‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 46 sur 56 · RETOUR · texte numérisé non relu

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fut de mon côté, mais dont je me tirai pareillement. Enfin, le V^ septembre, je revis Paris, l'Empereur et ma famille, à laquelle' seule, peut-être, ce récit de ma captivité ne paraîtra pas hors de propos, et d'une longueur trop fatigante.

A la fin de l'année 1807, après mon retour de Vologda, nommé major c'est-à-dire lieutenant colonel, et impatient de mon inaction à Fontainebleau, j'avais reçu l'ordre d'aller à Poitiers prendre le commandement d'un régiment de marche. C'était une agglomération provisoire de recrues de sept rég;iments de hussards; car telle fut la trop jenne et trop faible composition d'une grande partie de la première armée destinée à prendre possession de la vieille Espagne.

Nous y eutrûmes comme alliés eu mars 1808. La division d'avant- garde, dont je faisais partie, s'arrêta à Aranda sur Duero. Nous occnpiooa pacifiquement cette position à l'époque de la révolution d'AranJuez, vers le 19 mars, quand Ferdinand VII usurpa le trône, et Murât, entra à Madrid, pour protéger contre ce prince les vienj: souverains et leur favori renversé.

Jusque-là tout restait paisible en apparence, et Ferdinand, CQ aUant, comme on l'a vn, se livrer à Baronne au milieu d'avril, traversa nos cantonnements dont je commandais le plus avancé, sans qu'il se manifestât la

f înoindre émotion sur son passiige ; après quoi, nous mlliâmes deiTière lui dans Aranda, et jusqu'au 2 mai l'Bapagne demeura inerte encore.

De notre côté la distipline, quant aux rapports di l'armée et des habitants était sévèrement maintenue mais nous avions entièrement étrangers les uns aux autres. La différence des habitndes, de la langue, du caractère, la gêne du logement militaire, l'orgneil national, révolté de cette invasion déguisée bous la forme d'une alliance et dont le but devenait de plus en plus suspect, tout nous séparait. Quant aux pratiques religieuses, rien ne nous ayant été prescrit et rien n'étant observé, cette Espagne catholique si fervente dut nous croire sans relif^ion; en aorte que ce qui, du moins, amrait pu être un lien comman entre les deux peuples, devint un obstacle de plus à leur rappi'ochement.

Cependant le départ successif des princes de h, famille r^nante, et surtout celui dn prince de la Paix, [iérobé à la vengeance nationale, accroissait l'irritation. T/attitude toujours grave de ces peuples devenait sombre : lenr patience n'était plus visiblement maintenue (jne par l'étonnemont do la docilité de loore piinces, par l'habitude d'obéir, et par un reste d'incertitude sur un dcnoûment que leur loyauté et la grande opinion qu'ils s'étaient faite de l'Empereur lear fiiisait croire encore invraisemblable.

Mais, quand il ne fut plus possible de s'y méprendre ; quand Murât, remplaçant le dernier Bourbon parti pour lîayonne, devint chef du gouvernement, la colère uni-

384 MEMOIRES DTîî AIDB DE CAMP.

verselle n'attendit, pins qn'an B\gn3,\ : la Junte de Madrid n'osant le donner, le peuple de cette capitale s'en chargea. Telle avait été la révolte du 2 mai. Elle eut lieu à Vo BÎon du départ des infants Don Antonio et Bon Franeisco. Dans le tumulte, cinq cents Français périrent poignardés on tués en combattant. Toutefois ce pre aymptôme fut encore désavoué par tous cens qui avaient qnelque chose à perdre. Murât avait éteint en quelques heures, dans le sang de cent soixante révoltes, cette émeiite d'aasasaina. L'égorgement des nôtres fut vengé,. dans la nuit suivante, par l'exécution militaire de trentecinq des plus coupables -. vengeance qui augmenta la haine, parce qu'on remarqua que ces misérables avaient été fusillés sans qu'ils eussent été préparés chrétiennement à leur supplice.

