‹ Un an sur les cheminsChapitre 6 sur 24 · LA SABINE · texte numérisé non relu

LA SABINE

féerique : les liorizons deviennent superbes ; le mont Soracte élance dans l'air sa masse bleue si imposante ; et près de moi, à l'entour de la cité bâtie sur une roche escarpée, la campagne est profondément déchirée par des volcans ; des arbres ont poussé dans ces précipices : et tout cela est d'une poésie effrayante qui remue fortement l'ame.

A chaque instant les sites varient; il y a des pages pour Le Poussin, d'autres pour Salvator, d'autres pour Roqueplan, Jules André ou Turner. Partout de la poésie ou sombre, ou éblouissante <le lumière. J'arrivai à Terni, et je me dirigeai vers la célèbre cascade de Marmora, située à six milles dans les montagnes, au pied de l'Abruzze ultérieur. C'est là qu'il faut aller composer des poèmes descriptifs; c'est là qu'on voit dans toute sa splendeur cette belle Ombrie tant vantée et laissant toujours en arrière ses élogistes. Quel ciel ! quels horizons de vallées et de montagnes inondées de soleil ! Connue ce fleuve s'élance en nuages d'écume du haut de ces

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rochers ! comme il mugit ! comme il étonne ! . ., Voici l'histoire de cette cascade factice. Vers l'an 670 de Rome, le consul Curius Dentatus, voulant desse'cher le territoire de Rieti souvent inondé par les eaux du lac de Luco, fit creuser un canal dans la montagne de Marmora , et dirigea ces eaux dans la Nera : alors le Velino s'engoufira dans ce canal , et précipita sa masse d'eaux d'une hauteur de trois cents pieds dans un abîme sans fondj puis, bouillonnant dans les rochers, il se relève en jets d'écume, en gerbes que le soleil colore, et va s'épandre en grandes flaques dans une vallée enchanteresse. Ces eaux sont si fortement chargées de tartre, qu'elles pétrifient la racine des arbres, les herbes, les fruits et toutes sortes de plantes. Lord Byron, qui avait vu presque toutes les cascades du monde, dit que celle de Terni est la plus admirable.

Nous rentrâmes alors dans TApennin en nous dirigeant vers Spolète ; la route sillonne des flancs et des gorges de hautes montagnes cou-

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vertes de bois immenses. Ce ne sont plus ces rians paysages si frais, si odorans, ces plaines fleuries inondées de soleil, ces coteaux délicieux où blanchissent des maisonnettes sous de vertes guirlandes de vignes, ces gracieux sites qu'embellissait encore Claude Lorrain ; non, tout est sévère, triste et puissant. C'est une nature vigoureusement dessinée , comme la comprennent quelquelquefois Aligny, et Marilhat le paysagiste oriental.

J'arrivai le soir à Spolètei : c'était un jour de fête, et la ville, richement illuminée, faisait merveille au sommet de sa montagne, vue d'une des gorges profondes et noires de l'Apennin. J'ai souvent éprouvé plus de joie en arrivant le soir dans de vieilles villes que par un jour resplendissant ; l'imagination leur prête plus de poésie. On les voit belles, somptueuses; leurs palais semblent gigantesques^ leurs rues plus grandioses : mais avec la lumière il n'y a pas d'illusion possible ; si la réalité est affreuse, on ne peut la revêtir d'une robe éclatante. C'est un peu l'histoire

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de Spolète, la vieille audacieuse, assise dans un cratère éteint, qui arrêta le vainqueur de Trasimène alors qu'il chevauchait rapidement à travers rOmbrie pour menacer Rome. Spolète le fit rétrograder. Cette ville a des restes antiques qui remontent aux temps de Théodoric et de l'eunuque Narsès, des tableaux précieux comme on en trouve par toute l'Italie, et des habitans d'une affabilité extrême. Quant à la route qui conduit à Foligno, j'en ignore l'aspect; je l'ai parcourue par une nuit sombre et dormant à merveille, malgré les histoires de voleurs que racontait un trembleur de marchand Livournien, aussi riche, disait-on, que Sesostris-le-Grand.

Foligno n'est rien : c'est pour cette ville que Raphaël peignit cette vierge fameuse, ce chefd'œuvre des vierges, gardé au Vatican après la restitution forcée de la Fiance en 481 G. Je trouve odieux qu'on agisse ainsi à l'égard de cette pauvre petite ville qui a tant réclamé son bien dont elle était si fière : Rome n'a-t-elle pas assez de richesses sans cette vierge! Et ce serait

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