SOMMO-SIERRA, JE SCIS BLESSE
I pied d'un dernier reasaat, roide et court, dernière et ru- [ pide pente à gravir pour atteindre le sommet de ce plateau, plus célèbre qu'il ne le mérite. C'était une position , presque sainte, et cnie inv-incible ! Le sommet en était couronné par une redoute armée de seize canons, et défendue par douze mille Espagm-la ran^s en bataOle, sur deux lignes, entre des rocs. Le brigadier général 8aint-Jnan les commandait. Une foule de leurs tirailleurs se prolongeait en avant d'eus, sur les contre-forts de I droite et de gauche, d'oii ils plongeaient leurs feux dans fie défilé.
Le corps d'armée de Victor était nombreux, bien ensemble, et soutenu par ia garde impériale. De leur côté ■il y avait moins d'homme», mais plus de haine, l'avanige du lieu, et tant de foi, tant de confiance dans cette josition, que, après y avoir failli, ne comprenant pas ne se fût point défendue d'elle-même, ils crièrent ila trahison, et se rendirent coupables, comme on le verra, ^d'nn abominable menrti-e.
L'Empereur, étonné qu'on eût osé l'attendre, et de
I plus en plus impatient, nous fit remonter k cheval ; il
f devança l'infanterie, et s'engagea trop tôt dans cette
L gorge. Le feu des ennemis l'y aiTêta, à quatre cents mè-
iron de la droite de leur ligne de bataille. Alors,
Pte rangeant dans un pli de terrain, à la gauche de la
route, ii laissa s'avancer nos iàntassins. Là, soit mépris
pour ces insurgés, soit impatience de s'être autant et
!iussi inutilement exposé, et que le brouillard lui cach&t
^ l'obstacle, dans son irritation croissante il ordonna à
•loi MÉMOIRES W\:S AIDK DE CAMI'.
Bon escadron d'escorte d'avancer, de charger, et, sans pliia attendre, d'enlever la position. Cet escndron était composé de quatre- vinftts chevau-légera polonais, coinmandés par sept officiera : MM. Kozjietntski, Rudowakî, DziewanowBki, Eoivîczki, Krazînski, et Niegolewski. A leur tète partirent aussi le général Montbrun et Pire, aide de camp du prince de Neucliàtel. En même temps il fit escalader le contrefort de droite par le U°" régiment léger, celui de gauche par le 24"", et il poussa le 96'°° en avant sur la grande route.
Cette attaqne d'infanterie bien combinée demandait du temps; car dans le début d'une pareille manœuvre, où le sol abrupt, changeant d'aspect b. chaque pas, est d'abord à vaincre autant que l'ennemi, il y a souvent de l'hésitation. Les chets n'ont point leurs masses réonies sous la main ; l'ensemble manque, on s'attend mntuellement; et le combat, dispersé en insignifiantes tirailleries, languit longtemps sans décision.
Il commençait ainsi, lorsqu'on vint annoncera l'Empereur que la charge de son escadron de service était arrêtée ; qu'elle avait rencontré nn obstacle insurmontable, que l'emporter de front était impossible. C'était en effet par les flancs et par l'infanterie seule qu'il pouvait être surmonté. Mais il n'y avait pas de temps à perdre. Napoléon s'était engagé dans nn mauvais pas; il ne voulait pas devant les troupes s'en retirer; les balles, du haut des crêtes, plenvaient autour de sa tête. C'était bien l'affaire des Polonais, comme gardes, d'éloigner ce péril de sa personne; néanmoins, comme Pire et Montbnui
SOMSIO-BIEERA, JE HUIS BLEBSE. 10".
^noraîeut le danger de l'Emperear, ils avaient raison-, b l'on verra trop, tout à l'heure, que militairement leur
" charge, inopportune en ce moment, était impossible. Mais à ce dernier mot, l'Empereur, impatient d'en finir, s'indigna ! Il frappa violemment le pommeau de sa selle, en a'écriant : « Comment ? impossible ! je ne con- K nais point ce mot-là ! Il ne doit y avoir pour mes Po- K lonais rien d'impossible ! d A quoi "VValther, général commandant la garde, s'efforçant de le calmer, répliqua ; « Sire, un moment de patience ; l'infanterie monte sur a les flancs ; l'ennemi va être abordé de plain-pied sur ■( ses denï ailes ; c'est alors qu'une charge, au centre, « l'achèvera; il n'aura rien perdnpourattendre. u L'Empereur ne l'écouta point. Au travers des frémisaements
(de sa colère, j'entendais ces esclamations ; t Impossible !
n Quoi ! ma garde arrêtée par des paysans.' devant des [ bandes armées ! »
En ce moment les l)a!Ies ennemies redoublaient, et
■moi, par un mouvement naturel, je ra'êtaia avancé en-
Kk« elles et Napoléon, le regardant, craignant à chaque instant de le voir atteiut, m'animant de son danger et n'exaltant trop de ses paroles, car Walther avait raison.
I Mais lui, voyant dans mes regards la même irritation qui l'enflammait : a Oui, ajouta-t-il comme si je l'avais « interpellé, oui, partez, SégurI Allez 1 Faites charger [ mes Polonais ! Faites-les tous prendre, ou ramenezr moi des prisonnierB ! »
Partant aussitôt, au travers de la forêt mouvante de
j nos baïonnettes qui hérissaient la route et que, à chaque
fOH UKilOIBEâ rrUS AIDE DE CAMP.
t«mps de galop, il me fallait relever pour n'en paa être- &Lt«int, i'arrÎTe au pied da rocher à l'abri datiuel I' cadroa polonais, seul, en avant de l'inf^iaterie, s'était rangé. V Commandant, criaî-je à Korjietolaki, l'Empe- « renrDoasordonnedechargerâfond,etaur-le-ch&mp Sur quoi MoQtbrnn fit nne exclamation et on geste d'étonnement. sans oeer me contredire ; mais Pire répondit « C'est impossible! — On raâitàl'Ëmperenr, répliqmu- " je, et i! n'cncroit rien, — Eh bien, reprit Pire, viei»-y « donc regarder toi-même; et vois si le diable, toot &it 1 an feu qu'il doit être, pourrait mordre là-desans!
Alors, joignant à l'avis la preuve, et dépassant le rocher il me montra, an travers d'nne grêle de ballee, doBt aussitôt nos équipements furent criblés, la montée rapide dn chemin sm* cet amphithéâtre hérissé de rocs, la redoute de seize canons qui le conrouuait, et vingt bataillons déployés de façon k converger, de front et de flanc, tous leurs feus sur une attaque qu'on ne pouvait effectuer qu'en colonne et sur la route.
Il y avait bien là quarante mille coups de liisil et plus de vingt coupa de mitraille à recevoir par minnte! Bien n'était plus convaincant sans doute; mais l'ordre aratfc été trop impératif, il n'y avait plus i reculer, œ C s égal, m'écriai-je ; l'Empereur est là, et il vent qu'on «ti <i finisse! Allons, commandant, à nous l'houneur, roa- « pez par pelotons, et en avant ! »
Pour toute autre troupe, le colloque précédent à bauta voix l'eût intimidée; elle eût hésité; mais avec ces hén/iques Polonais il n'y parut pas le moins dn monde : à
Hâe»
nrèi
ffan