Napoléon ressentit une joie trompeuse à la première noovelle de ce soulèvement dont il ne connaissait point les détails, mais il en sut tirer parti sans en redouter assez les suites. C'était pourtant la première étincelle d'un incendie qui ne devait plus s'éteindre que souft les débris de son Empire ! C'était le premier signal d'nne lutte nouvelle, où les rôles allaient changer; où le l}on droit n'était plus sous nos drapeaux où toutes lea puissances morales, la justice, la foi publique, le droit des gens, l'orgueil national soulevés, étaient retournée contre nous; où la guerre enfin d'un peuple pour son indépendance, guerre pareille à celle dout l'élan nc»i8 avait sauvés dans notre révolution, so trouvait du côté contraire.

Le contre-coup de cette i-êïolte u'avait pas tardé à se faire sentir dn Mançanarèa an Duero. Huit jours après, quelques aasassinata noua en avertirent, puis l'embauchage et la dfeertion de plusieurs de nos conscrits. Bientôt les escortes devinrent néeeassiires ; une atmosphère de haine nous environna , nous noua sentîmes sur nu volcan ! Badajoz et Oviédo répondirent, le 22 mai, an signal donne par Madrid, Valence le 23, Séville le 26, l'Aragon le 27, et de Bayonne à Aranjuez il ne noua resta de libre encore que les villes occupées par nous, et la grande roitte.

Là, oaaaae dans la Vendée de 1793, le peuple seul avait commencé; les grands, les riches, les autorités civiles, l'amiée espagnole même, tout ce qui calculait enfin, tout ce qui avait intérêt à l'ordre, et ne concevait de force que la force organisée, hésita et temporisa.

Nos régiments de marche furent aloi's poussés jusqu'à Madrid, où leurs détachements se dispersèrent pour rejoindre leurs numéros. Je restai donc sans commandement h la disposition de Mnrat. Un autre trône l'appelait. Le désappointement de se voir frustré de celui-ci, sa responsabilité an milieu d'une insurrection générale, le climat, les aliments, plus nutritifs en ce pays que dans le nôtre, avaient altéré son humeur et sa santé. Malade, décourage, pressé d'aller régner à Naples, il n'aspirait qu'à sortir de ce royaume. Il me chargea d'en exprimer son désir à l'Empereur.

Les moindres maux de la gueiTe sont ceux des champs de bataille. Ce sont les souffrances des marches, des

386 KÈaOIBSS D'TIK AIDE DE CAMP,

bivouacs, les privuttOQB, le défaut de distributions régalières. le manque de médicaments et d'hôpitans, qnl dévorent les armées, les nôtres surtout, où tout se fait k h hâte, saus assez de soaci des mille détails aiucc[aels la Bonté du soldat est attiichéo; mais alors, et quoique ie titre de général comprenne la science administrât! ?e et en impose touB les soins, peu de nos généraux savaient être administrateurs. Parmi les exceptions j'en citerai trois cependant, vraiment dignes de ce nom : Davout, Saint-Oyr, et Suchet surtocU Ce n'était point un chef tel que ceux-ci qui nous avait conimiuidcB it Arauda. On ne pourrait se figurer l'horrible spectacle qu'offrait l'hôpital formé pour nos régiments dans cette ville. Toat j manquait : l'air, les médicaments, les lits même, où gisaient, par deux et même par trois, mourants et malades I Dans les visites que mon devoir m'imposait, j'y avais puisé le germe du typhus qui utoissonnait nos jeunes recrues ; et quand, vers le milieu de jnin, ïtnrat me donna mes instructions pour rejoindre l'Empereur; j'étais plus malado que lui-même.

La fiè\'re me prit à l'instant où j'allais monter à cheval ii Madrid, pour n'en descendre qu'à Bayonne. Néanmoins tel était l'empire du devoir, l'habitude de tout braver, et l'empressé ment à sortir de ce pays, que, me lançant à franc étrier dans cet espace sous uu soleil dévorant, je fis les cent soixante lieues en cinquante et quelques heures. Le mal cependant l'emporta à plusieurs reprises : trois fois je tombai sans connaissance ; le bonheur voulut que ce fût à des relais, et qu'il s'y ti'onv&t

B Français ou des femmes compatissantee. Ou me relùettait en selle, et Je continuais.

