‹ Un ami de Napoléon IIIChapitre 8 sur 17 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Joie d'Arese en apprenant la nomination de Louis- Napoléon à la présidence de la République française. — Mission d'Arese à Paris. — Louis-Napoléon lui déclare qu'il ne peut rien faire pour le Piémont. — Arese comprend que plus tard le Prince changera de politique et aidera la révolution italienne. — Curieuse lettre du docteur Conneau à Arese. — Coup d'État du 2 décembre i85i. — Correspondance entre Arese et Louis-Napoléon. — Voyage d'Arese à Paris. — Il est très content du Prince. — Paroles adressées par Louis-Napoléon à Victor-Emmanuel par l'entremise d'Arese. — Rappel du ministre de France à Turin. — Curieuses lettres du docteur Conneau et d'Azeglio à ce sujet. — Attentat mazzinien du 6 février i853 à Milan. — Fautes commises par l'Autriche en cette circonstance. — Négociations entre Cavour, Arese et Napoléon IIL — Rupture des rapports austro-sardes. — Victoire diplomatique de Cavour. — Noble conduite d'Arese.

Arese était à Gênes depuis quelques mois lorsque Louis-Napoléon fut nommé Président

de la République française. Il est inutile d'insister sur la joie que lui causa Télection du lo décembre. Il en était heureux non seulement comme ami intime du prince, mais aussi, et surtout, parce qu'il comptait sur lui pour favoriser la politique du Piémont et arranger les affaires d'Italie au gré du parti libéral modéré. Connaissant les rapports qui liaient si étroitement François Arese au nouveau chef de la République française, les ministres démocrates de Charles- Albert songèrent aussitôt à les mettre à contribution. Gioberti, président du Conseil, fit appeler Arese à Turin. Il le chargea d'une double mission à Paris. La mission officielle consistait purement et simplement à féliciter Louis-Napoléon de son élection ; la mission secrète avait pour but de l'engager à aider le Piémont dans la guerre qu'il préparait de nouveau contre TAutriche, pour prendre la revanche des défaites de 1848. Gioberti se faisait de grandes illusions sur la situation de Louis- Napoléon. Il ne se rendait pas compte que, si grande que fût sa sympathie pour les libéraux italiens, le prince-président avait alors autre chose à faire que de courir sus à l'Autriche et d^alarmer l'opinion en France par uneguerre qui pouvaitprovoquercontre son pays une coalition

LE COMTE ARESE I o5

de TEurope monarchique. Il faut cependant le dire, Texaltation des esprits était telle alors à Turin que tout le monde, les modérés aussi bien que les démocrates, comptaient sur Louis" Napoléon et demandaient à grands cris la reprise des hostilités contre TAutriche. Encouragé par tous les partis et surtout par les émigrés lombards, . ses compagons d'exil, Arese accepta la mission diplomatique qu'on luioffrait. Il partit pour Paris, où il arriva le 2 5 décembre 1848 dans la matinée. Invité à dîner à TÉlysée le jour même, il fut reçu par Louis-Napoléon (ce sont ses propres expressions) « à bras ouverts, avec une cordialité expansive, comme on reçoit un vieil ami »

Que les temps sont changés depuis que les deux amis s'étaient quittés à New-York en 1837 ! Le prince, flétri et déporté en Amérique, est devenu le chef de la grande nation française et s'apprête à restaurer l'Empire. Arese, bien qu^exilé pour la deuxième fois, n'en représente pas moins à Paris le roi de Sardaigne.

Mais, en réalité, l'un et l'autre avaient gardé intacts au fond de leur cœur leurs sentiments d'autrefois, et les vingt ans qui s'étaient écoulés depuis leur séjour aux Etats-Unis n'avaient ni amoindri leur mutuelle affection ni diminué

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leur haine contre rAutriche. Seulement les circonstances n'étaient plus les mêmes, et si Arese pouvait toujours manifester librement ses projets agressifs contre Tempire des Habsbourg, la situation de Louis-Napole'on l'obligeait à compter avec l'opinion française et à garder une prudente réserve, même avec un ami tel que François Arese, et cela d'autant plus que ses ministres ne partageaient guère à cette époque ses propres idées sur le renouvellement de l'Europe. En. recevant le comte Arese, le ministre des affaires étrangères, M. Drouyn de Lhuys, s'était bien gardé d'encourager la politique belliqueuse du Piémont. Quant au Président de la République, devant son élection à la réaction conservatrice contre la démagogie de 1848, il ne pouvait tenir à son vieil ami un langageautorisant des espérancesqueT Assemblée na" tionale et le ministère n'approuvaient en aucune façon. Aussi, dans ses fréquentes entrevues avec Arese, s'appliqua-t-il à lui exposer les difficultés de sa situation et l'impossibilité où il se trouvait de faire quoi que ce fût en faveur du Piémont. Cependant Arese, en revenant à Turin, était profondément convaincu que le jour où Louis- Napoléon serait le maître en France et n'aurait plus à rendre compte de ses actes à une Assem-

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