereur avait voulu honorer le corps d"armée vainqueur à Anerstœdt, eu le commandant ainsi Inimême. Cela se peut; mais on n'y doit pas moins voir un exemple mémorable de toutes les précautions qu'exigent les apprêta d'au combat nocturne. En effet, et plus que dans toute autre occasion, tout, dans ce genre de cou doit avoir été prévu par le général, les chances, aussitôt après que l'engi^remeut est commencé, ne pouvant plus être saisies par son coup d'œll. Aussi lu succès conronna-t-il l'œuvre, malgré la difficulté des lieux, augmentée par les retranchements opposés et par l'habUe et opiniâtre résistance d'Ostermann. Ce couilit nons avait coûté environ mille hommes, et le double h l'ennemi, qui s'était retiré sur N^asielsk.
Dans notre perte on avait remai-qné celle de nos officiers : elle fut disproportionnée ; ce qu'on attribua à la nécessité où ils sont tous, dans ces attaques de unit, de se jeter en avant des leurs pour les guider, les encourager, s'en faire mieux entendre, et mieux recounaître l'obataole â vaincre. L'Empereur lui-même avait pris son quartier dans une chaumière, à portée du canon des Russes. H avait voulu présider au combat comme à ses dispositions. II nous avait dispersés sur les divers points à assaillir, et il ne prit de repos que lorsqu'il vit le succès assuré, d'après nos rapports.
Il était onze heures du soir quand je revins lui porter
JE BU13 FAIT TRISONNIER, 32n
î mien. Je le trouvai, comme à léna, couché daus le
Louvre lit qu'il avait trouvé dans cette chaumière. Mon
Jrapport fait sur l'attaque de notre gauche, je m'excusai
■'d'être revenu aussi tard, sur ce que, mon cheval ayant
féiè tué dana un ratour offeneif des Kusees contre le
e ligne, il m'avait fallu revenir à pied. Cet accident
n'avait rien d'extraordinaire, et je ne sais pourquoi
l'Empereur, relevant la tête : « Quoi ! est-il vrai ? votre
c cheval tué bous vous ! ;ii me dit-il vivement et à deux
L reprises. Je le quitlai sui-pris et reconnaissant de cette
Imarque d'intérêt; quatre jours avant il m'avait ordonné
Kde faire auprès de lui le service d'aide-de-camp ; cet acci-
lâent le confirmait-il dans cette volonté? je pouvais le
Croire. En tout cas, un malheur m'ayant séparé de lui le
ain ajourna de six ans pour moi cette fortune.
Je ne puis me décider à passer ici aous silence un fait
Passez rate dont le souvenir me touche encore. J'ai dit
u'à l'attaque nocturne de l'Uki'a, le 23 décembre, j'avais
é démonté. Mon cheval avait été blessé d'une balle au
^itiail, le sang en ruisselait ; et, comme i! ne pouvait
■plus ee soutenir, j'avais été forcé de l'aljandonner et
É^'emporter son éqaipement sur mes épaules. Arrivé à
teois cents pas de là, à notre première grande garde, je
Ue reposais devant son feu, assez chagrin de la pei-te de
Qa monture, lorsqu'un son plaintif et nn choc inattendu
rjne firent détourner la tête. C'était la pauvre bête qui,
ée, s'était traînée de loin sur mes pas ; malgré la
distance et l'olscurité elle était parvenue à me rejoindre ;
et, me reconnaissant k la lueur de ce bivouac, elle venait
de poser, en gémissant, sa tête sur mon épaule, A cotte dernière preuve d'attachement mes yeux se mouillèrent; je la careesaÎB quand, épuisée de sang et de son effort pour me suivre, et entourée de nos soldats surpris et touchés comme moi, elle tomba, Be débattit un moment, et expira !
Lee iiiaihenrs, on le sait, marchent par troupes : on dirait que l'isolement n'est paa dans leur nature. Un série d'accidents commençait pour moi. En quittant la misérable chambre de l'Empereur j'étais passé dane une espèce de couloir, jonché de paille, seul antre abri qui existât dans cette chaumière. Un oEficier piémontais, qui depuis s'est fort distingTié, s'y était endormi ; réveillé en sursaut il m'injuria sans savoir pourquoi; et quand eut repris sa tête, s'opiniâtrant, je fus forcé de lui asf gner le lendemain pour le dénoiàment de cotte quereUe
Me voilà donc avec un cheval tnê et un duel I Je n'étais pas au hout : le jour revenu, nous fûmes, mon adversaire et moi, momentanément séparés par l'ordre de marche. Je partis avec Eapp, général commandant la cavalerie de l'avant-garde. Bientôt, arrivés en vue de Nasielsk, nous aperçûmes l'ennemi sur le revers opposé, et couvert de bois, du vallon où se trouve cette ville. Dès nos premiers conps de mitraille la ligne ennemie s'entr'ouvrit, elle offrit un intervalle; je proposai à Eapp d'y faire charger l'un de ses régiments, afin d'empêcher les Rosses de se réunir. Rapp approuva : iî me pria d'idler faire esécuter cette manœuvre.