Près d'Aranda un autre danger faillit terminer ma ■■mission, comme il arriva depuis à tant d'autrea. J'avais ■ aperçu sur la route, aux approches d'un village, des traces ' d'une Intte violente, des lambeaux d'uniformes ensanglantés, et à quelques pas, sur la gauche dans les vignes, Tin rassemblement de ces énormes vautours si communs dans ce pays. Cette trace, ces débris, la réunion de ces sinistres oiseaux et leur acharnement enr une proie dont Je ne- pouvais distinguer la forme, ne m'indiquaient que trop l'entrée dn village comme le lieu d'un horrible meurtre, et les vautours, la place où l'on avait trajné les victimes. M'arrêter ou reculer eu vue de ce repaire d'asas, c'eût été ou me perdre on manquer ma mission ; 1 ne me restait de parti à preudi'e que de le traverser à toute bride. Mais, au moment où Je m'engageais ainsi œ coupe-gorge, mon guide se mit an paa ; il me barra b passage ; Je le mennçai de mon sabre ; un coup de sifflet fertit : et tout à coup une multitude d'hommes furieax, k physionomies atroces ou qui me parurent telles, s'éiançant de plusieurs masures, m'environnèrent, me menaçant de leurs poignards, et poussant des cris de mort !

Tombé dans ce guet-apena Je m'affenuissais sur mes étriers, ne songeant plus qu'à choisir le point le plus faible du cercle que par un élan désespéré Je pourrais enfoncer peut-être, quand, de ce côté, un vieux prêtre accourant se fit Jour lui-même. Il pénétra Jusqu'à moi I les bras étendus, me couvrit de sa personne, et, par

astt MEMOIRES DTS AIDE DE CAitT.

CjDelques mots rapidement prononcés, St cesser tout la tamulte. En un inatant les poignarde disparurent ; lout«a cea physionomies si féroces changèrent d'eipresaon ; le cercle meurtrier s'ouvrit, et le passage me fut livré..

Je ne pria que le temps de serrer la main à ce bon prÊtre, en jetant sur lui on regard pénétré de reconnai»< aance, et Je passai. Mais ce regard et les premiers temp& de galop f[ue je fis dans le village, suffirent pour m'expliquer rhemenae issae de cette aventure. On se souvientqne, il l'époque du départ de Fenlinand Vil, j'avais i détaché en avant d'Aranda, sur la route que saii~ait prince. C'était justement dans ce même cantonnement et chez le même curé. Il m'avait reconnu ; et voilà pourquoi, satisfait de nos bons rapports et su rappelant la discipline observée, il venait, avec tant d'à-propos et on si heureox succès, de m'en témoigner sa gratitude.

Après quelques autres accidents graves, mais trop i^ommuns en Espagne et dans des courses aussi rapides \m\ir qu'ils méritent d'être rappelés, j'arrivai au quartier impérial, vaincu par la naakdie et tout à fait au bout de mes forces. J'entrai pourtant, et remis mes dépêches à l'Empereur, en lui transmettant les vœus du grand-dm de Betv. Mais, plus mort que vif, j'aurais mal satiaMt à ses questions s'il eût attendu mes réponses. H m'ea épargna la peine, car, s'il m'interpella sur l'esprit paoi£' que et la soumission de la Péninsule, ce fut de façon à me convaincre de m'abstenir de tout ce qui ponrrait ébranler en lui une sécurité qui ne pouvait être qa'app»rente. Aussi me congédia-t-il prompCement et fort à

temps pour moi ; antrement je aeraJB tombé devant \ni sans conitmssaQce, comme il m'arriva liors de sa porte, devuut uu grenadier en action qui me ramassa.

Un me porta à Bayonne, chez M"" de Ravignan, ma parente et mère du prédicateai' jésuite atore enfant, et aujourd'hui devenu célèbre. Ce fut de là, et après une vive lutte, où deux fois on me crut assez mort [tour me jeter un drap sur la figure, que, remis sur pied par lea bous Boina de cette famille, je fus reuvojé à Paris pour y achever ma conTalescenee.

lï«ïenu malade de Bayonne dans Paria, je n'avais pu acuompagULT l'Empereur au Congrès d'Erfui-t. A son retour il m'avait repris, et j'étais rentré eu Biscaye à 8a suite. Je le rejoignis à Vittoria.

