‹ Un an sur les cheminsChapitre 19 sur 24 · LE VICENTIN , LE VÉRONAIS · texte numérisé non relu

LE VICENTIN , LE VÉRONAIS

Tiepolo assez inédiocresj mais ceux-là sont rares en général.

licence a donné naissance à Palladio , le plus célèbre architecte de la renaissance de l'art en Italie. L'amour qu'a licence pour cet artiste est poussé jusqu'à la frénésie, et l'on ne peut en vérité qu'applaudir à l'enthousiasme des braves Vicentins. Je voudrais voir un peu de cette disposition d'esprit aux âmes éclairées de la France, afin qu'elles soient plus justes envers nos gloires, et qu'on échauffe le génie de nos artistes par des louanges, de préférence à des critiques décourageantes qui arrêtent la sève alors qu'elle va faire germer des fruits.

La place des Signori est extrêmement remarquable : c'est là que sont les palais del Ragione, del CapitaniOy et celui qu'habita Palladio. Ces trois palais, un théâtre olympique aussi curieux que superbe, et beaucoup d'autres églises et palais, sont dus au génie architectural de Palladio. Tout cela est du style le plus grandiose et le plus admirable ! c'est d'une étonnante conception, et

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d'une pureté de lignes aériennes qui font ressouvenir des beaux temps de la Grèce. Oh! certes^ Yit'ence a raison d'être fière de son fils ; mais l!a^-' cliitecture de cet homme célèbre a eu de déplorables résultats eti Italie. Ses successeurs, bu plutôt ses singes, ont gâté toutes les anciennes basiliques du moyen-âge ; ils les ont. démolies sans pitié avec une fureur toute barbare; et, au lieu du style grandiose, majestueux et pur du maître, ils Ont substitué une maçonnerie enjolivée de volutes, de mascarons hideux, contournés, maniérés, d'attifailles ridicules, d'ornemens confus, qui bnt une grande ressemblance avec notre pitoyable architecture du règne dé Louis XY!...

A Vicence , et en général par tonte la Lombardie , les mœurs sont beaiicoup plus chastes que dans l'Italie méridionale ; les hommes sont plus fiers, plus braves, plus honnêtes, et la décadence s'y ïait moins sentir. Les femmes de Vicence sont d'une beauté remarquable , et nulle part je n'ai vu une carnation si veloutée, si ad-

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mirable, et de plus grands yeux noirs; — cela fait regretter Vicence.

J'allai, par une belle matinée, visiter la Madonna del Monte Berico. On arrive au sommet par une galerie en arcades longue d'un tiers de lieue, et cet ouvrage gigantesque est d'une beauté peu commune. Aux deux tiers des arcades, il y a un plateau d'où la vue plonge sur un panorama superbe. C'est Vicence au milieu de sa prairie, entre ses deux torrens , avec ses nombreuses coupoles, ses palais magnifiques et ses jardins encombrés de platanes ; ce sont des collines vertes et riantes ornées de maisonnettes charmantes, et à Phorizon les grandes crêtes déchirées et couvertes de neiges des Alpes Juliennes. H y a, dans le réfectoire du couvent, une Cène de Paul Yéronèse qui resta là caché une année chez le prieur , et ce tableau ne le cède en rien , pour la composition , l'expression et le coloris , à nos Noces de Cana.

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Un jour, j'étais debout sous le dernier portique de la Madonna del Monte; mes yeux plongeaient sur le panorama de la poétique Vicence; j'admirais ses coupoles somptueuses et ses monumens élevés par un génie; les eaux limpides du Bachiglione blanchissaient au milieu de la verdure des prairies , et les crêtes neigeuses des Alpes apparaissaient à l'horizon comme une ligne d'effrayans fantômes !

C'est à Vicence que se trouve la plus enchanteresse de toutes les fleurs : je ne l'ai vue qu'une fois splendide et mystérieuse autant qu'un ciel tout semé d'étoiles, et elle s'est évanouie comme ces songes rians et parfumés qui viennent jouer dans les cheveux ondoyans d'une jeune fille endormie. ■ — Et moi , la tête penchée au sommet de la montagne , je cherchais cette belle fleur.

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