‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 48 sur 200 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

géré, pour ainsi dire, la donnée de la pièce, en disant à la Chambre des députés : « Messieurs, j'ai l'honneur et le regret de vous avertir que la France s'ennuie » ? Louis-Napoléon se promit bien de rendre sous son règne pareil reproche impossible. Il n'avait pas prévu que ses feux d'artifice dussent aller s'éteindre, hélas! dans les fumées du sanglant incendie de Bazeilles et ne pensait pas lire un jour, dans l'exil de Wilhelmshôhe, l'âpre critique de son propre drame, sans quoi peut-être eût-il tenu d'une main plus ferme acteurs, machinistes et régisseurs.

Ceux-ci recevaient alors la récompense du rôle actif qu'ils avaient joué dans ce prologue mouvementé qu'on a appelé « le coup d'Etat ».

Le général Magnan, nommé grand veneur aux appointements de cent mille francs, avait comme coadjuteur en chef le comte Edgar Ney, qui en recevait quarante mille.

Nous revoyons ce dernier dans la bruine d'une sombre et froide matinée de septembre 1870. Il est assis sur un char à bancs, aux côtés d'officiers prussiens, et le véhicule, formant arrière-garde à celui de son impérial souverain, se dirige vers la frontière belge, en route pour Cassel. Il désigne des pièces d'artillerie de modèle français, mais conduites par des fusiliers allemands : « A qui ces canons-là ? — Ils ne sont pas des nôtres, monsieur », lui est-il répondu avec une courtoise réserve.

Tout bien considéré, la façon dont disparut son père fut plus noble. Michel Ney, du moins, tomba sous les balles ; ce n'étaient malheureusement pas celles de l'ennemi.

Outre les charges de grand veneur et de premier veneur, il y avait aussi trois lieutenants de vénerie, un capitaine des chasses à tir, et tous ces dignitaires cumulaient encore d'autres charges et d'autres émoluments.

car Louis-Napoléon, soit dit à son honneur, n'oubliait jamais un ami.

Tout le personnel actif des chasses avait été, comme je l'ai dit tout à l'heure, recruté dans les anciens équipages des Condé, à Chantilly, du dernier duc d'Orléans et du duc de Nemours. Des piqueurs émérites, comme La Feuille — qui s'appelait en réalité Fergus — et la Trace, ne pouvaient manquer d'établir entre leurs maîtres du jour et ceux d'autrefois des comparaisons qui n'étaient pas toujours à l'avantage des premiers, car si le train était superbe, la majorité des hôtes en réalité chassait peu ou pas.

Après bien des délibérations au sujet du costume, on avait adopté le drap vert foncé avec col, revers et manchettes en velours cramoisi galonné d'or. Au temps de Louis XV et sous les derniers Bourbons, le costume était bleu à galons d'argent; sauf cette différence de teintes, il restait le même en somme, avec les culottes de peau de daim, les bottes à l'écuyère et le « lampion » (i) , sur la bordure seulement duquel l'or remplaçait l'argent. Les lampions de l'Empereuret de l'Impératrice étaient garnis de plumes d'autruche blanches. Ce costume ne pouvait être porté, sauf autorisation spéciale, que par les membres de la Maison impériale; ceux-ci y avaient droit en raison même de leurs fonctions, mais des hommes comme le duc de Vicence, le baron d'Ofïrémont, le marquis de Galliffet, le marquis de Cadore, des femmes telles que la comtesse de Pourtalès, la comtesse de Brigode, la marquise de Contades, qui n'avaient pas de charges spéciales à la cour, devaient d'abord recevoir le « bouton (2) » .

Le lieu de ces réunions différait suivant les saisons.

(i) Le lampion était un chapeau tricorne relevé tout le tour en forme de gouttière, et soutenu par des fils de laiton. L' Editeur .

(2) « Porter le bouton du roi i> est un vieux terme de vénerie française signifiant l'autorisation de porter un costume ou des boutons,

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