Jusque-là rien en Espace ne m'avait paru changé. La verte, la pittoresque et laborieuse Biscaye, intacte semblait étrangère ans passions et aux bouleversements du reste de la Péninsule. J'y rentrais pour la troisième fois ; mais cette fois, plus encore que les deux premières, je fus frappé de la bru&jue dissemblance d'aspects, de mœurs et de caractères, qui, bien plus que l'étroite Bidaasoa, séparait les deux pays. Xos troupes, celles surtout qui arrivaient de la bonne et grasse Allemagne, s'en étonnèrent. Il n'en était point ici comme à nofl autres frontières. Aucune nuance, rien de commun, nnl commencement de mélange d'habitudes, de langage et de manières, ne faisait transition. Dès le premiûr village-frontière, celui d'Irun, nos soldats se sentirent mal à l'aise. La physionomie grave et réservée des habi-

tants, lear L'tistume différent du nôtre et sa eoaleur Bombre, les rues étroites, tortueuses, et les fenêtres grillées des maisouB avec leurs portée toujoura closes; de petits chariots de forme antique, à roues pleines et insupportablemeot criardes ; une odeur nauséabonde, particulière auï lieux habités et dont îa saleté seule peut être la cause ; tout un aspect enfin, sérieus, sévère, étrange et inhospitalier, leur avait attristé et serré le cœur.

Ce fut bieu autre chose au delà de Vittoria, quand la première armée d'invasion apprit à ia seconde sa défaite, et de quelles horreurs elle avait été accompagnée! La tristesse alors se changea en indignation, et, peut-être ne aongea-t-on point assez â en maîtriser les suites cruelles. En effet notre première aiToée n'avait qne trop éprouvé combien peut être atroce la colère monacale, et tout ce que peut renfermer de haine et de vengeance l'âme d'un Espagnol insulte !

Elle racontait par quels effroyables massacres de leun propres généraux ces peuples avaient préludé à leur ii surrectiou universelle ; par quels mensonges leurs prêtres les avaient déchaînés contre nos compagnons de guerre ] L'aménité et les charmes extérieurs du nouveaa roi auraient pu séduire : ils le leur avaient dépeîjit borgney ignoble, ivrogne, et de l'aspect le plus repoussant 1 Puis, s'appujaat du ciel pour soulever la terre, ils avaient exalté ces esprits superstitieux par de prétendus miracles la foudre, disaient-ils, avait éteint les feux sacrés qui brûlaient devant leur Vierge des Batailles ! Ils avaient vu les images de leurs saints pleurer! Dèa lors, partoat,

KN ESPAGSE. 391

' nos malades, nos ttaineiirs, nos officiers envoyés en ordonnance, surpris et Baisia, avaient été, qnant aux plus heureux, égorgés sur place ; plusieurs autres jetés dans (les chaudières d'eau bouillante; d'autres encore, ou sciés entre des planches, on brûlés k petit fen! Entre mille %~ictimes de pareilles atrocités nos soldats citaient l'un des plus probes et des plus humains de leurs généraux, qu'ils avaient retrouvé mourant encore, garrotté à l'un des arbres du cliemin, où ces monstres lui avaient scié Ira quatre membres!

