‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 144 sur 200 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

plus désormais faire davantage. La série des expériences n'en est cependant pas ralentie : tandis que les frères Godard établissent leur quartier général à la gare d'Orléans, MM. Dartois et Yon s'installent à la gare du Nord, et l'amiral Labrousse, inventeur déjà d'un affût de canon fort ingénieux, s'occupe activement du problème de la direction des ballons ; le gouvernement s'empresse d'accorder un subside de quarante mille francs à M. Dupuy de Lôme pour seconder l'amiral dans ses recherches. Une exposition permanente du matériel nécessaire à la navigation aérienne s'organise au Grand- Hôtel, sous la direction entendue de MM. Horeau et Saint-Félix. Partout le public afflue, et pour un instant cet espoir naît dans les cœurs que, bien qu'il ne puisse pas désormais être loisible à tous d'aller et venir librement comme les oiseaux, du moins il nous sera peutêtre donné de rester, à l'aide de ces engins nouveaux, en communication permanente avec le monde extérieur. M. Granier ne vient-il pas de proposer l'établissement, sans le secours de poteaux, d'un télégraphe aérien ? Le fîl conducteur, enfermé dans un tube en gutta-percha rempli d'hydrogène sera maintenu par ce gaz à une altitude de mille à quinze cents mètres; quant au câble, il sera filé par ballon. M. Gaston Tissandier, dont la compétence est grande en ces matières, se montre favorable au projet. Mais, hélas! il n'aboutit pas, et nous en sommes réduits de nouveau à nous rabattre sur des systèmes moins ingénieux et plus vulgaires.

En d'autres termes, nous essayons, à prix d'argent, de pousser de hardis compagnons à traverser les lignes prussiennes. Beaucoup tentent la périlleuse aventure, et, pendant quelques semaines, les journaux et les affiches sont envahis par les réclames d'une agence privée se chargeant de la réception et de l'envoi des dépêches au prix uniforme de dix francs par lettre. Les messagers partent en grand nombre , beaucoup re-

viennent presque immédiatement, rebutés par l'impossibilité de l'entreprise ; quant à ceux qu'on ne revoit pas, ils ont été tués sans doute par les Prussiens, car aucun d'eux n'arrive à destination.

On pense alors, pour le transport des dépêches, à utiliser les chiens de bergers, ou, mieux encore, de contrebandiers dont il existe des milliers sur les frontières de Suisse et de Belgique. L'Administration des postes vajusqu'à offrir deux cents francs par sac de dépêches délivré dans un délai de vingt-quatre heures après le départ de l'animal, avec une diminution de cinquante francs parchaque nouveau délaide vingt-quatre heures. Mais les malheureux chiens tombent victimes des sentinelles prussiennes, pas un seul ne réussit à gagner les avant-postes français. Il ne nous reste, comme ressource dernière, que le pigeon voyageur.

Nous n'en sommes pas toutefois pour cela découragés, et moins d'un mois s'est écoulé depuis l'investissement que les Parisiens réclament déjà à grands cris leur plaisir préféré : le théâtre. Il se produit naturellement bien des divergences d'opinions au sujet de l'opportunité de cette mesure, et nous y gagnons quelques excellents articles pétris d'esprit et agrémentés de force anecdotes historiques prouvant que si ignorants qu'ils puissent être à certains égards, les journalistes français possèdent du moins , dès qu'on aborde la question du théâtre, un fonds inépuisable de parallèles.

« En 1792, rappelait l'un, les Lillois s'en allaient tranquillement au spectacle pendant que les bombes pleuvaient sur leur malheureuse cité. Pourquoi serionsnous et moins gais et moins courageux ? «

« Néron, c'est vrai, chantait en s'accompagnant sur la lyre pendant l'incendie de Rome », rétorquait un autre, « mais Paris n'est pas encore en feu ; et flamberait-il déjà que le Néron responsable de cette catastrophe n'est pas ici, mais à Wilhelmshohe, où nous

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