‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 118 sur 200 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

un certain point la peine des fautes du maréchal Niel, comprit qu'il fallait faire quelque chose pour consoler l'Empereur dans sa mauvaise fortune; aussi lui proposa-t-il de rentrer avec lui à Paris, tandis que le corps d'armée de Frossard, qui avait effectué sa retraite en bon ordre, grossi de quelques autres divisions qui n'avaient pas encore essuyé le feu de l'ennemi, tenterait de relever la situation en attaquant les armées de Von Steinmetz et du prince Frédéric-Charles, toutes deux encore, à l'heure actuelle, en voie de formation. Mais Napoléon, tout en admettant la sagesse de ce plan, se borna à secouer tristement la tête, en déclarant qu'il ne pouvait pas, vu la double défaite subie par l'armée sous ses ordres immédiats , résigner le commandement en chef.

Qu'était-il donc arrivé pendant les vingt-quatre heures qui avaient suivi l'arrivée du télégramme de M. Franceschini Piétri ? Très simplement ceci : l'Impératrice, non contente de se refuser à exercer la pression qui aurait fourni à son époux un prétexte de retour, avait rendu ce retour impossible par l'envoi d'une dépêche le déconseillant expressément.

Plus encore, le cabinet avait, le 7 août, dépêché sur le théâtre de la guerre M. Maurice Richard, ministre des beaux-arts — département détaché à l'époque du ministère de l'instruction publique — avec la mission de s'enquérir à la fois de l'état de santé de l'Empereur et du degré de confiance inspiré par le souverain à son armée. Le 7 août, un train spécial avait emmené le ministre à Metz, 011 il n'avait séjourné que deux heures ; c'est du moins ce que nous dit, à Ferrari et à moi, Adolphe OUivier, que nous rencontrâmes au Café de la Paix. Quelques heures après le retour de M. Richard, le lendemain 8, nous apprîmes, toujours par Adolphe OUivier, le résultat de l'enquête : les nouvelles étaient lamentables à tous égards.

Aussi, dès l'ouverture du conseil tenu dans la matinée du g, M. Emile OUivier, comme conséquence naturelle du rapport de son collègue et comptant fermement sur l'appui de celui-ci, proposa-t-il de prime abord le retour immédiat de l'Empereur. Ce plan, on le devine, fut aussitôt combattu avec violence par l'Impératrice, et quelle ne fut pas la surprise du premier ministre, lorsque se retournant vers M. Richard comme pour en appeler à son témoignage, il se heurta à un silence obstiné et significatif de la part de son collègue! Celui-ci, à parler net, avait été suborné, et M, OUivier se vit réduit à l'impuissance.

Un jour ou deux avant cette scène — je ne saurais préciser la date — était arrivée au quartier général à Metz une dépêche de M. OUivier, transmettant le vœu généralement exprimé par les journaux parisiens du retour du Prince impérial à Paris. Mais le même jour, suivant de près le télégramme du ministre, l'Empereur, me raconta M. Piétri, recevait une autre dépêche, rédigée avec le chiffre particulier de la Régente, dans laquelle celle-ci lui exprimait formellement le désir de voir son fils rester à l'armée. Ce désir, elle ne l'expliquait pas et recommandait seulement à l'Empereur d'accéder en paroles à la demande contraire qu'on lui adressait, mais de se garder d'y donner suite et d'en faire le moindre cas.

Bien que l'Impératrice n'eût pas le pouvoir de convoquer le Parlement, elle ne laissa pas que de le réunir dans le but inavoué de renverser le ministère OUivier. Je suis persuadé que l'Empereur ne lui pardonna jamais d'avoir ainsi outrepassé ses droits. Si quelqu'un des familiers de Chislehurst vit encore quand paraîtront ces notes, il ne me démentira pas.

Que pouvait être, en réalité, un Parlement convoqué en de telles circonstances, sinon une sorte de conseil de guerre dont toutes les décisions ouvertement discu-

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