CHAPITRE XII
Le siège. — Incrédulité des Parisiens sur la possibilité de l'investissement. — Paris transformé en champ de manœuvre. — Fermeture des théâtres. — Les gardes mobiles. — L'Entrepôt général des vins. — Incendie des forêts avoisinant Paris. — La statue de Strasbourg. — M.Joseph Prudhomme harangue ses fils. — Quelques cas de trahison. — Héros ignorés. — Inventeurs de plans pour l'anéantissement des Allemands. — Le cheval de Troie, la mitrailleuse à musique. — Une soirée à l'Alcazar. — Les derniers trains. — Intérieur d'une gare. — La manie de l'espionnage. — Où étaient les espions? — Mon arrestation. — Un couteau compromettant.
En dépit des rapports arrivant de province et annonçant la marche des Allemands sur la capitale, il se trouvait encore dans Paris des milliers de gens pour affirmer sérieusement que jamais les Prussiens n'oseraient l'investir, moins encore le bombarder. Mais il n'en faudrait pas conclure, comme l'ont fait à tort tant d'écrivains anglais, que cette confiance puisât sa source dans une appréciation erronée du courage des Allemands, et qu'on les crût incapables de venir défier le lion jusque dans son antre. Pas du tout. Les Parisiens gratifiaient simplement leurs ennemis de cet amour et de cette superstitieuse vénération qu'ils éprouvent eux-mêmes pour « le centre des lumières et de la civilisation ». Et qu'on n'aille pas croire qu'ils s'inspirassent en cela de la pompeuse épître adressée par Victor Hugo au roi Guillaume; le poète, au contraire, n'avait été que l'in-