‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 29 sur 200 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pereur, quoique pas un ne fût digne de lui tenir la chandelle en cette matière. Napoléon, avec un de Moltke à ses côtés, eût été de force à se mesurer avec Bismarck, et la rive gauche du Rhin serait peut-être française, et jamais l'Alsace-Lorraine ne fût devenue prussienne. Mais je ne veux pas aborder les questions politiques.

Je le répète : Persigny, Morny et jusqu'à un certain point Walevvsky, tendaient en politique à s'ériger en Napoléons au petit pied ; s'agissait-il de stratégie, c'était Saint-Arnaud qui se drapait dans le manteau du grand guerrier, qu'il croyait de bonne foi lui être échu en partage; Maupas, lui, s'imaginait remplacer Fouché. Il n'y avait que le colonel — plus tard général — Fleury qui fût vraiment dégagé de toute espèce de prétention; c'était le seul modeste de toute la bande.

Le pire de tous à cet égard était sans contredit de Persigny. Lors de son voyage à Rome, en 1866, ne s'avisa-t-il pas de développer ses vues politiques à ces maîtres en diplomatie qui s'appelaient le cardinal Antonelli et Pie IX! Tous deux prétendirent tirer grand profit de la leçon; mais Mgr de Mérode (i), doué d'une moindre dose de patience, eut maintes fois maille à partir avec Persigny, qui fut loin d'avoir toujours le

(1) Frédéric-Xavier de Mérode descendait d'une ancienne famille des Flandres et devint un membre influent de la prélature. Il prit une part active à l'organisation des troupes papales qui combattirent à IVIentana. On connaît l'histoire très véridique, mais assez romanesque, de sa courte carrière militaire. Il avait été destiné à la prêtrise dès sa tendre jeunesse, lorsque, vers l'âge de dix-neuf ans, s'étant querellé avec un des étudiants ses camarades, il en reçut un soufflet. Catholique trop convaincu pour se battre en duel, M. de Mérode était pourtant trop fier pour consentir à passer pour un lâche ; aussi s'engagea-t-il d'abord en Belgique, puis dans la légion étrangère, où il fit ses preuves de bravoure. De caractère violent, il fut souvent en désaccord avec les généraux de Lamoricière et de Guyon, et, disons-le, avec Pie IX lui-mîme, qui, à l'occasion de la promulgation du dé-

beau rôle. Un soir, le duc jugea bon de reprocher à l'évêque son humeur batailleuse.

— Je présume, monseigneur, se permit-il de lui dire, que c'est le vieux levain du troupier qui reprend le dessus de temps en temps.

— C'est vrai, répliqua le prélat, j'ai été capitaine dans la légion étrangère et je me suis battu en Afrique, où j'ai gagné ma croix de la Légion d'honneur. Mais vous, monsieur le duc, n'ai-je pas entendu dire que vous aviez été plus ou moins maréchal des logis fourrier dans un régiment de cavalerie?

Mgr de Mérode ne pouvait pas blesser de Persigny plus à vif qu'en lui rappelant son humble naissance. Il frémissait toujours des allusions de ce genre; sa constante préoccupation était de faire oublier cette origine, et en y tâchant il n'évitait pas toujours le ridicule. Très ignorant des questions d'art, il voulait pourtant en parler, non comme quelqu'un qui les a étudiées, mais bien comme un homme élevé dans un milieu raffiné oii l'atmosphère en eût été comme imprégnée. Aussi devint-il fatalement la proie des marchands de tableaux et de bric-à-brac. Son argenterie, qui fut envoyée à la Monnaie pendant le siège, lui avait coûté, comme étant ancienne, un prix fabuleux.

— C'est du Louis XV tout pur, lui avait affirmé le vendeur, et il l'avait cru.

— Tellement pur, dit un connaisseur, que c'est du Victoria!

Elle avait été effectivement fabriquée par des joailliers de Londres. Le compliment revenait droit à la Reine.

Avec tous ses travers, Persigny valait mieux que de

cret de l'infaillibilité, en vint à lui défendre la porte du Vatican. Mais il ne tarda pas à faire sa paix avec le Pontife. Ses pires ennemis — et il en avait beaucoup — ne mirent jamais en doute sa sincérité et sa haute loyauté. L'Editeur.

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