‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 8 sur 200 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Peut-être Mme Octave, charmante femme chargée de ce rôle, fit-elle bien après tout de se soumettre à leurs exigences, car, au premier tableau, le public, peu suspect cependant de pruderie, avait jugé que Mme Eve n'en serait que mieux pour élargir un peu sa feuille de vigne.

Et la pièce continuait sur ce ton. La première représentation eut lieu douze jours avant l'élection présidentielle, Cavaignac étant encore à la tête des affaires. Malgré son énergique répression lors des troubles de Juin, tout le monde, sauf pourtant les journalistes tranche-montagne du National, désirait lui voir les talons; et une chanson lancée contre lui mettait à nu de la façon la plus cruelle sa complète insignifiance au triple point de vue moral, social et intellectuel. Après le succès de Louis-Napoléon, cette chanson fut singulièrement adoucie.

On peut dire sans la moindre exagération que la France, à cette époque, était gouvernée par \q National. J'avais dressé alors une liste, et fort incomplète, des fonctions variées et des hautes situations occupées par les membres de la rédaction et ceux qu'y rattachait un lien quelconque, financier ou autre. Je l'ai conservée et la transcris ici sans commentaires.

Armand Marrast, le rédacteur en chef, devient membre du Gouvernement provisoire, maire de Paris, et plus tard président de l'Assemblée nationale.

Marrast (a" 2) est nommé procureur général à Pau.

Marrast (n" 3) , ex-capitaine de cavalerie légère sous Louis- Philippe, reçoit un brevet de colonel à la suite.

Marrast (n" 4) est nommé sous -principal du lycée Corneille.

Bastide, attaché à la rédaction, devient ministre des affaires étrangères.

Vaulabelle , de la rédaction , devient ministre de l'instruction publique.

i8 UN ANGLAIS A PARIS.

Goudchaux, banquier du National, arrive au ministère des finances.

Recurt, médecin en chef de la rédaction, devient ministre de l'intérieur , puis ministre des travaux publics.

Trélat, autre médecin, est ministre des travaux publics.

Marie, avoué du National, est membre du Gouvernement provisoire, membre du Comité exécutif, puis ministre de la justice.

Génin , attaché à la rédaction , devient chef du département littéraire au ministère de l'instruction publique.

Charras, de la rédaction, est sous-secrétaire d'Etat au ministère de la guerre.

Degouve-Denuncques, de la rédaction, est nommé préfet de la Somme.

Bûchez, troisième médecin et collaborateur à l'occasion, devient député, maire de Paris et ensuite président de l'Assemblée jusqu'au 15 mai, date à laquelle il cède la place à M. Armand Marrast lui-même. Comme on le voit, M. Bûchez, moins d'un mois après l'avènement des républicains au pouvoir, avait été élevé à une des plus hautes fonctions de l'Etat, bien qu'il fût absolument dépourvu de tout talent politique ou parlementaire. Son Histoire parlementaire de la Révolution française, ouvrage de la plus banale médiocrité, l'a prouvé surabondamment.

Dussart, de la rédaction, est nommé préfet de la Seine-Inférieure.

Adam, de la rédaction, devient secrétaire général de la préfecture de la Seine.

Sain de Bois-le-Comte, de la rédaction, est ministre plénipotentiaire à Turin.

Félicien Mallefille, de la rédaction, ministre plénipotentiaire à Lisbonne.

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