Je la commençai à la gauche de la ville, avec Exelmaiu
et le 1" de cbaaaeurs à cheval qu'il commandait; je l'aolievai avec le 12'"° de dragons, Exelmana ayant été attiré à droite par l'attaque de Nasielsk. Mais le colonel du 12°' s'emporta. Au lieu de tenir la plaine déjà balayée^ la chaleur de la poursuite l'entraîna jusque dans les bois de haute futaie qui la terminent. Je l'y rejoignis et Ini fia comprendre son impmdence; elle était grande. Nous étions si abaurdement déplacés dans ce bois, que, pour eu sortir, nous fûmes obligés de défiler par un, et courbés sur nos chevaux, an travers des branches auxquelles les casques des dragons s'accrochaient.
H était temps : déjà les fuyards ennemis s'étaient raa- Bemblés par groupes, sur le bord de cette futaie, pour nous abattre succesaÏTeraent à la sortie de ce coupe-gorge. Je m'en échappai le vingt-cinquième aoua leurs coups de feu. Aussitôt, et afin de fïiciliter la sortie du reste, ralliant ce peloton, je culbutai le groupe ennemi le plus rapproché. Mais en sauvant ainsi le régiment je me perdis; et ce fut par une faute toute semblable à celle qne je venais de blâmer dans son colonel.
Jusque là la manœuvre que j'avais conseillée, et que je faisais exécuter, avait réussi. La ligne de cavalerie emiemie séparée en deux ne pouvait ae réunir ; les uns fhyaient à gauche sur les routes de Kovemiasto et da Wirzild; leur général au contraire et le gros de sa division se retiraient à droite sur la route de Srzégocin. Qnant à nous, placés entre deus, nous nous trouvions en même temps avoir tourné Nasielak qu'en ce moment Eselmans et Eapp attaquiiient de front. 11 n'y avaitdonc
plus cju'à profiter de cet ayaotage, en réunissant nos ofFortB aux leurs contre la ville et contre l'arrière-garde d'Osterman. Le V2"" de dragons, délivré de la forêt par la charge que je venais d'esécuter, ne manqua pas cette attaque. Ce fat moi seul, avec le peloton que je venais d'entraîner, qui m'en écartai.
Notre premier élan avait été si vif au travers de cea hussards fuyant en déroute, que, en les poursuivant beaucoup trop loin dans la forêt sur la route de Wirziki, je m'en étais trouve environné. Je m'arrêiais pour revenir au point d'attaque, quand l'un d'eux passa si rapidement près de moi que je le manquai d'un coup de sabre. Irrité je m'attachai à sa poursuite, m'enfonçant aveuglément dans cette forêt , jusqu'à ce que je l'eusse atteint et abattu.
C'était une faute et, j'en conviens, un emportement de soldat bien irréfléchi. Je m'en aperçus aussitôt à mon isolement des nôtres, an milieu de sapins énormes dont l'immobile silence n'était interrompu qae par le mouvement des fuyards russes. Je les voyais se dérober, jt droite et à ganche du grand chemin, à travera ces grands arbres; leur effarement était heureusement si complet, qu'ils me laissèrent tourner bride et rejoindre le peu de dragons qui, m'ayant suivi, s'étaient imprudemment engagés sur cette route.
Ces dragons revenaient snr leurs pas; deux de leurs ofBciers, frappés de vertige et n'apercevant pas le danger de leur position, cheminaient lentement, au pas. en cansant comme en pleine paix, sans même songer à rallier le faible peloton qu'ils commandaient. Ils u'éL-uiitèrent ni
JE SOIS FAIT PBI80HNIEE. 333
I piee représentations, ni même cdies de leurs sons-officiers, i leur montraient un gros d'ennemis de toutes armes us barrant au-dessus de Nasielsk la sortie âe la forêt, s'apprêtant à nous en disputer l'issue dans !a plaine.
, Il était évident quïl ne nous restait d'espoir qu'en I Bortant de là, comme nous y étions entrés, par uue charge »4 fond; mais ces ofRoiers, dont l'un, fils d'un terroriste, puoua portait, je crois, malheur, avaient perdu tout jugement. Incompréiienaiblement obstinés dans leur négligente insouciance, ils me firent l'effet d'être empreints de fatalité, comme ces animaux marqués de ronge qo'on ! abattre. A leur défaut je courus à leurs dragons. U\b étaient au nombre de vingt-deux ; mais, ne se voyant i conduits, ils nous avaient devancés, en sorte que, ique je voulus en prendre le commandement et les Rllier, il n'était plus temps. Tout cela fut l'affaire de secondes, car dans ces moments critiques l'acftionva plus vite que la parole. Déjà les dragons les plus (Tancés, sans chef, sans ordre, et repouEsés, avaient abanlué la gi-ande route : ils s'étaient jetés à gauche dans Bâne prairie marécageuse aboutissant à des canaux. Malé mes cris et mes imprécations ils y entraînèrent leurs ffôfficiers, et, demeuré seul sur ïe chemin, je fus forcé de Flea Buivre dans cette impasse.