Transportées de colère à ees récita nos années s'étaient élancées furieuses! Celle des Espagnols, à l'exception de lenrs troupes réglées, partout à peu près les mêmes, étaient composées snrtout de ces féroces insurgés ; elles s'étaient bien moins préparées à la défense qu'à l'attaque. On j avait songé, avant tout, à nous empêcher de fuir. Enivrées du souvenir de Baylen, d'orgueil national, et des prédications de leurs moines, elles avaient apporté presque autant de fer pour nous enchaîner (jue pour nous vaincre. Leurs contrebandiers, enrégimentés, s'étaient même lait suivre par de grands amas de marchandises, dont ils prétendaient inonder la France, à leurs yeux déjà conquise ! On a vu que, de leur gauche à leur droite, quelques heures nous avaient suffi pour changer toute cette jactance orientale en une ftiite méprisable. Car, de môme que les Turcs, dont ils ont les dé&uts et les qualités, ces peuples ne savent se défendre obstinément que derrière des murs ; ils tiennent mal en plaine, ne trouvant pas de honte à tourner k dos, à se disperser, à courir se cacher

dans lenr^ inuDta<;ues. Toutefois, comme îb ne se soa cient guère de kure pauvres iiabiiaciona et qu'ils vivent de pen, s'ils fayent, s'ils se réfugient dans leurs rocs,

c'est sans se décourager, aans abandonner lenr caaae, iiiaia pour y multiplier la guerre, pour la transformer, Kur les flaucs et sur les derrières de l'enDemi, en une foute de lattes IneessanCfis, tùDtes de gnet-apena, de sorprises et d'a^assiiiEits ! Il est vrai ria' alors, surpris et saisis eax-m^iiies à lenr tour, ils savent mourir fièremeal, comme des martyrs, sans daigner se plaindre ni demander grâce!

Il arriva nu&*i <[ue, dans leurs défaites, beaucoup, chappant par mille sentiers détournés, allèrent à de grandes distances rejoindre leur drapeau; d'où vint qae leurs armées, sans cesse dissipées, reparurent cesse, presque aussi nombreuses, sur de nouveaux champs de bataille. Plus tard d'autres s'accoutumèrent it être pris et repris, et ii des capitulations de conscience : ils prêtèrent serment au nouveau monarque, mais pour gagner du temps et l'occaaiou de déserter avec les armes que le roi leur avait fait donner, et qu'ils reportaient fidèlement à leur bonne

Grand |}euplc I mais sans grands hommes, pendantsix aonées de circonstances les plus propres à en créer. Il faut au reste, conveuir que, dans ce pays, il n'était pas alors EÎ facile d'être grand homme : cela n'étant poa ble que par une suite de victoires, impossibles avec < mmassis d'insurgés devant une armée espérimenl comme la nôtre; on sorte que, malgré les secours de

EN KSPAGSE.

[ toute nabuj'e prodigués par les Anglais, les efforts ri.'doti'

blés de ccB peuples ne produisirent que des chefs de par-

k tisans assez remarquables, sans jamais créer un général.

A cela bien d'nuti'ea considérations pourraient s'ajouter

, telles que la configuration du paye, son morcellement ei

[ provinces animées de divers esprits et intérêts de localité

, de là une multitude de chefs, chacun d'eux, d'ailleurs,

\ esaltant dans aa. langage si hyperbolique ses moindres

I Buccès, qu'on ae sait où la renommée aurait trouvé

. d'autres voix pour dominer celles-ci, et proclamer des

actions d'nne gmndenr moins imaginaire !

Je ne pus après Briviesca juger de i'asiiect du pays, parce que, au moment où l'avant-garde de Soult et de Besaières écrasaient ii Burgos, d'un premier élaa, l'armée du centre, je fus envoyé de l'une à l'autre de ces kâeux villes, à franc étrier et pondant la nuit. Le hasard I fait que j'en retrouve ici, sous ma main, l'ordre dicté et r signé par l'Empereur, Voici cet ordre : n Partez à mit nuit avec mon petit quartier général, afin d'arriver l.« avant cinq heures du matin à Burgos, et de m'y éta- 1 blir. Mon intention est de partir à deux heures du [ matin d'ici, et d'arriver à sept heures à Borgos. Si [ l'armée et les maréchaux sont à Burgos, j'irai de c suite à mon quartier géuéral, mais incognito. Si au » contraire il y a du désordre, j'irai hors de la ville, i Voua préviendi'ez le maréchal Soult pour qu'il soit i I mon arrivée, et le maréchal Bessièrea, s'il est encore i en ville. Mais s'il est à la ponrsuite de l'ennemi, il faut i bien se garder de le déranger. Tous mes cbasseurB et

3M «èuniBES vn:s aide de cakp.

