‹ Un ami de Napoléon IIIChapitre 10 sur 17 · I . si mal inspirée dans son opposition contre la · texte numérisé non relu

I . si mal inspirée dans son opposition contre la

politique personnelle d'un prince qui avait pour confident intime un homme qui se vantait d'être plus Italien que Français et dont toutes les aspirations tendaientà bouleverser les traditions séculaires de la politique française.

Le comte Arese qui désirait également l'aban-

^ Voy. BoNFADiNï, op, cit,, ch. V, p. 104-106. La lettre du Docteur Conneau est écrite en italien. J'en donne une traduction très exacte.

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don de la politique traditionnelle de la France, était sûr d'avance de trouver dans le docteur Conneau un auxiliaire précieux pour Taider dans ses démarches auprès de Napoléon III en faveur de la révolution italienne. Aussi Arese ne partageait nullement les rancunes des mazziniens et même de ses amis contre le prince qui avait envoyé le 'général Oudinot à Rome. Au comte Durini, qui lui conseillait de renvoyer bruyamment la croix delà légion d'honneur qu'il avait reçue de Louis-Napoléon, Arese répondait avec ironie, parce qu'il connaissait les secrètes pensées et les projets du futur empereur.*

A la fin de cette année 1849, ^" deuil cruel frappa le comte Arese, qui habitait alternativement Marseille et Gênes. Dans cette dernière ville, où il s'était installé pour l'hiver, il perdit sa femme le 24 décembre 1849. ^^ malheur éloigna pendant quelque temps l'ami de Napoléon III de la politique. Cependant il profita de la première exposition universelle de Londres,

• Arese déclarait à son ami qu'il suivrait son conseil « s'il convenait, en vue de l'avantage que l'on peut tirer d'un article de journal à ce sujet, de renoncera ce que je pourrais peut-être obtenir de l'amitié qui existe ■ toujours entre Louis Bonaparte et moi. » — Arese à Durini, 2 mai 1849. Cf. Bonfadini, Vita fit Francesco Arese, ch. V, p. 106.

en 1 85 1, pour faire un voyage en Angleterre. En passant, il s'arrêta à Paris, où il revit le prince-président.

« Celui-ci, dit M. Bonfadini, s'approchait du point culminant de ses difficultés politiques et commençait à se laisser suggérer, par des courtisans et des amis, Thypothèse d'un violent changement dans l'organisation del'Etat^ L'hypothèse était déjà tellement discutée, que le prince Louis ne la cacha point à un ami aussi ancien et aussi éprouvé. Ils eurent là-dessus un entretien. Arese se garda de conseiller ou de détourner le prince. Il s'était imposé, bien avant ce moment, vis-à-vis du puissant personnage qui lui confiait de terribles secrets, cette sévère et respectueuse réserve dont il s'écartait uniquement lorsqu'il avait le désir ou la mission officielle de plaider la cause de son pays. Devenu un peu sceptique à l'endroit des méthodes révolutionnaires, il ne pouvait les louer, même alors qu'elles étaient pratiquées à rebours^. »

Arese ne fut donc nullement surpris quand il apprit la nouvelle du coup d'Etat du 2 décembre i85i. Deux sentiments très divers se par-

^ Mémoires sur le second Empire^ par M. de Maupas, ancien ministre. Paris, Dentu.

2 Voy. Bonfadini, op, cit,, ch. vi, p. 108-109.

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tagèrent alors son esprit. D'un côté, il était heureux de voir son ami placé définitivement à la tête du gouvernement français, parce qu'il était convaincu que la cause de la révolution italienne gagnerait à la restauration prochaine de l'Empire ; mais, d'autre part, sa droiture naturelle éprouvait de la répugnance pour l'acte qui avait violé d'une manière si flagrante les engagements solennels pris par le prince vis-àvis de l'Assemblée législative et de la Constitution. Il regrettait vivement de voir son ami sortir des voies de la justice et de la légalité pour assumer la responsabilité d'actes qui provoquaient tant de haines et avaient fait verser tant de sang.

a Un curieux témoignage de cette lutte qui agita alors l'esprit du comte Arese, dit M. Bonfadini, nous est donné par la minute d'une lettre qu'il écrivit à Louis-Napoléon après le coup d'Etat et qui est restée parmi ses papiers. C'est un feuillet plein de ratures, de phrases profondément modifiées, de changements de pensées ; tandis que, à l'ordinaire, Arese écrivait avec peu d'élégance, mais avec force et de premier jet*. »

Louis-Napoléon comprit sans peine l'état

* Voy. BoNFADiNi, op. cit.^ ch. VI, p. 109.