Lfk, environnés et fusillés à bout portant, ils se kissè- [ rent abattre successivement sans chercher à se défeudre, I Je vis ces infortunés mettre pied i terre et planter leurs f xabres devant eus, montrant ainsi qu'ils voulaient se
reoirc. Totts j pénrenl, à l'etception de tnÙE dr^a», lea ieaU qoe je piu rallier. Airm, perçant le fond de tx col-dcHtiu:, fntncbiwant le canal, nous arrachant k ce nunu, et fuyant à notre tour, noue nons jetâmes, tota quatre, dans nii sentier tracé an travers des derniers s^ôns qol séparent la route de 'Wirzicki de celle de Snégocin. Cescntiersembl» d'abord nous conduire snr le brait de iiotrt) canon, et, qaoiijne l'arri ère-garde ennemie occnpfit touJourK Nasickk qu'il noua fallait traverser pour rejoinâta notre armée, nous n'avions pas encore perdn tonte espi'trance.
Mikis bîcntfit je m'aperçus qne ce fatal sentier déviait branche, et (jii'il nons éloignait de Nasielsk. Il fallait pourtant le suivre, et rapidement, car déjà nous entendions derrière noua lus cris sauvages d'une multitude de Tortares acharnés sur notre piste. Il nous conduisit en quQlijties minntes hors de la forêt, mais ce fut sur la roiito de Sraégûcin. Elle était couverte de troupes en marahe de retraite. A cette vue mes dragons, transportés de joie, s'ôorièrent : « Voilà les nûtrea ! Nous sonunea c flBUTésl — Dites perdus! leur répliqnai-je, c'est l'en- « nomi! N0R8 sommes tombés au milieu de l'armée « russe I II n'y a plus qu'un parti k pi-endre ; joignons « ses proiiiiers traineurs, faisons-les prisonniers et ren- I dons-uous à eux, ils nous préserveront ensuite. > A l'instant m6me, arisaut nn fantassin isolé, je l'attaquai ; lui, BU retranchant derrière un fossé, m'ajnstti.
Ju l'avoue, en ce moment désespéré j'abaissai mon sable, «t j'avauçtti ma poitrine au-devant do conp de fea
le débarrasser d'une position qui m'était insnpiportable ; il pleuvait et ]q coup ne partit pas !
La mort ne voulait donc pas de moi, cela me rendit DB pensée première. Ne pouvant atteindre ce soldat, et IpreEBB par les rugissements des Kaliiiouka prêts à nous F joindre, je l'abandonnai pour courir sur un Cosaque effrayé, dont Je gagnai le côté gauche, et que je sommai de se rendre ; mais celui-ci apercevait son coi-ps d'armée à quelques cents pas devant lui; il voyait qne, me contentant de parer ses coups, je le menaçais sans le frapper ; il continua donc à fiiir vem les siens, galopant à côté de pnoi, et multipliant si bien ses coups de lance, qne l'un ^ens enfin m'atteignit au côté droit.
[. Ce fut alors que, blessé et n'étant pas secondé par les ragons, soit qu'ils ne m'eussent pas compris, soit que ! chevaux exténués n'eussent pas pu snivre d'assez e le mieu, je changeai d'espoir. Nous étions près, en B moment, de la division en retmite du comte Ostermanu, ■£a nuit approchait, la forêt continuait à border, à quel- P-qne cent toises, le côté gauche de la route i a A la forêt ! I criai-je à mes panvrea compagnons, et perdona-nous-y e jusqu'à ce que notre avant-garde nous délivre ! »
Un moment plus tôt cette inspiration nous eût peut-être Bauvés; mais une telle voie de salut répugne, et ce n'est qu'à la dernière extrémité qu'on s'y résigne. Il était trop tard. Nos premiers ennemis débouchaient alors du bois oiiils noua avaient ponrsuivis; ils noua aperçurent, et, se jetant ventre à terre entre nous et la forêt, ila nous atteignirent. C'était une quarantaine d'horribles Kalmouks
H» wtMotax WM Âitm de cimi
l de awÉijBW irr^lieri. t'n des dngODs eu tm lusat- Ul/irt«ll«iuent, un aotre eut Ux deux j'meB U^mwimJiB eoop An Unoe, et J'ifniore s'il eo reTiiit;k troàscne fitt prii Miu e.VfAr it^. blowé ni déchabillé, et il en pnm à ti«iir«uii '|u<;iia j"ie me lit «ourire; muace Ait j^astnl ut dit WKiveiiir, car «r ce mnincnt j'avais trop à faire!
One 'juinzafne du cca Nanvagea venait de tomber est iiinl en ni« erlMnnl île roupii de lance, dont I'iid. mîeox adruMUi, mu perçant leuoa, tno jeta à terre. Je me rekTsi pr'iliiiitimiunb ot, rac faiiiant un abri de mon cheval, je ga- IfUui aiiiii igiioIqncR instante; cependant l'un de ces Ealinoukani'uyiiiiburnicliémun sitbre le montra aux antres ; II ^t«iL t^nautiKliiQtÉr '*'"'' fureur en redoubla, et mes bras ut mon nhuvnl nnsulfiBHient pins à m'en garantir, lorsqne, Ail travers île eut orage du coupa, je distinguai leur chef. U'i^tait un do ces jîrandu et bonux Cosaques du Don, aux tniltii penaiiH : wt noble figure était restée calme ; il semblfilt (itidulgtier il'iusliever à ten-e un ennemi vaincu et dé- Kuninii 1 Nikiili^l 11 disait-il i ces forcenés qui, ne l'écoatunt )iaa, continuaient.
