SOMMO-SIERRA, JE SUIS BLESSÉ
levé au ciel, qu'il n'osait, craignant de tas voir passer sous sa lancette ! Alors, étendant le bras vers lui avec nu signe et un mot impératift, je le décidai i mon sang jaillit, et je fus sauvé l
Lesoirde ce même jour le docteur me déclara flèrement hors de danger; mais intcTieurement, et malgré la joie que son bon cœur en éprouva, je crois qu'il fut asscK mystifié de ma renaissance. Elle fiit si prompte, et lui toujours si pressé de gagner Madrid, que, trois jours après, la voiture du colouel du 54"" ae trouvant là, il m'y plaça, etm'acheminasnr cette ville nu travers d'une neige glaciale. Il ne craignit même pas de m'inataller. la nuit, tout grelottant de fièvTc et de froid, sous un misérable hangar onvert, et sur une paille humide, où, pendant douze morteUes hernies, une épaisse couche de neige s'ajouta à la couverture dont il m'avait enveloppé. Des souffrances pareilles ne sortent guère de la mémoire, mais plutôt pour s'en vanter ijae pour s'en plaindre, la gloire consistant pres(|ue autant à les bien supporter qu'à les afi'ronter. Cependant nous arrivâmes.
Ici, puisque je n'ai peut-être pas assez craint de m'étre trop complu dans ces détails, pourquoi u'oserais-je pas rapporter un fait dont je fus presque témoin dans ce trajet, fait intéressant seulement par la discussion qu'il provoqua. Noua avions fait halte dans un village, où se trouvait l'un de nos employés des vivres, ainsi qu'un dépôt de prisonniers. Cet employé, homme d'esprit et de ma connaissance, après m'avoir demandé de mes nouvelles, interpellant mon docteur, s'était écrié : « Que s'il
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" convenait d'afûrmer, par une preUTe matérielle, qu'en « nous c'était l'ilme seule qui aentiLÎt et non le corps, ce « qn'ii venait d'observer sur l'un des officiera pris i, « Sommo- Sierra, suffirait bien. Ce prisonnier, ajouta-L-il, « avait été amputé d'an bras à cette affaire ; à peine ré- 1 tabli, il s'était pris de querelle avec d'autres prisonnierB •1 et si vivement, qu'il se trouvait en danger de perdre « l'antre bras frappé, dons cette rixe, de je ne sais quel » instrument. »
Jua(]ue-là il ne semblait pas que la métaphysique piit s'immiscer, en rien, dans un accident qui ne paraissait que trop physique. Mais ou avait remarqué que, dans l'exaspération de sa colère, ce prisonnier n'avait rien senti da coup violent qu'il avait reçu à ce bras qui lui restait, tandis qu'il se plaignait toujours, de même que tant d'autres amputés, de ses souffrances à sou antre bia^ (^a'il avait pourtant laissé sur le champ de bataille. D'où notre employé concluait que c'était donc à l'âme seule qn'il fallait attribuer le sentiment, puisqu'elle seule, toujours entière, pouvait souffrir, eu ce malheureux, dans la partie de son corps qui n'existait plus, tandis <iue d'aatre part, sans donte attirée tout entière ailleurs par la passion, sou absence momentanée avait privé de sensibilité l'autre partie saine de son être, virante encore !
Sur cela je vis le docteur sourire. Habitué à avoir af&ire plus an corps qu'à l'âme, il expliqua ce &ît [Ans matériellement : attribuant l'effet de la donleur anmenbre absent, à nne continuité de sensation de l'origine commune des nerfs, et le résultat contraire, celui de raboeuee
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de sensibilité an membre présent, à une sorte de contraution, de concentration produite au cerveau par la colère. Quant à moi, fort intéressé, depnia sept k huit joui'a surtout, à ne point séparer ainsi l'âme dn corps, cette solution, vraisemblablement satisfaisante physiologiqnement parlant, me parut, philosophiquement, incomplète et insuffisante. Je trouvai qu'elle ne remontait pas jusqu'au principe en question ; j'y ajoutfl-i donc, imjut la compléter, la citation de ce passage de Malebrunche où il dit : a Que « l'âme réside immédiatement dans la iiartie du cerveau f à laquelle tons les organes des sens aboutissent ; > soit ijue Dieu l'ait enchaînée sur ce sommet, comme Prométhée sur son rocher ; soit que, prisonnière dans notre corps doQt elle est la vie, ce lieu soit son centre d'action, celuilà même oii Dieu a voulu, par un mystère à jamais impénétrable, qne cette émanation de son immatérielle immensité et éternité subisse nue personnification passagère à la fois spirituelle et matérielle.
Quoi qu'il en puisse être, au milieu de ces réflexions I j'étais arrivé à Madrid, le 7 décembre. Pendant mon sé- L jour dans cette capitale jusqu'au -27, et avant comme L après le départ de l'Empereur, je fus comblé des marques f de Bon intérêt. Il me fit écrire par Berthier qu'il m'avait I nommécolonel ; et,sur ma lettre de remerciments :cBien! « dit-il en souriant ; s'il a de l'ambition, c'est une preuve t qu'il vivra; mais je veus désormais qu'il s'expose. <t moins. J'ai été à cinquante batailles san? être blessé ; it et lui, en voilà deux de suite où il est atteint. Il faut, t à la guerre, du bonheur 1 s
Là-dussus on devisa. On neremanjuapointque lA où je n'avais été (|iie blessé laplnport de caxtx qui me saivaient avaient péri. On n'en conclut pas moins, d'après une observation générale, déjà citée par Louis XV, comme on peut le voir dans les mémoires de mon père, que j'étaia un nouvel exemple de uea bizarres et systématiques coups du sort qui, alternativement, frappent une génération et épargnent l'autre. Ainsi le marechal de Ségcr, mon grandpère, avait été constamment atteint, mon pcre épargné, et moi, tonjours frappé comme mon aïeul !
L'Empereur ajouta qu'il m'en consolerait. Il me fît dire eu effet par Duroc, la veille de son départ, qu'il me chargeait de porter et de présenter au Corps législatif tpuB les di'apeaux pris dans cette campagne. li eut la bonté de recommander au général Belliard, gouvemetir de Madrid, de ne me laisser partir que suffisamment rétabU Enfin, et malgré la hâte subite de sa rentré-e en campagne, en remontant à cheval, il me laissa la lettre qu'on va lire, lettre qui, jointe à tant d'autres marques de son attachement pour les siens, ne permettra plus, je le pense, de l'accuser d'insensibilité et d'ingratitude.
ï Monsieur Philippe de fWgur, j'ai éprouvé nue véri- ■< table peine de vous savoir un moment en danger. J'ap- .1 prends avec bien du plaisir que l'état de vos blessures u vous permet d'entrer en convalescence, et d'aller bien- II tôt vous rétablir à Paris. Vous ne de\-ez avoir aucune u espèce d'inquiétude aiu- \otre sort ; vous m'avez donné M des preuves de votre zèle, de votre bravoure, et de n votre attachement à ma personne. Votre principale