* dr^âna, qui eoni ici depuis longtemps, se mettront en

< marche, denuiti malin à Eroi» heares, pour Bnrgos.

■ J'arriverai très iiicignito. Poumi que je puisée faire

» mes affaires, toiit m'est ^K^l! Partez à minnit, de ma-

» nière â poiiroir être arrivé à Burgoe â la jioîntâ dn

« jour. Je suppose ijne vone j serez à quatre heures,

t 00 au plu» tard à cinq heures. J'arriverai à sept heures.

1 Je désire tr'iaver, & une liene de la ville, quelqu'un qni

« m'indique où je dois aller. Sur ce je priu Dieu qa'il

K Tons ail en sa sainte et digne garde !

^ Ciilu), ce 10 BUweaihn iSOB, 7 lienres ila soir.

« Njpolêos. »

Cet ordre, que je ne reçus qu'après minuit, n'était point exécutable pour le jetît quartier général de l'Empereur. Aussi, laissant tout derrière moi et courant à tous chevauï, à toute selle et à toute bride, au travers de la plus noire des nnits, j'atteignis Bnrgos vers six heures, an point du Jour. Ses premières luenrs me montrèrent la grande route et les champs voisins couverts d'Elspagnolc tués la veille, de moines encore en froc, armés et étendus à terre, de chevaux abattus, et de plusienra de ces be&nic chiens de chasse, si communs en ce paya, les une gisant mort* près de leurs maîtres, les autres hurlant, et cherchant celui qu'ils avaient perdu.

Quant à Bnrgos elle-même, prise de vive force, st presqu'entièrement vide de ses habitants, elle était en proie au pillage le plus actif : les portes des

EK ESPAGSE. 39S

I enfoncées, les rues jonchées de Têteuienta épars, de débris d'ustensiles de ménage, de meubles brisés. Nos soldats ; fourmillaient courbés. les uns sous des amas d'effets précieux, plusieurs sous des sacs de quadruples ; tous étaient si ardents à cette curée, cjn'ù peine me fnt-il possible de rassembler un bataillon pour prendre possession de l'archevêché, et y établir le quartier impérial.

Je n'avais point encore placé les premiers postes, que je vis arriver, seul avec son mameloucic et Sa^nrr, l'Bmperenr lui-même! Il avait couru comme moi toute la nuit j il arrivait à toute bride, couvert de boue, et mourant de faim, de froid et de fatigue. Cet archevêché n'avait guère été plus épargné que le reste de la \Tlie. I/appartement destiné à l'Empereur ét-ait encore tout bonleversé, sali d'éclats de bouteilles, de flaijnes de vin répandu, et de meubles défoncés ; nous j remimes d'abord quelque ordre; puis Savary. ayant été préparer quelques vivres avec Eustan, me laissa seul avec l'Em- [lereur qui m'aida à allumer son feu.

J'achevais, â la lueur d'une chandelle, de remplir ce soin, quand Napoléon, dont l'odorat très fin supportait mal l'infection des restes du pillage, m'appela pour ouvrir une croisée près de laquelle il venait de s'asseoir. J'accourus fort heureusement, et nous en tirâmes d'abord les rideaux ; mais quelle surprise ! Derrière ces rideaux trois Ëspi^nols, tout armés, debout, immobiles, se tenaient adossés et collés contre ies volets, soit qu'ils se fussent réfugiés là pour échapper à nos pillards, ou qu'eux-mé-

m TÊïMomxt mjw aide de cuo--

wmj bamsa, tmwe lûBer, at Aaat tm «nwt leor v-

aéeoanaek sûtfe. IXepû a» ■

Sipitfaa, ko) svec moi était ià

«MH, tanUt «oorfaèâeTaat k

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regaHÉOt d"*!! œîl tSÊté. h*

aa gtite de {Rlii^ ; je la dé—nnii. In limi à dati; et, m'ctut umrt qs'anam aati« amm cacbé dans cet» cbanbiE et m enrinns, je m'cn^nmu d'aller reonansltre, s* ec eaoore fbu de loân qoe de ood- Uiwt, le rerte de oe Tatte UliiMiil