J'JgnoraiH h sigiiilloatiou do oe mot russe; toutefois j'en uonipi'ia l'intention, et ausaitût je me mis à lenr répt^Un' JmjK^Hoiisouiont : « Nikalé! • il plusieurs repriaea. l/utTut de (% oonimandomcnt dans ma bouche fat magi- «luel A w mol, ijui signitie.m'a-t-nn dit depuis. >Xe fr^qies {iw, > iiHr]iri9 lie m'enloudre parier leur langue, tontes i*!* plij-siouomim si ft^rooea a'cxprinteMtt ptiK que l'étoanMnwt; u>RB Iw hnura livrent sn^wnâi»! Je dos bTÏB à Mtl» ptUMtc ; mai} je a^ètaù pas an boni de mon tapfSeh.
A leur brutalité Eangumaire, k pasaion du butin succéda. Alors toQ8, à l'euvi l'un de l'autre, s' étant jetéB sur moi, m'arrachèrent mes vêtements, tirant chacun de son ctté, rae aouievant en l'air, m'abattant, me relevant. Je n'eus de répit que lorsqne, après m'avoir mis nn et fouillé j'uaque dans les endroits les plus secrets, ils se disputèrent meB dépouilles. Ce fatsurtoat mon épaulette de chef d'escadron, que l'un d'eus m'avait aiTachée, qui excita leurs convoitise. Leur chef ne prit point part à ce pillage ; il me fit même laisser, avec ma chemise toute déchirée et souillée de sang, un dernier vêtement indispensable.
Je croyais la crise enfin terminée ; mais son dernier acte et le plus pénible m'attendait. En cet instant quelques cou[is de feu, se rapprochant, attirèrent leur attention, lia eurent peur pour eus et de perdre leur capture ; la férocité des moins bien partagés se réveilla. Alors, remontés précipitamment sur leurs chevaux et moi seul à pied au milieu d'eux , ils m'entraînèrent par les bras et Us cheveux au galop de leurs montures. D'autres par derrière m'a<;cablaient de coupa. Ils me traînèrent ainsi jusqu'à l'arrière -gai-de d'Ostei-mann, où enfin ils s'arrêtèrent 1
J'étais essoufflé, sufi^oqué, presque évanoui, et ils m'injuriaient, me fouillaient et me maltraitaient encore, quand enfin, reprenant haleine et apercevant un riment russe en bataille son colonel en tête, je m'arrachai par un effort soudain à ces mains féroces, et je courus me jeter sous la protection de ce chef, a Je suis colonel comme vous. « m'écriai-je, et prisonnier! Nous ne traitons pas ainsi « les vôtres! Préaervez-moî donc de ces sauvages I b
Dès ce moment mon snpplioe physique fnt fini, mais un autre commença.
Ce coloneî, dont je vondraÏB savoir le nom, fit son devoir. J'étais nu, je ne pouvais plus me soutenir : il me fit couvrir d'un manteau, donner un cheval, et eut soin de mes pauvres dragons que je lui recommandai ; après quoi il nous envoya an comte Oatermann-ToUtoï qui me reconnut.
Le premier accueil de ce général ne me plut guère; il fut trop impérieux. C'est leur manière quand rien ne les gène, et vraisemblablement par habitude de maîtres an milien d'esclavea ; sa position d'ailleurs le préoccupait. Battu la veille et vivement poussé en cet instant, U lui importait de savoir précisément a, qui il avait affaire. C'est pourquoi, en me faisant cheminer an pas à coté de lui, il me questionna, et ce fnt du ton d'un chef qui exige une réponse. «. L'Empereur est-il là ? Avec quels corps ? « Combien aont-ils ? — Monsieur le Comte, lui réponfl dis-je, vous me connaissez, vous savez du moins mon t nom ; pourquoi donc m'offenser inutilement par ces o questions, quand vous devez être sûr d'avance que rien < ne pourra me contraindre à y répondre. — Comment, a Monsieur !... a'écria-t-il avec violence dans un premier R mouvement tout moskovite, vous osez !... v Mais aosaitôt, la civilisation reprenant le dessas, il se dompta, me tendit la main, et d'une voix affectueuse il plaignit moo sort; il déposa même les soucis, trop naturels dans sa situation assez critique, pour me demander des nonvellea de ceux des n&tres qn'il sTait coonos en France. Dam la
' Boirée, à fioii quartier de Srzégocin, où nous passâmes la [ nuit, et le leodcmaiii à notre départ pour Pnltusk avant e jour, sa noble politesse et ses soins générens ne se dé- I mentirent pas.
Cette première nuit de ma captivité m'est restée dans [ k mémoire. Nous étions dans une chambre petite, mais chaude et assez propre ; une table au milieu, quelques chaises et un lit garni de paille en formaient l'ameublement. Tout fatigné qu'il devait être, le général voulut absolument me céder ce lit; il m'y fit d'abord panser I mes hleasQres dont l'ane était assez grave, et à ma prière I il ordonna qu'on allât en faire autant à mes dragons. Il le souffrit pas que je me levasse pour partager sou repas, I qui fut biea maigre, à en juger du moins par sa brièveté I et par ce que sou aide de camp m'en apporta.
