II
nue par Octavien contre le jeune Pompée. Suétone dit qu'il fut consacré à Auguste et à Rome par une sentence de Munatius P^ancus , presque malgré l'empereur, qui, en faisant le modeste, associait toujours son nom à celui de Rome.
Le temple de Diane fuit le parallèle; il est beaucoup moins beau , et Pline dit qu'il fut édifié sur le plan et les dimensions du temple de Diane àEplièse d'où il prit son nom : ce dernier est en ruines et se perd dans le palais de l'ancien podestat. A l'extrémité méridionale de la ville , dans la direction de Zara, se trouve un autre vi\onument appelé la ^for^^^zirdfl, la porte d'or. C'est une merveille d'architecture à une seule arcade du plein-cintre le plus pur, de la coupe la plus aérienne, ornée de colonnes corinthiennes qui supportent un entablement sévère et d'une exquise légèreté. Cette œuvre délicieuse fut le témoignage de l'amour d'une femme pour son époux; l'inscription annonce que cet arc funèbre fut élevé aux frais de Salvia Postuma et consacré par elle a Sergius Lepidus, édile. Il y a en-
core deux ou trois antres restes d'inscriptions que je n'ai pu décliiffrer à cause de la faiblesse de mes yeux, la première me suffisant d'ailleurs.
Je fis une excursion bien au delà de Pola , où a police autrichienne commençait à vouloir me faire subir les vexations réservées à tout Français qui visite ces parages. J'essayai de la ruse, mais elle ne me réussit pas. Je ne pus voir que le golfe aux ecueils a^Tpelé je crois il Carnero , une île assez mal peuplée , Yeglia ou Sueglia et les tristes et dangereux écueils de Zara ; mais ce fut tout. On ne voulut pas me permettre d'aller ni à Fiume, nia Zara, ni à Sebenico, ni à Gattaro, cette porte de la Macédoine : j'eus beau protester, parler au nom des arts et de îa science, dire que je quitterais la Dalmatie à l'instant même pour passer en Turquie : tout fut inutile en face
de cette administration autrichienne J'étais
Français !!!...
Ainsi , après des fatigues inouies , après des sacrifices énormes pour rendre moins imparfaite
une œuvre d'art et d'histoire , quand je vois la possibilité d'aller à Constantinople par la Macédoine , on m'arrête là aux frontières de cette Macédoine , parce que j'appartiens à la France ! Il faut envoyer mon passeport à Vienne, afin de savoir si un tout jeune homme peut traverser impunément le pays des Morlaques abrutis et les montagnes des féroces Monténégrins j si ce jeune homme ne les révolutionnera pas! Que vous êtes bien toujours les dignes tourmenteurs des Pellico, des Arrivabene et des Maroncelli, gracieux autrichiens! Que vous savez bien exploiter la couardise ténébreuse qui enchaîne nos bras ! Ah ! si le roi de France eût prononcé une parole de guerre en 1831 , oii serait cette audace si pleine d'impudeur que vous affichez si fièrement? Votre aigle à double tète se serait de nouveau cachée , l'Italie ne verrait pas nuit et jour des canons chargés à mitrailles et braqués sur toutes les places publiques de ses villes , les cachots de l'Allemagne ne se seraient pas emplis , l'Espagne n'aurait pas vu ses belles et poétiques {irovinces
ruinées, incendiées, saccagées! La guerre civile n'y aurait pas promené son cortège d'horreurs^, et elle serait notre alliée fidèle. La Pologne n'aurait pas versé son sang à flots pour tomber morte à la fin de sa lutte gigantesque ! C'aurait été l'inébranlable citadelle du territoire contesté. La Turquie ne s'évanouirait pas comme un fantôme, sucée comme elle l'est jusqu'à la moelle par la Russie. L'Angleterre , qui alors avait toutes ses sympathies pour la France , et pour laquelle la France ne restait pas en arrière, l'Angleterre aurait fait naviguer ses flottes avec nos flottes , et c'était à elles qu'appartenaient toutes les mers; Saint-Pétersbourg est-il donc inabordable? Et pour toutes ces choses il ne fallait qu'une parole du roi de France ; il s'est tu , il a cru bien faire en temporisant, en prodiguant la flatterie : eh bien ! qu'a-t-il recueilli de tout cela ? — Au dehors, des insultes, de superbes dédains, des vexations atroces pour ses nationaux ; et, dans l'intérieur, la guerre civile et d'horribles assassinats!— Mais sachez-le bien, étrangers du Nord,
ce n'est pas la France qui a peur^ qui redoute la guerre, c'est une poignée d'ambitieux que des temps difficiles jetteraient hors de l'arène! Quand vous pousserez votre hourra enhardis par nos misères politiques^ alors la France se lèvera tout entière d'unbotid^ d'un seul elan^ comme en '\ 792 , et sans doute il se trouvera encore dans les rangs de notre armée des vétérans de la gloire qui nous montreront, à nous jeunes hommes, le chemin de toutes vos capitales !
Je fus forcé de m'en revenir à Trieste par les riiontagnes de l'Istrie , province dépourvue de forêts malgré l'assertion de plusieurs écrivains; il n'y a qu'un bois de chênes dans la plaine dfe Montona. Je rencontrai une curieuse famille de Bohémiens nomades, aux visages bronzés, aux grands yeux noirs , et j'arrivai tout désolé près du brave colonel Le Vasseur, consul de France, un consul comme il en faudrait partout , qui me proposa d'envoyer mon passeport à Vienne; c'était me forcer à rester un mois à Trieste pour attendre le bon ou le mauvais vouloir de l''Au-
triche ; je ne pouvais faire de tels sacrifices, et je me rembarquai pourYenise \
En courant au milieu des peuplades esclavonnes , j'ai souvent entendu, le soir, les montagnards chanter des chants bizarres en dialecte slave que je ne comprenais pas ; cela m'a fait naître l'idée de quelques poèmes, et je crois que celui-ci ne sera pas déplacé dans ce livre.