CHAPITRE Vil
Le baron Ricasoli, président du conseil. — Il charge Arese d'une nouvelle mission à Paris. — Lettre du docteur Conneau à ce sujet. — Napole'on III reconnaît le royaume d'Italie. — Entrevues d' Arese avec Napoléon III et M. Thouvenel. — Ricasoli insiste sur Tannexion de Rome, mais Napoléon III refuse toute concession à ce sujet. — Résultats de la mission d'Arese à Paris. — Ministère Rattazzi. — Arese se tient à l'écart. — Ministère Farini-Minghetti. — Arese l'appuie auprès de Nappléon IIL — Lettre de Napoléon III à Arese. — Embarras que la politique italienne cause à l'Empereur. — Négociation» entre Arese et Napoléon III touchant la question d'Orient.
— Napoléon III invite Arese à venir à Paris. — Lettres du docteur Conneau à Arese à ce sujet. — Départ d'Arese pour Paris. — Lettre du comte Pasolini, ministre des affaires étrangères sur les problèmes de la politique européenne. — Conversations d'Arese avec Napoléon III et M. Drouyn de Lhuys. -:- Arese juge peu favorablement la politique du second Empire.
— Le comte Pasolini n'est pas content des déclarations de Napoléon III à Arese. — Nouvelle conversation d'Arese avec Napoléon III. — Victor-Emmanuel, Crispi et Mazzini. — Déclarations de Napo-
rgo UN AMI DE NAPOLEON III
léon III touchant la question romaine. — M. Drouyn de Lhuys donne des conseils de prudence à Arese. — Arese est convaincu que Napoléon III n'est plus à la hauteur de sa mission.
Le baron Bettino Ricasoli succéda à Gavour, comme président du conseil. Issu d'une grande famille de Toscane, homme de talent, d'un caractère énergique, Ricasoli n'était pas persona graia aux Tuileries, où l'on n'avait pas oublié l'opposition violente qu'il avait faite à la candidature du prince de Napoléon au trône de Toscane. Il fallait cependant désarmer la méfiance de Napoléon III, et personne ne pouvait s'acquitter mieux de cette mission que le comte Arese.
L'Empereur, ayant fait entendre à Turin que pour donner une preuve de son affection pour l'Italie, au moment où elle perdait le plus grand de ses hommes d'Etat, il était disposé à reconnaître les faits accomplis, le roi et Ricasoli chargèrent Arese d'annoncer otficiellement à Napo* léon III la constitution du royaume d'Italie, en qualité d'ambassadeur extraordinaire de Victor-Emmanuel. Arese n'aimait pas les missions décoratives. Aussi n'acccpta-t-il qu'après s'être mis d'accord avec Ricasoli sur les négociations qu'il devait entamer à Paris au sujet de.
LE. COMTE ARESE igt
Tannexion de Rome et de la Vénétie. Victor- Emmanuel remit à Arese une lettre autographe pour TEmpereur. Le roi y manifestait ses vœux ardents pour « le bonheur de Sa Majesté et de sa maison impériale et pour la prospérité de la France ».
Cependant une légère indisposition ayant obligé Arese à retarder son départ, on ne fut pas sans inquiétude aux Tuileries. Le comte Vimercati envoyait dès le 24 juin à Ricasoli cette dépêche*: « Pressez le départ d'Aresc, après quoi TEmpereur enverra une lettre autographe très aimable au roi. » Le lendemain, nouvelle dépêche de Vimercati, disant : « Arese est attendu avec empressement par Sa Majesté l'Empereur et mêm*e par l'Impératrice. Sa venue ici fera grand bien* ».
De son côté, le docteur Conneau ne désirait pas moins Tarrivée de son ami à Paris. Il lui écrivit le billet suivant :
« Palais du Corps législatif, le 24 juin 1861.
(( Mon cher Arese,
« J'ai reçu ta chère lettre, et je t'ai envoyé aussitôt une dépêche pour te dire que non seule-
* Les originaux de ces] dépêches sont conservés aux archives de Turin.
igar UN AMI DE NAPOLÉON III
ment ton voyage à Paris est utile, mais qu'il est nécessaire. Personne mieuxque toi ne pourra faire accepter à une personne que je ne nommerai pas, mais qui n'est pas rEmpereur*,la reconnaissance du royaume d'Italie. Je ne te dirai pas tout ce que j'ai dans le cœur, parce que j'aurais trop à dire ; mais je t'assure que toi seul tu peux faire quelque bien. Sois convaincu que tu seras personnellement bien reçu et que tu pourras dire bien des choses quMl ne serait ni loisible ni permis à d'autres de dire. Tu es aimé par qui* nous déteste. Tu dois en savoir assez pour ne pas avoir besoin que j'insiste sur ce sujet. A Dieu donc, aide-moi et crois à ma sincère amitié.