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d'esprit de son ami. Pour le rassurer, il lui répondit sans retard :

« Mon cher Arese,

« Votre lettre m'a fait grand plaisir comme tout ce qui me vient d'un ami comme vous,

« Vous savez que ce que j*ai fait Ta été en vue d'éviter à la France des années de trouble et de lutte. Je suis heureux de penser que mes efforts et ma conduite sont apréciés par les opinions les plus diverses. Fais ce que dois, advienne que pourra.

«Vous savez combien je serai heureux de vous revoir lorsque vous reviendrez à Paris. Le succès ne me fera jamais oublier l'ami des temps de l'infortune, qui traversait la mer pour me porter des consolations.

« Adieu, à revoir,

« Croyez à mon amitié.

^< Louis-Napoléon *. w

Le comte Arese ne put profiter de cette invita tion du prince-président que plus tard, à cause de la maladie de son père octogénaire, qui l'obli-

* Louis-Napoléon à Arese, Elyse'e, le i6 décembre i85i. Cf. BoNFADiNi, Vita di Francesco Arese, ch. vi, p. 1 10. Cette lettre était inédite avant la publication de l'ouvrage de M, Bonfadini.

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gea à demander un sauf-conduit au maréchal Radetzki pour aller à Milan. Le maréchal accorda avec beaucoup de grâce le sauf-conduit, bien qu'Arese fût exclu de l'amnistie octroyée par l'empereur d'Autriche au lendemain de la bataille de Novare. Cependant Arese n'en profita qu'au dernier moment et ne resta à Milan que le temps nécessaire pour assister à Tagonie, à la mort et à l'enterrement de son père. Le comte Marc Arese mourut le i6 janvier i852, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.

Cette triste coïncidence empêcha François Arese d'aller à Paris avec le général comte Hyacinthe de Collegno, chargé par Victor- Emmanuel de complimenter Louis-Napoléon après le coup d'Etat et de le prier de s'interposer à Rome pour apaiser le conflit naissant entre le Saint-Siège et le gouvernement sarde. Massimo d'Azeglio, alors président du conseil, ne renonça qu'avec regret à la coopération du comte Arese, auquel il avait écrit, le i r janvier i852, une curieuse lettre, où on lit les phrases suivantes :

« Ce qui serait à désirer, c'est que la France employât son influence, non pas au sujet de la valeur intrinsèque de chaque question, mais pour démontrer la nécessité, prise dans son

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ensemble, que Rome ne nous crée point de difficultés qui nous affaiblissent, nous, et rendent nos ennemis plus forts en Italie. Pour cela, le président n^a pas besoin de se casser la tête avec le droit canon, il suffit qu'il parle droit canon à la manière de son oncle (! !).

« Ces aigles et ces aiglons, ces Tuileries, ce roi Jérôme qui revient à la surface, ne me plaisent que médiocrement, et il me semble voir toute l'Europe dresser les oreilles si jamais elle parvenait à découvrir des projets un peu trop gros de courir des aventures. Je te recommande d'être très réservé ; car, avant de les courir, moi aussi, je voudrais y songer deux fois, et toi aussi. Je dis les mêmes choses à Hyacinthe (Collegno), pour qu'il sache à quoi s'en tenir. Il part demain soir. »

Arese ne pouvant partir pour Paris, le général de Collegno s'acquitta seul de la mission. D'Azeglio fut content du résultat du voyage de Collegno et des assurances qu'il rapporta. Néanmoins il estimait que la présence d'Arese à Paris, vu les rapports intimes qui le liaient au prince Louis-Napoléon , serait toujours utile. Arese, qui était rentré à Gênes après sa course à Milan, quitta cette ville à la fin du mois de février 1862 et se rendit à Turin, où il s'a-

