‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 105 sur 200 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le général commandant le II' corps d'armée an ministère de la guerre, Paris.

Saint-Avold, 21 juillet 1S70, 8 h. 55, matin.

Le dépôt envoie d'énormes ballots de cartes qui sont absolument inutiles pour le moment, tandis que nous n'avons pas une seule carte de la frontière française. Il vaudrait mieux nous en envoyer en grande quantité, cela nous serait plus utile et nous manque absolument.

Le général Michaël an ministère de la guerre, Paris.

Belfort, 21 juillet 1S70, 7 h. 30, matin.

Arrivé à Belfort, ne trouve ni ma brigade, ni mon général de division. Que dois-je faire? Ne sais pas où sont mes régiments.

Le général commandant le IV^ corps d'armée au major général, Paris.

Thionville, 21 juillet 1870, 9 h. 12, matin.

Le IV'' corps n'a encore ni cantine, ni ambulance, ni fourgons, pas plus pour la troupe que pour l'état-major. Il manque absolument de tout.

A quoi bon en citer davantage ? Il y avait en tout environ deux cents dépêches datées uniformément de la semaine qui suivit la déclaration officielle de la guerre. Bien qu'il soit malaisé de déterminer combien d'entre elles passèrent sous les yeux de l'Empereur, il n'en est pas moins certain qu'il se faisait une idée assez exacte de la situation. Le fait suivant le prouve, dont je me porte garant et qui n'a jamais, que je sache, été relaté nulle part.

Durant les deux années qui précédèrent l'ouverture des hostilités, le Corps législatif n'avait cessé de lésiner sur le budget de la guerre; au cours de la première session de 1870, la chose semblant tourner à la manie, l'Empereur finit par en appeler à M. Thiers, par l'entremise du maréchal Lebœuf, lui demandant d'aider le gouvernement à lutter contre ce courant de fausse économie. Thiers promit son appui et tint fidèlement sa parole; mais son secours arrivait trop tard. L'Empereur ne lui en resta pas moins reconnaissant, et trente-six heures avant de partir pour le théâtre de la guerre, il lui faisait, toujours par l'intermédiaire de Lebœuf, offrir le portefeuille de la guerre. Cette offre, respectueusement déclinée, du reste, ne jette-t-elle pas une lueur significative sur l'état d'âme de Napoléon à l'égard de ses officiers, puisqu'il allait, dans une passe aussi critique, jusqu'à leur préférer un simple civil?

Remarquons, en passant, que ce fut toujours le point culminant de l'ambition de M. Thiers d'être considéré comme un grand stratégiste, un tacticien de premier ordre, doué par surcroît des connaissances spéciales d'un officier de génie. « Jomini était uncivil ! » s'écriait-il fréquemment. Des gens compétents ont souvent assuré que ces prétentions de Thiers étaient jusqu'à un certain point justifiées par ses capacités. Notons encore que M. de Freycinet est assez bizarrement affligé de la même prétention.

Je citerai un fait encore dont la corrélation est flagrante avec le précédent. Lorsque , quelques mois après la Commune, les choses commencèrent à se réorganiser dans Paris, on découvrit à l'Imprimerie naguère impériale, devenue l'Imprimerie nationale, un volumineux paquet d'imprimés. Il contenait, entre autres, une circulaire rédigée par l'Empereur lui-même et intitulée : Uiïe économie mal entendue . Elle s'adres-

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