LE VIEILLARD
II faisait un temps affreux; un vent violent s'engouffrait dans les édifices; la pluie tombait par torrents et une obscurité profonde enveloppait tous les objets.
La première partie de leur course fut silencieu.se, mais après avoir marché à peu près une demi-heure par des endroits qu'il ne connaissait pas, Albert, s'arrêiant subitement, demanda à son guide :
— Où me conduisez-vous?
— Dans un lieu où vous verre z des choses qui vous convaincront qu il y a encore plus de présomption a tout nier, qu'il n y adefaiblesse a tout croire, répondit le mystérieux vieillard .
— Y arriverons-nous bientôt?
— A 1 instant.
En effet, le compagnon d'Albert s'arrêta presque immédiatement devant une maison qui paraissait ne pas avoir été habitée depuis longtemps a en juger par son aspect délabré; elle était située dans une rue écartée et en ce moment totalement déserte, mais quAlbert reconnut pour y avoir déj'a passé, et après en avoir ouvert la porte extérieure, qui criait sur ses gonds rouilles, le vieillard engagea son compagnon a entrer.
Le jeune homme hésita, car il se rappelait en ce moment jusqu'aux moindres détails des nombreuses et effrayantes histoires d'assassinats qu'il avait lues ou entendu raconter. L'heure, le lieu, l'obscurité de la nuit, l'isolement complet où il se trouvait, tout contribuait à ébranler sa résolution déjà chancelante. Étranger a Paris, il se repentait intérieurement da\ or poussé les choses aussi loin, il regrettait sa petite chambre et son coin de feu solitaire, près duquel il rêvait en sécurité et h l'abri des éléments, à sa .^amilie et a son pays.
Le vieillard, s'élant aperçu de son irrésolution, lui dit d'un ton ironique : Eh bien, pourquoi n'entrez-vous pas, avez-vous déjà peur! qu'est devenue cette fermeté dont vous faisiez parade, il n'y a encore qu'un instant? Je me doutais bien que tout cet échafaudage de bravoure et d'incrédulité s'écroulerait à la première épreuve; retournons sur nos pas. puisque vous n'avez pas le courage d'avancer, mais à l'avenir ne faites plus le rodomont.
— Je ne crains pas les choses surnaturelles, répondit Albert piqué au vif; mais je puis redouter un danger réel; seul avec vous que je ne connais pas, qui me garantit que vous ne cherchez pas 'a m'attirer dans un guet-apens?
— Dans un guet-apens! et dans quel but, serait-ce pour vous dépouiller? et que pourrait-on espérer de trouver sur un obscur étudiant! il faudrait autre chose pour tenter la cupidité, et l'on ne tue pas pour le seul plaisir de tuer. D'ailleurs n'étes-vous pas jeune et robuste, tandis que je suis vieux et faible; allons donc, vous me faites pitié.
— Marchez devant, dit Albert, honteux de sa faiblesse, mais je vous préviens que je suis armé et qu'au moindre mouvement suspect, je vous fais sauter la cervelle.
— Soit! dit le vieillard, et après avoir allumé une lanterne sourde, il monta le premier un escalier sombre, tortueux et dégradé, suivi de son compagnon prêt k faire feu au moindre soupçon de trahison.
Arrivé au 4® étage, le vieillard poussa une porte et ils entrèrent dans une chambre humide et d'où s'exhalait uneforte odeur devétusté; les murs étaient tapissés de toiles d'araignées et le plancher était couvert