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boucha avec le président du conseil, qui le présenta au roi Victor-Emmanuel. Muni des instructions du roi et de Massimo d'Azeglio, Arese partit pour Paris, où il arriva dans les premiers Jours de mars. Il fut reçu à bras ouverts par Louis-Napoléon, qui voulut le loger aux Tuileries et Tavoir fréquemment à sa table. Ils eurent ensemble de nombreux entretiens, dont Arese consignait les détails dans ses rapports à d*Azeglio, lequel se montra' très satisfait des dispositions du prince-président à l'égard du Piémont. Lorsque Arese prit congé de Louis-Napoléon, celui-ci lui exprima le désir de le revoir à Paris, le lô mai, à l'occasion d'une de ces grandes revues militaires où d'Azeglio voyait trop.d*aigles et trop d'aiglons. Arese accepta l'invitation, et Louis-Napoléon, en lui serrant la main avant de le quitter, lui dit : « Dites au roi qu'il peut compter sur ma sympathie et sur mon amitié pour lui, et que je serai enchanté de le voir à Paris. Sa visite servirait à resserrer davantage les liens qui nous unissent. Son rôle et le mien sont à peu près les mêmes; certes, il n'a pas besoin de faire un coup d'Etat, mais, comme je vous dis, nos rôles ont beaucoup d'analogie. »

Arese retourna à Paris pour la fête des aigles,

et les entretiens sur lesaffaires italiennes recommencèrent entre lui et le prince. Le D' Conneau appuyait de tout son pouvoir la politique italienne de Louis-Napoléon, et, on peut bien le dire, Arese, d'Azeglio et, plus tard, Cavour, n'eurent pas d'apôtre plus convaincu de leur cause que ce confident de Napoléon III, dont le rôle, modeste en apparence, était des plus actifs.

Ce fut, en effet, le docteur Conneau qui paralysa les efforts de la vieille diplomatie française, laquelle cherchait, par tous les moyens, à détourner le prince d'une politique contraire aux intérêts et aux traditions de la France en Italie. Ce fut par Tentremise du docteur Conneau que d'Azeglio et Arese obtinrent le renvoi de Turin du ministre de France, marquis de Butenval, peu favorable aux rêves ambitieux du Piémont. M. de Butenval avait peut-être le tort de manifester trop haut ses sentiments et d'être un peu cassant dans ses rapports avec le cabinet sarde ; mais, enfin, il avait le mérite, aux yeux de la France et du parti conservateur, d'avertir son gouvernement du danger qui résulterait d'une politique de compromissions avec le cabinet de Turin. Eh bien, ce diplomate fut sacrifié aux réclamations de

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d'Azegiio et d'Arese, comme on le voit par une lettre du docteur Conneau, où se lisent les phrases suivantes :

« J'ai reçu ta lettre et j\ai remis au prince celle qu'elle contenait pour lui. Je n'avais pas attendu les informations que tu me donnes sur la conduite de notre ministre à Turin pour la faire connaître au prince. Déjà, avant notre voyage dans le midi de la France, on m'avait parlé de l'étrange conduite de Butenval et de la manière, si contraire à ses instructions, dont il traitait les affaires.

<c Aujourd'hui, ta lettre est venue donner le coup de grâce à ce ministre, et le prince, en la lisant, m'a dit . « Tout le monde se plaint de « Butenval, mais il ne restera pas longtemps » dans ce poste. »

(c Tu sais, mon cher Arese, combien le prince est réservé et combien peu il laisse entrevoir ce qu'il pense. Or, une telle expression, échappée de sa bouche ou exprimée volontairement, me fait espérer que Butenval sera promptement rappelé, et je suis heureux de voir, en cette occasion, que le prince te conserve toujours la même confiance et aime à se ranger à ton opinion. Ce sera là, pour le cabinet sarde, une nouvelle preuve du désir du prince de res-

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serrer les anciens et sincères liens d'amitié qui unissent la France et la Sardaigne. Quant à moi, tu ne peux douter du plaisir que j'éprouve en voyant donner à votre gouvernement la satisfaction qu*il méritait... »

En terminant cette même lettre, le docteur Conneau annonce à mots couverts à Arese la prochaine restauration de l'Empire.

« Je voudrais aussi te voir ici, lui dit-il, parce qu'il me semble qu'un tel acte ne devrait pas s'accomplir sans ; ta présence.

