‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 49 sur 56 · SOMMO-SIEERA, JE SUIS BLESSÉ · texte numérisé non relu

SOMMO-SIEERA, JE SUIS BLESSÉ

peine ene-je ie temps d'arracher mon sabre de son fourreau, qne déjà leur charge en colonne sur cette route était commencée.

Nous chargeâmes Tentre à terre. J'étais à dix pas en int d'enx, tête baissée, répondant par notre cri de lerre, dont j'avais besoin de m'étourdir, an bruit des feux ennemis éclatant tons à la fois, et à l'infernal sifflement de leurs balles et de leur mitraille. Je comptais BUT la rapidité d'une attaque impétueuse ; j'espérais que, étonné de notre audace, l'ennemi tirerait mal; qu'enfin noua aurions le temps d'arriver au milieu de ses canons, âe Bea bMonnettes, et d'y mettre le désordre. Mais ils ne îrent que trop juste !

Bientôt, malgré nos clameurs et la détonation de tant 'armes, derrière moi des coupe secs suivis de gémissements, le bruit de la chute des hommes et de celle des chevaux , me firent pressentir notre défaite. J'entendais les cris de douleur des malhenreiii Polonais l'emporter sur leur cri de guerre; je n'osais tourner la tête vers eux, craignant un spectacle funeste et d'être forcé de renoncer. Déjà je m'étais senti frappé moi-même; plnsienra balles venaient de percer mon chapean, le collet de mon LUteau et tons mes vêtements, mais elles m'avaient à ine contusionné. Une autre avait écrasé le fomreau mon sabre sur mon côté gauche, car sur nos deux !, comme en tète, pins noua avancions, pins les feus l'infanterie ennemie nous assaillaient. Un biscaïen it alors m'eftieurer le cœnr qa'il mit presque à décou- :rt. Je me consultai; mais, comprenant vite qu'une telle

blessure devait être mortelle ou insignifiante, et ne me aentant pas défaillir, je continuai. (Je fus cependant aix mois ÎL en guérir.) Enfin, presqne au même instant , un coup de feu dans le côte droit m' ayant coupé la respiration, je m'arrêtai et regardai autour et derrière moi.

J'étais seul à trente pas de la redoute. J'avais dépassé deux bataillons ennemis, placés d'écharpe, derrière un ravin, but notre flanc droit. Un seul officier me suivait, Rudowski, je crois, un colosse comme la plupart de ces hommes d'élite. Il était encore à cheTal, mais blessé à mort, chancelant et près de tomber, face à l'eiinemi ! La distance et les rochers me cachaient le reste. Je voulus, mais vainement, retourner mon choval blessé Ini-même. Les Espagnols hurlaient des cris de victoire, ils s'avançaient pour me saisir. Alors, ramassant ce qui me restait de forces, je sautai àteiTe, Dans ma retraite, pour m'abriter de leurs feuï, qni bien inutilement continuaient sur un seul homme, je me serrai contre lee rochers à droite de la route. Retraite cruelle ! où d'abord, en passant rapidemeut près de Rudowski, je vis cet infortoné, achevant d'expirer, tomber presque anr moi; après quoi il me fallut franchir ou éviter tousnos malhenre as compagnons morts, on se débattantavantdemonrir, sur ce glorieux mais bien triste champ de batdUel

L'escadron presque tout entier était abattu. Sur les six autres officiers, tnJis encore étaient tués roidea on blessés mortellement : c'étaient les lieutenants Howiczki, Erzyzanowskietle capitaine Dsiewanowski. LeB trois antres, les lieutenants et capitaine Niegolewaki et

SDMMaSlERRA, JK SDIH BLESSE. 10&

inski, et le ohof d'escadron KorjiettdHki, étaient es. Quarante boub- officiera et lanciers, tués ou blesi mort, jonchaient la terre. Douze auti-es encore litaient blessés, mais moins grièvement ; vingt Beulement, lins et saufs, avaient échappé à ce massacre. Ceux-ci snaient d'aider leurs blesBés à se retirer; en aorte que. BUT tout le reste du terrain de notre chaire, je ne revis debout qu'un seal trompette. Immobile au milieu des fenx qui continuaient, le pauvre enfent pleurait son escadron et l'un de ses officiers étendu » terre. Il en tenait le cheval et m'aida à le monter, car je souffrais déjà beaucoup : je ne pouvais plus me soutenir, et il 'y avait point à s'arrêter sous cette pluie de halles it de mitraille. Il me conduisit ainsi jusqu'au pied de rocher protecteur, d'où nos valeureux Polonais s'éient élancés si pleins de vie, et d'une ardeur que la 'mort seule avait pu éteindre ! La tête de colonne de notre infanterie s'était arrêtée derrière. Ce dernier trajet, au pas, sur une descente rapide, fut bien douloureux : il me parut d'une longueur interminable. Enfin, parvenu au milieu des nôtres, et le péril ne le soutenant plua, je tombai dans les bras des grenaiiers du 96""'. Le colonel de La Grange se trouvait là. Je lui dus de premiers soins, et la conservation de mon sabre que, jusque-là, il m'était resté la force de ne point abandonner.

