‹ Un ami de Napoléon IIIChapitre 9 sur 17 · LE COMTE ARESE IO · texte numérisé non relu

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blée conservatrice, il n'oublierait pas ses engagements de 1837.

Parlant des résultats de cette mission de François Arese, M. Bonfadini, qui écrit après avoir lu attentivement la correspondance de l'ambassadeur de Charles-Albert, s'exprime ainsi :

« Il (Arese) emporta de son séjour à Paris la pleine conviction que Tltalie trouverait dans la future politique de Louis-Napoléon Bonaparte un appui efficace. Il avait pu constater que le Président de la République n'avait été contraint de renoncer à inaugurer, dans les affaires italiennes, une politique plus libérale et plus énergique que par l'attitude insidieuse {sic) des partis parlementaires et par les embarras d'un régime constitutionnel fondé sur la défiance vis-à-vis des pouvoirs publics^ Il connaissait à fond et depuis trop longtemps Topiniâtreté de son ami dans ses affections et ses idées touchant le gouvernement , il savait, par les dernières confidences qu'il en avait reçues et dont il gardait soigneusement le secret, vers quel but il dirigeait ses efforts en France et au dehors.

* M. BoNFAi»iNi est un bonapartiste des plus décides. Cela explique son langage peu mesuré et injuste à l'endroit de la majorité conservatrice de l'Assemblée nationale de 1848.

C'est pourquoi il pensait que dès qu'il serait parvenu à changer à son gré la constitution de la France, l'attitude de la diplomatie française à Tendroit de l'indépendance italienne ne serait plus incertaine, mais favorable*. »

Au reste, même sans les motifs très pressants qui détournaient Louis-Napoléon de toute entreprise immédiate en faveur de la révolution italienne, ce qui se passait au delà des Alpes eût suffi à lui faire ajourner ses projets hostiles à TAutriche. Le Piémont, poussé par l'impatience des partis, avait déclaré de nouveau la guerre à l'Autriche, et, peu de jours après, le 23 mars 1849, son armée était écrasée à Novare par le maréchal Radetzki. La démagogie avait chassé le grand-duc de Toscane de Florence, où trônaient Guerrazzi et Montanelli. Après l'assassinat de Pellegrino Rossi (i5 novembre 1848), Pie IX avait dû se réfugier à Gaëte. La république avait été proclamée à Rome, et l'Assemblée française, pleinement d'accord avec l'opinion, avait contraint Louis-Napoléon à intervenir en chargeant le général Oudinot de rétablir le Papesurletrône. Le moment eût donc été mal choisi pour changer la politique tra-

^ Voy. BoNFADiNi, Vita di Francesco Arese, ch. v p. io3.

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ditionnelle de la France en Italie, et Arese en était aussi convaincu que Louis-Napoléon. Cependant il était également persuadé que la politique du prince changerait dans un bref délai, et sa correspondance avec le docteur Conneau l'entretenait dans ces sentiments. Il est bon, à ce sujet, de reproduire ici un curieux document inédit. C'est une lettre du docteur Conneau au comte Arese, écrite au moment où les troupes françaises assiégeaient la ville de Rome *. L'ami et le confident de Napoléon III y montre à nu les vrais sentiments de TElysée non seulement à TendroitdeTItalie, mais aussi de l'Assemblée nationale et du parti conservateur français.

« Mon cher ami,

« J'ai tardé à t'écrire parce que vraiment j'avais le cœur opprimé. L'Italie, et Rome surtout, me tenaient dar.s de continuelles angoisses. Ce siège fait par des Français, quoique j'en comprisse le but, me tourmentait beaucoup cependant, parce qu^il mettait en conflit deux peuples si faits pour s'aimer et se défendre. Espérons qu'après la reddition de Rome tout s'arrangera. Je t'assure, mon cher ami, que j'aurais

* Le comte Arese était alors en France et habitait Marseille.

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eu plus de plaisir à avoir une autre fois le choléra que de voir les Français et les Italiens aux prises. Je suis Français parce que les circonstances m'ont fait tel, mais je sens qu'au fond du cœur, Je suis, j'ai été, et je serai toujours Italien. Plus je vois les choses de près, et plus je suis dégoûté, plus les hommes me deviennent antipathiques. Ceux qui vous attaquent, comme ceux qui vous défendent, sont des hommes d'un caractère vil {di vil tempra). Peut-être les socialistes doivent être considérés comme le parti le plus à craindre à cause des horribles doctrines qu'ils professent et de l'avenir terrible qu'ils préparaient à la France et à l'Europe, s'ils eussent réussi ; mais, d'autre part, je vois si peu de vertu dans les soi-disant modérés, je vois tant d'égoïsme, tant d'exagération à vouloir faire prévaloir leur parti et leurs intérêts que je n'ai aucune confiance en eux. Parmi tout cet essaim d'hommes corrompus et égoïstes, je ne vois qu'un seul homme que j'estime et que j'aime, et c'est notre prince. Oh ! s'il pouvait, combien la France et notre Italie seraient changées ! Mais il lui faut traîner à sa suite une foule de mauvaises gens {ima caterva di geniaccia) si encroûtés dans leurs habitudes surannées, que tout ce qu'il propose de bon trouve un obstacle

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insurmontable dans les agents ou est annulé par l'addition d'une fouie de détails et de mesures les plus contradictoires.

« Mon bon ami, combien j'étais plus heureux en prison qu'à la présidence ! Alors je croyais les hommes bons et désintéressés, et maintenant je les vois tels qu'ils sont, vils, égoïstes et lâches. Tous les amis du prince se ressentent plus ou moins du sa\e {so:{:{o) contact des personnes qui les approchent. J'entends souvent sortir de certaines bouches des principes et des idées qui me font frissonner ; si ce n'était par égard pour le prince, j'aurais pris le parti de quitter Paris, et de me retirer dans un endroit éloigné, où je n'aurais pu entendre parler ni de politique ni d'aucune chose semblable. Mais laissons de côté un tel sujet. Espérons encore, parce que si l'esprit des sommités est gangrené, il y a encore dans la masse de la nation assez d'honneur et de vertu pour nous permettre de ne point désespérer entièrement de l'avenir.

« M. Peauger, préfet des Bouches-du-Rhônc, est l'ami du prince et le mien. On a dit au prince qu'ilavait eu une conduite fort équivoque dans les derniers événements. Deux fois on a parlé très peu favorablement à son sujet au

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prince, qui Ta défendu très énergiquement, comme il fait toujours pour ses amis ; mais, en ce temps de vacillation et d'incertitude, après ce que j'ai vu, je suis excusable si je garde quelques doutes sur la fermeté des principes de M. Peauger. Pardonne-moi s'il te semble que je sois devenu sceptique. J'ai vu tant de choses ! « Adieu ; présente mes salutations les plus distinguées et mes respectueux souvenirs à M™^ Arese et crois à TafFection et à Tamitié de ton ami très affectionné.

« D' H. CONNEAU *.

a Elysée National, le 4 juin 1849. »

Quant on lit cette lettre, on a bien le droit 5' de se demander si la majorité conservatrice de

i l'Assemblée législative, que M. Conneau cou-

I ** vre d'injures et calomnie sans vergogne, était

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