ÉPILOGUE
Le lendemain, au parloir du couvent hospitalier des Sœurs lorétanes, un pèlerin consolait deux femmes éplorées auxquelles il venait d'annoncer des nouvelles accablantes :
— Oui, c'est ainsi, leur disait-il, ma mère; c'est ainsi, ma chère fille Cécilia; Dieu Ta voulu... Nous étions cinq ; vous, madame Piranese, ma noble mère; vous, ma fille Cécilia; ma femme, mon ami et moi; nous aurions pu vivre dans un bonheur à faire envie aux anges... Eh bien! la fatalité a brisé nos liens, sans qu'un de nous ait pu trouver un reproche à faire aux autres; tout a été combiné ainsi.., les coupables étaient innocents; le hasard avait tout fait.
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La marquise Piranese et Cécilia fondaient en larmes.
— Oh! oui, la fatalité a tout combiné ! dit la jeune épouse, veuve avant l'hymen.
— Pour moij, dit le comte pèlerin, ma résolution est prise.
— La mienne est prise aussi! dit Cécilia en essuyant ses pleurs et avec une voix assurée.
— La vôtre, Cécilia? dit Piranese.
— Oui, Monsieur... oui, mon père... Ce couvent a été mon refuge, il sera mon tombeau. Je prendrai le voile, et je commence aujourd'hui mon noviciat.
— J'ai peu de jours à vivre, moi, dit la marquise; je reste ici, je consolerai cette pauvre enfant, après Dieu.
— Et moi, dit le comte se levant, je ne serai pas indigne de vous... Adieu... au revoir dans le ciel!
La cloche de la prière qui sonna sur ces paroles abrégea les instants d'une bien cruelle séparation.
Le noble pèlenn prit le chemin de Rome, et arriva deux jours après sur la montagne où s'élève la chartreuse de Notre-Dame des Anges, bâtie par Buonarotti. — C'est de ce portique, dit-il, que je descendis un jour à ma villa pour prendre une épouse parmi les filles des hommes; aujourd'hui je quitte un cadavre pour remonter à ce portique.
Il entra au cloître, et la sérénité rayonnante de ses quatre galeries infusa dans son âme un baume inconnu.
— Voici la tente du Thabor, dit-il au supérieur en se jetant à ses pieds; mon père, accueillez-moi.
— Mon fils, relevez-vous, dit le vieillard cénobite ; je vous attendais.
FIN d'un amour dans l'a VENIR.'
Après une représentation des Puritains, au King's Théâtre, à Londres, en juillet 1838, je sortis avec le célèbre artiste L pour respirer un peu de fraîcheur dans Portland Place. La journée avait été brûlante, et la soirée aussi. Minuit sonnait à Saint- Martin.
Nous entrâmes au parc Saint-James ; il y avait beaucoup de monde, mais de ce monde nocturne et fantasque, inconnu du soleil. La grande pièce d'eau étincelaitde la double lumière de la lune et du gaz. C'était, sous les arbres, une espèce de jour d'un violet clair, comme celui qu'on fait au théâtre avec des verres de couleur. Des Anglais péripatéticiens lisaient les journaux de la nuit, assis sur des banquettes; des sentinelles gardaient je ne sai? quoi sur Tescalier de Carlton House; des ombres blanches de femmes erraient dans les allées comme des tourbillons d'àn)es élyséennesau bord du Styx; personne ne parlait dans ce monde vagabond et étrange. On eût dit que tous