(( D' CONNEAU^ »
Arese ne tarda pas à quitter Turin. Il arriva à Paris le 3o juin, fort impressionné du langage plus que vif de son ami Conneau à l'endroit de l'Impératrice. Il eut une conférence avec M.
Thouvenel, ministre des affaires étrangères, et fut reçu le 2 juillet par l'Empereur au château
^-2 L'impératrice Eugénie.
3 Conneau à Arese. Cf. Bonfadini, VitadiF, Arese^ ch. X, p. 274.
LE COMTE ARESE .' ' IQS
de Fontainebleau. Bien que se souvenant, en voyant Arese à sa cour, des années de Texil et de leur vieille amitié, TEmpereur ne put se résigner à accepter le programme de Ricasoli, malgré les instantes prières de l'ambassadeur de Victor-Emmanuel. Il se plaignit de la précipitation avec laquelle Ricasoli voulait résoudre la question romaine. Il déclara qu'il ne pouvait abandonner le Pape, dont il avait pris la défense depuis douze ans : « Je croirais, ajoutat-il, manquer à l'honneur si j'agissais de la sorte. »
« L'Empereur, écrit Arese, me répéta qu'il serait très heureux de pouvoir rappeler ses troupes (de Rome) : « Trouvez-moi, me dit-il, quelce que moyen honorable d'en sortir, et je vous « laisse libres d'agir, sous votre entière respon- «sabilité, selon vos intérêts. Mais je ne puis « rappeler mes troupes sans que la sécurité du « Pape soit garantie, et que, par conséquent, <c vous soyez d'accord avec la cour de Rome.
a Or, tant que le Pape actuel vit, tout espoir de « pouvoir même ouvrir des pourparlers est « vain. » L'Empereur ajouta qu'il était prêt à combiner ses efforts avec les nôtres pour obtenir, dans l'éventualité d'un conclave, l'élection d'un Pape libéral. Il approuve le choix de San-
tucci, mais il doute que celui-ci, une fois élu, accepte le projet du P. Passaglia* et de M. Panleoni*^, et renonce absolument au pouvoir temporel. Que si le nouveau Pape était absolument réactionnaire {affatto retrivo)^ l'Empereur, n'étant pas lié avec lui par tant de motifs de déférence^, rappellerait ses troupes^. »
Napoléon III n'épargna point ses conseils à Arese touchant la politique générale. Se plaignant du dernier discours de Ricasoli, il s'écria : « Lorsque vous étiez un Etat de quatrième ordre, personne ne faisait attention aux discours imprudents de vos ministres. L'exagération de l'audace peut être une vertu chez les faibles. Mais à présent que, sans ' être encore une grande puissance, vous êtes devenus un grand Etat, vous devez apprendre le langage modéré et convenable dont se servent en public les hommes d'Etat européens.
^ Ancien Jésuite et célèbre théologien, Passaglia avait quitté Rome et était professeur à l'université de Turin.
2 Jurisconsulte romain, mort sénateur du royaume d'Italie.
3 II se souvenait sans doute des grands services que Pie IX lui avait rendus à Spolète en i83i, dont j'ai parlé plus haut.
^ Arese à Ricasoli; Paris, 3 juillet i86i. Cf. Bonfa- DiNi, 0/?. Cï7., ch. X. p. 282.
LE COMTE ARESE ig5
Menacer sans être forts, c'est le calcul le plus fallacieux. Compromettre ses amis, c'est le vrai moyen de n'en avoir aucun ^ »
Arese eut d'autres entrevues, entre le i®^ et le 5 juillet, avec Napoléon III et M. Thou vend. Il en rend compte au baron Ricasoli dans une série de notes et de dépêches. Ce qu'il y a de curieux, c'est l'accueil ironique que Ricasoli fit à une proposition de Napoléon III, touchant la restitution des biens des Bourbons de Naples, confisqués par un décret dictatorial de Garibaldi au lendemain de son entrée dans cette capitale. Ricasoli, au fond, déplorait le décret de Garibaldi; mais il n'osait pas proposer au Parlement de l'abroger, de peur de soulever les colères des garibaldiens et des députés napolitains et siciliens, qui étaient les ennemis les plus acharnés des Bourbons. D'ailleurs, Ricasoli trouvait pour le moins étrange. que Napoléon III se montrât froissé du décret de Garibaldi, oubliant qu'il avait le premier donné l'exemple de la confiscation par le fameux décret du 22 janvier i852 frappant les biens des princes d'Orléans. Le ministre de Victor-Emmanuel
^ Arese à Ricasoli; Paris, 3 juillet i86i. Cf. Boi«:a.- DiNi, or. cit., ch. X, p. 283.
igÔ UN AMI DE NAPOLÉON JII
se tira d'affaire en disant à Arese : « A-t-on oublié les exemples des dynasties françaises déchues? » Ricasoli avait Tair de dire que, même si on leur rendait leurs biens, elles ne renonceraient pas à leurs droits; mais il est facile de voir, à travers ce raisonnement diplomatique, une allusion aux décrets de i852.
