‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 24 sur 200 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

du prétendant ; mais quel qu'ait été son motif, il épousa cette cause , j 'en suis certain . Je tiens de bonne source qu'il eut avec le comte Walewski des entrevues bien plus fréquentes que ne le supposaient ses collègues du ministère et que ne le justifiaient les relations, si amicales qu'elles fussent, de la France et de l'Angleterre. Mais tout n'était pas prêt. Palmerston et Walewski d'un côté du détroit, Louis-NapoléonetPersigny de l'autre, attendaient quelque chose. Qu'était-ce? Rien de plus, rien de moins que la pose du câble sous-marin entre Douvres et Calais, dont la concession fut accordée le 8 janvier 1851, avec cette recommandation expresse à M. Walter Breil de presser les travaux autant que possible, « étant donné qu'il est de la plies haute importance pour le gouvernement français d'être en communication directe et rapide avec le cabinet de Saint-James » . Le cabinet, cela signifiait en la cause lord Palmerston. Néanmoins, le câble n'est posé que dix mois après ; mais dès lors les événements marchent grand train. Arrêtons-nous-y un instant. La communication télégraphique entre Calais et Douvres est établie le 13 novembre. Le 15, le général de Saint-Arnaud ordonne que le décret de 1849 conférant au président de l'Assemblée nationale le droit de requérir les forces militaires et d'en disposer, décret qui avait été affiché dans toutes les casernes du pays, en soit enlevé. Le 16, Changarnier, Le Flô, Baze et bien d'autres , décident qu'un projet de loi sera immédiatement déposé à l'effet de rendre ce droit au président de l'Assemblée. Les adversaires du Prince président se frottent déjà les mains d'aise à la pensée de leur succès, car pour eux le succès, c'est la possibilité d'avoir le prince Louis et ses partisans en leur pouvoir et de les faire interner à Vincennes ou ailleurs comme prisonniers d'État. Le 18, le projet de loi est rejeté par une majorité de 108 voix, et l'Assemblée est désormais réduite à l'impuissance de-

vant tout soulèvement militaire. C'est ce soir-là même que la date du coup d'État fut fixée au 2 décembre, en dépit des hésitations et des incertitudes de Louis- Napoléon. On dépêche le 26 un jeune attaché du ministère des affaires étrangères à l'ambassade de France à Londres, le substituant au messager ordinaire du cabinet {ou de la reine) , ce qui prouve que le courrier est plus important que de coutume. Il renferme des lettres du Prince président lui-même au comte Walewski, lettres dont la teneur est probablement connue du marquis Turgot; mais si on les expédie de cette façon, au lieu de les envoyer directement de l'Elysée par une personne sûre, c'est que la résidence présidentielle est surveillée, jour et nuit, par la contre-police de l'Assemblée. Si le marquis Turgot choisit un jeune aristocrate comme messager, c'est qu'il sait bien qu'on ne pourra le corrompre. Le 29 novembre, une de mes connaissances reçoit une lettre d'un ami de Londres, censé vivre dans les coulisses, mais qui, cette fois, ne voit goutte à ce qui se passe. « Il y a quelque chose dans l'air, écrit-il, mais je ne sais pas quoi. Hier matin 27, et aujourd'hui, Walewski s'est enfermé pour plus de deux heures chaque fois avec Palmerston. Il y aura le 2 décembre, chez Walewski, un grand dîner auquel je suis invité. Pouvez-vous me dire quel grabuge se prépare ? »

Le destinataire de la lettre n'était ni mieux ni plus mal renseigné que la plupart d'entre nous, et, malgré les assertions contraires qu'on a produites depuis, personne ne prévoyait la crise dans la forme qu'elle revêtit. L'opinion générale inclinait plutôt à croire que Louis-Napoléon finirait par avoir le dessous, malgré l'influence presque magique de son nom sur l'armée. On supposait que dans le cas où. les troupes seraient appelées à agir contre l'Assemblée, elles s'y refuseraient et se retourneraient contre leurs chefs. Je

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