‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 154 sur 200 · POUR UN PAIN DE 3OO GRAMMES · texte numérisé non relu

POUR UN PAIN DE 3OO GRAMMES

Blé 75 grammes.

Seigle, orge ou pois 15 —

Riz 60 —

Avoine 90 —

Paille hachée mêlée d'amidon 30 —

Son 30

Voici un tableau des prix des autres denrées, auxquels prix, du reste, il n'était même pas toujours possible de se les procurer :

Un chien ou un chat 20 fr.

Un rat, un corbeau ou un moineau. ... 3 à 4

Une livre de viande d'ours 12

Une livre de venaison 14

Une livre de viande de loup ou de porc-épic. 8

Un lapin 40

Une volaille 40

Un pigeon 25

Une oie So

Une dinde 100

Une livre de jambon (très rare) 10

Une livre de lard (moins rare) 6

Un œuf 5

Haricots en grains (le litre) 8

Un chou 16

Un poireau i

Un boisseau (i) de carottes 75

Un boisseau de pommes de terre 35

Un boisseau d'oignons 80

Toutefois, personne, que je sache, ne mourut de faim,

(i) Le boisseau contient exactement douze litres et demi.

3i8 UN ANGLAIS A PARIS.

et j'étais en mesure d'être bien renseigné à cet égard. Ce furent les enfants en bas âge et les vieillards qui souffrirent le plus : le lait vendu deux francs le litre était quelque chose de honteux, coupé d'eau pour les trois quarts ; quant au bouillon de bœuf, il était impossible d'en avoir à aucun prix.

On distribuait pourtant aux pauvres de ce lait et de ce bouillon, introuvables ailleurs, dans les cantines municipales, mais seulement sur la présentation d'un certificat de médecin ; et ceux-ci, sans avoir le moins du monde le cœur dur et tout en s'apitoyant sincèrement sur les misères qu'ils ne pouvaient soulager, devaient forcément se limiter pour la délivrance de ces certificats. Par contre , et bien que le froid fût devenu terrible à maintes reprises, on ne manqua guère, en général, de literie, ni de draps, ni de vêtements chauds.

L'allusion qu'avait faite notre ami le lieutenant aux pauvres et à leur douloureuse pénurie me revint, comme je l'ai dit, fréquemment à la pensée pendant les jours qui suivirent notre fameux dîner. J'en vins à me demander dans quelle mesure les indigents avaient dû se séparer, de façon définitive ou temporaire, de leur mobilier et de leurs petits trésors domestiques, pour se procurer si peu que ce fût des denrées de luxe que je viens d'énumérer. Afin de m'éclairer à ce sujet, je me décidai à me rendre au Dépôt central du Mont-de- Piété, rue des Blancs-Manteaux. Je m'étais pourvu d'une lettre d'introduction auprès du directeur, qui mit aussitôt un de ses employés à ma disposition. Nous étions alors aux derniers jours de décembre.

Je transcris brièvement ici et de mémoire les renseignements que je recueillis alors, mais j'affirme de la façon la plus positive les quelques faits que j'avance. Jusqu'à la fin d'août les transactions du bureau central, comprenant, de fait, celles de toute la capitale, ne présentèrent rien d'anormal; mais du moment oii s'affirma

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