‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 42 sur 200 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cipation de Louis-Napoléon à la guerre de Crimée ne pouvait être obtenue qu'à ce prix, ni que l'Angleterre n'aurait pas pu s'en passer, mais mon informateur était profondément convaincu que rien mieux que cette visite ne contribuerait à cimenter l'alliance des deux nations. Pas davantage n'anticiperai-je non plus sur le verdict définitif que portera l'histoire par rapport à cet acte de courtoisie de la reine d'Angleterre , de cette reine dont un des titres de gloire les plus justifiés est d'avoir, par son seul exemple, purifié les moeurs de sa cour.

Toujours est-il permis de présumer que la vertu de Mlle de Montijo eût été de force à résister aux cajoleries de l'Empereur, quand bien même elle n'eût pas été énergiquement soutenue par les conseils d'une mère dont le bon sang écossais n'aurait pu tolérer qu'on jouât avec les sentiments et la réputation de son enfant. Cependant pour rendre la forteresse de ce cœur doublement imprenable, la comtesse de Montijo s'était faite l'ombre de sa seconde fille. Et elle s'imposait là un grand sacrifice, car sa préférée n'était pas Eugénie de Montijo, mais bien l'aînée de ses filles, la duchesse d'Albe. « Mais on est mère, ou on ne l'est pas », comme dit cette bonne Mme Cardinal.

Mlle de Montijo devint donc l'âme des fêtes de l'Elysée. Elle et sa mère avaient beaucoup voyagé ; Louis-Napoléon également, mais pas assez, paraît-il, pour avoir sondé la profonde sagesse de ce dicton français : « Gare à la femme dont le berceau a été une malle, et le pensionnat une table d'hôte ! »

J'ai parlé ailleurs du coup d'Etat et de la société de l'Elysée pendant les mois qui l'ont précédé et suivi ; au commencement de 1852, le peu qui avait été accompli s'effaçait du souvenir en considérant tout ce qui restait à faire. Le Prince Président entreprit un voyage dans le midi de la France qu'il se plut à appeler « une interrogation au pays ». C'était bien cela jusqu'à un

certain point, mais la réponse préparée d'avance ne variait pas, on criait toujours : « Vive l'Empereur ! »

A considérer froidement les choses, à la distance d'un quart de siècle, n'était-ce pas vraiment la meilleure réponse que pût donner la nation? « La société a été trop longtemps comme une pyramide renversée, je la replace sur sa base», disait Louis-Napoléon, le 29 mars 1852, à l'ouverture de la première session des Chambres, en inaugurant la nouvelle constitution qui était son œuvre. « Il a raison, observa une de ses belles ennemies, nous allons maintenant danser sur le sommet de sa pyramide. A quand les invitations? »

Elles ne tardèrent pas. Elles suivirent immédiatement le voyage susmentionné, et précédèrent le plébliscite qui plaça la couronne impériale sur la tête du Prince Président. On débuta par une série de fêtes à Compiègne. Mais le château avait été préparé en toute hâte, et les chasses furent loin d'avoir la splendeur qu'on leur donna plus tard.

Parmi toutes les invitées, la plus remarquée était Mlle de Montijo, accompagnée de sa mère; mais nul ne prévoyait encore que la belle Espagnole qui galopait aux côtés du Prince Président, serait, peu de mois après. Impératrice. Quelques-uns seulement, plus avisés, offrirent de tenir tel pari qu'on voudrait sur elle pour le Grand Prix impérial ; mal inspiré, je relevai le pari contre eux, et j'eus à subir une forte perte. Ce n'est pas là une manière de parler, mais un fait positif. Il n'y eut pas, par exemple, de cote pour « la place », les parieurs pour et contre étant d'accord sur ce point qu'elle arriverait bonne première ou ne prendrait pas part à la course.

Que serait-il advenu de la favorite, s'il y avait eu d'autres « engagements »? C'est assez difficile à conjecturer, mais il n'y en eut point. Les différents souverains européens déclinaient l'honneur d'une alliance avec la

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