Napoléon III n'insista pas sur sa proposition. Elle était parfaitement juste, mais que ne commençait-il par rappliquer lui-même aux biens quMl avait confisqués?
L'Empereur partit pour Vichy le 6 juillet 1861. Arese quitta Paris le 1 1. « Cette fois encore, dit M. Bonfadini, sa mission avait comme résultat de laisser entre le cabinet de Paris et celui de Turin une plus grande conformité de vues et moins d'équivoques. Au demeurant, il avait obtenu qu'on envoyât, comme représentant de la France à Turin, un homme qui, étant à moitié italien, comme tous les Corses, n'apportait dans l'examen des questions diplomatiques aucune aigreur causée par des préventions politiques*. M. Benedetti, de même que Pietri et Baciocchi, appartenait à ce groupe
* Il ne faut pas oublier que, dans ses appréciations, M. Bonfadini parle au point de vue italien.
LE COMTE ARESE igy
d'hommes qui étaient plus dévoués à la tradition napoléonnienne qu'à l'ancien préjugé français antiunitaire. On pouvait être sûr qu'une politique hostile à l'Italie n'aurait jamais ses sympathies. Et, en effet, à peine était-il nommé, qu'il écrivait à Arese : « Je tiens à vous « dire, dès à présent, que je compte user de la « permission que vous avez bien voulu me tt donner, et vous demander vos bons avis et a votre assistance pour m'aider à remplir une « tâche qui répond à tous mes goûts, mais « que je redoute. »
« On n'avait pas pu arriver à une conclusion pratique au sujet de la question romaine. Cependant on en était venu à ceci, que l'unique motif de ne rien conclure consistait dans la vie précaire {sic) du Pape (qui, à rencontre de tous les pronostics diplomatiques, devait vivre encore dix-sept ans). Le langage de M. Thouvenel avait été très clair sur ce pointa »
On le voit, bien que le succès de ses missions auprès de Napoléon III ne fût jamais aussi complet qu'il l'eût désiré, Arese ne quittait cependant pas son impérial ami sans lui arracher des concessions considérables et sans lui faire
^ Voy. BoNFADiN', op., cit,, ch. x, p. 292-93.
renier une partie plus ou moins grande des traditions diplomatiques de la vieille France.
Le 3 mars 1862, le baron Ricasoli était remplacé par M. Urbano Rattazzi à la présidence du conseil. Arese se tint à l'écart tant que le nouveau ministère resta aux affaires. Il n'approuvait pas, comme il l'écrivait plus tard à Napoléon III, la politique de M. Rattazzi, toujours faible ci complaisant vis-à-vis de Garibaldi. Ne voulant pas accuser et ne pouvant pas défendre les ministres de Victor-Emmanuel, il adopta le parti de se taire*. Survint l'affaire d'Aspromonte (28 août 1862), où» les bandes garibaldiennes qui s'organisaient pour marcher sur Rome furent dispersées et où Garibaldi fut blessé à un pied. Le ministère Rattazzi ne survécut que quelques mois à cet événement, dont il était bien responsable. Le 8 décembre 1862, il fut remplacé par M. Farini, qui, trois mois après, se retira pour de graves motifs de santé 2 et céda la place à M. Minghctti.
Ne sachant ce qu'il devait penser du ministère du 8 décembre, Napoléon III demanda
* Arese à Napoléon III, 11 décembre 1862. Cf. Bon-
FADINI. Of>., cit., Ch. X, p. 302.
2 II fut aiteint par les premiers symptômes de la folie dont il mourut en 1866.
LE COMTE ARESE igg
des informations à Arese, qui lui fit les plus grands éloges des nouveaux conseillers de la couronne, parmi lesquels il ne comptait que des amis. L'Empereur lui répondit par une lettre où il donna des conseils de calme et de prudence, mais où il mit aussi à nu les embarras que lui causait sa politique italienne :
« Paris, le 2 janvier i863.
(( Mon cher Arese,
(( Votre lettre du 1 1 décembre m*a fait grand plaisir, car il y avait bien longtemps que je n'avais eu de vos nouvelles, et j'avais bien regretté de ne pas vous avoir rencontré à Vichy cette année. L'opinion que vous manifestez en faveur du nouveau ministère italien me fait grand plaisir, car vous savez tout l'intérêt que je porte à votre pays. Il a besoin de hautes intelligences et de mains fermes pour conduire ses destinées. .
a L'affaire de Rome est toujours la pierre d'achoppement ; on traite cette question en Italie avec trop de légèreté ; en France et en Europe, elle est très grosse, et indépendamment de mes engagements personnels.
