‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 104 sur 200 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

vait pas à plus d'un tiers, soit à deux cent cinquante mille hommes environ de troupes de toutes armes.

Les faits avancés par ces historiens sont vrais en principe, mais ils n'exercèrent pas sur la détermination del'Empereur l'influence prépondérante qu'on leur attribue, du moins en ce qui concerne la concentration du commandement suprême dans les mains de Napoléon. Si désireux que pût être ce dernier, dans l'intérêt de sa dynastie, de récolter la gloire d'un ou deux combats victorieux, livrés sous sa direction immédiate, il n'en sentait pas moins parfaitement son incapacité à remplir une pareille tâche, surtout dans l'état actuel de sa santé. Louis-Napoléon, sans doute, croyait en son étoile, mais il savait bien que ce n'est pas la chance qui décide du sort des batailles. S'il avait jamais nourri des illusions de ce genre, la campagne de 1859 leur avait donné un rude choc, à ces illusions, car il se vit à plusieurs reprises à deux doigts de la défaite; et nul plus que lui ne s'en rendit un compte exact.

La fusion des trois armées en une seule fut due, premièrement, à la difficulté, sinon l'impossibilité de constituer trois armées avec un contingent bien inférieur à trois cent mille hommes de troupes; secondement, à la jalousie invétérée qui animait les maréchaux les uns contre les autres. Napoléon craignait, et à trop juste titre, en mettant ces trois armées en campagne sous trois commandements différents, de voir se renouveler les querelles advenues pendant la guerre d'Italie, alors que Niel accusait Canrobert de ne l'avoir pas soutenu en temps opportun, et ainsi de suite. On n'a pas oublié que l'Empereur lui-même avait été obligé d'intervenir pour apaiser ces différends; étant données ces circonstances, Napoléon jugea préférable de risquer l'aventure et d'en assumer sur lui seul l'entière responsabilité.

L'Empereur quitta Saint-Cloud le 28 juillet. 11 est

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indiscutable que sa confiance dans l'organisation préparée par le maréchal Niel était déjà singulièrement ébranlée, et qu'aussi la célèbre phrase de Lebœuf : « Nous sommes prêts, plus que prêts! » retentissait déjà à ses oreilles comme une amère moquerie.

Voici quelques-uns des télégrammes trouvés après le 4 septembre dans les papiers des Tuileries. C'étaient probablement les copies des dépêches originales, quoiqu'il soit douteux que celles-ci aient été communiquées à Saint-Cloud dès leur réception. Plût à Dieu qu'elles l'eussent été !

Le chef de V intendance militaire au général Blondeau, ?nijîistère de la guerre, Paris.

Metz, 20 juillet 1870, 9 h. 50, matin.

Il n'y a à Metz ni sucre, ni café, ni riz, ni cognac, ni sel. Nous n'avons qu'un peu de lard et du biscuit. Expédiez, pour le moins, un million de rations à Thionville.

Le général Ducrot au ministère de la guerre, Paris.

Strasbourg, 20 juillet 1870, 8 h. 30, soir.

Il restera demain à peine cinquante hommes pour garder Neuf-Brisach; Fort-Mortier, Schelestadt, la Petite-Pierre et Lichtenberg sont également abandonnés. C'est le résultat des ordres que nous exécutons. La garde mobile et la garde nationale locale pourraient facilement être utilisées pour le service de la garnison, mais j'hésite à adopter cette mesure. Votre Excellence ne m'ayant pas donné de pouvoirs à cet égard. Il paraît certain que les Prussiens se sontdéjà rendus maîtres de tous les passages de la forêt Noire.

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