« Tu as vu, comme moi, les jours tristes et tu ne l'as point abandonné \e prince). Nous sommes tous les deux, dans le testament de la bonne reine Hortense, l'objet d'une mention paniculière. et tous deux* unis, nous devrions assister au triomphe du tîls de celle que nous avons tant aimée *... »

Le docteur Conneau ne se trompait pas en promettant que le marquis de Butenval .serait bientôt sacrifié aux réclamations du gouvernement de Viaor-Emmanuel. Dès le 27 octobre, Massimo d'Azeglio donnait à Arese la nouvelle du rappel du ministre de France à Turin, dans une lettre où il s'écriait :

* Le docteur Conneau à Arese, Saint-Cloud, 22 octobre ï^52.Gf. BoNFADiNi, o/». cû., pièces justificatives, p. 397-98.

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c( Je reçois dès nouvelles de Paris qui disent que tout est définitivement arrangé, et que, après un délai accorc^é pour sauver les convenances, nous serons délivrés de cette nouvelle plaie d'Egypte. »

Le cabinet de Turin avaitdésormais la preuve ' évidente de l'influence qu'Arese exerçait sur les décisions de Napoléon III. Il était résolu plus que jamais à se servir du gentilhomme milanais pour entraîner Tempereur à intervenir dans les affaires italiennes.

Un incident grave survint qui permit à Arese de plaider auprès de son puissant ami la cause chère à son cœur. Le 6 février i853, des émissaires de Mazzini commettaient à Milan un attentat aussi absurde qu'abominable. Malgré les protestations de la majorité des libéraux lombards, qui s'étaient efforcés de le détourner de toute nouvelle conjuration dans un moment où il n'y avait pas la moindre chance de succès pour les ennemis de l'Autriche, le sinistre chef des carbonari avait persisté dans ses projets. Le plan de Mazzini était aussi simple que criminel. Il consistait à attaquer isolément les officiers autrichiens dans les rues, et à leur donner des coups de couteau par derrière, de manière à les tuer au moment où ils s'y atten-

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daient le moins. Mazzini, qui avait soin de compromettre ses amis après les avoir fanatisés, pendant que lui-même se gardait bien de s'exposer au moindre danger et se cachait au-delà de la frontière Suisse ou en Angleterre, xMazzini avait trouvé à Milan deux cents misérables qui avaient accepté le mandat d'accomplir ses vengeances. Le 6 février, les émissaires mazziniens assassinèrent, à Milan, quelques officiers et attaquèrent plusieurs corps de garde, tandis que des désordres de peu d'importance se produisaient dans d'autres villes *. La répression fut prompte et facile, d'autant plus que la population condamnait énergiquement cet attentat et que les libéraux modérés le flétrissaient sans réserve. Le gouvernement autrichien avait là une excellente occasion de combattre victorieusement ses pires ennemis en face de TEurope.

Il ne fallait pour cela qu'un peu de modération et de sagesse. Personne ne lui contestait le droit de punir avec la dernière rigueur les

* On se demande encore aujourd'hui, en Italie, dans quel but Mazzini se livra à un tel attentat, voué d'avance à un insuccès certain. Evidemment, le chef des carbonari voulait contraindre l'Autriche à une répression inexorable afin de la rendre déplus en plus odieuse aux Italiens. Quanta ses amis, qu'il sacrifiait sans scrupules à ses féroces fantaisies, Mazzini ne s'en soucia jamais.

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mazziniens coupables et de faire voir à la diplomatie à quelles terribles conséquences pouvaient conduire les sectes qui infestaient Tltalie. Tout le monde eût donné raison au gouvernement impérial, et le Piémont, dont on connaissait les rapports avec les carbonari^ eût été humilié. L'Autriche manqua encore une fois de sagesse. La peur s'empara des fonctionnaires qui gouvernaient la Lombardie et entraîna le cabinet de Vienne à commettre dç grosses fautes dont Mazzini et le Piémont tirèrent des avantages considérables. Au lieu de punir seulement les coupables, on s'en prit un peu à tout le monde. Une proclamation du maréchal Radetzki rendait la ville de Milan tout entière politiquement et financièrement responsable de la révolte, à l'exception toutefois des citoyens << notoirement dévoués au gouvernement », et la Galette officielle publiait un décret impérial frappant de saisie les propriétés mobilières et immobilières de tous les émigrés politiques. Le comte Arese était du nombre. Son riche patrimoine subit les conséquences du décret draconien de l'empereur d'Autriche; mais il ne s'en affligea point, comprenant combien cette conduite insensée du cabinetdeVienneétaitpropreàêtre exploitée au.c

Tuileries en faveur de la politique du Piémont.

