CHAPITRE IV
Par contre, elle possédait une volonté de fer et elle était fort belle. Il est bien rare qu'on puisse analyser la beauté d'une femme, et celui qui en risque l'aventure se condamne d'avance au même désappointement que le bambin qui crève son tambour pour savoir d'où vient le bruit.
Je ne saurais donc dire en quoi consistait la beauté de Mlle de Montijo, mais elle était belle, en vérité.
Sa volonté de fer seconda habilement l'Empereur dans les efforts qu'il fit pour grouper autour d'elle d'aristocratiques recrues, et quand le duc de Guiche vint en grossir les rangs, — ce duc de Guiche auquel la duchesse d'Angoulême avait laissé un revenu de près d'un million, — Mlle de Montijo put se flatter vraiment du succès (i). L'assemblée, toutefois, qui forma le cortège nuptial ne se composait pas encore du dessus du panier. La vieille noblesse était dans son droit strict en se tenant à l'écart; mais ce droit, elle le dépassa en agissant comme elle le fit. Je suis absolument certain de ce que j'avance, sans cela je m'abstiendrais de le mentionner ici.
Comme de coutume, le jour de la cérémonie, on criait partout le portrait et la biographie de l'Impératrice. Ni l'un ni l'autre n'avaient rien d'offensant pour la nouvelle souveraine, le risque couru eût été trop grand pour qu'on imprimât rien d'agressif. Ce qu'on disait de sa vie était peut-être même trop louangeux. Mais sur l'un des portraits, le meilleur de tous, la légende était ainsi conçue : Le portrait et les vertus de l'Impê-
de la famille de Montijo, disait que Dieu leur ayant donné le choix entre l'amour et l'esprit, elles avaient opté pour l'amour.
L' Editeur .
(i) Agénor de Guiche, prince de Bisache, futur duc de Gramont, était un familier de l'Elysée bien avant le coup d'État; la moitié du chemin était fait, et il fut, comme on voit, vite rallié à l'Impératrice.
[Note du Traducteur.^
ratrice, le tout pour deux sous. C'était l'œuvre malignement combinée des légitimistes et des orléanistes. J'en ai acquis la preuve et j'ai même appris plus tard que cette lithographie avait été exécutée en Angleterre.
Pendant bien des mois après le mariage , il ne fut question aux Tuileries que de règles de préséance, d'habits de cour, de la remise en vigueur de tous divertissements, cérémonies, fonctions multiples, tels que la mode en avait été sous l'ancien régime. L'Impératrice tenait par-dessus tout à modeler son entourage et sa manière de vivre sur l'entourage et la manière de vivre de Marie-Antoinette, — « mon type », comme elle désignait familièrement la fille de Marie-Thérèse. De fait, bien peu après, si quelqu'un se fût rencontré, assez malavisé pour lui dire qu'elle n'était pas née dans la pourpre impériale, elle aurait eu peine à le croire. Aussi lorsqu'une fille de la maison de Savoie eut le malheur d'épouser le cousin de Napoléon, l'Impératrice jugea-t-elle bon, mettant à profit sa nouvelle expérience, de glisser à la jeune princesse, comme à une ignorante de ces choses, quelques avis sur sa toilette et autres menus détails : « Vous verrez, ajouta-t-elle d'un ton légèrement protecteur, comme l'étiquette est ennuyeuse. — Ah! répliqua finement la princesse Clotilde, j'y suis tellement accoutumée! » L'impératrice Eugénie, furieuse, ne lui pardonna jamais cette leçon lestement donnée.
Sa colère me rappelle celle d'un policier français qui, ayant été chargé d'une mission importante, s'installa pour un temps avec un de ses collègues dans un des meilleurs hôtels de Paris , uniquement fréquenté par des étrangers de distinction. Il se donna pour un ancien ambassadeur, tandis que son collègue assumait le rôle plus modeste de valet de chambre ; tous deux étaient entrés à merveille dans la peau de leurs per-