‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 107 sur 200 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

doir de l'Impératrice ou dans l'arène glissante des salles de bal. L'Empereur, à leurs veux, n'était qu'un rêveur et un philosophe, incapable de s'affranchir de sa première éducation allemande. La meilleure chose à faire était de le laisser écrire et imprimer ce qu'il voulait, quitte à l'empêcher au dernier moment de le publier, sous prétexte de ménagements à garder vis-à-vis de la vanité nationale. Si dédaigneux qu'ils se montrassent de l'esprit germanique, laborieux et piocheur, ils n'en avaient pas moins adopté une phrase tirée du livre d'un illustre Allemand. « Qu'ils disent et écrivent tout ce qu'ils voudront, s'était écrié un jour Frédéric le Grand, tant qu'ils me laisseront faire ce que je veux. » Ces messieurs avaient légèrement altéré le texte, sinon l'esprit de cette phrase. « Que l'Empereur dise et écrive ce qu'il voudra, tant qu'il nous laissera faire ce que nous voulons; nous n'avons qu'un souci, c'est de ne pas lui laisser publier ses élucubrations. »

Ils oubliaient, s'ils les avaient jamais sues, — car leur ignorance égalait leur suffisance, — ces lignes superbes du fondateur de cette dynastie qu'ils minaient sourdement depuis des années par leurs débordements, leur frivolité et leur corruption : « Le général est la tête, il est tout dans 1 armée. Ce n'est pas l'armée romaine qui a conquis la Gaule, mais César; ce n'était pas l'armée carthaginoise qui faisait trembler les soldats de la République aux portes mêmes de Rome, mais Annibal; ce n'est pas non plus l'armée macédonienne qui atteignit l' Indus, mais Alexandre ; ni encore l'armée française qui poussa la guerre jusqu'au Weser et àl'Inn, mais Turenne ; ce n'est pas enfin l'armée prussienne qui défendit pendant sept ans la Prusse contre les trois grandes puissances de l'Europe, mais Frédéric le Grand. »

Et celle qui aspirait à jouer le rôle d'une Marie- Thérèse, qui, sans valoir une Marie-Antoinette, se

montra plus dangereuse qu'une Marie-Louise, l'Impératrice applaudissait aux vantardises de ces aveugles. « Le courage fait tout », avait été pendant près de vingt ans la devise des Tuileries. Ce pouvait être vrai tant qu'il s'agissait des comédies à la Marivaux et des charades dans le goût de Boccace qui avaient été si longtemps à l'ordre du jour. La souveraine avait encore à apprendre que cela ne pèserait que peu ou pas dans la balance lors de la lutte homérique qui allait se livrer.

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