‹ Un ange déchu (volume 2)Chapitre 7 sur 11 · II · texte numérisé non relu

II

m DEUX ANNEES

La figure de madame Darquency s'altéra d'une manière étrange.

— Parlez-vous sérieusement? demanda-t-elle à Georges; voulez-vous perdre le fruit de toutes vos peines au moment de le recueillir; de grâce, patientez encore quelque temps : j'ai vu aujourd'hui, dans une maison, le frère du ministre des affaires étrangères qui m'a donné beaucoup d'espoir, et m'a assuré que la première nomination serait faite en votre faveur^ Quand on a entrepris une chose, il y a une espèce de honte à l'abandonner sans en avoir attendu le succès. Il semble qu'on se soit aperçu qu'on manquait de la capacité nécessaire pour la suivre et la mener à fin. Douter de soi , c'est persuader à tout le monde qu'on n'a ni moyens ni habileté. Que dira-t-on si nous retournons nous ensevelir en Touraine? On

ridiculisera nos prétentions, on se mo* quera de notre retraite, on croira que vous n'aviez ni influence, ni crédit; car on ne s'imaginera jamais que vous ayez quitté la partie ayant si beau jeu. Attendez-vous à recevoir des compliments de condoléance et force phrases banales sur la perte de vos espérances. Oh! nous verrons plus d'une fois , je vous l'assure, notre patience et notre courage mis à une pénible épreuve.

— Que m'importe le caquetage des oisifs, répondit Georges ; si le mérite et la capacité étaient seuls au pouvoir, il y aurait, je l'avoue, de la sottise à le dédaigner, et de l'humiliation à s'en voir exclus ; mais comme il en est tout auti^ement, je trouve les considérations que vous m'alléguez beaucoup trop faibles pour pouvoir changer ma résolution.

ii76 DEUX ANNÉES

— Hé bien,partor)s, reprit Edwige avec dépit; allez briguer dans votre province l'honneur d'être promu à la dignité dejuré pastoral ou de marguiliier, c'est assez pour satisfaire une ambition comme la vôtre; mais peut-être encore y renoncerez-vous si vous y trouvez concurrence. Il est vraiment affligeant de penser qu'à votre âge vous ne songiez qu'à mener une vie d'oisiveté et d'indolence : je concevrais ce désir si vous aviez fourni à votre pays une longue carrière de peines et de travaux; mais, jeune comme vous l'êtes, c'est inadmissible. N'appartient-il pas aux âmes élevées, à tous les hommes qui sont possédés de l'amour du bien, et qui veulent sincèrement la prospérité de leur patrie, de tâcher, par la plus louable émulation , d'arriver au pouvoir, de le disputer à ceux qui en sont moins dignes ou qui

ne comprennent pas aussi bien leur mission ? C'est un devoir qu'est tenu de remplir tout individu qui se sent quelque penchant pour ces grandes et nobles choses.

En exalant ainsi les sentiments de devoir et d'honneur, madame Darquency savait bien que Georges ne pourrait y demeurer insensible; en effet, il parut ébranlé.

■; Edwige continua :

— N'enviez-vous pas la renommée de ceux qui se sont distingués dans des places éminentes, qui ont laissé à leurs enfants un nom couvert de gloire et d'é* clat? Qu'étaient-ils la plupart avant de se frayer un passage? des hommes inconnus. Qui vous enipcclie d'être un

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