ECRITE PAR SA FRMME , RN I79O
tt Je suis sûre que mon père dira , et aura soin
même de faire dire que je suis très fâchée que mon fils aille aux Jacobins , et peut-être exigera-t-il que je lui dise « mon opinion à lui-même , afin que je ne puisse pas me reiprocher un jour de ne l'avoir pas averti. Vous ête^ convenu vous*même, mon cher ami , qu'il y a de gi*ands ihconvénîens ; examinons-les nous-mêmes , et voyons, mon ami , si les avantages peuvent les balancer. Encore une fois, si les Jacobins étaient composés de députés seulement , ils seraient moins dangereux , parce qu'ils seraient connus par leur conduite à l'Assemblée, et que j'en pourrai prévenir mon fils; mais comment le mettre sur ses gardes vis-à-vis d'un tas de gens qui y ont la majorité , et qui sont bien propres à égarer les principes d'un jeune homme de dix-sept ans. Si mon fils en avait vingt-cinq , comme je vous l'ai dit, je ne serais point tour-* mentée, parce qu'il pourrait discuter par lui-même; mais à dix-sept ans, jeté dans une société de ce genre, Hc en vérité, mon cher ami, cela n'a pas de raison. Et que ce soit nous, que ce soit ses parens qui, pour finir son
éducation , Ten voient aux Jacobins, me paraît, et paraîtra $i\renient à tout le monde une chose inconcevable , et nie ferait en vérité regretter qu'il fut sorti des mains de madame de Silleiy. C'est pour qu'il apprenne à parler, que vous voulez passer par dessus tous ces dangers, que vous ne pouvez pas ne pas envisager; et vous me dites, mon cher ami, pour me faire voir ces avantages comme VOUS; qu'un fameux orateur anglais ne le serait pas , s'il n'avait appris à parler de bonne heure. Je vous répondrai à cela, que c'est sûrement en assistant aux séances du par» lement, aux assises, aux plaidoyers , qu'il a appris cet art, et que mon fils aura les mêmes facilités saps aller aux Jacobins : qu'il suive l'Assemblée nationale et les séances des nouveaux tribunaux quand ils seront établis , et pour peu qu'il y ait des dispositions , il apprendra à parler tout comme on apprend en Angleterre. D'ailleurs , mon cher ami , pourquoi n'attendrions-nous pas la nouvelle législature? Ce n'est différer que de quelques mois; et peut-être à cette seconde législature épurera-t-on les lacobins, comme il en a déjà été question. »