« L'opinion publique en France ne sera pas
du tout favorable à un abandon. Il faut donc se résigner et attendre des événements une solution favorable.
« Je désire, certes, toujours évacuer Rome, mais je vous répète ce que je vous ai dit il y a quelques années ; je ne le ferai que lorsque mon honneur et ma conscience me permettront de le faire. Knfin, cette question romaine est une de celles qui se résolvent dans le calme et jamais par le bruit et Texcitation des passions.
« J'espère que vous viendrez nous voir cette année ; moi, je me réjouis toujours de me retrouver avec un ami aimé comme vous.
« L'Impératrice m'a chargé de vous dire bien des choses de sa part. Croyez, mon cher Arese, à ma sincère amitié,
« Napoléon.
« Post-script iim, — Il y a (entre nous) une chose qui fait bien mauvais effet ici.
« Il y a à Turin une M"'*^ de Solms ^ qui distribue à tous les journalistes de Paris etlitté-
\ ^ino la princesse de Solms, née Bonapartc.-Wysc. Elle épousa en secondes noces M. Urbano Kattazzi, ministre de Victor-Kmmanuel. Après la mort de celui-ci, survenue en i><73, clic se remaria avec M. Rute, député et publiciste espagnol.
LE COMTE ARESE 201
rateurs les croix italiennes ; elle écrivait hier à quelqu'un : « Tenvoie la croix à Dentu^ Védileur ; quant ^ à J,,.^ je la lui porterai moimême,,. » C'est pitoyable M »
Cette lettre, communiquée par Arese aux ministres italiens, leur fit comprendre qu'il était inutile d'insister sur l'évacuation de Rome et sur l'occupation de la Ville éternelle par les troupes royales. Mais ils se dirent que si l'Empereur leur refusait Rome, du moins pourrait-il les aider à résoudre en faveur de l'Italie la question vénitienne, demeurée en suspens depuis la paix de Villafranca.
Le moment n'était pourtant pas bien choisi.
En i863, la Pologne s'était insurgée contre le gouvernement du tzar. La Grèce avait fait à son tour une révolution pour chasser de son trône lé roi Othon,qui l'avait comblée de bienfaits, mais avait le tort très grave, aux yeux du clergé schismatique, d'être profondément attaché au catho 1 icisme , la religion des Wittelsbach , ses pères. L'Europe et la France se préoccupaient des conséquences très sérieuses que les événements de Varsovie et d'Athènes pouvaient
* Napoléon III à Arese. Cf. Bonfadini, VitadiFrancesco Arese ^ ch. X, p. 304.
engendrer, et Napoléon III n'était guère d'humeur à ajouter de nouvelles complications à celles qui troublaient les rapports internationaux. Plus prévoyant que ses collègues, le comte Joseph Pasolini, ministre des affaires étrangères, se rendait compte de cette situation . Aussi, posat-il à Arese cette simple question: (c L'Empereur veut-il presser ou retarder la question d'Orient?» Arese promit de consulter Napoléon III. Il savait de longue date que, comme le dit M; Bonfadini, l'Empereur a était le seul souverain de TEurope qui eût reçu le baptême révolutionnaire, le seul qui voulût sérieusement déchirer les traités de i8i5 ^ » Arese, qui avait mis beaucoup d'empressement à répondre à la lettre impériale du 2 janvier, écrivait de nouveau à Napoléon III, au mois de février. Il l'assura que le ministère voulait aussi laisser passer quelque temps avant de remettre sur le tapis la question romaine. Il ajouta cependant que les conseillers de Victor- Emmanuel se souvenaient toujours « du magnifique programme de Milan ^ )) et qu'ils espéraient que l'Empereur ne
* Voy. BoNFADiNi, op. cit.^ ch. X, p. 3o6.
2 L'Italie doit être libre des Alpes à l'Adriatique. (Proclamation de Napoléon III aux Italiens. Milan> 8 juin 1839).
LE COMTE ARESE 2o3
l'oublierait pas. Arese proposait ensuite d'ouvrir des négociations en vue de créer un royaume de Grèce considérablement agrandi, aux dépens de la Turquie, et d'en donner le trône à l'archiduc Maximilien, à la condition que l'Autriche cédât à ritalie non seulement la Vénétie, mais aussi Trente et son territoire, et consentît à faire de Trieste une ville neutre.
Le 23 février i863, le docteur Conneau écrivait à Arese : « L'Empereur me charge de te dire qu'à son avis le projet que tu lui as communiqué n*apas de probabilité de réussir, pour le moment du moins ; que cependant il te verra avec beaucoup de plaisir, non seulement pour te parler des choses de notre chère Italie, mais aussi pour ne pas perdre la bonne habitude.de te voir de temps en temps^ . »
Le docteur Conneau ajoutait aux sollicitations de l'Empereur celles, non moins pressantes, de l'Impératrice. Arese, avant de prendre une résolution touchant ce nouveau voyage à Paris, voulut consulter M. Minghetti et le comte Pasolini, qui le pressèrent vivement de profiter de rinvitation. Le 7 mars, le docteur Conneau
^ Le docteur Conneau à Arese. Cf. Bonfadini, op. cit., ch. X, p. 307.