Ce fut lui encore qui me fit emporter aussitôt par quatre grenadiei's. A quelques pas de là, Savary, allant âresser l'attaque, me rencontra ; il s'apitoyait ; mais j'é-

ttiis encore bous l'in^nence de cette chaude animation sans laqnelle on ne se dévouerait guère; aussi ; < Ne a gongez point à moi, M répondis-je; eu avant! en « avant ! et que l'infenterie venge nos Polonais sur ces ■I misérables! »

. Un peu plus loin, le groupe qne noua formions, en passant près de l'Empereur, attira ses yeux; il s'informa. " Ah! pauvre Ségnr! s'écria-t-il ; Ywan, allez vite, et « sauvez-le-moi ! « Je tiens ce détail d'Ywau lui-même. Twan accourut; et, se réunissant aux grenadiers, il les aidait à me porter, lorsqu'iuie autre balle esp^^ole, venue des crêtes dn défilé, me choisissant seul au milieu de toutes ces têtes penchées sur moi et qui me couvraient, les effleura sans les blesser et me traversa, la cuisse droite !

Dans le premier étonnement de cet acharnement du sort on s'arrêta, a Ahl le malheureux, dit Twan; « voilà encore sa cuisse cassée! ^ Non, non, dis-je « en la faisant mouvoir ; mais allons vite, tirez-moi d'ici, « car il paraît qu'aujourd'hui le sort m'est décidément ■j contraire ! "La balle, eu effet, après avoir contourné l'os sans le briser, bombait de l'autre côté et s'était arrêtée 14.

Ce trait assez remarquable d'infortune fut, eu cet instant, mais pour un antre que moi, suivi d'un exemple tout contraire. Turenne, officier d'ordonnance de l'Empereur, m'apei-cevant, s'était précipité pour venir à mon Bûcourg, et cela bien à propos pour son propre salut j car à peine fnt-il en bas de son cheval, qu'un boulet en brisa la selle!

SOMUO-SIEREA, JE SUIS BLEfiSÉ.

On reprit la marche, et bientôt, à cent pas plas en ciiTÎère, je fus déposé sur le bord de la route, à l'abri d'un rocher, où commença le plus désagréable moment de ce genre de position, celui où l'on aonde les bleasnreB.

Ywan, en me dépouillant de mea habits coupés et percés de toutes parts, comme dans une exécution militaire, quelque accoutumé qu'il fût à ces sortes d'aventitres, ne ponvait retenir l'expressiou de son étonneracnt. Les contusions, la large blessure que J'ayais sur le cœur, celle de la cuisse qu'il lui fallut ouvrir pour eu arracher la balle, l'arrêtèrent peu. Mais à la contraction de sa figure, quand il vit le coup qui av'ait pénétré dans mes entrailles au-dessus du foie, et dont il sondait vainement la profondeur, je compris qu'il perdait tout CBpoir de me sauver. Je m'en aperçus mieux encore k ses wcatea en réponse aux vives et nombreuses interpellations des ofSciers de la vieille garde, défilant presque sur mes pieds, et ans exclamations de leurs regrets, derniers adieux que leur amitié m'adressait, et dont je suis attendri encore.

Ainsi, convaincu de ma fin prochaine, et Twaii étant forcé de me quitter, je le chargeai de mea adieux à ma famille et à l'Empereur ! Mais il faut que l'amourpropre soit en nous d'une nature bien vivace, ou que Napoléon l'eût bien exalté, car, l'avouerai -je, dans ces dernières paroles adressées à l'Empereur, ma plus grande préoccupation fut d'accroître son estime, me distrayant, me conaolaut même de la mort, en songeant avant tout à bien mourir!

IIS MEMOIRES DTN AEDE DE CAStP.

('ette marche en avant de notre réserve m'avait an- QOncé le succès de la bataille. En effet, pendant qne notre charge avait attiré et concentré sut elle tons les feai de l'ennemi, le général d'infanterie Barrois avait profité de cette diveraion. Il s'était avancé jusqu'à ce rocher, notre point de départ et de retraite. Là, ponssé en avant, comme moi, sur la ronte par l'Emperear, dès son premier pas au delà, de cet abri, pour recommencer ma cliarge. treize de ses grenadiers avaient été abattus par le feu de la redoute. Alors, rétrogr^ant derrière le roc, il avait envoyé quelques compagnies à l'escalade des hauteurs à notre droite, pour toomer l'olstacle ; puis, impatient de leur hésitation, lui-même, à la tête de sa brigade, y était monté. Là, de platnpied enfin, devant dix raille Espagnols rangés sur deos lignes, il les avait attaqués. Mais eux, quatre contre un pourtant, m voyant prés d'être abordés, avaient déchargé leurs armes ; et, se débandant aussitôt, ils s'étaient mis à fuir à toutes jambes. Au même moment. ajoute-Hl (car c'est liti qui parle et j'en ai la note de sa main), à sa gauche le bruit de la canonnade avait cessé.

Nos troupes allaient atteindre le bourg de Buytrago et nue dernière troupe ennemie; ila apercevaient même an milieu d'elle un groupe de soldats français prigonniers qu'elle entraînait, et ils redoublaient d'ardeur pour les délivrer, lorsiiu'un temps d'arrêt, suivi d'une décharge et de la chute simultanée de tons ces captife, les consterna ! Le crime était consommé ! Les infortunés, fusillés à bout portant, étaient abattus! il n'y avait

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