Un perBonD^;e pâle, sec, d'une taille élevée, d'une ap- I parence froide, et avec une cicatrice au visage, venait d'entrer. C'était Beningsen. Ils étaient quatre : lui, Oster- ' manu et deux autres généraux. Leur préoccupation pa-
raissait extrême, mais leur contenance était calme ; leur Idiscuaaion, qui f ufc longue, conserva ce caractère. lia tinrent conseil une partie de la nuit, autour de la table couverte de cartes qu'ils consultaient. Leur fold-maréchal ïamiuski venait de les quitter, en ordonnant à tout prix une retraite générale sur Oati-olenka. Ce fut évidemment là, sur cette table, qu'ils se décidèrent à désobéir, à lutter contre Napoléon et à se défendre. Le sort voulut que je fusse témoin de lenr détermination, qui faillit les perdre, maie enfin qui leur réassit et qui les honore. Ils me
8iO MEIIOIREB DON AIDE DE CAMP.
savaient attachée Napoléofl : plusieurs fois leurs regarda ee tournèrent vers moi ; mais, de quelqne importauoe qu'un renseigne ment dû ma bouche leur pût être, ils respectèrent mon malheur et ne tentèrent d'en abuser ni directement, ni insidieusement.
A deux heures dn matin OBtennaun. avant de se remettre en marche, me fit couvrir d'une demi-pelisse polonaise, et me confia à la garde d'un officier et de six Cosaques. Les premières heures de cette marche furent pénibles :je les passai sur la paille d'un chariot découTert, au milieu des eolonnee russes, et cheminant lent^uonb ainsi au travers de leurs imprécations très menaçantes. Vingt fois je vis le moment où ils allaient me percer de leurs baïonnettes; j'en pajrai même quelques atteintes. Cette désagréable situation, mais qui du moins me distnyait de mon chagrin, ne oeœa que le 2G décembre mstîn, qoand noas entrâmes dans Pnltosk. J'j fus renfenné dans une maison de briqaee, de bonne apparence, k on étage, et dans nne chambre « cfaeminée, ce qcd «t nn encepafs.Onm'f laûsaloDgtempssealàmeE lêflexiain; dtesétaient tristes!
Et cependant ces pcemîen wnmrnln ne forent pH lai |ilns pénibles. Je aiTÙ qiiX>nnK)^ BB aiis de camp fAlexandre, arais aa néne ÎBBtaot qae nû «pnwvé fe Dtee aoct. Un écfaaap «tait doae poasiUe, et ^ dbft NapoUotlepnpasL J« m aalak faOlMOS OaH Pd* in^ om» à panée dn Bttna : bntft «t«K h hnnl dekgroancaMfinnteaiwïaipMé^iefwiiff parkTi^ dBBoina par FmA* j> imm «mm(^ cVnii — hnàtK
JE SOIS FAIT PaiSONHIER. «41
lien. J'écoutais pleiad'anxiété, il me aemblaitqne ce lirait de guerre se rapprochait; évidemment un combat violent était engagé. Ce canon était celui de l'impétueus maréchal Lannes ; malheureu sèment il fut repoussé. Il ne l'était pas encore; BApremièreattaqueavait réussi, ses coups t plus distincts; il y eut même un moment où [S entendre qn'un tumulte, précurseur d'une déroute, n'environnait I
Il y avait plusieurs heures que j'étais seul dans cette
ihambre; aucun des hommes qui me gardaient n'avait
iru. Que savais-je ? Dana la chaleur du combat, au mi-
u du trouble d'une défaito, n'était-il donc pas possible
Jqne j'eusse été oublié? Déjà i'entr'ouvraia la fenêtre, je
Ksondais la cheminée, cherchant autour de moi qnelque
Fetraite où, me cachant et me dérobant à une première
eeherche, je pourrais attendre l'irruption soudaine des
hôtres, et, dans le désordre des vaincus, leur échapper. Je
JOmptaiaaur les habitants ; ils étaient Polonais, ils favo-
seraient ma fuite!... Une femme entra; ses yeux hu-
■«ides, ses regards attendi-ia exprimaient nn vif intérêt.
■tlne main amie l'avait chargée de m'apporter un pain
inc d'une dimension énorme. Depuis vingt-quatre
Blieures je n'avais à peu près rien mangé; un bien autre
1 me préoccupait. Je la sollicitai, des yeus et par si-
fnea, de ra'aider dans l'évasion dont j'avais conçu l'es
Ëpoir; mais, à son attitude, à son doigt posé sur sa bouche,
I je vis bien que nous étions surveillés de près. Elle sortit
Let néanmoins j'espérais encore, quand l'ofGcier russe et
1 ses Cosaques repartirent. lia me firent remonter sur mon
BiS MÉMOISES D'UN AIDE DE CAMP.
chariot,et m 'en trônèrent rapidement an r la grande ron te.
