‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 33 sur 200 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Walewski regretta le plus en donnant sa démission. Il demanda immédiatement à son protégé — M. Perrin lui devait sa position à l'Opéra — de lui procurer aussi vite que possible une loge équivalente.

Or, il se trouva que le comte Bacciochi en voulait précisément à Walewski, à qui il ne pardonnait pas d'avoir discuté quelques-unes de ses prérogatives relativement à la surintendance de l'Opéra. Vindicatif comme un Corse, il s'empressa donc, tout d'abord, de répliquer : « M. de Morny s'est adressé à moi, il y a déjà longtemps, pour avoir une meilleure loge, et je ne vois pas pourquoi le comte Walewski l'aurait à son détriment. » Puis, il porta l'affaire devant l'Empereur et fit de son mieux pour exaspérer l'un contre l'autre les deux postulants. De Morny l'emporta, il eut la loge; Bacciochi triomphait doublement, car les compétiteurs restèrent longtemps dans les termes les plus froids.

Cependant la question mexicaine prenait une tournure alarmante. En dépit de l'intérêt incontestable que lui inspirait le projet Jecker, ou probablement encore parce qu'il avait fait toutes les concessions possibles, de Morny s'était rangé depuis peu à l'avis de Walewski qui conseillait la retraite des troupes françaises. Mais, à partir de l'incident de la loge à l'Opéra, on le vit changer ses batteries. Il devint un ardent partisan de la continuation de la campagne, opposa en toute chose une contradiction systématique à Walewski, tout en éludant avec soin les tentatives de ce dernier pour l'amener à une explication directe. Si blessé qu'il en fût, Walewski dut, en désespoir de cause, renoncer à vaincre un tel mauvais vouloir.

Sur ces entrefaites, don Gutierrez de Estada débarquait en Europe, escorté d'une députation de notables mexicains; il venait offrir la couronne du Mexique à Maximilien, qui accepta, mais sous cette expresse condition que la France enverrait vingt mille hom-

mes de troupes et donnerait trois millions de francs.

Ces conditions furent repoussées sans hésitation par le conseil des ministres.

« C'était, si je ne me trompe, un samedi, me racontait de Persigny, et chacun regardait la solution comme définitive, lorsque, le lundi matin, le conseil fut convoqué en si grande hâte aux Tuileries que Walewski, qui venait de loin, n'y parvint que plus d'une heure après l'ouverture de la séance.

« Qu'était-il arrivé? Tout simplement ceci. Don Gutierrez, informé de la décision du conseil, l'avait communiquée télégraphiquement à Maximilien, qui, le dimanche matin, répondait, aussi par dépêche, à l'envoyé mexicain, lui signifiant que, sauf l'acceptation totale de ses conditions, il déclinait l'honneur de la souveraineté. Don Gutierrez, bien décidé à ne pas repartir sans emmener un roi, se précipita alors chez de Morny et lui offrit la couronne. Celui-ci accepta immédiatement pour le cas oii Maximilien persisterait dans son refus. La fureur de l'Empereur ne connut point de bornes, mais rien ne put ébranler de Morny. Un seul homme possédait sur lui quelque influence, c'était « l'autre prince du sang )), je veux dire Walewski, car pour Morny les Bonaparte légitimes ne comptaient pas. On appela Walewski par dépêche, comme je vous l'ai dit, dès la première heure; à son entrée au conseil, on discutait les moyens de contracter un emprunt. L'Impératrice le mit au courant de tout ce que je viens de vous raconter et le supplia de dissuader de Morny. Walewski refusa de faire une nouvelle avance en lui adressant la parole le premier. Tous deux m'ont, je le sais bien, accablé plus que tout autre d'insultes et d'injures; toutefois je sais aussi qu'en pareille circonstance j'aurais obéi à l'Impératrice à cause de l'Empereur, mais « les deux princes du sang » ne consultaient jamais que leur propre dignité. Je n'ai pas besoin de vous dire quel

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