‹ Un amour dans l'avenirChapitre 6 sur 10 · HARU · texte numérisé non relu

HARU

Patrick usa de la permission avec empressement. Il courut à rhôtellerie, dans l’espoir d’y trouver Lorenzo; mais le jeune homme était sorti. Le garçon d’auberge dit à Patrick que son ami avait pris la direction de San-Carlo, et que fort probablement il était à l’Opéra.

On jouait, ce soir-là, Semiramide.

Patrick hésita quelques instants par scrupule; puis, se Souvenant des facilités profanes que le clergé italien se donne volontiers à l’endroit du théâtre, il courut à San-Carlo, prit un billet de parterre et entra. Patrick avait toujours vécu loin des plaisirs et des spectacles mondains. C’était la première fois qu’il se mêlait à une foule dans une salle de théâtre.

San-Carlo retentissait d’instruments et de voix. On aurait dit que l’harmonieuse salle chantait avec toutes scs loges, car les sons de la scène et de l’orchestre, ne trouvant aucun obstacle dans l’ellipse immense, la remplissaient toute, comme un ouragan de mélodie élancé du golfe de Baïa. On était arrivé à la scène du serment et du trône. Le roi des Indes, le pontife, Arsaee, les Syriens, le peuple, les mages, juraient fidélité à la reine de Babylone, dans une langue d’amour inouïe; et Sémiramis, du haut de son trône, versait à pleine voix, sur tout ce monde en délire, des torrents de notes mélodieuses, comme des perles prodiguées à l’infini. Le chant du cor, tout rempli d’une volupté langoureuse, s’élevait par-dessus toutes ces voix.

Page 1