C'en était fiiit ; dès le soir même pluaieura lienes m'avaient séparé des champs de bataille. Je m'aperçus d'ailleurs que, si tous les égards convenables pour moi avaient été l'ecommandéa, la anrveillanee, dans ce pays pour eux tout ennemi, n'en était que plus active. Elle était telle que, dans nos haltes au milieu de ces déserts, si une nécessité m'obligeait à m'éloigner de quelques pas, toujours un Cosaque, le sabre nn, m'accompagnait. De même encore, pendant la longue durée des nuits, et quoique enfermé et étendu sur la paille an milieu de mon escorte, tonjoui-s un Cosaque demeurait debout h mon côté, l'œil sur tous mes mouvements, la lance d'une main, tandis que de l'autre 0 faisait une guerre active à ces insectes dégoûtants dont ils sont couverts, et dont j'avaiepeine k me défendre.
Rien alors, nul espoir, aucun péril ne me distrayait plus de mon malheur. J'eusse dû m'y soumettre ; mais au contraire ]e me joignis à lui contre moi-même, m'en accusant, et mon imagination trop vive en doublant le poids. Tantôt elle me reportait, pleine d'anxiété, au milieu des miens : je croyais les entendre me reprochant ma folle imprudence, comme s'ils eussent pu la connaître, quand (0U6 cens qui l'avaient partagée étaient tués ou pria. Tantôt je me figurais que mon livret d'ordres, où la situation de l'armée était inscrite, trouvé dans mes vêtements par les Kabnouks, avait été conservé par eus et remis à quelque chef, ce qui n'était guère vraisemblable et heureusement n'était point vrai.
Ainsi j'aigrissais mes maux réels en m'en créant à'i-
maginaires. Ce fut d'autant plus mal à propos, que, en ce même moment l'Empereur, loin, de me blâmer ou de m'al)aiidonneT,dJsaitdanssoubulletiadu 30 décembre: uQue, s tombé dans une embuscade, j'avais tué deux ennemis « de ma main avant de me rendre ; qu'O m'avait fait ré- « clamer.maisqueje venais d'être envoyé à Pétersboui^. » J'avais fait mieux, puisque, au lieu de me laisser surprendre, u'étaît en attaquant, et après deux chargea heurensea, qu'enfin j'avais succombé; l'Emperear ignorait les détails, et dans ceux qu'il supposait il cherchait à n'être favorable. Il fit plus : il voulut, sans in'accuser de mon malheur, en l'atténuant, et même en rae louant, l'apprendre lui-même à mou père, « M. de Ségur, lui écric vait-il, votre fils a été fait prisonnier par les Cosaques ; t il en a tué deux de sa main avant de se rendre, et n'a < Été que très légèrement blessé. Je l'ai fait réclamer; [ mais ces Messieurs l'ont fait snr-le-champ partir pour " « Saint-Pétersbourg, où ii aura, le plaisir de laire sa cour [ à l'Empereur. Il vous sera facile de faire comprendre à e M.¥' de Ségur que cet événement n'a rien de désagréa- « ble, et ne doit l'alnrmer en rien. Sur ce, je prie Dieu ï qu'il vous ait en sa sainte et digne garde (1), »
A Â fnltast, la SI décembre 1300.
Tant de bienvaillance et un soin aussi paternel, si j'eusse pu en être instruit alors, m'erasent épargné bien des BoucÎG.
(1) L'oFiglnol de cette lettre est nox ÂrchiTee HationaLes.
OepgaâBat, seni arec mes six sanragea, j'étais encore mn abattement, moa activité se noturisEact, da moaveœent de la ronte, de ces anxiétés mêmes si peu fondéei, et, le dirai-je, d'an besoin tout matériel ; car, soie VeSet de tant d'émotions violentes, ou tout simplement de deax ' jonrs de jeiine, je f os alors saisi d'une &im si insattaUe, ' qu'en vérité j'ignore oe qne je s«^ devenu sans énorme pain {wlonais que, à Poltnsk, l'officier n chargé de ma garde n'avait pas voulu que j'oubliai Dans toute autre ciroonstanoe ce pain m'eût ^ofS .p quatre grands jours; je le dérorai pre&qne entiérontat en TÎngb-quatre heures : œ fat pour mes C<eaqaet d*c»- i corta un spectacle qui les émerveilla !
Le lendemain soir noos arrivimes à Bonn. U, aoifc I qae la renomma d*an si mffaeoleax ^>pétit fût pvi*> nue jusqu'au colonel {sinœ T-^ qui at iroovwt Ui dans ceUe ville, soit pInUH que oe aiâgatsT naos va se distnire de t'enniii de es Uumuc^ 3 me fit offiirdevs-'j dîner déjà SHvi. J^aenfKai av«c ^m i»- \
I connaissance qui dura peu, car il me fit payer cher ce lijnaigre repos, qu'une querelle interrompit.
