‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoiresChapitre 52 sur 56 · SOMMO-SIERRA, JE SUIS BLESSE · texte numérisé non relu

SOMMO-SIERRA, JE SUIS BLESSE

(c aflPaire, à présent, est de vous guérir de vos blessures,

(ï de manière à ne pas vous en ressentir. Cette lettre n'é-

«c tant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte

€ garde (1) !

oc A Madrid, le 21 décembre 1808.

« Napoléon. »

(1) L'original est aux Archives Nationales.

.m PRÉSENTE LES DEAPEAUX M' L'OEPS I.AGISLATiy.

Ponr en fiuit avec ces détails trop bugs, trop personnes s ans doute, j'ajouterai Bealmnent, que, le27 décembre 1808, couché daiiB une berline chargée des dnipeani conquis, je partis de Madrid ponr Bayonne, par Sommo-Sîerra, Burgos et Vittoria. Une comp^nie d'infanterie m'escortait, bivouaquant la nuit antour de moi et de ces di'apeaus. Elle était si indispensable, i]u'un officier en dépêche, ayant vouln, malgré nos a\is, nous précéder de quelques pas, fut égorgé ausûtùt qu'il se trouva hors de la protection de nos baïoiinettea.

Enfin, le 7 janvier IHQ'.), quittant poar la seconde fois cette Espagne, presque iiussi Fatale pour moi qa'elle devait l'être à l'Empire et à l'Empereur, je rentrai en France, et bientôt dans ma famille. Là, mes blessures longtemps ouvertes m'ayaut retenu couché plusieurs mois encore, il fallut remettre à la session prochaine, celle de 1801» à 181Û, la présentation an Corps Législatif dee. trophées conquis par nos armées d'Espagne en 1808. Mais puisque cette dernière scène se mpporte presqu'exoluai-

DHAPKAUX PKESEXTES Al" COUPS LEtilSLATIF. iiS

1 ajonmer

Tement au sujet qui nous uccupe, pourqnoi > le récit? Le voici donc.

Certes, pour un jenne colonel, arant tout paBsionué de gloire, on doit croire qu'une pareille jonruée fat 1h plue f belle et la plus heureuse de aa yie entière. Mais tout s'a- I diète; et ce qu'on trouvera fort ainfçulier peut-être, c'est I qne l'instant qui précéda cette présentation, pour moi si I honorable, a peut-être été le plus pénible de tous les mauTais moments que j'ai passés ! Telles sont les secrètes I anomalies de t'&mc, quand rimagination s'échauffe, et que l'amour-propre se niéJe à des sentiments plus élevés. Dans cet instant, le dirai-je, ces honneurs publics dont Kapoléon me comblait ; le soin si délicat d'y m^ler mou , père, de le rendre spectateur et acteur dans cette séance I mémorable, où devait parler pour la demièi-e fois, et I pour me répondre, l'orateur d'alors le plus célèbre, [ M. de Fontanea, séance du 2"2 janvier 1810 ; le public de I princes et de rois étrangers qui y assistait ; ces drapeaus, ■ ces soldats d'élite si renommés dont j'étais environné; r enfin, et surtout l'honnenr de parler devant les représentants de la plus grande des nations, an nom dé sa Grande Armée et dn plus grand de tous les hommes, tout cela, au lieu de m'enfler présoraptueusement, m'avait acoablé !

J'étais parti à pied du château des Tuileries, le cœur assez haut encore, à lu tête de quatre-ving^ts grenadiers de la vieille garde et des drapeaus espagnols qu'ils portaient. Mais lorsque, après avoir traversé le jardin du palais impérial jusqu'à la place de la Concorde, je fus

4â4 MÉMOIRES DTK ATDK DE CAMP.

arrivé dans le salon qui précédait l'eaceinte législative, et que, devant les portes de cette salle prÊtés à s'ouvrir, il me fallot att«ndi-e le nioment où cette scène historique allait commencer, je l'avoue, toute l'orgueilleuse joie de mon âme disparut dans la peur, qui me saisit, d'y mal sootenii' mon rôle, de gâter toute cette pompe et de ne m'en pas montrer assez digne. Comment et de quel air me préseuter devant une assemblée aussi ccnaidérable ? Avec quelle démarche assez ferme allais-je traverser dignement tant de regards? Bien plus, lorsqu'il me faudrait monter à cette Tribune, pour moi si nouvelle, dans quelle attitude y para!trais-je ? De quelle voix assez convenable, afisez hante, aasen assurée me ferais-je entendre? Et quelle humUiation, quelle siUiatiou désastreuse, si ma mémoire se troublait, si je n'étais point assez maitrti d'elle pour me rappeler le discours, préparé d'avance, que j'avais à prononcer ; si j'allais enfin rester court au milieu du silence et de l'attention universelle l

Pendant une demi-heure d'attente et de redoublement de cette folle anxiété, mon imagination échauffée la rendit si violente, que j'en suis encore à concevoir comment je pus y résister. Je sentais en moi tout se décomposa-, lorsqu'eufin les portes s'ouvrirent ! L'impérieuse nécessité, seule alors, quoique le terrain me semblât manquer sous mes pas, me fit entrer, et traverser, à la suite des questeurs, la salle entière, d'un mouvement presque machinal. Arrivé au pied de la tribune, lieu si redoutable que les plus éloquents improViaafceurs ne l'abordent jamais, disent-ils, sans une émotion dont leur vie s'abrège, je me

Page 1