Céiaît coQuiK une TÎUe oitiâe, h célèbre calfaédnlp rie Btuyog et t^ d^p?Dduw« étant jointes s rsirberfcM. A l'acpect de cette magnifique é^ûe je reAait aairi d'adaùraivai, lonqse, ren le sonuiiet de ses 6>ariw* piliers, i! uie eembl& vtnr se ^iaoer des tnibRe liiiimî De*! Cela me n^peU aa àeroir qoe j'étais Tenit naip&i «< bieabbt, sTaoc dé(»Dveit nue entn^ dans la baaa de l'ooe de oe« gig^antesque» nosee, j'en «tteîgnis n^tdament le faite, par l'escaliET tournant eat lui-mjgne qa'die renfermait. Cet escalier aboatiasaît à une roMnde. Xélom hors d'haleine quand, Hm^riesHat dans cette coupole et levant les jeux, je me trouvai environne de vingt otEcien ennemis, ranges drculatrement. et Eilendensement uuie contre la moraille. A ma vue

moitié ËUppliunt, moitiii menaçant, s'éleva; quelrjnea épées même se tirèrent, et peut-être allais-je être sacrifié à leur salut, si Je n'eusse, promptement et à tout hasard, accompafTné du cri A moi, ffrenadms.' l'ordre qne Je leur donnai de se rendre. Après un instant d'hésitation ils s'y décidèrent, fort heureusement pour eux oomme pour moi, ear J'eusse été vengé à l'instant même, plusienrs des nôti'es m'ayant vu disparaître dans ce pilier, et venant de s'y engager à ma suite.

Ce Jour-là, et le lendemain, le pillage continua dans toute la vilie. Les distributions manquaient. Nul habitant ne se trouvait hi pour y suppléer ; et, î a nécessité pour chacun de se procurer det' vivres servant de prétexte, rien n'échappa à cette destruction, l'arrivée successive de corps nouveaux la renouvelant sans cesse. Les chefs d'ailleurs, ponr fermer les yeux, s'autorisaient des atrocités espagnoles contre les nôtres. On voulut épouvanter ! Ce fut, depuis l'Èbre jusqu'à Madrid, comme une exécution militaire. On laissa le soldat Jouir de cette vengeance et s'en rassasier,

Dana Burgoa la contagion gagna jusqu'au quartier impérial; il y fallut même, pour l'arrêter, on exemple sévère ordonné pur l'Empereur. Je remarquai un fait unique au milieu de ce désordre. On m'avait averti qu'une troupe de pillavds venait de pénétrer dam la cathédrale. J'y courus, mais il n'en était pas besoin ; l'imposante majesté de ce lieu sacré avait suffi ! Devant tant de grandeur et d'éclat, les maraudeurs stupéfaits, saisis d'un respect subit, étaient demenréa confondus ! Us ad-

M Eu DIRIEZ. il

3fi8 MÉMOIRES D'UB AIDE DE CAMP.

miraient! Entrés audacieas, ils étaient devonna tou hnmbleg! On eût dit, à leur rauette contemplation, c k rembarras de leur dcmarche en se retirant, que, à I l'aspect impréru de eette sublime immensité, écrasés de f leur néant, ÎU s'étaient crus, tout à coup, en présence de I Dieu Ini-même!

Mais il n'en fut pas ainsi dans Lerma, >jù je îai Toyévers le 20 novembre. Cette ville est bâtie sur le sant d'un monticule, espèce de câue tronqué, dont le pla- I teau porte nue abbaje, on palais et leur esplanade. Dès J la première nuit tout j fut pillé, et la moitié de la ville I incendiée ; je n'y pus rien, nn brasero, laissé la nuit dauaJ ma chambre, m'ayant presque asphyxié.

