LB VICENTIN, LE VÉRONAIS
En allant à Brescia par un pays superbe, nous côtoyâmes les bords enchanteurs du lac de Garde, l'antique Benacus ; sa grande surface et ses eaux bleues étaient inondées de soleil. Vers l'orient, les hautes et belles montagnes du Tyrol se séparent, et le lac s'enfonce , brillant des plus riches couleurs, dans la direction de Trente : à l'extrémité, c'est la péninsule de Sermione, où repose l'amoureux Catulle, ce tendre et charmant poète -, et, sur toutes les grèves, ce sont des forêts de citronniers, d'oliviers et d'orangers, qui font ressortir avec magie les crêtes blanches des montagnes grises et violettes du superbe Tyrol. Quel merveilleux lac ! comme je l''aimais ! J'avais de la peine à m'arracher de ses bords , et , malgré les terribles tempêtes qui souvent le désolent, je voudrais chaque année habiter plusieurs mois ses plages enchanteresses!
J'arrivai dans l'après-dîner à Brescia : c'était le jour des Trépassés. Le choléra venait d'enlever un huitième de la population de cette belle ville. On me conduisit au Campo Santo , vaste et su-
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perbc demeure des morts, situe'e aux portes de la ville. C'est une coupole élégante flanquée de portiques d'ordre dorique d'un bel effet, et tout cela au milieu de grandes masses de cyprès. Les avenues, le dôme, les portiques, l'immense plaine jonchée de tombes fraîches et blanches , tout était éclairé par d'innombrables luminaires; minuit sonnait, et cela avait une effrayante solennité. La population entière de Brescia s'y pressait; ce n'étaient que cris, que pleurs et gémissemens. Là, c'était une jeune femme qui redemandait son époux 5 des orphelins avec leurs proches qui priaient sur la tombe de leurs parens; des amis, des frères, des sœurs, des mères ! ... La terre était tout humide , les tombes étaient encore ouvertes, le sol était jonché de pierres et de débris : c'était affreux ! Puis^ au milieu du Campo Santo, on avait élevé un haut échafaudage décoré d'inscriptions transparentes , sur lesquelles on lisait que trois mille cinq cents Brescians avaient péri par le fléau en cinquante jours, et Brescia ne compte guère que vingt-cinq mille habitans ! Ce