écrivait de nouveau à Arçse pour le sermonner et rengagera partir :
t Paris, le 7 mars i863.
« Mon cher ami,
« Je te répéterai ce que je t'ai déjà dit plusieurs fois, que ta présence ici non seulement est très agréable à l'Elmpereur et à l'Impératrice, mais que tu peux être infiniment utile, et je te dirai comment. Tu auras su combien est grande l'hostilité qui s'e^t révélée ici contre notre pauvre Italie. Je suis presque sur le point de dire que, sauf l'Empereur, Mocquart,.Fleury et moi, tous sont plus ou moins hostiles ou nourrissent peu de sympathie pour l'Italie . Tu sais quelle est l'amitié de l'Empereur pour toi ; mais ce que peut-être l'on ne pouvait pas attendre, c'est que l'Impératrice elle-même ne nourrit pas moins d'affection pour toi. Tu es peut-être le seul Italien qu'elle aime. Je te le dis en toute franchise. Or qui pourra, en Italie, exercer quelque influence sur elle, si ce n'est toi ? Tu vois que ta présence ici ne peut être qu'utile et avan^ tageuse, et je compte qu'après ces explications tu n'hésiteras pas à venir, si ta santé te le permet. ..
« Docteur CoNNEAU*. »
1 Le Docteur Conneau à Arese. Cf. Bonfadini, op, ci t. y ch. X, p. 3 08.
LE COMTE ARESE 2o5
Victor- Emmanuel, informé des démarches si pressantes du docteur Conneau, manifesta au comte Arese son désir de le voir partir. Arese demanda alors des instructions au comte Pasolini, ministre des affaires étrangères, qui lui remit un mémoire sur les questions de Venise et de Rome, accompagné d'une lettre en langue française destinée à être placée sous les yeux de TEmpereur. En voici le passage le plus saillant :
« Cependant, il y a des occasions qu'on ne laisse pas passer impunément, et de grandes choses peuvent se faire en un jour qui ne pourraient plus s'accomplir pend^mt de longues années. L'état actuel de l'Europe se prête, à notre avis, aux plus vastes combinaisons. Les questions de Grèce et de Pologne, intimement liées avec la question d'Orient, ouvrent à la diplomatie et à l'épée de l'Empereur les perspectives les plus larges et les plus inattendues^ Jamais l'opinion publique en Angleterre et en Allemagne n'a été mieux disposée pour l'Empereur. L'attitude de l'Autriche, son libéraUsme*, sincère ou factice, aident encore, au lieu de la rendre plus difficile, la réalisation dès vues de TEmpereur.
* L'Empereur François-Joseph venait de donner une constitution libérale à ses sujets.
« En constatant cette situation, je ne prétends pas, mon cher comte, formuler à l'avance des projets qui seraient chimériques du moment où ils ne coïncideraient pas avec les idées de la France. Il ne s*agit pas de faire œuvre de fantaisie: il faut tenir compte d'intérêts si multiples, d'exigences si contradictoires, que je croirais manquer de respect à TEmpereur en lui proposant de reconstituer pour notre bon plaisir ou à notre seul point de vue la carte générale de Tiiurope.
« Ce que je tiens à faire connaître à Sa Majesté, c'est notre désir sincère, partagé par l'immense majorité de la population, de reprendre à côté de la France la place glorieuse que l'Italie a occupée en 1854 et en 1859. Nul ne peut mieux que vous, mon cher comte, parler ce langage et faire ressortir les avantages qui résulteraient réciproquement d'une entente intime entre la France et l'Italie.
(( Les partis hostiles au gouvernement impérial n'épargnent aucun effort, d'un côté pour mettre en doute auprès de lui notre reconnaissance, de l'autre pour nous pousser dans l'ingratitude. Je crois nécessaire que l'Empereur sache par votre entremise que rien n'a pu ébranler notre contiance dans ses intentions généreuses.
T.E COMTE ARESE 2O7
et que c'est encore en lui que repose notre meilleur espoir.
« Si l'Empereur croit que le moment soit venu où Ton puisse, soit en renouvelant l'alliance des puissances occidentales, soit par d'autres combinaisons, résoudre les questions pendantes, il n'a qu'à vous faire connaître confidentiellement ses intentions.
« Dans Tétat actuel de l'Italie, le gouvernement du roi ne pourrait s^exposer à rester dans risolement sans perdre toute son autorité morale et rendre aux partis avancés un prestige qu'ils ont heureusement perdu. J'espère que l'Empereur ne voudra pas nous exposer à ce danger et qu'il troui^era convenable que nous nous associions dans la mesure de nos forces à sa politique. En présence des complications que l'avenir renferme dans son sein, je crois devoir avant tout assurer à notre pays l'avantage moral qui résultera d'ue union intime avec l'Empereur.