Que faire, d'ailleurs, contre un entraînement universel ? On sait qn'une longue suite de victoires j^àte le soldat I comme le général ; que de trop fréquentes marches forcées | altèrent la discipline ; qu'alors l'irritation de la faim et I de la fatigue, et l'obscurité, en arrivant aux cantonne- I ments dans la nuit, portent et enhardissent à tous les excès, comme aussi le défeut de distributions impossibles I ayec tant de hâte; d'où vient, chaque soir, pour les dats la nécessité de se disperser alin de pourvoir à Isore 1 besoins, et, comme ils ne reçoivent jamais rieD, l'habï- ] tude de tout prendre. Comment donc s'étonner de ces dé- ' aordres ? Nos soldats s'y croyaient autorisés. Après les miracles d'Iéna et de Friedland ils venaient de faire cinq • cents lieues au pas de course , et de vaincre en arrivant I Leur vie était comme un long assaut surhumain contee la fatigue et le danger; au milieu de quoi le {âllagerj

ES ESPAGNE. 39a

comme l'un des fruits de la vîctoii-e, leur semblait un droit. Le îeur trop couteater c'eût été les rebater. Comment, enfin, tant exiger sans rien tolérer ?

Ici, d'ailleurs, les habitants n'avaient ea garde de noua attendre . Leur fnîte annonçait assez qu'ils faisaient cause commune avec leur armée, et bien pis encore. On disait que, dans ieur premier 3Uccè§, eus et leurs femmes ellesmêmes s'étaient disputé l'hoiTible jouissance d'achever nos blessés et nos malades! On ajoutait d'affreux et de trop réels détails : la vie ajxachée successivement aux uns par d'odienses mutilations, à d'autres par des niilliers de coups de ciseaus.enfoncésdans leurs yeux et dans toutes les parties les plus sensibles. On savait qu'à Valence deux cents Français, habitant la ville depuis longtemps et presque naturalisés, y avaient été martyrisés ; et là, comme ailleurs, c'était à des moines qu'on imputait le signal de ces massacres ! De là ces excès des nôtres, suivis de pro- &natioDS sacrilèges, dont Lerma surtout donna le premier et fâcheux exemple ; de là cette longue orgie de quarante-huit heures, ces incendies causés par le vin, et qu'avec le vin on voulut éteindre ! De là enfin, sur ce mCme plateau élevéj eu vue de ces plenples religieux jusqu'au fauastime et réfutés datis leurs rochers, le spectacle de nos soldats, dans une triple ivresse de viu, de gaité et de colère, circulant processionnellement autour de leure feux, cierges en main, affublés des frocs de ces moines, dont ils imitaient les chants sacrés sur des paroles de garnison les moins édifiantes !

L'Empereur ne vit point ces égarements qu'il n'eût

]»int souffert. Il venait même d'eaeajer par uue proclamation, de rappeler les populations dans leurs foyers et de IcB ramener à sa cauae, leur donnant un mois pour y rentrer. Il leur promettait, à ce prix, sa protection, u'eii exceptant que plusieurs Grands, sur qui devait porter toute sa colère. Il partit de Burgos le 23 novembre, et ne s'arrêta le même jour (ju'à Aranda. Ici, de tous les habitants l'alcade seul était resté. Il disait que des ressources du paya envii'onnant il pourrait nouiTir, pendant un mots, quati-e-vingt mille hommes. Mais là comme à Burgos, quant au pillage, même désordre : les portes les lits, tous les meubles des maisons alimentèrent et garnirent les bivouacs du centre de notre armée rêuuie autour de cette ville.

Dès le lendemain 29, Napoléon, poussant lui-même par Sommo-Sien-a, droit sur Madrid, avec Victor et sa propre gai-de, n'avait plus songé qu'à yprévenir l'arrivée des débris espagnols de Tudela, et à étonner prouiptement la Péninsule et l'Europe par la nouvelle de son entrée dans la capitale.

En conséquence je reçus l'ordre d'aller l'attendre, le 29 novembre (1), à Bocoguiilaa. C'est un assez joU village, à trois lienes environ du Sommo-Sierra, forte position dont la résene de l'ennemi occupait les approchée et le défilé. Ce jour-li'i, les chevau-légera polonais de notre garde faisaient tête de colonne. Ils ebassèreut les Espagnols de Carajas, autre village situé à l'entrée de la

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