Noua oommençâmea, par des complimenta réciproques ^ de condoléances ; nons nous les adressions, moi d'une table assez bien couverte, et lui de son lit. Mais voili que soudainement, dans ce Prince à demi civilisé le vieil le russe reprenant le dessus, il m'apostrophe : f c Quand donc, me dit- il, votre dévastateur du monde en [ finira-t-il? Quand laissera-t-il en pais le genre liu- [ main ! a Surpris de cette attaque imprévue et si dépla- I cée, je répondis vivement : u: Que de Eusse à Français, et I « dans cette Pologne où nous nous trouvions, de pals railles qualifications convenaient mal. Que, en tous cas, le si elles étaient applicables, ce ne pouvait être qu'aux f c agresseurs ; et que, dans la querelle présente, ce n'é- I « taient point nous, mais son empereur et le roi de Prusse [ qui l'avaient été. d Surpris à son tour, le prince se tut ; je me levai et nous liioiis séparâmes assez sèchement. S'il eût coubiDué ses Sinvectives il n'eût été que brutal ; mais il fut pire, son sirleDce fut perfide. On verra bientôt que, sur sa plainte, je E'&illis être envoyé en Sibérie. Il m'avait gardé rancune : e représenta à son gouvernement comme un prison- Kliîer révolté, m'accnsant d'avoir osé, devant lui, injurier ■Bon empereur!
Pendant qu'il me préparait ce long voyage, de mon côté, plus satisfait de ma réponse que de son dîner interrompu, j'étais revenu achever ce repas à mon auberge. Elle était encombrée de marchands russes, L'un d'ens
346 MÈMOIBTÎiï DTTS AIDE DE CAMP.
était venu se placer en fiice de moi ; il m'envisageait, me dévisageait, et cek avec des exckmatioas accompagnées de geste d'étonnement et de joie ai bizarres, puis d'offires mnltipliéea deyeraerdanB raon verre tout ce qu'il y avait de meilleur à boire en ce logis, qu'enfin je demandai l'explicatioa de ce ravissement si tendre et si g«hiéreux à mon officier de garde. « Il prétend, me dit-il, vous recoa- « naître.— Quelle invraisemblance îréplitjutti-je, je sniadt « Paris, et lui d'Astrakan, me ditea-vous, il y a trop loin « de l'un à l'autre. — Attendez, reprit mon officier j n'é- 1 tiez-vou9 pas à Auaterlitz? — Oni, sans douta I — Ua « mouchoir blanc n'attachait-il pas voti-e chapeau eoas * votre menton ? — Cela est vrai. — N'avez-voua paa, à « la fin de la bataille, tendu la maîn à un Cosaqne pour a l'aider à se retirer d'un lac gelé où il se noyait ? — C'est « encore vrai. — Eh bien, échappé ainsi i ce danger, à m cette guerre et, depois, aux mains de vos aoidata qui " l'emmenaient, son temps de ser\-ice étant fini, il est « devenu marchand à la suite de notre armée, et le voilà « devant vous lui-même ! Il vous reconnaît, dit-il, à voe 1 traits qu'il n'a point oubliés, et aussi à l'appareil as ic votre blessure, parce que, de même que votre moadunr (t blanc de l'an dernier, ces linges blancs vons entourrâifr a la figure. »
II n'y avait plus à en douter : la rencontre était s singulière qu'agréable, et ce fiit avec an plaisir ainoëre que je serrai la main à ce bon Cosaqne.
Ce dut être le 28 décembre que noua arrivâmes de lionne henre à Oatroleuka, où se lirouvait le grand quartier gé-
I néral de l'armée russe. On m'y déposa dans la grande salle 3'une auberge. Une multitude d'officiers y fimrmillait. Je sai le reste de cette journée assis dans le coin d'un calapé, pins isolé que jamais au milieu de cette foule. EDe e renouTelait à tout instant, grossissant de plus en plus, me fatiguant d'une cnriosité suecessivo, tantôt ^bruyante, tantôt fixe, sileneiensa et contemplative. Ils s'appelaient, ils s'arrêtaient en fece de moi, se communiquant leurs observations, comme on le fait devant un ani- ^ mal inconnu, estraordinaire, qu'on vient de prendre dans Q piège.
Le mouvement de ce grand quartier général, qui me teppeiait le nôtre; cette curiosité assez naturelle, mais si Snible pourmoi, et qu'il me fallait subir ; le contraste de a triste et captive stagnation an milieu de leurs joies gtrangëres et ennemies, si libres et si actives, tout cela ïaviva et me rendit plus insupportables que jamais mes ii^^rins réels et imaginaires, II fallait pourtant, seul en mtte à tous ces regai'ds, les soutenir, faire bonne conte- »nee et même paraître fier, lorsque, à la longue et intéfceurement, l'abattement succédait k l'irritation. Que de g cette interminable journée, et surtout quand B témoignages de compassion remplaçaient cette indisïrète curiosité, je fus forcé de dévorer des flots de larmes ! Elles me gagnaient, je les renfonçais avec effort ; combien alors j'eusse payé cher un moment de solitude ! J'étouffais, mais enfin je parvins b. cacher à nos eimemis cette faiblesse. Quelle honte si j'y eusse succombé i Heureusement je pus me vaincre, et en apparence garder, en
MÉMOIRES D'UTî AIDE DE CAMP.