Vous pouvez, mon cher Arese, m'aider puissamment à obtenir ce grand résultat en vous adressant au cœur de l'Empereur, à sa vieille et auguste amitié*. »
^ Pasolini à Arese : Turin, le 9 mars i863. Cf. Bon- FADiNi. op. cit.^ ch. X, p. 3io-3ii. — Les mots soulignés le sont également dans la lettre du comte Pasolini.
Au fond, c'est vers une nouvelle et dangereuse aventure que le gouvernement italien poussait Napoléon III, déjà si enclin par nature à se jeter dans des entreprises risquées. Aussi a-t-on le droit de s'étonner des accusations que le docteur Conneau articule contre la majorité des Français, et même des impérialistes, et auxquelles le comte Pasolini fait allusion dans sa lettre. Si Ton n'était pas favorable en France à la politique italienne de l'Empereur, ce n'était pas par hostilité contre l'Italie, mais parce que, même en ne tenant aucun compte ni de la situation faite au Pape par les annexions italiennes, ni de la politique hostile à l'Eglise suivie par le cabinet de Turin, on ne voyait que trop les dangers auxquels la guerre de 1859 avait exposé la France. On avait le droit de tout redouter des rêves de Napoléon 'III, qui subissait à un si 'haut degré l'influence de personnages politiques étrangers et notamment des amis qu'il avait en Italie, alors qu'il ne se souciait guère des conseils des hommes les plus considérables de son propre pays et encore moins de la politique traditionnelle de la France en p]urope.
Cependant, en i863, les événements et l'étroite alliance entre la Prusse et la Russie empêché-
LE COMTE ARESE 209
rent l'Empereur de suivre les conseils de l'Italie, ainsi qu'il y avait songé tout d'abord, comme .,. nous le verrons tout à Theure.
Arese arriva à Paris le i3 mars.
« A peine arrivé à l'hôtel de Douvres, écritt-il au comte Pasolini, Conneau vint, au nom de l'Empereur, m'inviter à aller aux Tuileries. Après une résistance modérée, )t me rendis, et me voilà très bien installé. Je fus comblé d'amabilités cordiales, surtout de la part de l'Impératrice, et d'une manière si excessive que j'en tirai mauvais augure, craignant qu'on ne voulût me payer avec cette monnaie, et je me mis en garde. A présent, je commence à espérer d'avoir été soupçonneux et injuste.
« Je ne te répéterai pas tous les discours que nous avons tenus. Ce serait trop long, et ne voulant pas te faire perdre un temps précieux, je ne te dirai que les choses les plus saillantes. D'abord, le vent qui souffle ici ne nous est pas le moins du monde favorable. En ce moment, il est de mode d'être irès catholique '. L'approche des élections pousse le gouvernement à ménager le clergé.
(( L'Empereur, heureusement, jouit d'une
* Arese était profondément irréligieux.
3 10 (JN AMI DE NAPOlJiON 111
excellente santé. Seulement^ comme il a engraissé, il mène une vie moins active. Son intelligence est aussi claire et lucide que jamais. L'activité de son esprit est toujours la même. Elle est seulement en grande partie absorbée par Touvrage qu'il écrit sur Jules César.
c< D'après de longues conversations que j'ai eues avec l'Empereur, je crois pouvoir conclure que, s'il pouvait se jfier à l'Angleterre et h l'Autriche, ou au moins à l'Autriche, on «e tarderait pas à entendre le branle-bas du cornbai et, pour celui-ci, on compterait sur nous. Et cette dernière phrase a été dite et répétée très explicitement, car il y a pour nous la perspective de la Vénétie. Nous avons parlé beaucoup delà question romaine, et j'ailaconviction que^ sur celle-ci, l'Empereur n*a aucune idé^ arrilée. Il a accepté ton projet^, bien qu'il le déclarât absurde, et il m'a promis de l'examiner et de
^ Le projet du comte Pasolini consistait à attendre la mort de Pic IX et ù obtenir de l'Kmpercur qu'il laissât faire des manifestations populaires en faveur de l'annexion de Rome à l'Italie pendant la vacance du Siège apostolique, de manière à fournir au gouvernement impérial « un argument irrésistible pour obliger le nouveau Pape ù accepter une transaction honorable ». (Pasolini à Arese, mars iS(i3. Cf. Bonfadini, Vita di FrancescoAresc", pièces justificatives, p. 434.)