Trois mois avant Témeute de Milan, le 4 novembre i852, Cavour avait remplacé d*Azeglio à la présidence du conseil. Il se hâta de profiter de la faute commise par TAutriche pour compromettre Napoléon III. Arese fut mandé à Turin le 2 mars i853. Après de longues conférences avec Cavour, il écrivit une lettre à l'empereur, où on lit ces phrases : » Si je ne suis pas accouru à Paris, y plaider ma cause, c'est que je ne veux pas la séparer de celle de mes compagnons de malheur. Votre Majesté approuvera les motifs de ma réserve. Quant aux effets de la mesure autrichienne, j'ose assurer Votre Majesté que je les subirai en homme éprouvé par le malheur, qui depuis longtemps, et paJ^ticulièrement lorsqu'il avait le bonheur de s'inspirer de votre amitié et de votre exemple^ a appris à supporter courageusement, quelles qu'elles soient, les chances du sort, et à faire ce qu'il doit^ advienne que pourra^. »

Napoléon III s'empressa de répondre à Arese.

La lettre de l'empereur est courte, mais elle a

^ Allusion à la lettre de Napoléon III à Arese, après le coup d'Etat du 2 décembre, publiée plus haut. Arese à Napoléon III, 6 mars i853. Cf. Bonfadini, op. cit.t ch. VI, p. i32-i33.

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une importance politique qu'on ne saurait méconnaître.

Palais des Tuileries, 20 mars i853.

« Mon cher Arese, vous avez eu raison de songer à moi dans votre nouvelle et triste position. Lorsque le gouvernement sarde invoquera, comme vous me Tannoncez, ma médiation équitable, j'examinerai Taffaire, soyez en persuadé, avec le désir sincère d'amener la situation la plus favorable au Piémont. Ne vous défendez pas d'une prétendue complicité à d'odieux attentats. Je vous connais trop. Ce serait vousfaire injure. La pensée ne m'en est jamais venue. Continuez donc, mon cher Arese, à me donner de vos nouvelles et à compter sur ma vieille amitié.

a Napoléon ^ »

Arese communiqua cette lettre à Cavour.

C'était plus que le ministre de Victor-Emmanuel n'en demandait. Sûr désormais de l'appui bienveillant de Napoléon III, il pouvait exploiter sans réserves la faute commise par l'Autriche. Au lieu de demander la médiation de l'empereur, comme Arese l'avait fait entrevoir à Napoléon III dans sa lettre, Cavour fît d'énergiques remontrances à l'Autriche. La note du gouvernement

^ Napoléon III à Arese. Cf. Bonfadini, op, cit., ch. VI, p. 134.

sarde, rédigée avec une grande habileté, demandait la levée du séquestre sur les biens des émigrés lombards naturalisés sardes. La diplomatie ne put s'empêcher d^admettre la justesse de cette réclamation. La France et l'Angleterre Tappuyèrent. L'Autriche la repoussa. La rupture des rapports diplomatiques entre Vienne et Turin fut la conséquence de ce refus. La politique de Cavour commençait à triompher, grâce à la maladresse de l'Autriche. Il voulait rompre tout rapport avec le cabinet autrichien ; mais il était à la recherche d'un prétexte qui lui permît d'en venir là sans alarmer l'Europe et sans dévoiler ses secrètes pensées. L'Autriche lui fournit ce prétexte.

Dans toute cette affaire de séquestre de ses biens, le comte Arese se conduisit noblement. J'aurai plus d'une fois l'occasion de le blâmer; c'estuneraisondeplus de rendre hommage à son désintéressement. Napoléon III, pour lui venir en aide, lui avait proposé de le faire naturaliser Français. Arese savait fort bien que cela eût suffi pour faire lever le séquestre et lui rendre ses riches revenus ; mais il ne voulut pas séparer son sort de celui de ses compagnons d'infortune, préférant vivre dans la gêne plutôt que de profiter seul de l'amitié de l'empereur.

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