dépit de tant d'émotions diverses, tin front convenable Le lendemain la Bcène changea ; j'eus tiii antre combat bien plus vif à soutenir, mais moins difficile, car ce ne fat pas du moins contre moi-même. On venait de rae réunir à un officier du la"'" de chasseurB, prisonnier aussi, blessé ai grièvement qu'il en devait bientôt mourir. Je me souviens que, ce jour-là nous nous trouvions enferméa dans une salle de billard, seuls avec deux officiera de l'administration russe. Le colonel Swetchin était l'un d'eux. Ils y étaient venus remplis des sentiments de la plus délicate et noble générosité; Swetchin surtout me les exprimait avec tontes les formes les plus obligeantes et les plus aimables, lorsqu'un petit vieillai-d maigre, d'ime physionomie de Kalmouk, sec et vfitu plus qu'avec simplicité, entra bfusquemenb et même si grossièrement, le chapeau sur la tête, que je me redressai et demeurai sans le saluer, roide et immobile. Mais Swetchin, me serrant vivement ie bras, me dit à l'oreille : « Saluez, c'est le feldu maréchal Kaminskil d Je me découvi'ia; et tout aussitôt le maréchal, s'asseyant, dit à son aide de camp de prendre dn papier, une plume et de se tenir prêt à écrite. Alors, sans autre préliminaire, il m'ordonna de répondre sur-le-champ aux questions qu'il allait m'adreaser but l'armée française. Je m'y refusai poliment, mais lui, sans m'écouter, continua. Je réitérai mon refns eu ajoutant a Qae je tenais trop à son estime pour lui répondre. » I hauaaa lea épanlea; puis, se levant convulsivement, il me lança un regard sauvage, plein de menace, avec ces mots : Il Vous êtes prisonnier, vous obéirez ! » et, me tour-
CAITÎVITÉ, 819
nant le dos, il sortît aussi brnequement et précipitamment qu'il était entré.
Je me félicitais d'être si promptement déliarraœé de cette incartade singulière, et Swetchii], qui n'était pas sans inquiétude, s'étonnait de ce dénouement, lorsque l'aide do camp rentra, son papier à. la main. « Voilà, « me dit-il, les questions posées par M. le Maréchal. Il « veut que, à l'instant et par écrit, je lui rapporte vos <i réponses I » Je ne m'attendais pas à cette insistance, elle m'irrita. « Monsieur, lui dia-je, tous avez entendu « ma réponse à M. le Maréchal ; je n'y ajouterai rien, tt je n'en ai point d'antre à faire. Respectez ma position. ( Ke me fatiguez plus par des interpellations désormais a déplacées et que, en me jugeant par vous-même, voub
pK devez croire tort inutiles I »
Cet aide de camp ne ressemblait nullement à son maéohal : il était d'une génération plus civilisée, « Mon t Dieu, Monsieur, me répondit-il, excusez-moi, j'exécute ( un ordre; vous ne connaissez pas le maréchal Kar minski. Pour moi comme pour vous, je vous en supplie f; aidez-moi, répondez ce qu'il vous plaira ; dites tout f ce que vous croirez le pins utile à votre armée, vrai I ou non, il n'importe, pourvu que je ne rapporte pas au t maréchal un refus que je redoute, et dont vous ne pouvez r pas apprécier comme moi les funestes conséquences. i>
rSwetchin alors, se joignant à lui, me pressa instamment
1 le satisfaire : il me prenait les mains ; il me disait
que j'avais affaire à un vieillard des anciens temps, ea-
. pal)lc de tout, et dont les féroces emportements n'étaieufc
3âO MÉMOIRES DTIN AIDE DE CAMP.
que trop connus et trop redoutés d'eux-mêmes et de toute l'armée rueae!
Cela était bI vrai, que, à force de barbaries, ce malheureux vieillard devait finir miaérablemeot d'un coup de hache dont l'assasBina l'un de ses pajsauB déBespéré.
tt Je vous comprends, Messieurs, leur répondis-je, € et je vous remercie da fond du cœur de vos bonc nés intentions; mais je ne puis me rendre à voe cpn- « seils. Quant aux intérêts de l'armée française, j'ignore « BÎ mra inventions leur conTiendinient ; et quant à <t même, quoi qu'il en puisse advenir, rien, dev&Dt votre « armée comme devant la nôtre, ne doit me faire mum- II quer à l'honneur, ni en réalité, ni en apparenoe! «
J'étais en bonne compagnie; l'aide de camp se but, me serra la main, baissa la tête et se retira. Swetchin resta désolé : il prévoyait quelque violence; je n'y pouvais croire encore, lorsque nous vîmes entrer la lance à la main mes six Cosaques, Ils avaient l'ordre de nous attacher les mains et de nous entraîner an fond de la Russie, à pied, au milieu de leurs chevaux, et à l'instant même !
Il faut savoir que, depuis deux jours, une neige épaisse tombait à gros flocons, qu'elle continuait, et que déj'à, de plus d'un pied, la terre en était couveite. L'intention était évidente, et la vengeance trop atroce. « Ne <t nous y EoumettonB pas, dis-j'e à mou compagnon ï d'infortune, que la fièvre n'avait point encore abattu ; « défendons- nous ici. Autant vaut, blessés comme nom a Bonunes, nous Etire achever dans cette chambre, que