LE COMTE ARESE 211
me donner une réponse. Je sais toutefois qu'il a écrit et fait écrire à Rome, ces jours-ci, afin d'avoir des nouvelles positives touchant la santé, du Pape, et qu'il a demandé des informations sur le cardinal qu'il faudrait appuyer et sur ceux qu'il faudrait exclure. Il a insisté sur la nécessité que ce soit un Italien et un libéral, autant que la nature cardinalice {sic) le permet. Il m'a demandé à plusieurs reprises quel était le nom auquel notre gouvernement donnerait la priorité, et j^ai répondu ce que tu m'as dit à ce sujet. J'ai vu Drouyn (de Lhuys), que j'ai trouvé trèi raisonnable, du -moins en apparence. Il m'a dit qu'avec un changement du Pape, rétat des choses, les rapports et les engagements de la France changeraient aussi. Et lorsque je lui parlai de notre désir, qui est pour nous une nécessité politique, de conserver dans une action diplomatique la position que nous avions acquise en Crimée et à Solférino, le ministre se montra très satisfait et me répondit (( qu'il serait heureux, le cas échéant, de « pouvoir frapper à la porte de l'Italie pour a demander son appui. »
Arese, en résumant son impression sur ses conversations avec Napoléon III et les personnages les plus influents du gouvernement et du
parti impérialiste, définit la situation par ces mots: «Somme toute, il me semble que je puis dire qu'ici aussi on fait de la politique au jour ie jour et qu'on se laisse complètement diriger parles éventualités*. »
Le comte Pasolini ne fut que médiocrement satisfait du premier rapport du comte Arese.
Il trouvait les idées de Napoléon III vagues et incertaines, et l'Empereur trop peu enclin aune nouvelle aventure au gré du gouvernement de Turin.
Le i8 mars i863, Arese rend compte d'une •nouvelle conversation avec Napoléon III. L'Emjpereur lui a dit qu'il compte, au moyen de négociations diplomatiques, obtenir la cession de la Vénétie; mais il conseille la prudence la plus absolue au gouvernement italien, reprochant à Victor-Emmanuel « de tremper dans tous ces imbroglios {pasticci) garibaldiens et mazzinîens ».
A ce sujet, Arese écrit à Pasolini : u Ayant, contre ma conviction^ nié la chose [lesdites intri^ gués) à TEmpereur, celui-ci m^a dit : « En ren- <c trant au palais (nous nous promenions dans
^ Arese à Pasolini. Paris, le i6 mars i86^ Cf. Bon- FADiNi, op, ciV., ch. X, p. 3i3-3i4.
LE COMTE ARESE 2ï5
« le jardin des Tuileries), je vous montrerai un a rapport auquel je prête entièrement foi. »
En effet, il me l'a montré, il m'a même permis de le prendre et je t'en envoie une copie *. Tu verras qu'il a tout le cachet de la vérité. Or, il me semble convenable que, sans en parler le moins du monde à Sa Majesté, on fasse tout ce qui est possible pour contrecarrer ses... intrigues. »
^ Ce rapport est signé Boitelle, Il dit notamment : « Dans une récente correspondance de Londres, on nous disait que Mazzini était certain, par des rapports qu'il recevait de la cour de Turin, de pouvoir entraîner le gouvernement italien dans le mouvement qu'il pré- * pare contrelaVénétie. Voici, d'après un renseignement qui nous est donné par une personne bien informée^ comment Mazzini connaîtrait les intentions du roi Victor-Emmanuel à cet égard. Crispi serait, dans ce moment, honoré de toute la confiance du roi. C'est par Libertini, ami de Crispi et agent de Mazzini, auprès de qui il est en ce moment, que ce dernier est tena au courant de tout. D'après Libertini, Crispi aurait reçu du roi personnellement l'assurance que Sa Majesté ne s'opposera nullement au mouvement que le parti d'action engagera dans la Vénétie, et-le secondera au moment opportun. Le roi recommande seulement d'agir dans le plus grand secret, de manière à éviter que son gouvernement soit averti par le gouvernement français et se trouve obligé de prendre des mesures pour empêcher le mouvement.» (Voy. BoNFADiNi,Fi7t7 di Francesco Arese ; pièces justificative?, p. 435-436.)
