‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 9 sur 200 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Anselme Petetin, de la rédaction, ministre plénipotentiaire en Hanovre.

Auguste Petetin, son frère, de la rédaction, devient préfet de la Côte-d'Or.

Frédéric Lacroix, de la rédaction, est nommé secrétaire général pour les affaires civiles en Algérie.

Hetzel, de la rédaction, est nommé secrétaire général au ministère des affaires étrangères.

Rousset, de la rédaction, devient préfet de la Loire.

Duclerc, reporter sténographe, est très momentanément ministre des finances.

Pagnerre, libraire-éditeur du National, devient maire, membre du Gouvernement provisoire, membre du Comité exécutif et finalement directeur du Comptoir d'escompte.

Achille Grégoire, imprimeur du National, est nommé préfet de la Haute-Saône.

Clément Thomas, appelé le policier du National, devient commandant en chef de la garde nationale de la Seine.

Et combien encore, amis ou alliés du National^ tels que Lalanne, qui fut fait directeur des ateliers nationaux; Levraut, qu'on envoya à Naples comme ministre plénipotentiaire ; Carette, qui devint directeur civil à Constantine; Carteron, nommé conservateur des Archives nationales, etc.!

Tous ces aventuriers possédaient naturellement, évoluant autour d'eux, bon nombre de satellites, aussi impatients que leurs protecteurs de tirer parti de la situation. La plupart, comme le chat de l'épigramme de Heine, devaient dévorer leur proie toute crue, faute de savoir l'accommoder. Tous, ministres, préfets, hauts dignitaires de l'État, quelle que fût l'importance de leurs fonctions, ne se sentaient pas moins gênés vis-à-vis de ceux qui ne pouvaient avoir aucune illusion à l'égard de leur origine et de leur fortune politique.

Aussi se portaient-ils de préférence dans les cafés et les restaurants les moins bien fréquentés, dans les coulisses des petits théâtres, sous ce prétexte qu'étant les élus du peuple, le peuple était leur société favorite. Leur chef dédaignait toutefois de s'abaisser à de pareilles simagrées. C'était un homme instruit, ayant le vernis d'un gentilhomme, ce qui ne l'empêchait pas pourtant d'être un des deux snobs les plus fîeffés que j'aie jamais rencontrés en France ou ailleurs. C'est avec intention que j'ajoute : ou ailleurs, car la France ne produit pas cette désagréable engeance sur une grande échelle. On y voit beaucoup de cads (i) , mais relativement très peu de snobs. Eugène Sue lui-même n'en était pas un, comparé à Armand Marrast. Celui-ci, trapu, sa face rubiconde encadrée d'une forêt de cheveux gris crépus et ornée de moustaches courtes et rudes, prétendait modeler ses manières sur celles des nobles de l'ancien régime; disons tout de suite que ces grandes manières se réduisaient à une sorte d'impudence fanfaronne avec ceux qu'il regardait comme ses égaux et d'insolence glaciale avec ceux, infiniment plus nombreux, qu'il classait parmi ses inférieurs. Tout en s'élevant hautement contre les privilèges de la naissance, il ne manquait jamais de rappeler à ses interlocuteurs, sinon par ses paroles, du moins par ses actes, qu'il était de noble extraction. « Si sa famille était noble, sa mère s'est sûrement endormie dans l'antichambre, un jour qu'un valet de pied entreprenant était trop près » , disait un soir le marquis d' Arragon (2) . Rien ne flattait Armand Marrast comme de se voir représenté par les caricaturistes de l'époque en habit de cour du temps de Louis XVI, quoique, à vrai dire, chacun

(i) Cad : parvenu sot et vaniteux.

(2) La remarque n'avait pas le mérite de l'originalité. La marquise d'Espréménil l'avait faite en se l'appliquant à elle-même lorsqu'elle apprit que son fils se ralliait à la Révolution de 1789. — L'Éditeur.

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