« Quanta la question romaine, ajoute Arese, TEmpereur m*a dit ouvertement, que, pour le moment, il ne pouvait rien faire ; qu'il avait pris deux fois toutes les dispositions nécessaires pour rappeler ses troupes, et que deux fois les expéditions de Garibaldi l'en avaient empêché ; que nous avions tort de crier toujours et sur tous les tons : « Nous voulons Rome ; nous voulons Venise ; nous y avons droit, elles nous appartiennent.» — « Dites-moi un peu, ajouta- « t-il, si demain M. Billault, au Sénat, à propos « de la question polonaise se permettait de dire: c( Le Rhin nous appartient ; nous voulons le a Rhin » ; croyez-vous que cette bravade me le « ferait obtenir ? Par conséquent, tenez-vous « tranquilles, endormez Je Pape, laissez-nous « avoir la conviction que vous ne l'attaquerez « pas, et je ne demande pas mieux quede m'en « aller, et après, vous ferez ce que vous voûte drez. Il est nécessaire que nous réunissions (( nos efforts en vue de l'élection du nouveau (( Pape. Quel est votre candidat ? »
« Voilà, s'écrie Arese, voilà la question qui m'a été posée à plusieurs reprises. J'ai répondu conformément à ce que tu m'as dit vaguement; j'ai ajouté que j'avais entendu parler des cardinaux Bofondi et d'Andréa, mais que je ne pou-
LE COMTE ARESE 2l5
vais rien dire de positif. C'est pourquoi, si tu as à ce sujet une idée arrêtée^ je te prie, par Tamourdu Christ [sic), de me la faire connaître par le télégraphe ; car il est fort peu amusant pour moi d'être dans l'impossibilité de répondre sur un tel argument*. »>
On trouvera peut-être étranges les conseils que Napoléon III donnait au gouvernement italien, par l'entremise de son ami Arese, sur la conduite à tenir au sujet de la question romaine. On aura même raison si on y voit une contradiction flagrante avec d'autres déclarations de l'Empereur, où il avait dit auparavant qu'il ne pouvait livrer le Pape et que l'opinion en France y était absolument contraire. Faui-il pour cela mettre en doute l'exactitude des informations qu'Arese donne au comte Pasolini touchant ses conversations avec l'Empereur, Faut-il croire qu'il a mal interprète la pensée de Napoléon III, en lui attribuant des phrases comme celles-ci : a Endorme:{ le Pape, laissez-nous avoir la conviction que vous ne l'attaquerez pas, et je ne demande pas mieux que de m'en aller ; APRÈs^vousfere^ ce vous poudre'i ? »
^ Arese à Pasolini. Paris, le i8 mars i863. Cf. Bon- FADiNi, op, cit,^ ch. X, p. 3i7-3i8.
2l6 UN AMI DE NAPOLÉON III
Certes, si le diplomate qui a rédigé le rapport du 1,8 mars i863 n'était pas Tami intime de Napoléon III, on aurait le droit de soupçonner sa bonne foi. Mais Arese était trop dévoué à l'Empereur pour le compromettre et pour compromettre en même temps les rapports entre son pays et la cour des Tuileries. En outre, sans être un homme remarquable, Arese était doué de beaucoup de sens pratique, de tact et de jugement, et il avait une incontestable droiture. Ennemi du clergé et des idées religieuses, il ne sacrifiait pas cependant la sécurité de son pays à des haines aveugles. Il n'a que trop contribué à combattre l'Eglise en Italie, mais il se serait bien gardé, pour préparer. l'invasion de Rome, de provoquer une crise dangereuse en trompant son gouvernement sur les intentions de Napoléon III. D'ailleurs, l'exactitude avec laquelle il note dans ses rapports les discours de l'Empereur, sans se préoccuper s'ils sont favorables ou contraires aux prétentions italiennes, nous offre une garantie de sa véracité alors qu'il met sur les lèvres de Napoléon III l'étrange langage que je viens de reproduire. Au fond, ce langage et les contradictions de P Empereur s'expliquent en tenant compte de l'opposition que sa politique italienne rencontrait
LE COMTE ARESE 21 7
parmi les hommes les plus considérables de France et de sa propre cour, et des idées de sa jeunesse qui le poussaient à ne pas se préoccuper de cette opposition. Or, comme, selon l'expression d'Arese, Napoléon III faisait, en i863, (c de la politique au jour le jour », il est tout simple de conclure qu'il refusait ou promettait selon qu'il subissait l'une ou l'autre des influences qui s'agitaient autour de lui.
Arese resta à Paris jusqu'au 24 mars. L'Empereur ne lui dit plus rien qui pût Tencourager à entretenir les espérances du cabinet de Turin. Quant à M. Drouyn de Lhuys, craignant sans doute que le séjour d'Arese aux Tuileries et ses longues conversations avec Napoléon III n'eussent pour résultat quelque coup de tête du ministère italien, il s'efforça, dans un dernier entretien avec l'ami de son maître, de lui ôter toute illusion et de lui donner des conseils de prudence, tout en lui déclarant, pour la bonne bouche, que la France désirait rester dans les meilleurs termes avec l'Italie et comptait sur son appui en cas de guerre.
Arese, en rentrant à Turin, avait la conviction que Napoléon III n'était plus à la hauteur de la situation de plus en plus grave où se trouvait l'Europe, et que l'Italie devait se montrer bien
2l8 UN AMI DE NAPOLÉON III
sage si elle ne voulait pas compromettre ce qu^elle avait obtenu depuis la guerre de 1859. Il conseilla surtout aux ministres d'ajourner toute prétention sur Rome.